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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 19:31

Il s’était passé quelque chose depuis Maria, une évolution. D’habitude, Brian cristallisait et son imagination, son esprit se fixaient sur une seule femme. Il était très exclusif. Mais là, peut-être parce qu’il se détachait un peu, restait en attente, ne précipitait rien, laissait le Cosmos agir à sa place, il gardait, avec en fond une pensée pour Maria, une attention pour les autres femmes. Jamais il n’avait été séduit par autant de femmes, jamais il n’avait remarqué autant d’êtres de sexe féminin avec qui cela pourrait se faire, avec qui un échange passait.

 

Il avait rencontré une franco-chinoise, Clara, lors d’un cours de danse. C’était assez bizarre. Il avait l’impression paradoxale qu’elle le regardait, attirée, et qu’elle fuyait son contact, sans qu’il puisse comprendre pourquoi. Elle lui avait tout de suite plu. A la fin du cours, un type plus âgé dit à Clara qu’il écrivait et lui donna les références de sa production. Brian aurait aimé lui communiquer ses propres créations, l’intéresser, capter son attention. Il l’entendit parler, la regarda. Puis, chez lui, il y repensa. Il n’était pas certain de la revoir. Finalement, il fut mis en contact avec elle sans savoir d’abord qu’il s’agissait d’elle car il ignorait son nom. Il devait retrouver une femme pour qu’elle le conduise à un stage de danse dans la campagne, et il s’avéra que c’était elle, c’était Clara. Ca tombait bien. Elle amenait d’autres danseurs. Brian s’assit à l’arrière, contrarié par son envie d’uriner après avoir bu des quantités de thé au moment inopportun. Parvenus au lieu du stage, il put se soulager. Ils dansèrent. Elle le regardait, mais pour quelle raison, semblait toujours le fuir à la danse. Elle le vit réaliser des mouvements d’animaux, comme la marche du lézard. Elle lui en parla. Il lui répondit qu’il s’agissait davantage d’arts martiaux que de danse. Elle lui demanda quels arts martiaux. Il lui dit aïkido, karaté, et d’autres apports comme le silat. Alors, enthousiasmée par son passage des arts martiaux à la danse, elle voulut savoir pourquoi il avait évolué vers la danse. Il lui parla de « Timbuktu », du « Locataire ». Elle aimait beaucoup Timbuktu mais elle n’avait pas remarqué la danse du djihadiste. Elle aimait « Printemps, été, automne, hiver », un des films préférés de Brian. Sur le chemin qu’ils empruntèrent pour rejoindre la voiture, elle parut songeuse. Il lui demanda si elle connaissait Ido Portal. Elle le connaissait et ses représentants français. Elle insista à deux reprises pour qu’il fut à côté d’elle dans le trajet retour. Ils parlèrent d’Ido Portal, de biodanza, de la danse gaga. Elle connaissait, et était plus avancée que lui. Elle venait de Paris, habitait Poitiers depuis six mois. Elle écrivait, dansait, et Brian lui répondit qu’il faisait la même chose, qu’il écrivait et dansait, mais pas que ça. Il avait emprunté « Polina, danser sa vie », intéressé par le thème, le passage de la danse classique à la danse contemporaine. Elle l’avait vu et avait été déçue, mais regrettait de le lui avoir dit car en effet il serait influencé. Elle restait un peu distante, semblait se protéger de quelque chose. Parvenu à la gare, ou elle déposa Brian et les autres danseurs, elle lui dit, pour un autre atelier de danse, « A demain ». Brian était stressé le lendemain, mais il se força à se déplacer. Elle n’était pas là. Brian fut déçu, et soulagé aussi, car il aurait été intimidé de danser avec elle, et c’est comme s’il avait déjà une relation plus forte, plus intime avec elle que ce partage dans un cours de danse. C’était Noël. Il lui envoya un message et l’invita après les fêtes. Elle déclina. Il lui dit sa déception. Elle comprit. Elle avait ses raisons. Il fut triste. Elle était une cause occasionnelle, la forme qui, parce qu’il était attirée par elle, lui rappelait qu’il lui manquait l’essentiel. Il était un guerrier entraîné, un intellectuel, mais il lui manquait l’essentiel, l’amour, l’affection, le bonheur. Il ne pouvait être un guerrier indéfiniment ou qu’un guerrier. Certains le pouvaient peut-être. Pas lui. Elle le dérangeait dans sa concentration spirituelle, non pas qu’il veuille être comme Bouddha et qu’elle soit comme un démon sensuel l’empêchant d’attendre le nirvana, annihilant ses capacités de méditation, mais au contraire parce qu’elle le ramenait au plus essentiel, au plus vital et important, le suc de la vie, son charme, ce pourquoi elle mérite d’être vécue. Il la trouvait belle. Elle semblait intelligente, sensible, surdouée. Il pouvait lui apporter des choses en philosophie, littérature, elle pouvait le guider dans la danse. Et il s’interrogeait. Pourquoi avait-elle refusé sa proposition ? Elle avait ses raisons. Evidemment, ça l’avait fait cogiter, et même un peu délirer. Quelles raisons ? Lui rappelait-il son ex ? Evoquait-il un ancien agresseur ? Etait-elle un travesti ? Ou bien malade ? Etait-elle une tueuse payée par les Triades et prise d’affection pour lui, freinée pour le Contrat par son désir ? Allait-il finir par le savoir ? Se rencontreraient-ils à nouveau ? Il l’espérait.

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