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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 23:37


Je me suis longtemps intéressé au Bouddhisme.
J'ai eu ma période Bouddhiste, comme j'ai eu ma période catho ou ma période philo.

Le Bouddhisme a commencé à m'intriguer quand j'ai vu le film "Siddharta", de Bertolucci, avec Keanu Reeves dans le rôle du Bouddha.
J'ai trouvé que ce film dégageait une espèce de sérénité, et j'avais fort besoin de me pacifier à l'intérieur, ( comme à l'extérieur d'ailleurs ).
J'ai commencé par méditer seul. Je ne savais comment m'y prendre. Fallait-il fermer complètement les yeux ou bien les laisser entrouverts? Devions-nous fixer un point avec le regard ? Quelle était la posture exacte ? Que signifiait faire le vide ? Comment l'obtenir ? Et quel était le rôle de la respiration ?
Je me débrouillais tant bien que mal. Ma curiosité à l'égard du Bouddhisme finit par se dissiper un peu, quand je fus confronté à d'autres problématiques, d'autres exigences. Elle se réactiva quand je repris mes études au lycée, après le service militaire.
Il faut dire aussi que j'associais le Bouddhisme aux moines shaolin qui étaient en quelque sorte des modèles pour moi.
Je décidai donc d'approfondir cette voie. Je lus quelques livres sur le sujet. Mais, comme je suis extrême en toute chose, je voulais, comme le Bouddha, atteindre le Nirvana. Ne dit-on pas que tout homme a la nature du Bouddha, après tout ? Je désirai atteindre une espèce d'affranchissement définitif, sans retour ( sans régression, tentation de la régression ) possible.
Je pris contact avec la Gendronnière, temple situé près d'Orléans, et fondé par Taisen Deshimaru, disciple de Kodo Sawaki. Deshimaru est une figure du Bouddhisme Zen en France. C'est lui qui a initié son développement. Il a commencé par avoir un dojo à Paris, ou se côtoyaient quelques célébrités ( Matzneff, Béjart ) et beaucoup de drogués.
Deshimaru était mort depuis quelque temps déjà quand j'allais livrer mon corps et mon âme à une Sesshin ( pratique intensive de la méditation et de l'enseignement Zen ). Il est décédé d'un cancer foudroyant du cerveau. Trop de méditation peut-être ? Mais ce n'était de toute façon pas très important pour lui, la distinction entre la vie et la mort n'étant qu'une illusion générée par l'ego, et cette vérité apaisante de la non dualité devant nous apparaître lorsque notre ego ne rompt plus le flux, la continuité des phénomènes par ses interventions intempestives. Nous y reviendrons !

Ma première surprise, ce fut de constater la différence entre l'atmosphère particulière du Temple et celle d'un Monastère Chrétien. L'accueil y est plus froid. On doit se débrouiller seul, comme si on devait faire ses preuves, avant d'être accepté. L'ambiance y est lourde, sans doute du fait des séances de méditation, car elles font un peu l'effet d'une auto-analyse, c'est-à-dire qu'on y est seul face à soi-même. Des "Démons" surgissent toujours lors des séances, car elles durent longtemps ( 1 h 30 scindée en deux , avec une pause occupée par une marche méditative  ) et elles sont nombreuses ( 3/4 dans la journée ). Pas de transfert/contre-transfert ici, il faut assumer seul sa part d'ombre. C'est pour cela que de nombreuse personnes craquent.

Le but est de n'en avoir aucun, d'être au-delà, ou en-deça de la dualité de l'espoir/désespoir, du sens/non sens, de la vie/mort. Mais, s'il ne faut pas entretenir ses pensées, on ne doit pas chercher à les dissiper volontairement. On doit seulement les laisser passer naturellement.
Par ce processus, le vide "s'instaure" progressivement, mais, plus exactement, il est ouverture à une autre forme de conscience, débarrassée de l'ego, qui allège notre perception du monde, l'épure, nous permettant de nous concentrer sur l'essentiel. ( Laisser passer les idées et images qui nous traversent peut évoquer l'association libre en psycha- nalyse ).

Evidemment, il existe de nombreuses rechutes. Pour s'en prémunir, atténuer leur impact, ou les détourner, le méditant dispose de plusieurs moyens.
D'abord, Il doit se concentrer sur sa posture, ( dos bien droit, genoux enfoncés dans le sol, épaules relâchées, menton légèrement rentré, yeux entrouverts, sommet du crâne tendu vers le haut ).
La rectification incessante de la posture aide à évacuer les pensées parasites, et à contrer l'assoupissement .
Ensuite, il doit développer une respiration lente et profonde, dont l'expiration l'emporte en durée sur l'inspiration. On prétend qu'une bonne respiration découle naturellement d'une posture correcte. Respirer convenablement, profondément, aide l'esprit à se tranquilliser ( par l'intermédiaire de l'interaction avec l'organisme ).
Enfin, le méditant peut, s'il le souhaite, demander à recevoir un coup de bâton, "kyosaku",asséné par derrière, et sur un point précis de l'omoplate. Ce coup sert à vérifier la concentration du méditant puisqu'il ne doit pas ressentir de douleur s'il est suffisamment relâché. Il sert aussi à réveiller ( à coup sûr ) celui qui s'endort. Et il est utile pour distraire celui dont l'esprit lutte avec ses obsessions.

Dans les Temples Zen, la nourriture est très bonne. Le cuisinier est très respecté, et ce n'est pas étonnant si on considère les affinités du zen avec la cuisine, art éphémère par excellence, dont les produits son si vite consommés.

Il est habituel d'associer le travail manuel à la méditation, comme chez les Trappistes "ora et labora".
J'ai ainsi pu tâter du ménage, de la  cuisine, de la vaisselle, du jardinage, et du "bucheronnage", et c'était sympa, toutes ces activités en peu de temps.
En plus, comme je dormais en dortoir, j'ai pu faire beaucoup de rencontres, dont pas mal de phénomènes, avec entre autres un sous marinier, un bûcheron, un philosophe, un grand type au crâne rasé dont la vraie passion était le Bouddhisme tibétain mais dont un maître n'avait pas voulu, lui conseillant d'aller voir un psy d'abord, ce pour quoi il était avec nous chez les zen, ( nous voulions pratiquer avec les moines de Shaolin ensemble ), et quantité "d'anciens" drogués.
Il y avait aussi des malades incurables qui cherchaient la guérison miraculeuse avec le zen. Ils n'ont pas compris que le zen, loin de redonner la santé, relativise et dédramatise la mort. Enfin, c'est peut-être de parvenir à cette façon de l'envisager qui est le miracle et la grande santé.

 

J'étais assez intransigeant. On nous enseignait qu'il fallait se tenir dans la vie comme dans le zazen, et je les voyais tous se relâcher, même nos "guides".

Plusieurs filles me draguèrent, dont une superbe actrice de théâtre, mais j'avais l'esprit si mal tourné que je les considérais comme des démons séducteurs qui me distrayaient de ma quête, comme les tentatrices de Bouddha.

Moi mon but, c'était le nirvana, et je me dis qu'il me faudrait rester en méditation jusqu'à ce que j'y parvienne. Je m'y suis abymé les genoux plus tard.

J'avais ma conception du "juste milieu". Je trouvais qu'il servait d'alibi pour ne rien foutre. En fait, le Bouddha a beaucoup lutté ( ascèse intransigeante ), avant d'accéder à la tempérance. J'avais l'impression que les Bouddhistes déniaient l'importance du combat, comme s'ils désiraient le but sans la médiation nécessaire pour y parvenir, la fin sans les moyens adéquats.
C'était sans doute vrai pour beaucoup. Mais ce qui l'est aussi, c'est que l'on doit se servir de l'exemple des anciens pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, pour atteindre plus rapidement leur niveau, sans quoi leur transmission est inutile.

J'aborderais l'aspect critique du Bouddhisme, dans un autre article.




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commentaires

M

C'est drôle, touchant et naïf, ça me rappelle mes débuts...
Pourquoi vouloir "devenir Bouddha"? Parce qu'on n'est pas un bon bon?Pour être comme dans un trip d'acide en permanence sans les risques? Pour être comme Keanu Reeves?
Tout cela ne semble pas très sérieux!
Alors me voila en train d'évaluer ceci, cela, les uns, les autres. Et ça ne correspond jamais au fantasme que je m'étais fait. Tiens, le Maître drague les filles. Tient Machin ne vient pas à la
pudja. Les autres pourraient faire la vaisselle de temps en temps.... Et on veut montrer au Maître qu'on a le potentiel du bon petit bouddha: et on pousse le plafond avec la tête, et on supporte
les crampes, le mal de dos, la gamberge.
Pour lui par contre, tout a bien. On va lui conter ses malheurs et on attend la recette magique, l'abisheka, l'éclair de supraconscience. Mais lui vous dit: allez donc jardiner/méditer/vous
promener, détendez-vous. Cool.
Au fait, il ne vous a rien demandé, rien promis. Il est peut-être en méditation permanente, baignant dans la félicité et s'en contrefoutant de nos histoires, qu'en savons-nous? Et on se fait un
cinéma avec tout ça.
En fait, c'est nous qui nous faisons un film. La situation présente est la seule chose avec laquelle nous pouvons travailler et nous sommes les seuls capables et responsable de le faire ou pas.
Alors moi, la situation zen me va bien chez moi. Pour l'enseignement, je préfère les moyens habiles du vajrayana. Disons que je m'y sens bien. De formation catholique, la richesse des rituels me
rassure peut-être. M'inspire, sans doute.
Le Bouddha a découvert que l'on s'attache très vite (c'est de l'ordre du millième de seconde) à ce que l'on accomplit. Il a développé des techniques, dont certaines ont été perfectionnées et
transmises depuis 2500 ans.
La dessus, c'est une tâche assez difficile pour nécessiter toute une vie de travail, ou plusieurs, une oeuvre de lucidité qui doit s'unir à la compassion pour prendre toute son étendue, qui est
d'étendue égale au samsara...


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