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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 19:09

 

La démocratie est basée sur des principes erronés, la liberté et l’égalité. On a beau argumenter, dérouler la philosophie pratique Kantienne, vouloir différencier déterminisme et situation avec Sartre, ça ne tient pas, ce n’est pas scientifique. Et se servir de la physique quantique pour sauver le libre arbitre n’est pas un procédé honnête, car cela n’affecte en rien le fait qu’à notre échelle nous soyons déterminés. Le reconnaître n’est pas être de mauvaise foi comme le prétendait Sartre, c’est au contraire révolutionnaire, car à prendre cette hypothèse métaphysique aussi sérieusement que l’hypothèse adverse d’une existence qui précèderait l’essence, ça implique la fin de la responsabilité, du mérite, et donc une rénovation de toutes nos institutions, l’accès à une pensée, une vision scientifique qui pourrait imprégner les couches populaires et nous faire sortir de l’âge de pierre dans lequel 95 pour cent des hommes sont pris. On est ainsi le responsable d’une action, comme son auteur, qu’en tant que cause elle-même comprise dans la série des causes, comme l’écrit Spinoza. Toute l’argumentation Sartrienne en faveur de la liberté est en fait mal fondée car il n’a pas creusé la question du corps d’un point de vue biologique, et Sartre a projeté sur ses adversaires sa mauvaise foi, car il avait besoin –comme les logiciens fous pour qui il est nécessaire de fonder la logique sur des bases indubitables sans lesquelles leur monde s’écroule- de prouver le libre arbitre, de l’associer artificiellement au déterminisme des structures pour vivre. C’était une idée fixe, une névrose obsessionnelle pour Sartre, qui est à cause de cela passé complètement à côté de la psychanalyse.

 

L’homme est son corps, un corps doué de propriétés particulières, comme l’épagneul est son corps, épagneul par ce corps d’épagneul, et tel épagneul par tel corps d’épagneul.  Un homme est un homme parce qu’il a un corps d’homme, et tel homme parce qu’il a tel corps d’homme. Le tout, à l’inverse de ce qu’écrivait Bergson, n’est pas plus que la somme des éléments qui le composent. L’homme est entièrement réductible à son corps. A chaque instant, son psychisme est la conséquence de la totalité de ses dispositions corporelles. Il y a évidemment une interaction fondamentale avec l’environnement, mais celui-ci ne modifie l’esprit qu’en tant qu’il a d’abord affecté le corps. L’interaction et la plasticité cérébrale ne signifient donc pas que l’homme est libre. Et le libre arbitre s’il existe dans le cadre d’un monisme matérialiste, ne peut faire l’économie des conditions de son émergence à partir de la matière. Prétendre que l’homme est libre parce qu’il est homme, et homme parce qu’il est libre, signifie donc que l’homme est pourvu d’un organisme dont la complexité permet le franchissement d’un seuil, transcende mystérieusement ce qui le rend possible et dont il dépend. Mais cela signifie d’une part que les hommes en deça ne sont pas des hommes, ce qui est tout de même problématique. D’autre part, il faudrait évaluer à partir de quelle niveau de complexité du libre arbitre peut émerger. Mais, surtout, l’idée que du libre arbitre émerge à partir d’une complexification de l’organisation n’est qu’un postulat un peu fumeux.

Par contre, le fait de modifier le psychisme par un « enhancement » du corps, projet du transhumanisme, est cohérent avec le matérialisme, et on ne peut que souhaiter voir l’homme évoluer vers une espèce plus fine que celle qui, cumulant une logique de hiérarchie et une logique de territoire, a été terriblement néfaste à la Nature, comme une erreur qu’il lui faudra de toute façon un jour ou l’autre corriger.

 

L’Ultra humain, Le Surhomme, le transhumain, le règne de l’extropien, voilà l’avenir ! Luc Ferry, dans son livre « la révolution transhumanisme » est passé à côté, empli de préjugés comme souvent les philosophes, incapables d’originalité.

Il trouve scandaleux que le transhumanisme puisse donner une vie plus longue aux riches qu’aux pauvres, ce qui montre qu’il est grandement privilégié pour ne pas s’être aperçu que c’était déjà le cas, et ainsi depuis qu’il y a des riches et des pauvres.

Contre le matérialisme radical, il défend l’existentialisme, avec l’argumentation que l’homme est pris dans des situations qui ne le déterminent pas parce qu’il est libre.  Et c’est tout. Bon, à quoi sert la philosophie si c’est pour en arriver là ? C’est comme être philosophe et et dire que Dieu ne peut exister puisque les enfants meurent. C’est du même niveau. Bref aparté, mais la sacralisation des enfants ne peut par exemple s’établir que si on la valide par de la divinité, donc en faisant de la mort des enfants un scandale absolu, on suppose l’existence de Dieu. Et puis, le vrai scandale avec cette sacralisation, c’est s’ils meurent et qu’Il n’existe pas, pas qu’Il existe. Et même à supposer que par décret divin, il eut été possible que les enfants ne meurent pas, à l’encontre de toutes les lois naturelles, ce qui déjà est absurde, alors il est un âge à partir duquel la mort reprendrait ses droits, mettons à 14 ans, ou à 20 ans, et on se demanderait pourquoi Dieu empêche la mort des enfants mais l’autorise parvenu à l’âge de 14 ou 20 ans. Quel monde insensé que celui-là !

Reprenons sur Luc Ferry. Il critique les évolutionnistes parce que dit-il, comme il existe beaucoup de violence, la morale ne peut être naturelle, mais est arrachement à la nature. Du même genre que les inepties Lévinassiennes ! Mais cette possibilité d’arrachement, d’où surgirait-elle ? Tout est naturel, compris dans la nature, y compris ce qui semble artificiel. Notre morale résulte nécessairement de mutations organiques, et le fait qu’elles soient la source de la guerre n’implique pas qu’elles ne puissent l’être de la paix. L’un n’empêche pas l’autre. Chez les chimpanzés, comme les animaux en général, il y a beaucoup de violence, et aussi beaucoup de coopération, et tout résulte également de l’évolution.

Luc Ferry s’inquiète des êtres qui veulent modifier un monde si bien agencé, providentiel. Mais est-ce la réalité, cet ordonnancement pour le mieux ? La vie des hommes est courte, et en plus, comme l’a écrit Camus, ils sont malheureux. Peut-être les riches conservateurs américains, les intellectuels privilégiés comme Fukuyama, apprécient l’ordre du monde et sont satisfaits de leur sort, mais pour la plupart des hommes, ce monde est un enfer, un bagne, où ils doivent subir l’exploitation, l’harassement et la misère. On s’en passerait bien de cette providence là.

Et puis, encore un argument, si l’on change la nature des hommes, quid des droits de l’homme, naturels, sacrés, imprescriptibles, inaliénables ? En réalité, il n’existe rien de tel dans la nature. Il n’y a pas plus de droits naturels, sacrés en l’homme qu’il n’y en a dans le cheval ou l’arbrisseau. Sauf à considérer que puisque tout est naturel, c’est la nature qui se donne ainsi des droits par l’intermédiaire d’une de ses créatures. Mais cette sacralisation de l’homme est temporaire, et déjà dépassé avec l’extension de droits aux animaux.

Luc Ferry s’inquiète. Et si deux espèces coexistaient dans le futur, l’une augmentée et l’autre telle que nous la connaissons, n’y aurait-il pas inégalité, comme l’homo sapiens balaya l’homme de Néandertal ? En réalité, il existe déjà des différences considérables entre les hommes. Comme l’écrit Montaigne « il y a plus de différences de tel homme à tel homme qu’il n’y a de tel homme à telle bête ». Et Balzac ou Einstein différaient sans doute davantage d’un point de vue cognitif de l’idiot voire de l’homme moyen que l’homo sapiens ne se distinguait du Néandertal.

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