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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 12:40


Dans "Belle du Seigneur", le personnage Adrien Deume est ridiculisé. Il ne s'occupe que de mondanités, et incarne une sorte de quintessence de la bêtise, de l'insignifiance ( comme le mari de Thérèse Desqueyroux, tellement caricatural qu'il n'est pas crédible ).
Seulement, ce que ne semble pas comprendre Cohen, c'est l'universelle loi qui pousse les hommes à la recherche de la manifestation de soi, de la prise d'ampleur. C'est biologique, c'est la vie. Or, les hommes n'étant pas également doués, leurs modes singuliers d'expression diffèrent en fonction de leurs aptitudes, et la qualité des fruits liés à la voie empruntée est à la mesure de la profondeur des individualités.
Il n'y a donc pas de jugement possibles des individus. Le "type" auquel appartient Adrien Deume ne peut s'excéder lui-même.

Pour cette raison, on peut considérer l'oeuvre d'un écrivain comme pitoyable, mais on ne peut condamner sa création, le fait qu'il la produise, et qu'il produise du médiocre, s'il donne ainsi le meilleur de lui-même.
Ce médiocre aidera beaucoup de gens, la majorité en fait.
Et puis, en général, l'oeuvre d'un auteur est d'une profondeur à peu près constante. Donc si Paulho Coelho fait toujours du Coelho, et s'il n'atteint jamais, il en est loin, la qualité d'un Dosto, c'est que manifestement, il en est incapable. Est-ce sa faute si sa "production" est naturellement insipide et nulle?
Est-ce qu'il devrait s'interdire l'écriture pour cette raison ?
Il semblerait qu'il ait trouvé son épanouissement dans cette voie, et que donc tous ses faibles livres, qui expriment sa faible intériorité, dont les réflexions sont à peine digne d'un préadolescent, constituent envers et contre tout sa raison de  vivre, le mode d'expression dominant de sa vie, la source grâce à laquelle il s'actualise.
Et on ne peut le lui reprocher, ni le lui enlever.

C'est la raison pour laquelle la condamnation du nivellement culturel, de la relativisation du goût, qui nous pousse à la tentation permanente d'un totalitarisme artistique dont la vocation, élever le Peuple par la connaissance des grands chefs-d'oeuvre, paraît digne, ne peut rien changer.
Elle est contrenature.
En cherchant à imposer le meilleur, qui par définition ne concerne, ne peut concerner qu'une minorité, on nie et on étouffe la nature, la vie, les goûts de tous les autres. On les empêche d'exister.
La démocratie s'avère donc le meilleur régime, le plus propice à l'épanouissement de tous les êtres, même s'il faut s'y résigner au triomphe de la médiocrité. Elle est, par essence, constitivement médiocre, mais elle n'empêche personne d'exister.

Ainsi, Adrien Deume est ce qu'il est. C'est son karma.
Qu'y faire?

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