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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 20:41

Footing d'1h05. J'ai vu des individus assemblés sur les terrasses, et je me suis vu assis parmi eux, ne disant rien, et je les ai imaginés dire:"lui, il ne parle pas", comme si je n'étais pas là, un simple objet, et je répétais en boucle, prostré "je ne suis pas débile, je ne suis pas débile". C'est que j'étais dans l'incapacité de m'affirmer, et même pratiquement de parler, pendant des années. Les autres devaient penser que j'étais un demeuré. Et j'ai toujours peur que ça revienne, et de tomber sur des gens qui me mépriseraient, me considérant et me traitant comme un idiot. L'étais-je réellement? Si je ne l'étais pas, j'ai été traité comme tel en tout cas.

Lorsque j'en parlais à ma mère au téléphone, elle s'emportait: "mais qu'est-ce que tu racontes, tu te fous de la gueule du monde". Voilà pour me rassurer, alors que c'est une obsession pour moi.

J'ai vu mes parents ce week-end à La Rochelle dans leur nouveau logement. J'ai dit à ma mère que je désirais dormir dans une chambre, que je m'y sentirai mieux que dans l'autre. Elle a refusé. Résultat, je n'ai pas dormi de la nuit, ni les nuits suivantes. Je lui en ai fait part, mais elle n'a pas souhaité me faire changer de chambre, la qualité de mon sommeil lui important peu. J'ai dit que je me sentais extrêmement seul sur Poitiers, et que j'étais tellement seul que j'en devenais fou, et que je ne savais pas comment je tenais. Ma mère m'a répondu que ça prouvait à quel point j'étais fort. Apparemment l'idée qu'elle aurait pu me téléphoner ne l'a pas effleurée, ainsi que mon père, ces 2 dernières années. Il faut que ce soit moi qui appelle (sans doute pour mon bien), et que je ne donne que de bonnes nouvelles. Si je ne vais pas bien, si je veux parler de choses profondes, je n'ai pas le droit, il y a des psys pour ça.

Alors que je parlais de complexes physiques, mon père n'a cessé de me répéter: "Sois de bonne foi, sois sincère," comme si je ne l'étais pas. C'était comme ça toute mon enfance, mon adolescence et ma jeunesse, une suspicion et un jugement permanent. Il me reproche mon élitisme mais une de ses expressions favorites, c'est :"ce n'était pas le même milieu". Il me reproche ma misanthropie alors qu'il ne cessait de stigmatiser les "bas instincts du peuple", qu'il m'a élevé dans la quête de distinction, qu'il a refréné toute spontanéité, toute extériorisation en moi, m'empêchant de me joindre aux autres quand j'étais enfant, mais me forçant à un contrôle permanent.

La structure névrotique, voir psychotique de la famille n'a pas changé. L'expression favorite de mon père, c'est d'ailleurs "c'est de la folie", ce qui n'est pas anodin.

Enfant, je n'étais pas intégré à l'école, j'étais rejeté, et je n'en parlais pas. Un de mes copains, C S, a été harcelé au Collège par un élève. Il s'en est plaint à son père, et le problème a été réglé. Mes parents réécrivent l'histoire en prétendant, soit que j'en rajoute, que j'ai tout inventé, soit que j'aurais du en parler. Mais en parler était impossible, car mon père m'aurait jugé, et dévalorisé, genre ;"qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un fils comme ça? etc" Des années plus tard, il me reprochait de parler aux psys, et de leur dire la vérité: "Tu vas baver me disait-il, méprisant et plein de haine, comme si on était une famille mafieuse, et qu'on ne pouvait s'exprimer".

Chacun de mes problèmes, phobies et autres, étaient selon lui, exclusivement du à un manque de volonté, et si je n'étais pas d'accord, j'étais de mauvaise foi, et je rationalisais ma lâcheté, ma paresse, ma mauvaise volonté. La vérité, c'est que toute notre putain de famille est folle, et je suis celui par qui le scandale arrive, celui qui n'en pouvait plus de tricher, de faire semblant, comme si.

Si, après avoir été prof de philo, je lutte sans cesse pour affirmer que je ne suis pas un imbécile, c'est peut-être que j'ai été lynché pendant des années par mes propres parents avant tout, accablé d'insultes, mais ils nient tout cela, disent que j'exagère. Enfin, quand j'étais très déprime, en échec scolaire, souffrant de phobie scolaire, et que j'étais complètement prostré, venir dans ma chambre le matin en virant mes draps et en me bousculant, et s'acharner sur moi en me maudissant et me dépréciant alors que j'étais encore au lit, et m'accabler pendant des voyages entiers en voiture, ou j'étais littéralement lynché, a sans doute contribué à mon état de déréliction mental. Je me sentais si seul. Pas étonnant qu'après je sois de plus en plus violent avec mes camarades.

Ma mère m'a déjà dit que je pouvais être odieux comme adorable. Odieux? Quand je dis la vérité, que personne ne veut entendre? Pour mon père, sa mère et ma mère sont des saintes. Quel délire! C'est une famille ou les aînés ont toujours raison, ou il faut obéir en tout, ou on n'est aimé qu'à cette condition. Comme me l'a dit ma mère:"tu n'as peut-être pas été assez dressé", ou mon père, avec un rictus méprisant:"pour être aimé, il faut être aimable" sous entendu qu'évidemment, je ne l'étais pas...

Et toute cette violence n'a pas de fin. Mon père a le chic pour la faire advenir. Quelques paroles blessantes, qui suscitent ma colère, puis il refuse de parler avec quelqu'un de violent, d'irrationnel, ce qui fait monter encore plus de colère".

Il y a quelques années, après soi disant beaucoup d'évolution, c'était épouvantable. Mais, comme l'a dit ma mère, "aucune excuse de sa part", car personne n'est parfait. En fait, dès que je parlais, et à la moindre de mes paroles, je subissais un acharnement atroce. C'était tellement dur que j'avais trouvé que la seule issue pour ne pas donner prise, c'était de ne plus parler du tout. Et ils me l'ont reproché, plutôt que se remettre en cause, en m'infantilisant. Ils n'ont jamais respecté mon intimité, la distance nécessaire, mon espace intérieur, ni n'avaient la moindre pudeur. Ma mère se foutait de moi avec sa soeur au téléphone, et cela alors que j'étais très mal. Combien de fois l'ai-je entendu chantonner, insouciante femme enfant, complètement indifférente aux tourments que j'éprouvais, à ma vie intérieure. Et quand j'essayais de parler, elle généralisait, répondait à côté, avec des arguments préétablis, et c'est comme si je parlais à un mur, à une machine automatique. Et ils en ont consulté, des spécialistes, dans l'espoir que l'un d'entre eux diagnostiquerait enfin mon problème, "il est schizophrène, il est autiste", au lieu de régler leurs propres problèmes. Ma mère, c'est l'enfant sage de Winnicott, dont les parents échappent à toute critique, car, "comme tous les parents, ils ne sont pas parfaits", ce qui empêche toute recherche émancipatrice.

Ma mère, avant cet article critique, ne s'est jamais intéressée à ce que je fais. Elle ne s'intéresse pas à ce que je fais. Comme Henry Miller qui jusqu'au dernier moment espérait que sa mère lui dise qu'elle avait lu ses livres, et qui ne l'a pas fait, jamais ma mère ne s'intéressera à ce que je fais je crois. Pour elle, je resterais un enfant qui doit obéir.

Mon père me disait que si je ne pouvais aller vers les femmes, ou les laisser s'approcher quand elles venaient, c'est que je n'étais pas courageux. Or, j'avais sauté en parachute à l'armée, combattu dans des tournois d'arts martiaux entre autres. Pourquoi les femmes me posaient tant de problèmes? Pourquoi avais-je tant peur d'être rejeté, si je ne m'estimais pas indigne d'être aimé? En fait, je me croyais incapable d'être aimé, et dans ma mythologie, il fallait que j'accomplisse des exploits pour être aimé, par et pour ces exploits. Je suis toujours dans cette mythologie d'ailleurs.

J'ai dit à mon père, il y a quelques années, que j'avais publié un livre. Je n'ai pas dit quel était le titre car cela aurait donné prise à de la violence. Il aurait pu me faire encore du mal en rabaissant haineusement ma production. Du mal, il m'en a fait d'ailleurs. Dans un premier temps, il m'a dit que c'était bien car ça prouvait qu'il n'avait pas tout raté dans mon éducation. Pas une pensée pour moi là-dedans. Ensuite, comme je lui disais qu'il y avait des passages sur la famille, et que j'avais eu besoin de les écrire, il m'a culpabilisé. Il m'a dit qu'il n'allait pas en parler à ma mère, car ça allait la tuer. Le fait que c'était une nécessité vitale pour moi, de m'exprimer pour donner du sens, et ne pas me tuer, il s'en foutait. Finalement, il en a parlé à ma mère, et elle me l'a reproché. Mes parents m'ont reproché l'écriture d'un livre qui m'a aidé à survivre, à ne pas mourir, et ni l'un, ni l'autre ne m'ont dit que c'était bien de l'avoir fait, puisque ça comptait tellement pour moi. Je n'y raconte que la vérité après tout. Par exemple, après avoir déserté des parachutistes, et avoir été muté, quand j'avais 18 ans, j'ai téléphoné d'une cabine à mon père. Je n'avais ni diplôme, ni amis, ni petite amie, personne à qui m'adresser. J'avais dormi dans la rue en janvier, été menacé, fait un coma éthylique, puis écopé d'une semaine de trou. J'avais failli y rester, en fait, sauvé par un passant qui avait appelé le samu. Or, mon père, auquel je téléphonai d'une cabine, dans une ville inconnue, seul, me dit que j'avais déshonoré la famille, et qu'il allait devoir s'engager à ma place. Quelle immaturité et quel manque d'empathie! Et moi, je me retrouvais, seul, avec cette réaction délirante et inutile de mon père, blessante même. Je raconte cela. C'est la vérité, et je la dis. Sans doute pour mon père, cette façon d'agir, c'était pour mon bien, comme les insultes et le rabaissement continuel, c'était pour me faire réagir, donc pour mon bien.. Pour moi, ça n'excuse rien.

Si, au moins, ils reconnaissaient le fonctionnement pathologique de notre famille, leurs erreurs, mais ils nient les choses, les faits, ou les reconnaissent partiellement, puis reviennent sur leurs aveux.

Si j'avais pu m'exprimer librement, je pense que j'aurais pu m'affirmer et m'intégrer à l'école également. Et je n'aurais pas été progressivement dépersonnalisé par les autres, annihilé, comme dans le film "Despues de Lucia", ou une jeune fille, pour d'autres motifs, perd toute capacité de réaction, et devient, prostrée, inexistante aux yeux des autres, là sans être là, ayant perdue provisoirement la capacité de réagir aux sollicitations extérieures, et de s'exprimer, d'être reconnue et respectée comme personne. Devenue la bouc émissaire du groupe, le groupe va jusqu'à lui nier son intériorité, la réduit en esclavage. Et c'est ce que j'ai vécu. Et que je crains de revivre.

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