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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 22:13

Les problèmes avec Clara poussèrent Brian à s’interroger sur ce qu’il pouvait donner aux femmes. Du sexe, de la tendresse, de l’attention, de la culture, de l’aventure et du mystère, mais pour ce qui est de la sécurité et de la stabilité, eh bien c’était pas ça. Il était artiste dans son genre, pas banquier. Elles aimaient coucher avec les artistes, mais vivaient avec les banquiers.

 

C’était inévitable mais Brian revit encore une fois Clara. Dans un cours de danse, encore. Il la regarda et essaya de comprendre ce qui était devenu une obsession. Il la trouvait belle, oui, mais pas tant que ça. En fait, elle n’était pas son type, et il ne l’était pas non plus. Elle ne riait, souriait jamais à ces propos, ses gestes. Il ne la touchait pas. Il lui était sans doute même antipathique. Et elle, eh bien, il faut reconnaître qu’elle avait un charisme particulier, du magnétisme. En sa présence, rien d’autre n’existait plus. Elle aimantait, mais n’était pas aimanté. En continuant à la scruter, il s’aperçut que son corps lui-même ne lui plaisait pas tant que ça, qu’elle était vraiment comme Odette, qu’il s’était perdu pour une femme qui n’était pas son genre. Mais elle le fascinait. Il était comme hypnotisé. Et  il y avait son inaccessibilité, qui lui était incompréhensible du fait de leurs intérêts communs, inaccessibilité pour lui seul, et ça l’avait rendu dingue. Elle avait aussi un côté dominatrice, autoritaire, qui devait réveiller un aspect maso chez lui.  Elle exhalait la confiance en soi, mais aussi le narcissisme, comme si tout devait tourner autour d’elle. Elle prenait, mais ne donnait pas. Il en avait été malade, physiquement, émotionnellement malade. Le paradoxe, c’est qu’il était amoureux d’une femme qui ne l’attirait pas, ou qui l’attirait, mais sans plus. Mais elle sortait, elle sortait, et lui était hostile, le fuyait, pour des raisons mystérieuses. A se taper la tête contre les murs. En fait, quelque chose en lui déplaisait à Clara, et il était vain de chercher à élucider tout ça. La mort dans l’âme, il renonçait. Il ne s’intéresserait plus à elle, ne suivrait plus ses travaux. Il se désintoxiquerait de cette femme fatale, la plus dure à son égard qu’il ait jamais rencontré, une dureté tellement mystérieuse qu’il n’avait cessé de la justifier, de s’illusionner, d’espérer, et d’attendre. Six mois de doutes, d’appels et de perplexité, qui l’avaient brisé, laissé exsangue.

 

Eureka, cette femme si dangereuse, qui se prenait pour le Centre du monde, et se croyait supérieure à Ava Gardner ou Elisabeth Taylor, elle pouvait servir quand même à quelque chose. Il lui proposerait un engagement comme tueuse. Elle serait redoutable. Une vraie pro. Elle lui serait plus utile là que sur les trottoirs de Saïgon.

Enfin, elle avait été une opportunité rédemptrice et amicale formidable pour lui, et elle s’était refusée à tout contact. Il en devenait fou, fou de tristesse et de solitude. Comme Martin Eden, comm Jack London lui-même, il commençait à être perclus de rhumatismes, à avoir du mal à se mouvoir, conséquence des excès physiques. Son corps le lâchait. Comme Eden également, il voulait dormir, et ne plus se réveiller. Chaque matin, chaque minute d’éveil lui coûtait. Prostré, il désirait retourner dans le calme et le repos, ne plus rien penser, rien imaginer. Fini les rêves pour lui. Clara était une rêveuse éveillée qui accomplissait ses rêves mais avait éteint les siens, toutes espérances, tout désir, tout appétit en lui. Il ne s’enfoncerait pas la lame dans le ventre, non. S’il en était là, il ferait çà comme tout le monde, plus simplement, avec le plus de douceur possible. Quelque part, il s’était enfermé dans les livres, les théories et les mots « words, words, words » et ça l’avait empêché de vivre. Et il lui fallait retrouver la vie, il en ressentait l’urgence, ou mourir maintenant.

 

Repensant à Clara, il se dit qu’elle était à classer parmi les pervers narcissiques, assurément. Narcissique, elle l’était, O combien, et perverse parce qu’elle était indifférente à la souffrance que son comportement engendrait. Tout à la fois capable du plus grand mépris, et de s’offusquer si on ne la saluait pas quand même, comme si de rien n’était. Et c’est l’ambivalence de ses signes, de ses attitudes, qui avait désorienté Brian. Il s’était effondré. Un poison violent à extirper elle était, et comme elle lui ressemblait malgré tout, il serait dur de se désintoxiquer. Elle avait besoin d’être soigné.

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