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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 01:18

Après un petit déjeuner rapide, composé de quelques kiwis et d’un bol de chocolat chaud à la place du café que son estomac ne supportait plus, Brian s’habilla rêveusement. Maharo, toujours vif et percutant, était lui prêt pour l’action. Ayant conservé ses habitudes de légionnaire d’élite, il courrait presque quotidiennement quinze kilomètres, en plus de ses cent à deux cent pompes, et des tractions en pronation et en supination dont il s’assurait qu’il pourrait les faire partout où il allait, s’arrangeant avec le décor ou montant le matériel adéquat. C’était une machine de guerre, une machine à combattre, le genre de types à s’en sortir en toute situation. Mettez trente hommes à sa poursuite, il trouverait une solution.

 

Ils sortirent se promener, sans Marek cuvant certainement son vin de la veille dans un endroit ou une ruelle quelconque de la Capitale s’il n’était retourné en prison ou libéré de ce monde après une nouvelle rixe, pour jouir de Paris. Paris ! Brian adorait Paris. Il avait eu le désir d’y vivre quelques années auparavant, mais les loyers étaient prohibitifs, et il n’avait pas de projets clairs en tête. Alors une opportunité s’était présentée pour Londres, et il l’avait saisie. Mais Londres, c’est une ville froide. Ce qui l’attirait au fond, c’était le Sud. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Sud-Est Asiatique, Buenos Aires, Valparaiso. Et Paris, pour son charme énigmatique, la présence imprégnante de tant d’artistes, d’écrivains qu’il admirait, comme Balzac, Proust, Céline, Hemingway ou Henry Miller. Un peu une ville musée certes. Et alors ? A son retour de Londres, à Poitiers, il mûrissait le projet de s’établir dans la Capitale, cherchait des bons plans, des colocs, puis peu à peu, il relégua son désir, au point d’en différer totalement le réalisation. De temps en temps, il repensait à Londres, où il avait vécu mille aventures, écumé les dojos pour pratiquer des arts inaccessibles en Province, comme l’aïkido Tomiki, le Yoshinkan, le karaté Kyokushin, le Wing Chun, ou le Shorinji Kempo. Il y avait travaillé, fait des rencontres, beaucoup bougé, bien vécu, avec l’impression parfois de grande solitude qui étreint le voyageur qui ne se fixe pas à un endroit ou un projet, dont les aventures sont éphémères. Il voulait y retourner pour le plaisir, mais pas pour y vivre.

 

Maharo lui proposa de se poser dans un café près du Sentier, et le sortit ainsi de ses ruminations continuelles. Ils prirent une bière, détendus, se parlèrent à peine, pas besoin, regardèrent les passants, Brian s’en foutant éperdument, selon son habitude, comme s’ils n’étaient que des animaux sans intériorité, ingrats et manipulateurs, Maharo évaluant leurs vulnérabilités, faiblesse physique et fragilité mentale, comme s’il portait des œillères psychiques le vouant exclusivement au pragmatisme et à l’efficacité.

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Published by Lawrence King
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