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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 16:15

 

 C'est surprenant, le nombre de philosophes brillants qui se fourvoient par engluement dans l'idéologie ou l'affect. Ainsi d' Onfray, Conche ou Misrahi.

Comment est-il possible de postuler la liberté humaine et le matérialisme ?

Sartre a essayé et s'y est cassé les dents! Au fur et à mesure de ses tentatives de conciliation entre déterminisme des situations et liberté humaine, la liberté s'est réduite comme peau de chagrin. On ne peut se contenter d'un :"l'homme est libre parce qu'il est homme, il est homme parce qu'il est libre".

Si l'homme est libre, c'est parce qu'il a un corps d'homme le prédisposant à la liberté.

Un chien est-il libre? un débile léger, un être humain victime d'une grave attaque cérébrale sont-ils libres?

Il faut admettre que la liberté n'intervient, n'émerge qu'à partir d'un certain degré de complexité matérielle, d'agencement corporel. Donc, déjà, grosse limitation, et gros problème. L'homme ne choisit pas d'être libre, et s'il l'est, il peut perdre sa liberté, non volontairement, non moralement, non métaphysiquement, mais par dégradation physique.

Ensuite, à partir de quel seuil de complexité cérébrale la liberté est-elle susceptible d'émerger en l'homme?

Gros problème. Peut-être peut-on envisager le liberté comme indétermination croissante, mais elle s'enracine alors dans le corps, est fonction du cerveau et n'est donc pas du tout l'équivalente du libre-arbitre. Cette position que l'on retrouve par exemple chez Bergson ou Teilhard de Chardin, présuppose de plus une spiritualité.

 

Mais cela ne devient pas du tout évident, dans le cadre d'un monisme matérialiste, d'admettre que la matière-énergie contienne le pouvoir, ait la propriété de produire, de créer à partir de ses arrangements de la liberté, une liberté qui la transcence et lui échappe, liberté qui tout à la fois dépend d'elle et déborde de ses conditions de possibilité.

Cela ne va pas de soi. On peut faire comme si, certes, et d'ailleurs toute notre société fait comme si. Toutes nos institutions sont fondées sur un postulat métaphysique qui s'ignore et qu'elles ne considèrent pas comme tel.

 

En fait, soit la liberté est pure illusion et chimère, soit elle est un accroissement des possibles, de l'indétermination s'enracinant dans la complexité corporelle et fluctuant avec elle.

Mais de la responsabilité fondée sur le libre-arbitre je n'en vois nullement ici.

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commentaires

L
Bonjour Fred. Connais-tu l'argumentaire du sulfureux Otto Weininger, dans "Sexe et caractère", où il conçoit la liberté comme l'expression de la "conscience de soi par la mémoire" qui fait de
chaque homme un spécimen unique de l'espèce et par conséquent irréductible au positivisme... ( au contraire de la femme ?)
une thèse aussi profonde, si l'on peut dire, que vertigineuse.
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F


Je ne connais cet auteur que de nom, mais je ne l'ai jamais lu. J'ai été voir sur le net et je trouve qu'il ya des points communs avec les vues de Schopenhauer ( même si tout ceci est mu par une
volonté absurde pour lui ). Mais que la spécificité de la femme soit de trouver son épanouissement en procréant, ce qui la dispense de créer comme nous le faisons, ce me semble une évidence
partagée par George Steiner par ex, hélas politiquement incorrecte et très attaquée, et je pense que bientôt nous serons poursuivis par le lobby queer par exemple, rien qu'à l'énoncé de cette
vérité vieille comme le monde.