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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 01:01


Quel est l'intérêt de la philosophie, de la pratique philosophique?
Apprendre à mieux penser, remettre en cause ses croyances, ses valeurs, ses préjugés?

Dans l'idéal, ce serait cela, mais qu'est-ce que concrètement l'étude philosophique?
L'apprentissage, la comparaison, la critique de systèmes conceptuels.
Ce que devrait procurer cet apprentissage, c'est un accroissement du doute, de la capacité a s'interroger sur le monde, et sur soi.
L'étude philosophique est-elle réellement capable de cela?

Comme l'ont montré Freud, Nietzsche ou Schopenhauer, les affects, les pulsions l'emportent sur la raison qui n'est qu'un épiphénomène en justifiant après coup les orientations.
Mais si la philo ne sert pas la critique véritable, si elle n'inclut pas la possibilité d'un changement de ses pensées et de sa vie, elle  ne sert à rien.
Ce serait comme si on se donnait tout ce qu'on doit trouver dès le début ( ex: comme un dogme religieux ), et alors tous les développements ultérieurs ne pourraient que renforcer ses fondements ( comme la théologie ), jamais en corrompre la substance.

C'est un fait qu' un nombre conséquent de philosophes s'enferme dans un système de pensée, une vision du monde..
Est-ce du à ce que Freud nommait la tendance psychotique propre au philosopher ( ce que Paul-Laurent Assoun a développé dans son "Freud la philosophie et les philosophes") ?
C'est-à-dire que le philosophe, comme le religieux, a tendance à humaniser le monde avec des théories anthropomorphiques, qui le rassurent mais sont artificiellement fondées, ne correspondent à rien de réel.

Cette aliénation à une approche unique et arbitraire du monde. permet au philosophe de réinvestir le monde.
L'inadéquation de sa vision et de la réalité, de sa doctrine et de l'immensité de l'univers qu'il prétend y réduire, fait symptôme, donc a une utilité, une fonction.
Elle aide le philosophe à vivre comme le religieux.
Mais elle le bride aussi, en altère les capacités. Elle l'épuise vainement, puisqu'une part importante de son énergie est investie en vue de la résolution de fumeux problèmes ( le sexe des anges ).
C'est pourquoi Freud a pu employer l'expression de "spéculation dans le vide" pour qualifier l'exercice philosophique

Cette caractérisation négative est cependant contestable. Même si elle est très présente parmi les philosophes, même si elle est une pathologie redoutable ( bien qu'elle soit communicable, et donc qu'elle permette au philosophe de retrouver le monde, comme l'artiste reprend contact avec le réel par l'oeuvre ), on ne peut y réduire l'histoire de la philosophie.

Certes, elle ne peut remplacer la psychanalyse en ce qui concerne la reprise en main de la vie individuelle, sa libération.
Je la crois incapable de satisfaire à l'aspiration à se connaître soi-même.
Son étude est moins appropriée que la cure pour répondre à l'injonction Socratique : "Connais-toi toi même".
Elle n'est pas outillée pour cela.
Mais la psychanalyse ne remplace pas la philosophie en terme de contenus, de possibilités critiques.
La philo, si elle est impropre à changer la vie, à asssurer ce pour quoi elle était primitivement destinée, c'est-à-dire si elle n'apprend pas à vivre et à mourir, reste un formidable réservoir d'approches cohérentes et critiques des grandes questions existentielles.

Cependant, le danger de l'engluement dans le concept est toujours une menace pour les philosophes.
Quand la philosophie n'est plus qu'un assemblage de systèmes, qu'un jeu de concepts comme la stigmatisaient Claude Lévi Strauss dans "Tristes Tropiques" ou Simenon dans sa correspondance, elle n'a pas davantage de valeur intrinsèque que l'utilisation du rubik's cube. Ni plus, ni moins.

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