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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 18:26

Sur les couvertures des magazines, toujours les mêmes têtes, Matthieu Ricard, Frédéric Lenoir, Christophe André, promettant les mêmes platitudes. Le contexte socio-économique, philosophique, psychologique qui poussait les hommes vers des pratiques superficielles de méditation, l’aspect critique était inexistant. «Tout est bien dans l’instant présent ». Même pour le chien, ça ne veut rien dire. Un chien a des besoins physiques, psychiques, a besoin de se dépenser, de résoudre des problèmes, de sécurité, d’affection, sans quoi il n’est pas épanoui, il s’étiole, angoisse. Et puis, cette injonction permanente au bonheur, si lassante, ces moralistes guidant le bon peuple, avec des leçons de vie, des « coachs » de vie.

Ah Montaigne ! Prendre le masque ironique et moqueur de Démocrite plus que l’air grave et désespéré de Parménide, pour supporter la vie et les gens, leur bassesse et médiocrité, leur vile compromissions, sans en être trop affecté.

 

Tchouang Tseu, et la mort de sa femme, qui le peine mais dont il tente de se détacher parce que c’est un processus naturel. Mais il manque l’essentiel à ce raisonnement logique, la réalité de la présence manquante, et la vie sans elle. Là encore, ce n’est pas qu’une représentation plus qu’un événement qui affecte, c’est un événement qui génère naturellement une représentation. D’ailleurs, peut-on avoir des amis, des amantes sans s’attacher et sans devenir dépendants ? Les biologistes, avec l’ocyotine libéré lors de l’orgasme, ou développé lors de l’attention aux enfants par exemple, exposent un processus naturel et chimique indépassable pour qui veut vivre une vie d’homme. Marre de ces hommes qui

font « ces pointes élevées de la philosophie sur lesquelles aucun être humain ne se peut rasseoir et ces règles qui excèdent notre usage et notre force ? Je vois souvent qu’on nous propose des images de vie, lesquelles ni le proposant ni les auditeurs n’ont aucune espérance de suivre, ni, qui plus est , envie. »

 

La lecture de Darwin apporta des réponses à Brian. Entre  l’ultra libéralisme de Spencer et l’eugénisme de Galton, Darwin, comme souvent, a la position du sage. Même s’il s’avérait qu’une politique eugéniste puisse réduise la dégénérescence et améliorer l’espèce, il s’insurge contre cette sélection artificielle, la domestication de l’homme par l’homme, car ce serait pour des bénéfices futurs incertains mutiler dans le présent la part la plus noble de l’homme. Patrick Tort appelle « effet réversif de l’évolution », l’idée qu’en l’homme, par la civilisation, l’évolution sélectionne la non sélection. L’altruisme, la coopération, l’entraide, la sympathie, les capacités rationnelles et les instincts sociaux l’emportent sur la sélection naturelle, même s’ils sont issus de la sélection naturelle. C’est-à-dire qu’ils servent l’espèce. Mais on arrive à un autre problème. Morale relative  ou absolue ? Si on n’élimine pas les plus faibles, c’est dans l’idée qu’au fond, cela nuirait à la perpétuation de l’espèce, mais si cela, pour d’autres motifs évolutifs, étaient bénéfiques ? Les valeurs doivent-elles toujours l’emporter, y compris si elles sont néfastes à l’homme ? Par contrer une idéologie, ne retomberait-on pas sur une autre idéologie ? S’il s’avérait que l’éthique nuise à la vie, faudrait-il la privilégier malgré tout, ou ne la considère-t-on que dans la perspective qu’elle est bénéfique pour la vie humaine ? Mais la mettre au-dessus de la vie humaine si elles deviennent antagonistes, est-ce encore éthique ?

 

Brian creusa le thème obsessionnel pour lui du suicide. « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux » comme l’écrit Camus. Qu’attends-on exactement en persistant dans la vie ? L’espoir, un jour, d’être heureux ? Mais c’est un espoir que l’on observe très peu comme le leurre inventé par la Nature pour pousser les hommes à vivre et à espérer. Car « la vie ne couvre pas ses frais ». Tout en le sachant, on vit quand même. Par peur de mourir ? Pour les plaisirs qu’offre la vie, même si éphèmères ? Peut-être dans l’espoir de trouver la sérénité, l’apaisement avant de mourir. Mais pourquoi est-ce si important, puisque l’on meurt de toute façon, et qu’on n’en a nul souvenir, que ça ne fait pas de différence ? Cela en fait-il une vivant ?

Ou alors, c’est l’amour que l’on cherche. Parce qu’il décentre, et que l’on perd, naturellement la peur pour soi, qu’on a surtout peur pour l’autre.

Ou bien, c’est l’espoir des trois dernières semaines Tolstoïennes, qui expliqueraient tout, justifieraient tout, sauveraient tout, que l’on ne vivrait peut-être pas si l’on se suicidait. Mais pourquoi est-ce si important ?

Ou encore, et peut-être est-ce ce qui nous maintient vraiment en vie, l’instinct qui nous pousse à vivre la vie terrestre jusqu’au bout ? Pousser jusqu’au bout cette expérience unique.

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