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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 15:50

 

L’avantage quand on part de bases très violentes, et qu’on n’attend rien de l’humanité, dont on aimerait même se débarrasser, c’est qu’on peut avoir de bonnes surprises. A rebours des idéalistes, des humanistes qui sont souvent cruellement blessés, il est agréable et source de joie, pour le misanthrope, de faire de bonnes rencontres. Et même si l’ensemble humain est une meute conformiste, ignare et propice à tout lynchage, puisque, dans tout rassemblement, les êtres les plus évolués ont tendance, comme l’écrit Freud, à se rabaisser au niveau le plus grégaire, il est bien plaisant le contact humain. Nous ne sommes pas des tigres, et le fauve humain, dévoyé, n’est ni un Dieu ni une bête mais un animal social contrarié, qui ignore sa véritable nature et ses besoins.

Brian se préoccupait du sort des personnes âgées. Il détectait la condescendance, avec laquelle ils sont envisagés, le mépris, l’atteinte à la dignité liée à l’infantilisation. On estime à un million cinq cent mille les personnes âgées souffrant de solitude en France. Le fait de les parquer en EHPAD, en maisons de retraite, de restreindre leur liberté, de les humilier systématiquement pour le motif que la valeur travail et la productivité dominent la société, sont une des nombreuses abjections auxquelles se livre l’humanité. On n’en pouvait plus de les compter ! Par exemple, les soins du corps sont relativement récents. Pendant des millénaires, on ne se lavait pas, ou peu, et beaucoup de « vieux » se lavent peu chez eux. Les mettre nu et les doucher de force s’ils ne veulent pas, atteinte à la pudeur consternante, devrait être considéré comme un acte criminel. Comme pour tout type d’aide, on doit respecter le désir de l’autre et ne pas s’y substituer, diriger sa vie à sa place. Tout empiétement, toute intrusion de ce genre est une emprise, de même nature qu’un viol. Il faut éduquer la population au respect des individualités et désirs propres.

Et le manque de respect, pour toute forme de vie, cela énervait Brian. Parfois, tout remontait à la surface et tout énervait Brian. La psychiatrie, par exemple, toujours au service du pouvoir, des normes dominantes, qui n’enfermait pas les bonnes personnes, les psychotiques intégrés à l’origine des innombrables humiliations et crimes de masse. Légitimé par l’Etat, « le plus froid de tous les montres froids », les ventes d’armes par Dassault sont plus criminelles que tous les trafics d’armes réunis. L’obsession de la normalité, voilà un problème ! Et la normativité ! Pas d’excès. Il faut boire avec modération. Mais l’excès fait partie du charme de la vie. Les Epicuriens, les Stoïciens, Les Bouddhistes, ont leurs égarements. Trop boire, trop manger, trop fumer, trop baiser, trop faire de sport, trop travailler, pourquoi se priver de ça ? Courir le marathon, c’est de l’excès ! Faut-il s’en priver pour autant ? Faut-il en interdire la pratique ?

Constatons la difficulté pour un individu de développer un avis vraiment personnel, comme on voit les pensées du troupeau, même parmi les gens éduqués, même parmi les philosophes, à propos de l’avortement, forcément pour, et de la corrida, forcément contre, et surtout, pas de peine de mort, mais oui à la perpétuité pour conserver sa bonne conscience bourgeoise, l’hypocrisie Badintérienne. Vraiment, tout énervait Brian.

 

Les vegan, contre toute forme de violence animale, castraient leurs chiens et leurs chats, espèce d’extrémistes tarés, oubliant que nous étions nous-mêmes des animaux inclus dans la chaîne alimentaire, et que sans consommation animale, plus d’élevage, et donc plus beaucoup d’animaux. Allaient-ils interdire la pêche et empêcher les inuits ou les peuples d’Amazonie de chasser  pour survivre?

 

Et puis, cette nouvelle idéologie du bonheur, à laquelle s’attaquaient par exemple Edgar Cabanas et Eva Illouz dans « Happycratie », et bien avant eux, Dostoievski dans « Le Sous-sol ». Tous ces « philosophes » du bonheur, pseudo penseurs de la joie, ces thuriféraires du développement personnel méconnaissent les fondements philosophiques, sociologiques, scientifiques indispensables pour une lecture moins vaine du fait de société. Tout cet engouement pour l’instant présent est complètement absurde. Si les peuples primitifs « vivent l’instant présent », c’est qu’ils sont pris dans un flux d’interactions constantes, qui justement nous fait défaut. Si tant est que vivre l’instant présent soit pourvu d’un sens, il doit être une conséquence, procéder naturellement des conditions de vie, mais pas « forcé », pris comme une cause indifférente au réel, artificielle. C’est qu’en réalité, notre société est malade pour tant d’insistance sur ce qui ne devrait pas être recherché, puisque naturel dans une société saine où chacun a une place. Plutôt que faire l’éloge du psychisme individuel des peuples primitifs, on devrait louer leur société, et puisque les problèmes existentiels ne surviennent que lorsque les problèmes de survie immédiate sont résolus, on ne devrait pas culpabiliser nos concitoyens complètement perdus dans leur immense majorité.

 

 Le dalaï-lama a toujours été très bien entouré. Même sur les routes de l’exil, il était protégé, choyé. Cet océan de niaiseries n’a pas à se préoccuper de ce qu’il mangera demain. D’ailleurs, alors que les hommes cherchent, dans les autres religions, l’immortalité, le  Bouddhisme prône l’ascèse pour sortir du cycle des renaissances, c’est-à-dire entrer dans la mort que nous connaîtrons tous de toute façon naturellement et sans efforts. Absurde, si ce n’est qu’en se donnant cette croyance, en se dupant par la croyance en une réincarnation néfaste dont il faudrait sortir, ils se donnent en réalité la perpétuation qui leur est cher, combattue mais qu’ils espèrent secrètement réelle. Et leur respect de la  vie animale tant vanté est l’espérance d’une incarnation plus complexe et propice qui leur permettra la mort définitive, donc contre la vie. Mais laissons là la foule des ignorants. Leur crédulité s’enracine si profondément. Elle est instinctive pourrait-on dire, comme voulue par la Nature. Là-dessus, Schopenhauer à raison et tort, l’homme de génie fait certes triompher la connaissance sur la volonté en lui, mais en sortant du désir absurde, il ne trouve pas la paix, mais l’absurde.

Pour reprendre sur la philosophie du bonheur, on cherche, par l’auto-management, l’auto-détermination, à responsabiliser à outrance les conduites individuelles, comme à intérioriser la fausse croyance en une liberté inconditionnée. Rien n’est moins libre que l’homme qui se croit libre. L’homme n’est pas plus responsable, à l’origine de son intelligence que de son énergie. La volonté ? On moralise des processus physiologiques. La conscience n’est qu’un épiphénomène, très utile mais soumise à l’empire du biologique. La raison ne veut jamais rien par et pour elle-même, seuls le corps et les affects veulent. Critiquer, et juger le manque de volonté de s’en sortir d’un homme, c’est grotesque, comme si c’était du registre de la liberté de vouloir et pouvoir se libérer. En réalité, personne n’a ou n’est cette liberté. Il n’y a que soumission au corps individuel et à l’environnement en tant qu’il modifie ce corps. L’individu est réductible à son corps et il ne peut que selon son corps. Il n’y a donc pas des circonstances atténuantes, une pathologisation plus ou moins prononcée d’un côté, et des individus sains de l’autre. Il n’y a que des circonstances atténuantes, et une adaptation plus ou moins réussie aux exigences du milieu, avec compromis entre principe de réalité et principe de plaisir qui apporte la satisfaction pour certains, qui foire pour d’autres. Toute justice qui ne traduit pas l’ensemble de la société à chaque crime ou délit est une tromperie, et une injustice. On voit le ridicule quand il s’agit de stigmatiser le manque de volonté, d’envie de s’en sortir ou de vivre d’un vieillard qui s’est affaissé sur lui-même, ou d’un traumatisé crânien qui n’a plus de cerveau. Eh bien tout est de cet ordre, et si quelqu'un parvient à réagir à une situation, c’est qu’il était pourvu d’une possibilité en ce cas et à cet instant qui fait défaut à d’autres et qui n’a strictement rien à voir avec la liberté, avec la volonté, le courage, la morale ou le mérite. Toutes les réponses ou non réponses sont conditionnées par des potentialités déterminées dont l’actualisation ou non est elle-même déterminée. Encore ne s’agit-il là que d’une critique globale de l’idée de responsabilisation de l’individu dans sa quête du bonheur qui méconnaît philosophie, sociologie et science. Mais la croyance que le bonheur est le but, cette obsession morale, l’eudémonisme, est elle-même très contestable.

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