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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 02:12

Aujourd'hui, fête de la musique. La foule est dehors, joyeuse. Suis incapable de comprendre ce qui lui plaît là-dedans. Du monde, du bruit, des hommes ivres qui hurlent. Je dois avoir une inhibition cérébrale, psychique. Tous ces gens me stressent. Ce bruit m'exaspère. J'ai la foule en horreur. Tout groupe m'est pénible. J'ai longtemps cru que je n'aimais pas les gens. En fait non, je ne les supporte pas groupés, mais ils m'intéressent individuellement. Les rassemblements les dégradent invariablement.

Peut-être, sans doute est-ce un pli, une orientation amorcée durant l'enfance, mon père séchant froidement tout enthousiasme et m'empêchant de participer tout jeune à la liesse populaire, comme quelque chose d'honteux, et m'imposant un contrôle absolu de moi-même, contrariant toute joie, tout épanchement, tout lâcher prise, toute libération, toute spontanéité.

Qui sait, j'aurais peut-être été un joyeux drille sans cette éducation totalitaire, entièrement sous contrôle, et bloquant toute expression, me rendant inapte à communiquer vers l'extérieur, malédiction que je tentais de vaincre par l'alcool, tentative de désinhibition symptomatique de la contrainte énorme, du surmoi titanesque condamnant toute légèreté, vestige d'une surveillance constante.

Je suis toujours surpris lorsque je vois des hommes et des femmes danser et chanter dans la rue, comme naturellement. J'en suis absolument incapable. Chez moi, on ne dansait pas, on ne chantait pas, on ne jouait pas de musique. On se contrôlait.

Caché sous le masque impassible du Docteur Jekyll dans le monde, le Mister Hyde n'en paraissait que plus effrayant dans l'intime. Il était un monstre envahissant. La psychose parfaitement intégrée, la perversion narcissique au plus haut niveau de la manipulation. La destruction psychique par l'intrusion radicale. Et le mal fait, une incessante justification.

J'ai repris la lecture de "La Peau de chagrin". Je l'avais lu à 16 ans, au même âge que "Le Portrait de Dorian Gray" et je désirais le relire, mais je repoussais constamment le moment. La boucle est bouclée pour ainsi dire. J'avais été fortement déçu par le relecture d'Oscar Wilde, ce qui m'avait autrefois ébloui et paru tellement spirituel me paraissant désormais très superficiel. Je suis par contre encore subjugué par le génie de Balzac, sa puissance, sa lucidité, son humanité, son style.

Les poètes me font bien rire, avec leurs dizaines de vers, même les plus grands. Quelle surestimation de leurs génies! Une seule page de Balzac exprime autant de poésie que tout Mallarmé ou Verlaine. Son éloge de Cuvier est un de ces extraordinaires passages, et il y en a tant. La mollesse de Flaubert, l'énergie sans génie de Stendhal sont sans commune mesure avec la profondeur de l'oeuvre Balzacienne. C'est un enchantement de tous les instants. C'est lui le véritable enchanteur.

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