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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 01:26

Repensant à Clara, Brian se dit qu’elle était ce qu’il méprisait chez les femmes. Inculte, ignare en littérature, philosophie, psycho, cinéma, sciences, elle était de ces femmes attirées par le succès, le produit fini, quelque soit le contenu. Ainsi, ces femmes ne font pas la différence entre Paulo Coelho, Laurent Gounelle, les théories de développement personnel avec les idées les plus misérables, et un penseur comme Edgar Morin par exemple. Incapable d’apprécier ce que lui, Brian, apportait, pouvait apporter, une pensée un peu profonde et originale. Il pensait à toutes ces conneries si plébiscitées par les femmes, comme la Pnl, les thérapies new âge avec la bioénergie, au  fait qu’elles soient prêtes à suivre n’importe qui, absolument n’importe qui, animateur le plus vulgaire,  journaliste TV, bonimenteur, écrivaillon, coach en management, du moment qu’il avait un début de succès. Les femmes étaient vraiment des créatures pitoyables, méprisables, des prostituées par nature, ou des esprits faibles. Mais il est des exceptions. Brian pensait à la pianiste Hélène Grimaud, et, plus surprenant de sa part, il s’était plongé dans le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir, et, malgré un jargon existentialiste et dialectique matérialiste daté, il avait été touché par l’histoire, peut-être un peu exagérée, de l’oppression féminine, presque convaincu, et ses critiques littéraires, sur Montherlant, DH Lawrence, Claudel, l’avaient impressionné. Elle rejoignait dans la critique de Montherlant, ce qui n’était guère surprenant, le point de vue de Sartre sur les surréalistes dans « Qu’est-ce que la littérature ? ». Leurs hauteurs, leurs révoltes ne sont que des poses narcissiques sans portée réelle, de fausses prises de risques, des attitudes auto-complaisantes.

 

Brian aimait discuter avec Chao. Chao, pour un « bâton rouge », était assez cultivé, et ouvert aux expérience intellectuelles, réceptif. Il était ravi de pouvoir être initié à la philosophie, la littérature Occidentale. Quant à Brian, il apprenait moins de Chao sur la culture Chinoise, étant déjà informé, mais il prenait quand même de « l’atmosphère » du Pays à son contact. Et puis, il appréciait les échanges martiaux. Il aimait le sparring en sanda. Vraiment une boxe efficace, transférable pratiquement tel quel en MMA. Il ne lui manquait que les coudes, les genoux, le clinch et le sol pour être opérationnel dans cette discipline. Dans le même genre de pratique efficace, et proche, il y a le sambo combat bien sûr, synthèse de boxe pied poing, de judo et de lutte, et, moins connu, le daido juku, synthèse de karaté kyokushinkaï et de judo. Mais le sanda, avec son style particulier, notamment l’emploi fréquent des coups de pied latéraux,qui servent un peu de jab pour maintenir la distance, comme les front kick jambe avant en thaï, mais qui sont aussi des frappes percutantes, et aussi sa spécialisation dans les transitions pied poing/lutte en font une boxe, un art spécial, dont l’un des champions a brillé en MMA, le grand Cung Lee, remarquable pour ses techniques de jambe et ses slam, qui surprit tout le monde en battant Frank Shamrock il y a quelques années.

 

Il lut un article de Léo Tamaki sur la violence potentielle beaucoup plus redoutable de l’aïkido si employé convenablement, et pratiqué intensément. En tant que pratiquant, entre autres, d’aïkido, il était critique. En quoi l’aïkido pouvait être plus redoutable que les combo de kick ou de thaï, que les projections de lutte ou de judo sur le béton, ou que les finalisations par clés ou étranglements du jiu jutsu brésilien ? Tout au plus, il dispose de quelques stratégies et mouvements qui lui sont propres pour sortir d’un encerclement et faire face à plusieurs adversaires, armés ou non. Mais tout ceci restait théorique, et l’aïkido avait de nombreuses failles aux yeux de Brian. Comment faire face à des frappes rapides et variées ou les membres qui percutent se retirent rapidement ? Comment contrer les « takedowns », les amenées au sol des grapplers avec l’aïkido ? Par taï-sabaki ? Comment, une fois au sol, sur le dos, s’en sortir avec des techniques d’aïkido ? Peuvent-elles marcher dans cette situation, ou sont-elles totalement inopérantes ? On peut dire qu’on ne doit jamais se retrouver au sol, d’accord. Oui, mais si on s’y retrouve ? Et on sait que contre un grappler, il y a peu de possibilités d’y échapper, de toute façon, qu'on soit non pratiquant, boxeur ou aïkidoka. De même Léo montre une vidéo ou des combattants d’UFC prennent une trempe contre des instructeurs de l’armée. Mais c’était du deux contre un, et ils étaient tous armés de battes avec des grosses protections. Et, en fait, dans ces conditions, à la place des UFC fighters, tous auraient perdu. Peut-être Léo pense qu’un maître s’en serait sorti ? Mais quand on écrit que l’aïkido est plus efficace que le MMA quand il est pratiqué intensément, alors il faudrait conclure que lui-même, Tissier, les anciens ushi deshi de Ueshiba, comme Shimizu, Shioda, Saito, Tamura ou Chiba étaient ou sont plus efficaces, dans la rue, que les champions de MMA. En fait, même Ueshiba, Brian ne voyait pas comment il aurait pu résister à un enchaînement de boxe, ou à une amenée au sol, puis, au sol, sur le dos, comment il aurait pu résister, contrer les spécialistes du domaine, avec les techniques d’aïkido, et même, quoi qu’on dise des appréciations très valorisantes de Kano sur Ueshiba, avec tout le background martial d’O Sensei, incluant sumo, et daito ryu. Et pourtant, Brian aurait aimé croire qu’un Yamaguchi Seigo aurait pu trouver des solutions face aux MMA fighters. Mais ,comme on le constate souvent, les confrontations entre maîtres d’arts martiaux et champions modernes sont violemment démystificatrices (tai chi vs mma etc). L’idée lui était déjà venue d’aller tester Tissier lors d’un stage. Un défi.

 

En s’interrogeant sur ses pratiques corporelles, le fait qu’il se sentait mal, faible quand il ne s’entraînait pas deux, trois jours d’affilée, Brian s’interrogeait. D’où venait un tel attachement à l’exercice physique et à la notion, la sensation de corps efficace ? Il sur-investissait le corps, faisait dépendre la force de son esprit de la forme de son corps, de ses capacités. Le corps était condamné à dépérir, de toute façon.

Il avait vu le trailer du dernier film d’Eastwood, et celui-ci était devenu un vieillard. Il y a encore dix ans, dans «  Gran Torino », il restait physique, mais là, il était tout voûté, n’avait plus de bras. Bordel, la vieillesse, comme l’avait dit De Gaulle, était bien un naufrage. Clint Eastwood n’était plus vraiment Clint Eastwood, et c’était sacrément choquant et triste.

De toute façon, qu’importe le corps par rapport à l’amour ? Peut-être Clint avait t-il l’amour, ou l’avait –il eu et il savait ce que c’est. Brian, lui, ne croyait pas à l’amour. Comme dans le texte célèbre de Pascal, il croyait qu’on n’aimait les gens que pour des qualités, qu’il n’y avait rien en dehors d’elles. Peut-être parce que ses parents lui disaient que pour être aimés, il faut être aimable, et ils ne l’aimaient pas, parce que pour eux, il ne l’était pas.

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