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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 19:00

Zamiatine « Nous autres »

Lu « Nous autres» de Zamiatine, publié en 1920. Il est, comme « Roman avec cocaïne » d’Agueev, un grand livre méconnu. Cette dystopie préfigure les œuvres d’Huxley et d’Orwell, qu’elle a influencé. C’est un livre court mais qui est d’une grande richesse philosophique.

Voici quelques idées que Zamiatine y développe :

Critique du Taylorisme, de la mécanisation des individus, comme du conformisme et des totalitarismes à venir.

Critique de l’égalitarisme, où «  être banal est devenu un devoir ».

Eloge de l’inconscient, des pulsions, de « l’inquiétante étrangeté » (Freud, les surréalistes), comme porteur d’une vérité essentielle.

Critique implicite de Hegel, du rationalisme extrême.

Analogies avec Nietzsche, (le désordre Dionysiaque plébiscité contre l’harmonie Apollinienne).

Eloge de l’inattendu, dans une société du contrôle où l’idéal c’est que rien n’arrive, que tout soit prévisible, donc la liberté s’oppose au bonheur, à la sécurité (mais l’avenir est « création d’imprévisible nouveauté » : Bergson)

Réhabilite la tristesse, la souffrance, les émotions dites négatives, l’ambivalence et s’oppose donc à Spinoza, au Bouddhisme, aux modes actuelles omniprésentes de développement personnel, des théoriciens du bonheur et de la joie qui, de plus, occultent l’importance des conditions de vie réelle (travail, argent, santé etc)

Filiation avec le « Sous-sol » de Dostoïevski. « Et si je hais leur idéal de bonheur imposé, si je désire être malheureux, si je ne veux pas du salut. »

Critique de l’Etat « le plus froid de tous les monstres froids » selon Nietzsche. Tendance actuelle au contrôle et à la surveillance constante, et inquiétante : ne fumez pas, buvez modérément (et si je veux boire avec excès !) rouler doucement,  hydratez- vous quand il fait chaud, couvrez-vous quand il fait froid etc : infantilisation des masses.

La maladie, comme émergence de lucidité. Ne plus trouver le monde, les normes comme allant de soi. Anti-conformisme.

Eloge de l’individu, contre les « numéros », du personnel contre l’impersonnel (on pourrait aussi dire « citoyens », « camarades » : dangers d’uniformisation, de dérives totalitaires, Etat unique, pensée unique, grand bienfaiteur etc). Et encore, les numéros 1,2,3 se distinguent en rapport à « Camarades, Citoyens).

Omniprésence des références aux maths, et opposition à la réduction des sentiments aux chiffres, à la logique, au rationnel. S’oppose au positivisme d’Auguste Comte.

Et puis, il y a l’amour. Le « héros », D-503 tombe amoureux de I-330, et son attirance prime sur tout le reste, sur toute considération rationnelle. Et y est développé une critique subtile de l’amour indifférencié, avec la valorisation des affinités, et de la jalousie comme naturelle à l’homme. Quand on aime, on ne compte pas. C’est le cas de le dire.

 

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