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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 17:19

Plus je lis Alice Miller, plus je prends conscience que j'ai été maltraité. Mais j'ai toujours du mal à l'admettre, malgré le caractère évident de ma situation. Alice Miller explique que la difficulté à devenir réellement autonome pour ce type de problèmes s'explique parce que n'ayant pas pu établir une communication émotionnellement satisfaisante, on attend toujours des parents quelque chose, une attention, une reconnaissance qu'ils ne peuvent pas donner. Pour mes parents, je suis le problème, le principal problème. Ils ne voient pas que je suis le symptôme de leurs manques, et qu'ils attendaient de moi la réponse, l'équilibre, la satisfaction de leurs propres besoins affectifs frustrés.

Ils ont reproduit sur moi les vices de l'éducation qu'ils ont eux-mêmes subie, ce que Alice Miller appelle la pédagogie noire. Leur conception fusionnelle de l'éducation ne tolérait pas l'autonomisation, la revendication d'une individualité, d'une personnalité propre. Il n'y avait aucune distance, aucun respect de l'intimité, donc aucun intérêt pour le ressenti non plus, et une intrusion spatiale et psychique permanente. Il fallait nous dresser, que l'on obéisse au doigt et à l'oeil, que l'on se soumette entièrement à leur volonté et toute puissance, et tout écart, toute révolte était immédiatement sanctionné. Ils étaient censés avoir toujours raison, être la norme à laquelle il fallait se plier, comme si y contrevenir menaçait leur système complètement pathologique de survie. Mon père me disait, adolescent, qu'il fallait que je sois plus docile. A l'époque, je croyais qu'il avait raison. Je ne savais pas, ou je le savais confusément, que j'étais en fait beaucoup trop docile et discipliné, inhibé, et c'était la cause de tas de problèmes relationnels. Je n'avais pas la possibilité d'exprimer autre chose que ce qui était permis. Mes parents avaient et ont,bien trop de problèmes pour se décentrer et être attentifs. Ils sont le centre et cherchent avant tout à être admirés.

Pour eux, je suis l'origine de leur violence et mauvais traitement à mon égard, non la conséquence. Ils ne veulent pas voir, reconnaître que je suis le résultat d'une chaîne, et qu'en moi, la violence intériorisée, l'obligation de tricher, de faire semblant, de porter un masque, imposée paroxystiquement, était tellement contre nature et mortifère qu'il devenait impératif de tout faire craquer et de tout renverser.

Mes parents sont complètement bloqués, inhibés, rigides. Ma mère, c'est un mur, une machine à reproches, à juger, à évaluer, à condamner, une machine à réponses automatiques, incapable de se taire et d'écoute réelle, comme si ça lui faisait peur d'écouter réellement, complètement fermée à son intériorité, ses sentiments et besoins, ne se connaissant pas elle-même, comme si ça l'effrayait, brimée depuis toute petite par exigence de survie, exemple archétypal de l'enfant sage de Alice Miller.

A sos Amitiés, j'ai appris par exemple qu'il ne fallait  pas généraliser la souffrance des appelants, car ils appellent pour qu'on prenne leur souffrance au sérieux, pas pour qu'on la relativise. Or, ma mère, quand on lui raconte ses souffrances, on a droit à un ensemble de réponses préfabriquées, toutes prêtes, stéréotypées, qui en gros signifient qu'il faut positiver, qu'il y a toujours pire ailleurs, que si on est célibataires, eh bien, il y en a des millions, si on perd un bras, on a de la chance qu'il nous en reste un etc. Au final, il en reste l'impression de ne pas avoir été écouté du tout ni compris, ni entendu. Une grande frustration, un mur.

Mon père, lui, il fait semblant d'avancer pour mieux reculer. Il n'a aucune constance. Il manipule. C'est le prototype du pervers narcissique, du psychotique intégré, de "l'effort pour rendre fou" de Searles. Les anecdotes sont tellement nombreuses qu'il est difficile de choisir. Son inconstance par exemple. Ainsi, il prend tout sur lui, dit un jour qu'il est responsable de tout, ce qui est trop, encore une forme de narcissisme doloriste, et puis le lendemain n'assume pas, ne se reconnaît aucune responsabilité. Ou bien il rationalise sa folie, en se justifiant sans cesse. Il excelle dans l'art de la cruauté. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a dit "tu es dur mais c'est pas grave". Ainsi il me culpabilise "tu es dur" mais sans me permettre de m'expliquer "mais c'est pas grave", ce qui lui donne une supériorité genre : comme je suis indulgent, magnanime. Moi, j'aimerai bien savoir quand j'ai été dur avec lui. Il est très fort pour me mettre en rage. Combien de fois il m'a rabaissé, dévalorisé, fait souffrir par ses paroles et attitudes, et, alors que je sortais de mes gonds, a refusé tout dialogue parce que, comme il disait, il ne parle pas avec quelqu'un de violent et d'irrationnel.

 Sa malhonnêteté est inouïe. On avait fait un contrat sous la supervision de ma mère, pour qu'il ne m'insulte plus continuellement tellement j'en avais marre. Quelques années après, je lui avais envoyé une lettre pour lui dire à quel point j'avais souffert d'être rabaissé, dévalorisé, humilié constamment, traité de bon à rien, d'idiot. Je n'en pouvais plus d'entendre tout le temps des expressions comme "pour être aimé il faut être aimable", "ne te fais pas plus bête que tu n'es" "tu n'arriveras jamais à rien" etc. J'étais lynché dès le matin au réveil, où il s'acharnait  et me laissait groggy, anéanti pour la journée, ou pendant des trajets entiers en voiture, et ma mère allait dans son sens. Evidemment, pour lui, c'était pour mon bien, pour me faire réagir. Bref, je lui avais envoyé cette lettre, pour lui montrer à quel point ça m'avait détruit, ça m'avait fait mal. Eh bien, il m'avait ressorti la lettre quelque temps plus tard, et il m'avait dit: "tu as vu comme tu es dur avec moi". J'étais censé être dur parce que je lui exposais la vérité, et plutôt que de reconnaître ses problèmes de violence, il m'a culpabilisé. 

Tandis qu'il a sans cesse la folie à la bouche "ils sont tous fous, c'est de la folie" étant une de ses expressions favorites, comme "il faut tous les tuer", il n'a de cesse de projeter en moi sa propre folie, façon pour lui de l'évacuer illusoirement. Il disait par exemple sans cesse:"on est la famille de fous du quartier, de la rue". Bah non, lui si, pas moi.

Je ne vais pas énumérer les vexations qu'il m'a fait subir. Elles sont innombrables, et c'est un effort épuisant. J'en parle d'ailleurs beaucoup dans des articles récents publiés dans ce blog sous le titre "Au coeur des ténèbres". Mais son insistance sur ma folie supposée, est fortement anxiogène à la longue. Déjà, quand je déconnais adolescent, on avait vu un psychiatre et il avait dit à mon père qu'il en avait plus besoin que moi. Il s'était bien foutu de sa gueule au retour. Après, quand j'ai désiré suivre de moi-même une thérapie, il m'a engueulé en me disant: "Quand je pense que tu vas baver là-bas", comme si on était une famille mafieuse. Il me reprochait de m'exprimer et d'être sincère. On comprend mieux pourquoi je ne parlais pas aux psy ado. Je protégeais le système maladif de notre famille. Je me mettais de son côté.

Il a insisté il y a quelques années pour que j'aille à l'asile voir un psychiatre car il me disait que j'étais fou. J'y suis allé, j'ai discuté de mes problèmes, d'intégration, identitaires, de relation, phobiques (j'en ai beaucoup), mais à la fin la psy m'a rassuré et m'a dit que si j'étais fou, tout le monde l'était, et elle a mis en cause mon père. Quand je suis revenu, et que j'ai raconté l'entrevue à mon père, il ne m'a pas dit: "bien, alors tu n'es donc pas fou", il m'a dit "tu es sûr que tu as tout raconté", comme s'il avait absolument besoin que je sois fou, condition nécessaire pour le décharge de sa propre folie.

Ma mère fonctionne aussi comme cela, ayant demandé également à ce qu'on voit un psychiatre ensemble. Plus tard, elle m'a dit: "finalement tu n'es pas schizophrène". Elle pensait peut-être que je l'étais, et espérais enfin mettre un nom à ma soi disant pathologie, tout plutôt que de s'observer eux-mêmes. Il faudrait que je renonce à être compris un jour. Pour être compris, il faudrait qu'ils prennent conscience de leurs propres dingueries dues à une éducation extrêmement violente, normative, contrariée. Mais ça, il n'en est pas question. Pour mon père, sa mère était une sainte (qui s'en est débarrassée au petit séminaire), et pour ma mère, la perception et la prise de conscience de la froideur et de la tyrannie de ses parents lui échappe complètement, elle pour qui la critique se limite à : "ils n'étaient pas parfaits", généralité qui évacue toute tentative d'approfondir sa propre histoire. 

Enfin, il faut bien, après tant de camouflages, de travestissements, de masques, que la vérité émerge et soit entendue.

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