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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 15:36

Brian, une nuit, se mit à danser. Ces derniers temps, quand il dansait, ses mouvements étaient trop stéréotypés. Ca ressemblait à du taiso, de la gymnastique martiale dansée, avec à peu près toujours les mêmes déplacements, exercices et séquences. La danse devenait un enchaînement de techniques obligées, et il sacrifiait le plaisir à la quête de la performance. Cette nuit là, il chercha d’autres sensations et retrouva le plaisir de danser, et même, état devenu rare, il parvint à la transe, pur moment de libération de l’esprit et de joie. Or, dans ces instants, lui était révélé des intuitions. Il comprit qu’il devait se détacher vraiment de Clara. Ce serait dur. Il savait qu’ils avaient quelque chose qui les rapprochait, peut-être plus qu’un attrait sexuel, une alchimie intellectuelle et spirituelle. Mais elle n’en avait pas eue une claire conscience. Et ce qui le peinait, c’est qu’elle n’avait pas simplement refusé l’amour, ou l’amitié, mais la possibilité même d’une amitié, quand tout y invitait. Il dérivait donc, et se perdait dans son rêve à elle. Il ne créait plus son propre rêve, n’était plus son propre centre. Et il devenait une sorte de Don Brian, Le Corsaire de Saint-Malo et et elle, sa Dulcinée Clara Ka de Korea. Après tout, comme Don Quichotte, il était un chevalier errant, quêtant l’aventure et remédiant à l’injustice. Mais suffit. Il fallait justement sortir de ce délire. Il ne pouvait forcer le destin. Il se reprendrait en se détachant des projets et créations, néanmoins passionnants, de Clara. C’était difficile car tout lui rappelait cette femme. Une fleur, un tableau, la danse, un thème. Et quand il croyait l’oublier un temps, elle se rappelait à lui de façon inattendue. Ainsi, après une bonne conversation avec une amie Russe, qui l’invita pour une soirée d’échange franco-russe autour de la « Dame de Pique » de Pouchkine, il marchait, léger, vers le lieu d’une performance littéraire où serait affiché son portrait agrandi avec un livre de son choix, en l’occurrence Martin Eden. Et là, il tomba sur la photo de Clara, d’1mètre sur 80 cm à peu près, tenant dans ses mains un livre de poésie. Il ne savait pas qu’elle participait à cette aventure et ce portrait le relanca en pleines ruminations et mélancolies, en plein délire d’amour. Il avait dû boire un élixir, ou subir un enchantement outrepassant ses forces et sa raison. Il lui fallait trouver un magicien pour rompre le sort. Car elle n’était pas enchantée, elle, mais très désenchantée, telle la belle Marcelle quant au désespoir de Chrysostome. Elle n’y pouvait rien. Et lui non plus. Le cœur a ses raisons… Et pourtant, il n’y eut jamais sur la Terre plus vaillant chevalier que Don Brian Le Corsaire de Saint-Malo pour servir sa Dulcinée la très noble et éminente Clara Ka de Korea, et l’établir Reine en son Royaume.

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