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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 22:34
La psychanalyse est-elle fondamentalement une énergétique des pulsions ( Freud, Ricoeur, Castoriadis),  comme la Comédie Humaine était une énergétique des passions, ou bien est-elle essentiellement une affaire de linguistique ( Lacan)?

Paul Ricoeur, dans "De l'interprétation", a critiqué la réduction linguistique de la psychanalyse opérée par Lacan.
Cette démarche lui causa beaucoup d'ennuis, et beaucoup d'ennemis.
De fait, Lacan, pourfendeur de la sclérose institutionnelle de la psychanalyse, de la position du psychanalyse comme "sujet supposé savoir", est devenu, paradoxalement, "le" sujet supposé savoir par excellence pour ses disciples, un gourou adulé ne souffrant aucune contestation, et son influence a suffit à dégoûter de la psychanalyse des individus qui sont amenés à la confondre avec le "lacanisme", du fait de son emprise.

Une des critiques des théories Lacaniennes les plus intéressantes est celle effectuée par Cornélius Castoriadis.
Dans ses "Carrefours du Labyrinthe" il conteste un certain nombre de points.
Lorsque Lacan parle de "non séance", de "non analyse", de cure "sans finalité", de séances dont la durée est variable, on peut y voir une grande sagesse, un accomplissement des principes Zen, mais on peut aussi y voir un pur et incontrôlable charlatanisme.
L'homme a besoin de repères.
Si la durée de la séance varie, et se clôt par exemple en fonction des paroles du patient, il n'y a plus de stabilité possible pour celui-ci.
Le psychanalyse devient tout puissant. Cela peut conduire à tous les excès. Une séance de 5 minutes ne sera pas logiquement suivie d'une séance de 55 minutes. Cette durée de 5 minutes de la séance peut se répéter indéfiniment, selon le bon vouloir du psychanalyse.
Le patient perd tout contrôle et devient complètement dépendant.

Lorsque Lacan parle de "non finalité" de la  cure, c'est une aberration. La théorie a un but, et un but facimement identifiable.
Un individu qui "choisit" l'analyse est un individu qui souffre, dont les "formations de compromis", les "satisfactions substitutives" ne sont pas épanouissantes.
Il faut donc l'aider à sortir de la compulsion de répétition, qui transforme sa vie en tragédie, et cela pour lui faire prendre conscience qu'elle n'est pas irrémédiablement, naturellement une tragédie.
Il peut sortir de l'enfermement en un système qui le fige, se délivrer des angoisses et des symptômes qui l'entravent, en ralentissent l'action, altèrent sa capacité à jouir de la vie.
Il s'agit donc de l'aider à reprendre goût à la vie.
A lui, le désir retrouvé, l'autonomie progressivement acquise, de se construire, de se créer de nouvelles sources de jouissance, d'emprunter de nouveaux chemins.
Bien sûr, la liberté est toujours "en situation" comme dirait Sartre, et la recherche de compromis satisfaisants entre principe de plaisir et principe de réalité toujours à renouveler.

Le style de Lacan est volontairement obscur.
Est-ce pour désorienter positivement le lecteur ?
Ce procédé, ( comme le coup de bâton du moine Zen ), est sujet à caution. Il est un peu trop facile de se débarrasser des questions gênantes ainsi. Habile subterfuge d'incompétents !
Le charlatanisme de Lacan est tellement évident qu'on se surprend à se dire : "Il a des idées intéressantes, finalement il n'est peut-être pas un charlatan". On oublie que c'est encore heureux, et qu'après tout, c'est la moindre des choses. On retrouve d'ailleurs ses idées , qui sont finalement des lieux communs pour les analystes, chez la plupart des théoriciens, mais exposées autrement et plus simplement.

Et, enfin, petit apport personnel :

Lacan n'incarne t' il pas la tendance psychotique propre à l'acte philosophique ?
Son entreprise serait alors bien plus une trahison de l'oeuvre de Freud qu'un retour à Freud, et une trahison nuisible à la vie.
Un des messages essentiels de Freud, c'est qu'il peut être bon de vivre.
Pour celui qui en a saisi la substance, la littérature par exemple ne saurait être supérieure à la vie.
Elle est une simple facette de la vie, comme la philo, les sciences, et toutes les activités de l'esprit.
Il est également important de se promener, de jouer aux cartes, de pratiquer un instrument de musique, bref de jouir de ses sens.
Et il importe encore davantage d'avoir une vie sexuelle épanouie.
Il y a donc comme une relativisation de la valeur, de la place de la culture.

Pour conclure simplement, la vraie vie, c'est jouir pleinement, et pas lire 10000 pages sur la jouissance, c'est profiter de l'air frais, du soleil, de la mer, et pas s'enfermer dans son cabinet pour lire tous les séminaires de Lacan. Mishima l'avait bien compris ( voir "Le soleil et l'acier" ).
Dans le même genre ( antiblablabla ) , Sartre reprochait à Camus de n'avoir rien compris à Heidegger. Qu'est-ce qu'on en a à foutre? 
Ca ne l'a pas empêché d'être un meilleur romancier que Sartre.
Et dans le même genre encore, ( ça s'éloigne du sujet mais j'avais envie d'en parler ), Finkielkraut reproche à Van damme l'incohérence de ses propos.
Ca ne nous empêche pas de sentir une grande générosité qui émane de JCVD. Finkielkraut peut nous parler de Lévinas, de "l'infini du visage de l'Autre" pendant des heures, ce ne sont que des mots, et on ne ressent pas une grande humanité de sa part.
Voilà. En gros, Lacan, c'est du verbiage inutile et prise de tête, et nuisible parce que son étude diffère la salutaire satisfaction pulsionnelle.

 
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commentaires

M

C'est oublier bien vite le fantastique thérapeute qu'il fut, l'extraordinaire penseur de l'éthique du "sujet censé savoir" et de l'analyse qu'il doit avoir de sa volonté de pouvoir, l'inventeur de
ces si puissants mathèmes, le découvreur du stade du miroir et l'articulation de la faculté de méconnaissance du langage.
Qui a pointé que l'inconscient est un langage, que des fonctions en émergent.
Il est certain que la phénoménologie bouddhiste est plus compréhensible et moins prise de tête (cf Abhidharma).


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