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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 19:28

 

Un des moments forts de cette année, et il y en eut bien peu : mes retrouvailles avec le mouvement beatnik.

J'ai relu "Le vagabond solitaire", et découvert l'excellent et méconnu "Vanité de Duluoz" de Kerouac, sa biographie par Ann Charters, ainsi que "Allen Ginsberg, poète et Boddhisatva beat" par Gilles Farcet.

J'ai beaucoup appris, notamment sur l'entourage des figures phares.

Je n'avais pas compris, plus jeune, à quel point ils étaient tourmentés. Ils n'étaient pas que des joyeux lurons, poètes, voyageurs, épris de boissons, de jazz, de drogues, de rencontres, en quête de spiritualité, du "hit", d'extase, assez complexes mais somme toute assez joyeux.

En fait, Kerouac n'a cessé de se défoncer, d'avoir besoin de se défoncer, et est toujours resté plus ou moins désabusé et désespéré.

Burroughs dans une certaine mesure idem. Ginsberg s'en est mieux sorti. Il semble avoir trouvé un équilibre avec le Bouddhisme Tibétain et la méditation. 

Mais Neal Cassady, Grégory Corso, Peter Orlovsky, et même Alan Watts paraissent toute leur vie avoir subi leurs démons, ne s'en être jamais délivré.

Ce qui m'a décomplexé pour me cuiter à nouveau, car ma vie est bien plus désolée, tragique, folle et solitaire que la leur.

Gary Snyder, naturwriting et pratiquant du zen, compagnon de route des beatniks, initiateur  du séjour "Waldenien"  de Kerouac dans la montagne, était apparemment plus solide, et en paix avec lui-même.

 

Je ne voyais pas jusqu'alors quel était l'apport du mouvement beat  à l'histoire littéraire  comparé à un écrivain comme Henry Miller.

Il me semblait, que tout y était déjà. L'amour de la littérature, des rencontres, du dépaysement, la critique d'une certaine Amérique, le sexe, la dépréciation des dogmes moraux, religieux, du mode de vie de la majorité, du travail insensé, une quête intellectuelle, spirituelle, de l'humanité, de la tendresse...

Mais ce qu'ont ajouté d'essentiellement neuf les auteurs beat, c'est la poésie.

La puissance du verbe de Miller est prodigieuse. Les beat sont loin de l'égaler, mais Miller est parfois lourd, eux sont plus légers. Ginsberg dans la mouvance de Whitman, "je chante les corps électriques", est poète bien sûr, mais j'ai compris récemment que tout dans Kerouac est absolument poétique, et mélancolique, qu'il ne faut vraiment pas se contenter de "Sur la route".

 

J'avais découvert Gilles Farcet par son excellent livre sur Thoreau "Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde" où il se réfère également à Miller, Kerouac, Snyder, le zen, l'hindouisme, Arnaud Desjardins, Kenneth White...

C'est un livre qui m'a non seulement plu, mais aidé à vivre, et c'est par son inspiration que j'ai lu "Walden, la vie dans les bois", et surtout Miller, dont "La crucifixion en rose", "Plexus" en particulier fut une révélation.

Hasard ou Providence, je regardai distraitement une des publications mis en valeur par la Bibliothèque principale de Niort, lorsque je tombai sur "Kerouac" par Ann Charters, et "Allen Ginsberg, poète et Boddhisatva beat" par Gilles Farcet. 

Eh bien, le livre de Gilles Farcet m'a encore procuré un plaisir de lecture, tout dans le sujet y invitait, et surtout quelques moments de paix, de gratitude, et de recueillement.

Combien de passages marquants dans ce livre. Rencontres autour de Ginsberg et d'Orlovsky à New-York, d'hommage à Kerouac au Canada, enquête sur les contradictions éventuelles d'un maître Bouddhiste et alcoolique, extraits de poésies de Whitman, de Ginsberg, et insistance hypnotique sur les premiers vers célèbres de "Howl" : "J'ai vu les plus grands cerveaux de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieurse piqure, initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne ", quête spirituelle de l'auteur, explicitations métaphysiques, profondeur de vue et clairvoyance sensée de Ginsberg.

Ginsberg, décidément, que j'avais toujours négligé lui préférant Kerouac, se révèle le plus équilibré du groupe, le plus fraternel aussi, et son moteur, le génie de l'organisation sans qui peut-être, et même certainement l'esprit du mouvement n'aurait pas émergé, la force sans laquelle ils seraient tous, pas assez cohérents pour s'en sortir sans aide, restés dans les marges de l'histoire.

Il a manqué à Kerouac une bonne psychanalyse peut-être (ses rapports fusionnels avec sa mère, l'idéalisation de son frère aîné décédé, sa culpabilité et son idéal du moi...) et ce que Gilles Farcet nomme "l'extase articulée", par opposition à ce qu'il nomme "l'extase désarticulée", sans centre, cohérence, sans principe directeur, qui mène au désespoir, à la folie, dérèglement de tous les sens Rimbaldien trop chaotique, sincère mais trop artificiel dans ses moyens, pour que ça se termine bien.

 

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commentaires

Farcet Gilles 25/04/2015 17:36

Avec retard, je découvre seulement cet article, merci ! Gilles
PS je me mets sur le tard à pondre et pondre des poèmes , en poste certains sur ma page FB(d'écrivain, pas la page perso) et commence à faire quelques lectures ... Avec toujours une pensée pour Allen.

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