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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 19:10

 

Dans une phase très dépressive, en période d’effondrement, perdant toute estime de lui-même, Brian fut de nouveau obsédé par le suicide. Pourquoi, dans ce monde absurde, cette vie absurde, sans échappatoire, ou la lucidité générait encore davantage de souffrance que l’ignorance, un monde où il ne pouvait trouver ni place ni amour, un monde affreux, avec en plus le néant de toute façon terrifiant au bout, pourquoi tenir le coup ? Si, au moins, après un milliard de milliard d’années, on revenait, mais il ne croyait ni aux vies antérieures, ni à l’immortalité. Il lui aurait fallu une aide divine pour le sauver. Mais les millions d’enfants juifs, arméniens ou rwandais y étaient passés, pourquoi l’aiderait-Il, lui plus qu’un autre ? Devrait-il même accepter cette injustice ?

 

Il avait beau se reconnaître dans les récits des traumatismes par des grands thérapeutes, comme Irvin Yalom, Alice Miller, ou Cyrulnik, ça ne l’aidait pas à sortir de ses schémas répétitifs, obsessionnels. Il lui aurait fallu l’attention d’une mère chimpanzé envers un bébé ou un jeune chimpanzé blessé, une sollicitude et des soins maternels, apaisants, réconfortants, suffisamment pérennes pour lui donner une place et une stabilité, une reconnaissance pleine. Il courait après quelque chose, comme cette reconnaissance dont il pressentait qu’elle lui manquerait toujours, qu’elle lui échapperait toujours. En plus de ses manques, ses dons multiples, intellectuels, physiques, l’isolaient encore davantage que s’il avait été une brute consensuelle. Il ne voyait aucune issue, aucun échappatoire. Il portait une faille, un abyme irréductible, et malgré les conversations brillantes qu’il entretenait, il s’effondrait dès qu’il se retrouvait seul, obsédé par ses démons, des images du passé, le besoin de prouver incessamment à autrui qu’il n’était pas débile, idiot, qu’il existait, avec son propre monde intérieur, ses propres idées. Mais les violences subies s’étaient étendues sur tant d’années, subies si seul, qu’elles le contrôlaient, le plongeaient dans l’échec scolaire, les humiliations, le trou, l’incapacité de parler, le désert affectif, toutes ces années où il avait été malmené. Et ça le déréglait. Il en devenait borderline, ne supportait plus la moindre violence infligée dans un film, un livre, rapportée par les médias, s’identifiait avec les victimes, con avec les cons, crétin avec les crétins, pute avec les putes, chien avec les chiens, sans système de protection, d’auto-défense narcissique. Toutes ses projections le brisaient. Il ne savait plus qui il était, ce qu’il était, que faire. Il n’avait plus aucun repère. Mais il revenait. Un fou sans la folie, un orphelin roumain qui aurait dû sombrer, mais , étrangement résistant, combatif, assimilait 10000 théories. Mais pourquoi ? Il y a des Cyrulnik, des Miller , aux profils similaires, qui parviennent à convertir leur souffrance, à aboutir. Mais lui n’y parvenait pas. Les multiples traumas, en plus d’une hospitalisation précoce à quelques mois où il s’était laissé mourir de faim, l’avaient-ils déstructuré plus profondément ? Mais pourquoi était-il resté rationnel, cohérent, capable d’une extraordinaire concentration, et n’errait-il pas, dépenaillé dans une ruelle ou parqué dans un asile ? Trop de souffrance, trop d’idées, trop de désirs, trop de frustrations, trop de rejets.

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