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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 19:30

 

Un imprévu bouleversa momentanément les plans de Brian. Se promenant près de la gare de Poitiers, il croisa un type lui rappelant une ordure du temps où il était à l’armée. Un de ces hommes bornés, brutaux, essentiellement préoccupés par la taille de leurs biceps, pour qui la musculature fonde la valeur. Un criminel avec bonne conscience puisque c’est « par devoir », qu’on récompense, qu’on gratifie parfois pour des futilités alors qu’ils sont d’authentiques salopards. Encore une tare qui donne une bonne image de l’Etat ! Putain d’Etat Français, putain d’Etat tout court. «L’Etat, le plus froid des monstres froids » comme écrivait Nietzsche. Enfin, cette rencontre intempestive choqua Brian. Il suivit le type du regard, puis s’en rapprocha, discrètement, pour être sûr. C’était bien lui, pas de doute. Le sale type consulta quelques magazines dans l’espace Relay, puis se renseigna auprès des guichetiers. Il s’était légèrement épaissi au visage, mais son corps avait davantage changé. Lui qui exhibait ses muscles en prenant la pose devant une glace, ne ressemblait plus à grand-chose. Autrefois très sportif, amateur de foot, musculation, boxe thaï, il était très dessiné, un corps près à combattre. Il avait perdu sa silhouette ; ses épaules, sa poitrine avaient fondu et il avait pris du ventre. Diantre, ce qu’il avait pris comme ventre ! Brian appela de suite Maharo. Il fallait saisir l’occasion. Ce qu’il lui ferait, il aurait aimé le faire à tous ceux qui l’avaient trop importuné, mais, hélas, c’était impossible. Il savait bien que la violence entraîne la violence, et que ces ordures avaient dû être violentées pour être devenus ce qu’ils étaient. Il savait également qu’à raisonner ainsi, il aurait du payer, comme eux, pour ses propres saloperies. Il payait d’ailleurs, et salement. Mais qu’importe ! Il allait se venger. Il avait d’ailleurs proposé à son vieil ami Schonberg, quand il était de ce monde, de s’occuper d’un gars qui l’avait copieusement humilié, adolescent. Schonberg n’avait pas donné suite. Pourtant, ça l’aurait bien soulagé, et lui aurait peut-être évité de faire d’autres conneries. Il avait aussi proposé ses services à son ami Alexeï, qu’un serveur avait persécuté lors d’un intérim en cuisine. C’était en suspens. Brian, sans le tuer celui-ci, lui réserverait un traitement spécial, bien à lui. Il le terroriserait tellement que l’esprit du serveur agressif en serait indéfiniment retourné. Si Alexeï donnait son feu vert.

Pour l’heure, il s’accrochait au « militaire ». Celui-ci ressortit juste de la gare quand Maharo déboula. Pour une fois Brian était chanceux. On allait s’amuser. Maharo ralentit pour prendre Brian à la volée. Ils se rapprochèrent du type, puis, parvenus à sa hauteur, Maharo sortit un glock 17 qu’il pointa discrètement en sa direction, et lui ordonna de monter. Vu la prestance et l’autorité naturelle de Maharo, l’homme obtempéra sans histoires et entra. Il ne reconnut pas Brian. Pourtant Brian avait peu changé. Mais on oublie plus facilement ses victimes que ses bourreaux, pour le plus grand nombre en tout cas. Ils prirent direction Ligugé, ou ça ne manquait pas de bois isolés. Il y avait même un monastère dans le coin. Le Seigneur pourrait juger rapidement si le type serait sauvé, ou brûlerait éternellement dans les flammes de l’enfer, ou pire encore. Ce salopard, qu’il avait dû en abuser des gamines, en opé en Afrique, tout en tapant allègrement sur des homos parce que c’était un jeu pour eux ! Et des tas d’autres trucs plus ou moins inavouables, pas très catholiques ! Le Seigneur allait se régaler, y aurait beaucoup à sauver. Et il était mort crucifié pour racheter ce genre de types ! Eh bien, c’est du propre. Parvenus en bordure de forêt, ils s’arrêtèrent et descendirent le type brutalement. Lui, il ne parlait pas. Tétanisé, il paraissait ailleurs. Chacun son tour. Maharo et Brian l’entraînèrent dans les profondeurs de la forêt. Puis Maharo se fixa et Brian continua seul avec le type. Est-ce qu’il paierait pour les autres ? Brian allait-il le « sécher » lâchement, puis le torturer de la plus épouvantable des manières ? Il fut tenté bien sûr, mais il décida qu’il agirait plus noblement. Etant suffisamment  isolés, Brian retourna le militaire, qui restait comme hébété, ne comprenant pas ce qui se jouait. Mais ce n’était pas un jeu, et Brian le voulait alerte. Alors il fit les présentations.

 L’homme revint à lui. Putain, il n’avait plus rien du guerrier qu’il se croyait être. Il n’était plus qu’une loque bedonnante et terrifiée. Brian désirait un combat, one-on-one. On allait apprécier les restes de boxe thaï de l’autre con, ce serait du beau spectacle. Brian prit l’initiative par un front kick dans la bedaine de son adversaire, un coup qu’il utilisait souvent dans sa jeunesse, dans les rues, les différents collèges fréquentés, en maison de correction. Il envoya valdinguer son adversaire, et le projeta sur le sol. Putain, qu’est-ce que c’est que cette lopette ? Pas de répondant. Ce n’est plus une loque à ce niveau, c’est une loche. Ou étaient passés son crochet droit, ses high kick, ses genoux ? Brian attendit qu’il se relève et lui plaça un direct du bras arrière, plus gyaku tsuki de karatéka que frappe de boxeur, qui vint le percuter au menton, et le sonna un peu. Ca parut le réveiller et le stimuler paradoxalement, et il se mit en garde, résurgence d’automatismes. Brian allait-il se faire enchaîner ? L’autre lui lança un low kick de la jambe arrière que Brian n’eut pas le temps de bloquer. Comme il avait les cuisses solides, Brian encaissa bien, mais il souffrit de l’impact, les années de foot de son adversaire lui ayant forgé des jambes puissantes. Celui-ci combina avec un swing que Brian esquiva, puis, dans le mouvement, plutôt que passer par l’arrière de l’adversaire par un mouvement aïki, un taï sabaki, trop long et contraignant,Brian plaça une technique de lutte libre basique, un double leg, ou ramassage de jambes. Il fit chuter facilement le militaire sur le sol, lui martela le visage et les côtes en ground and pound. Ah ce bon vieux MMA, toujours pragmatique ! L’autre ne put rien faire, rien opposer, que subir. Brian lui explosa la mâchoire, les dents, le nez, les arcades sourcilères. Puis il le retourna et lui brisa les membres un par un. Ce n’était pas si terrible, il pouvait faire bien pire ! L’autre, pantelant et désarticulé, n’était plus qu’un long gémissement pitoyable. Alors Brian décida d’en finir, et il l’acheva. Il médita un instant face au corps éteint, puis alla quérir Maharo. Ils ramenèrent le corps dans la voiture, le camouflèrent, et Maharo, qui savait y faire, dit à son ami qu’il s’occuperait de la disparition du corps. Trancher les membres, les dissoudre, c’était encore trop tôt pour Brian, qui avait l’âme délicate. Rentré chez lui, Brian planait, tout euphorique, content, puis il fut pris de vertiges, d’étourdissements. Il s’assit et un flot de souvenirs s’imposa à lui. Ce n’était pas rien quand même, ce qu’il venait de faire.

 

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Published by Lawrence King
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