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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 21:37

Il aurait fallu tuer tous les hommes, mais, comme le mal, la violence est partout présente dans le monde animal, ainsi  l’existence de tous les animaux est également condamnable. Et comment tous les tuer? Pour ne pas participer à la corruption généralisée, il fallait fuir, se retirer dans un ermitage et méditer. Il était si difficile, doué et intègre, de trouver sa place en cette société. Combien la vie en des peuples isolés semblait à Brian plus enviable, peuples sans livres, où tout le monde avait une place. Les hommes étaient si bêtes ! Depuis La Fontaine, rien n’avait changé. Bouygues, Balkany, Tapie, tous ces puissants corrompus, enfumaient le peuple et s’en sortaient toujours, pendant que le peuple, plutôt que lire Proust ou Spinoza, était rivé devant Arthur, Hanouna, Koh Lanta ou le grand bêtisier de l’été. Brian avait beau essayé de ne pas juger, de comprendre, il n’y parvenait pas. La populace était vraiment trop affligeante, il fallait l’élever de force. On ne pouvait se contenter de « aime et fais ce que voudras ». Les abrutissseurs des masses étaient des millionnaires, quand la moitié des historiens, philosophes, sociologues, littéraires, et passionnés de sciences oscillaient entre minimums sociaux et emplois parfaitement abrutissants. Pourquoi s’infliger ça, souffrance et esclavage, et ne pas rejoindre le Grand Tout plus tôt ? De toute façon, rien n’avait de sens en cette vie, du fait de la mort. Brian avait beau creuser, approfondir, il n’y parvenait pas. Il était faux de prétendre, comme Schopenhauer, que les hommes y pensaient peu, vivaient comme s’ils étaient éternels, si la réalité de la mort ne les concernaient pas vraiment. Brian y pensait presque tout le temps. Et ça annulait tout le reste. Pourquoi prendre plaisir et se perfectionner dans tel art, piano, art martial ou yoga, puisque tout ce savoir sera perdu ? Au fond, il n’y a que lorsque l’on dort que l’on ne perd pas son temps, puisque rien ne nous sera enlevé du sommeil, mort. Mais entre l’homme dont la vie est intense et celui qui ne fout rien, quelle différence une fois mort ? Entre l’homme le plus courageux et le lâche, le perspicace et l’imbécile, le raffiné et le rustre, Don Juan et le solitaire ? Teddy Riner oubliera qu’il est champion du monde de judo, les footeux oublieront qu’ils sont champions de coupe du monde, comme Dostoïevski ne sait pas qu’il a écrit "Les Fréres Karamazov", Tolstoï ignore qu’il est l’auteur de « Guerre et Paix », et Wagner le créateur de « Parsifal ». Quoi, ces œuvres, leurs œuvres, ne sont plus rien pour eux, qui les ont crées ? Puisque rien ne reste, reste le délicat problème de comment s’occuper dans ce temps, sachant que rien n’y aura de sens, et que l’ivresse sera tout aussi estimable que la rigueur ? Et les rencontres, les amis, l’amour, il n’en restera rien, aussi ? Ah, vivre est une malédiction, parce que l’on meurt, et il aurait été préférable de ne pas naître, si c’est pour mourir. Encore les animaux n’ont pas conscience de leur condition absurde, ce qui leur permet de vivre sans se soûler. Ah, n’avoir qu’une vie, et sentir la pression, l’urgence de la réussite, et savoir qu’on passe à côté.

 

Au fond, le seul truc auquel aspirait Brian, après lequel il courait en vain, c’était la reconnaissance. On ne dira jamais à quel point l’enfant doit être aimé sans conditions, et pas jugé, évalué en permanence, combien il faut s’aimer soi-même pour avancer dans la vie, se croire capable de réussir, sortir du doute obsessionnel, pathologique, tourné contre soi-même. Lorsque l’enfant se sent sans cesse menacé, il n’a plus d’avenir, il ne peut plus se projeter. Obligé, condamné à vivre au jour le jour, sur le qui vive, vigilant, en situation de post-traumatisme. François Cheng écrit que cette impression de danger, de péril imminent lui a nui pendant des années pour la réalisation de son œuvre.

Dans une logique de super héros, il faudrait passer de l’envie de vengeance à la canalisation de son agressivité et à la justice.

 

Brian lut « Le Rouge et le Noir ». Il fut extrêmement déçu. Le seul passage intéressant se situe à la fin, et concerne des fourmis qui se font broyer par la botte d’un chasseur, drame terrible que les plus philosophes parmi les fourmis ne peuvent comprendre ou justifier. On pourrait dire que c’est leur tremblement de terre de Lisbonne. Mais pour le reste, des atermoiements à n’en plus finir, un style sans attraits, des personnages médiocres, et que des idées communes. Rien de génial. « La Chartreuse de Parme » est plus enlevé, et Fabrice Del Dongo et La Sanseverina sont bourrés d’énergie et d’un charisme que l’on sent. Mais de Sorel, jamais on ne voit paraître le génie et les  exceptionnelles qualités dont il est si souvent question. Combien différente l’œuvre Balzacienne ! Quand Balzac, immense génie, insuffle son énergie et ses capacités à ses personnages, ils exhalent la puissance et le mystère. Balzac est si souvent sous-estimé. Il n’aurait écrit qu’ « Illusions perdues », « Splendeurs et misères des courtisanes », et « La Peau de Chagrin »,, il serait passé pour l’égal de Flaubert et de Stendhal. Mais il a écrit sa gigantesque « Comédie Humaine » et c’est si colossal qu’on n’en a pas une claire conscience. Et puis, il va tellement plus loin, c’est tellement meilleur, plus profond, plus dense, plus vivant que Stendhal et Flaubert, que Brian l’aurait placé au-dessus s’il n’avait écrit que deux/trois romans.

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