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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 18:37


Introduction

Les tenants du cognitivo-comportementalisme cherchent à supplanter l'influence des psychanalystes dans le traitement des pathologies mentales.
Cette volonté de main-mise a été relayée par le "livre noir de la psychanalyse", dont le but avoué était d'en finir avec l'oeuvre de Freud.
Cette violente attaque ne reconnaissait aucun mérite à Freud, sous le prétexte qu'il aurait falsifié l'histoire de cas pour les ajuster à ses théories.
C'est ce qu'on appelle "jeter le bébé avec l'eau du bain".
A la place de la psychanalyse, ils préconisent une méthode adaptative, une stratégie d'endoctrinement où il n'est nulle part question de liberté. Il s'agit de faire en sorte que le patient puisse coller au réel imposé, aux normes sociales, sans lui laisser la possibilité de s'en écarter.
Il ne saurait y avoir de critique de l'aliénation sociale des hommes, des conditions de travail, dans un tel système, ni nulle tentative de sonder les profondeurs individuelles pour permettre une prise de conscience de ce qui entrave, altère les désirs véritables des patients.
Leurs symptômes ne sont pas envisagés comme l'expression d'un malaise, d'une angoisse, de problèmes et complexes enracinés dans le psychisme, mais comme des troubles sans signification, ( sortes d'envers de lésions organiques, de conséquences de modifications anormales de l'activité cérébrale ), qu'il faut éradiquer, purement et simplement, quitte à amputer le sujet d'une part de lui-même.

On comprend que l'extension de leurs pauvres théories à tous les champs de la connaissance humaine, du phénomène humain, ne soit  pas leur fort, contrairement à la psychanalyse, aux implications et applications multiples.


Développement

Les principales thérapeutiques mises en oeuvre par le cognitivo-comportementalisme, sont ce qu'on appelle les TCC, pour thérapies cognitives et comportementales. Ce sont des thérapies qui rassemblent sous un dénominateur commun différentes pathologies, et uniformisent le traitement, c'est-à-dire  une prescription massive de médicaments pour endormir, abrutir, ( thérapeutes grassement rétribués par les firmes pharmaceutiques )  et des exercices de confrontations directes du "cobaye" à son problème.
Le patient cobaye remplit des fiches d'évaluation, dont le seul critère d'efficacité est la réduction de l'intensité et/ou de la fréquence des symptômes, considérés comme des troubles superficiels.
 Il s'agit donc d'une véritable torture qui est infligée aux patients puisqu'on leur prescrit un face à face direct avec leurs symptômes, par exemple, leurs phobies. Si le patient ne progresse pas par cette méthode, on préconise une augmentation des médicaments, voire de la psychochirurgie. L' ultime solution de ces criminels pour résoudre les problèmes des patients, c'est "Vol au-dessus d'un nid de coucous": la fin des difficultés existentielles et concrètes par la réduction provisoire ou définitive des possibilités cérébrales !
C'est la même logique que castrer le violeur, qui n'est pas plus viril qu'un autre, dont le manque de contrôle résulte donc davantage du psychisme que du physiologique.
Cela revient à tuer les potentialités d'un être pour le guérir, et, une fois stabilisé mais sans vie, à  le déclarer guéri.

Les thuriféraires des TCC prétendent ainsi réduire la complexité de la névrose obsessionnelle au TOC ( trouble obsessionnel compulsif ). C'est plus simple et ça passe mieux à la TV.
Ils déclarent qu'il faut faire prendre conscience à l'être dont la vie est parasitée par les TOC, qu'il pense "mal", qu'il lui faut modifier ses schémas de pensée magique, et tenter de résister aux pensées envahissantes, obsédantes, par sa volonté, un effort d'ailleurs contre nature.
Le névrosé obsessionnel agit comme si ses rituels avaient un impact réel sur sa vie et celle de ses proches. S'il ne les exécute pas, il se sent en danger, et s'il les exécute, il se sent protégé. Les adeptes des TCC pensent qu'en modifiant cette croyance, les patients finiront par triompher de leurs impulsions "délirantes".
Il est logique qu'ils le pensent, puisque pour eux, il s'agit de troubles et non de symptômes.
Or, ce qui montre bien qu'ils se trompent, c'est que leurs patients savent bien  ( encore faut-il les écouter ) que leurs rituels sont inadéquats aux résultats escomptés mais qu'ils agissent comme s'ils ne le savaient pas, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent faire autrement. Pourquoi ?
Parce qu'il s'agit de symptômes, c'est-à-dire, en l'occurence, de l'expression nécessaire d'une profonde angoisse, angoisse dont ils sont concients bien qu'ils n'en connaissent ni les causes ni les raisons, et que tant que cette angoisse subsistera, leurs symptômes continueront de les travailler, les trauma originels sourdront d'une façon ou d'une autre  comme un phénomène naturel.
L'expérience le montre.
Vous pouvez argumenter avec un obsessionnel, il peut approuvrer ce que vous dites, cela ne changera rien. Ce n'est ni un problème d'intelligence, ni un problème de luçidité, ni un problème de volonté. Il ne pourra s'empêcher de se livrer à ses exercices, tel un possédé, parce qu'il s'agit d'un besoin, ou d'une réponse à un besoin.
Bref, ses rituels sont des symptômes, qui manifestent une origine traumatisante mal assimilée, mal assumée, un fondement qui s'exprime de façon voilée, déformée dans des pathologies plus acceptables pour le patient mais qui lui sont incompréhensibles, dont le contenu lui échappe.

Donc, non seulement la guérison par l'attaque frontale du symptôme, sans se préoccuper de sa source, est illusoire, puisque s'il baisse d'intensité, il se déplacera, mais, dans le cas où cela fonctionnerait, ce serait même dangereux, car le symptôme est l'expression d'un besoin, et le besoin doit être satisfait. S'attaquer au symptôme de cette manière forcée peut engendrer des déséquilibres bien plus importants que ceux que l'on prétendait atténuer, voire supprimer.

Au contraire, le symptôme apparaît pour ce qu'il est, un symptôme, lorsque le mal est coupé à la racine. Il s'ensuit qu'il perd sa  fonction, et cesse spontanément.

Le traitement des phobies par l'approche cognitivo comportementaliste ( TCC ) est similaire à sa façon de traiter les TOC.
Ces pseudo penseurs ont compris, ( remarquons au passage l'approche purement quantitative, réifiante, chosifiante de l'homme ), que l'émotion diminuait nécessairement après un temps d'exposition à la "cause occasionnelle" du surgissement de l'angoisse. C'est physiologique. Ils en ont conclu qu'à force de répétition de l'exposition, la peur panique s'atténuerait jusqu'à la suppression du caractère pathologique.

Qui ne voit que cette approche méprise complètement le patient, son histoire individuelle, le pourquoi de ses pathologies, et que le patient  ne pourra jamais, par cette approche, redevenir le maître de sa vie, l'auteur authentique et conscient de ses entreprises ?

 Pour le psychanalyse, la phobie est symptômatique, donc elle a un sens, et une fonction.
A la suite de la mise en place d'une stratétigie défensive, un donné qui est apparu comme dangereux et excédant les capacités synthétiques du moi a été refoulé, et pour des raisons complexes, "mal" refoulé. Ce contenu ne cesse de s'exprimer et d'empiéter sur la vie du patient, cela lui est inhérent, mais comme il lui est primitivement apparu comme inacceptable, il apparaît par la suite symptomatiquement, c'est-à-dire qu'il produit des effets dont la censure déforme, travestit le contenu initial.
De cette façon, le contenu censuré peut se manifester, et sa manifestation est adéquate aux exigences de la censure imposée par le surmoi, qui bride plus ou moins violemment le moi, et limite les possibilités de satisfaction libidinale.
Le problème, c'est que ce complexe névrotique produit à la longue bien des effets néfastes, dont le sens échappe au patient, à cause de la déformation mise en place par la censure, et des nombreuses résistances à la prise de conscience de la source, à la vérité libératrice, à "l'abréaction".
Ses résistances divisent le patient, le scindent, le rendent étranger à lui-même. Il lui faut faire quantité d'efforts pour se retrouver lui-même.
Le psychanalyste l'aide à vaincre ses résistances, que, seul, le patient ne peut reconnaître comme tel, du fait de leur fonction. D'où l'utilité du transfert.

C'est donc naturellement que les symptômes du patient doivent s'atténuer, se modifier éventuellement, puis disparaître. Leur abolition progressive accompagne l'amélioration générale de l'état du patient. Celui-ci n'aura plus peur par exemple, de sauter d'un pont, non parce qu'il n'aura plus que l'envie de le faire, mais parce que, de plus en plus heureux et maître de ses orientations, il n'en aura plus du tout l'envie. Et alors, le pont sera franchi, sans efforts. Bien sûr, il restera toujours une part d'incertitude, et de risque. La vie est comme ça. Elle exige l'extériorisation, et toute extériorisation est prise de risque. Or, il faut que la pulsion de vie l'emporte. Mais cet aspect dangereux et angoissant de la vie sera réduit au nécessaire, au minimum vital. Son appréhension ne submergera plus l'individu ; elle perdra son caractère pathologique;

Conclusion

Les TCC reconditionnent à la mesure de leur déconditionnement, "reprogramment" à la mesure de leur déprogrammation.
La psychanalyse déconditionne, et laisse le reconditionnement au soin du patient. A lui, à partir de la résolution progressive de ses complexes, de se faire lui-même, de se construire pas à pas, de trouver les voies qui lui conviennent, de les créer au besoin.
Il n'est pas question pour elle, par exemple, d'aider le patient à la résignation,de lui trouver des motifs forcés de satisfaction dans les conditions objectives qui lui sont faites, et qui peut-être ne lui correspondent pas. Bien au contraire, il s'agit d'aider le patient à chercher le meilleur compromis possible, de lui permettre de changer les conditions subjectives et objectives de sa vie, de favoriser une réalisation, non fantasmée mais concrète, de ses désirs. Donc, l'adaptation au monde, facilitée par un soulagement intérieur, est aussi possibilité de modification réelle des modes d'accès au monde, interaction constante entre les évolutions du dedans et les évolutions du dehors.

En un mot, la psychanalyse ce n'est pas du dressage, l'apprentissage de la docilité, mais c'est la conquête de sa liberté.

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commentaires

Igor Thiriez 22/08/2014 00:05

Je suis navré que les TCC ne vous aient pas aidé comme vous le souhaitiez. Ça ne marche pas toujours effectivement. Chaque approche a ses limites. Concernant les interrogations que vous soulevez
dans votre dernier commentaire, je vous encourage à lire le dernier billet de mon blog qui traite un peu de ce sujet. Merci pour ces échanges en tous cas.

FRED V 21/08/2014 23:34

Je vous assure que je ne cherche pas à manipuler qui que ce soit.
Je ne suis pas psychanalyste, je suis prof de philo. Je n'ai pas d'intérêt ici.
Sur l'astrologie, nous divergeons. Moi je méprise l'astrologie.
Sur la psychanalyse, ce n'est pas une science exacte, soit, les psychanalystes, dont la survie matérielle est menacée par la critique, sont nécessairement rétifs à la critique, soit, le manque de
"traçabilité" des thérapeutes, leurs divergences parfois sectaires, le manque de compétence de beaucoup, soit.
Je suis d'accord avec pratiquement tout ce que vous venez de dire sur les limites de la psychanalyse.
Je ne suis pas du tout d'accord avec l'idée que les TCC apportent des solutions meilleures. Je me suis intéressé un peu à la question quand même.
Skinner, Beck? Je connais, mais je voulais savoir par vous-mêmes quels étaient quelques-unes de vos sources.
En réalité, je pense que quoi que je puisse dire ou écrire, quels que soient mes arguments, vous ne ferez pas la moindre concession. Vous pouvez dire que c'est de la manipulation. Pourquoi? Je suis
franc. Que les thérapeutes soient eux-mêmes engoncés dans leurs problèmes, qu'ils fassent des erreurs, voire nuisent aux patients, les amènent sur de fausses pistes, cela doit arriver assez souvent
hélas. Mais jamais vous ne discutez vraiment le corpus psychanalytique, les idées de fond. Que pensez-vous de l'inconscient, du refoulement et des résistances, de l'abréaction censée suivre la
prise de conscience affective, de l'importance du facteur sexuel dans les névroses etc. Et pourquoi les TCC sont-elles plus efficaces? Parce qu'à force de s'exposer à une situation phobique,
l'émotion diminue naturellement? Mais c'est aussi une souffrance toujours recommencée pour le patient, et la source de ses phobies, l'angoisse n'est pas supprimée ainsi.
Les partisans des Tcc veulent reconfigurer les schémas de pensée de victimes de Toc par ex. Mais les schémas de pensée des "tocqués" ne sont en rien absurdes puisqu'ils les savent tels. Un homme
qui ne peut s'empêcher de procéder à toute une série de mouvements par ex sait qu'il n'y a pas de rapport réel avec ces gestes et le danger dont il veut se prémunir. Mais il ne peut pas s'empêcher
de les faire. Pourquoi? Les partisans des TCC n'insistent pas assez sur l'aspect "positif" de ces Toc. C'est-à-dire que s'ils ne sont pas effectués, il y a l'espèce d'angoisse qu'il arrive quelque
chose de négatif. Faux rapport de causalité, alors pourquoi est-ce si dur d'arrêter? Mais ce n'est pas si simple. Le plus dur ce n'est pas de supporter l'idée qu'il va arriver quelque chose si les
rites conjuratoires ne sont pas effectuées, le plus dur c'est d'accepter qu'il peut arriver quelque chose, que rien, ni les rites conjuratoires, ni autre chose, ne protège sûrement soi-même, ses
proches etc. Or, tant que l'angoisse est là, lutter contre ses toc est effectivement possible, mais c'est un effort constant et qui empoisonne la vie. Et qui génère une forme de culpabilité.
Pourquoi est-ce si dur d'y résister. Si la personne victime de toc accepte mentalement de s'y livrer sans réserve, de ne pas y résister, elle souffrira moins, et ses toc cesseront en fait
naturellement, sans efforts, dès que l'angoisse ne sera plus là. S'agit-il de théories complexes éloignées de la réalité?
En vérité j'ai souffert moi-même de tout ceci, ce pourquoi d'ailleurs je m'y suis autant intéressé. J'ai donc tenté de lutter contre ces espèces de compulsions et cela m'épuisait. A partir du
moment où j'ai accepté de m'y livrer sans culpabilité, ma souffrance s'est considérablement apaisée. Et la plupart du temps, désormais, je n'ai plus à subir tout cela. Et quand je me sens bien, je
n'en ai pas. C'est surtout quand je suis mal que cela a tendance à revenir. Donc pour moi, sincèrement, j'expérimente. Et à mesure que je m'apaise, les symptômes disparaissent aussi. Par contre,
j'ai essayé les Tcc. Il fallait que je me livre à une quantité d'exercices qui se révélaient excessivement durs parce que je n'étais pas prêt, que je prenne des médicaments qui me détraquaient, et
qui plus est je n'avais pas l'impression d'être réellement écouté dans ma singularité, mon parcours et mes besoins. Bref, cela ne me convenait pas du tout. Après que cela convienne à certains,
soit. Mais j'expose mon point de vue.

Igor Thiriez 21/08/2014 09:21

Ne cherchez pas à axer le débat sur l'émotionnel, c'est de la manipulation pure et simple. Il n'y a pas de haine ni de mépris envers la psychanalyse (ni envers l'astrologie) dans mon discours. Il
s'agit de bon sens et de démarche scientifique, deux phénomènes plutôt positifs que la psychanalyse (en tant que bonne vieille pseudo-science) cherche à discréditer par crainte de ne pas en
ressortir grandie.

En général, confrontés aux égarements de cette discipline, leurs défenseurs finissent par se replier vers le passé et vers ce qu'ils considèrent comme étant des progrès acquis grâce à elle alors
que le rapport de cause à effet est bien plus complexe.

Prenez "l'humanisation" de la psychiatrie par exemple dont vous nous faites un bon gros paragraphe. Selon vous, il s'agirait d'un progrès causé par la psychanalyse qui aurait su lutter contre le
scientisme.
Selon moi, l'humanisme n'est pas une question de méthode, freudienne ou pas, mais une question d'Homme. Ce sont les Hommes qui ont oeuvré à l'humanisation en cette période de l'après guerre durant
laquelle ils étaient évidemment ultra-motivés à cause de ce qui venait de se passer. La psychanalyse, à cette époque n'a servi que d'outil. Non seulement cet outil est aujourd'hui dépassé (on a
trouvé mieux depuis), mais comme tout outil, il peut devenir néfaste, voire extrêmement destructeur si mis entre de mauvaises mains. Et oui comme les TCC, comme les médicaments, comme la science,
comme la religion.
S'il existe une très bonne façon de distinguer bonne et mauvaise utilisation de la science, des médicaments, de la TCC, il est en revanche beaucoup plus difficile de faire la part des chose entre
psychanalyse saine ou néfaste, ceci pour la simple et bonne raison que les psychanalystes refusent de renoncer à quoique ce soit qui les concerne (théorie, pratique etc.). Si l'on ajoute à cela une
organisation totalement folle, faite d'écoles, d'associations en tous genres qui résultent de l'incapacité de gérer les désaccord autrement que par la "scission", on obtient une véritable nébuleuse
insaisissable et irréfutable dont la seule évolution possible est l'isolement progressif, sur un mode sectaire.
Quant à ce que vous me demandez sur les TCC, il y a évidemment des grands penseurs, mais pas de gourous. Je suis assez étonné que vous ne les connaissiez pas, ne serait-ce que Skinner ou Beck par
exemple.

FRED V 20/08/2014 23:51

J'ai rencontré moi-même des représentants des TCC qui m'avouèrent n'avoir jamais rien compris à la philosophie. Peut-être en était-il ainsi pour la psychanalyse également. "La platitude consiste à
mépriser ce qu'on ne comprend pas" écrivait Aguev, dans Roman avec Cocaine, et Montaigne "C'est une sotte présomption que de dédaigner et condamner constamment pour faux ce qui ne nous semble pas
vraisemblable."

Mais qu'est-ce que soigner pour vous? Respirer un grand coup et soulager le symptôme, ou en supprimer la source? S'adapter à l'environnement ambiant ou se trouver soi-même? Même le courant
anti-psychiatrique popularisé par Laing et Cooper , qui s'inspirèrent de Sartre, assez critique de la psychanalyse en tant que "science bourgeoise", avait du bon. Certes, il s'en faut que toutes
les pathologies mentales résultent du capitalisme, et si nous devons attendre la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme pour soulager les souffrances, nous pouvons attendre longtemps.
Pourtant, les psychiatres ont bel et bien commis nombre d'abus par le passé, souvent servi les régimes autoritaires, et c'est dans les rangs de la psychanalyse que l'on s'est le plus opposé à cela.
Pourquoi? Parce qu'elle conteste la vision d'un Jean-Pierre Changeux par exemple, qui avec "l'homme neuronal" réduisait l'homme à du pur organique. Or, il est manifeste que la psychanalyse aura au
moins apporté ceci de bon qu'elle aura mis un frein au réductionnisme scientiste en montrant que le psychisme avait sa logique propre, et qu'il existe des névroses qui affectent le corps, (maladies
psychosomatiques),et donc altèrent le cerveau à terme, mais qui néanmoins ne résultent pas de lésions organiques, cérébrales,névroses d'origine psychique donc. Ce que l'on peut reprocher à la
psychiatrie traditionnelle, c'est de médicaliser à outrance et de prescrire des traitements lourds, qui ne sont pas au point, là où quelques footings et quelques verres suffiraient souvent. Même si
je ne parle pas là de pathologies plus lourdes, pour lesquelles cependant les traitements sont encore loin d'être sans risques et assez précis. Vous le savez mieux que moi. Mais pour un homme qui
n'a rien contre la psychanalyse, vous me paraissez assez vindicatif et partial quand même.
Vous n'avez donc pas la moindre estime pour ce qu'elle a produit, vous estimez que tout y est à jeter, qu'elle ne peut rien apporter de fondamental, ni sur la théorie, ni sur la pratique, aux
champs thérapeutiques ou culturels? (Et je ne parle pas de la comparer encore à l'astrologie, aux religions, et à toutes autres formes de superstition répandues et manifestement obscures).
Et puisque vous me critiquez un peu tout de même sur ma tendance à me référer aux "grands" hommes, vous devez pourtant vous aussi vous appuyer sur les travaux de chercheurs que vous estimez. Quels
sont-ils?

Igor Thiriez 20/08/2014 00:49

Que la psychanalyse soit prise au sérieux par des gens sérieux semble constituer un argument décisif pour vous. Je connais tout un tas de gens sérieux qui croient très sérieusement en l'astrologie
ou à ce qui est écrit dans la bible. Vous semblez ne jamais sortir de l'argument d'autorité. Mais qu'est-ce que ça peut bien faire qu'Einstein ait cru en la psychanalyse? Intéressez vous plutôt aux
études comparatives sur les psychothérapies. Lorsqu'il s'agit de soigner des gens, il faut aller un peu au delà des "attesté par un grand Homme" et s'appuyer sur des données plus rigoureuses.

Igor Thiriez 19/08/2014 08:39

"Complexe et éclairante" dites vous? Et si un astrologue me dit la même chose au sujet de l'astrologie, pourquoi le croirais-je moins que vous? L'astrologie n'est pas moins complexe que la
psychanalyse et peut être tout aussi éclairante. Quant à la sociologie, la philosophie et l'histoire, elle ont quelque chose de capital que la psychanalyse n'a pas (ni l'astrologie ou la religion
d'ailleurs) : une poubelle. Il faut savoir renoncer à certaines théories pour évoluer, même irréfutables...

FRED V 19/08/2014 22:07



Pour la philosophie, que je connais assez bien il n'existe pas de poubelles de l'histoire. Spinoza, Leibniz, Kant, Hegel, Schopenhauer ou Bergson et les grands penseurs peuvent tous être
considérés comme valides selon que l'on adhère ou pas à leurs systèmes, leurs visions du monde. Même si selon certains points, physique Aristotélicienne, dualisme Cartésien... les penseurs
étayaient leurs systèmes sur des principes dépassés.


Au contraire, les théoriciens de la psychanalyse, à commencer par Freud lui-même n'ont cessé de se remettre en question et de d'interroger leurs principaux concepts, comme la pertinence de la
théorie de la séduction, de la pulsion de mort etc


Quant à l'astrologie, qu'il y ait une influence générale des astres sur les habitants de la Planète Terre, pourquoi pas, mais les astrologues sont bien incapables d'en déterminer les causes et
les effets pour chaque individu rationnellement. C'est-à-dire que leurs théories sont excessivement insuffisantes, et erronées, et si l'on parvient à ce qu'ils se proposent un jour, eh bien, ce
sont les scientifiques qui y arriveront.


Maintenant, Einstein lui-même prenait Freud au sérieux. Une autre différence capitale entre différents champs du savoir: l'astrologie n'est en rien scientifique et tous les savants sérieux, comme
Georges Charpak, s'en sont moquées allègrement. La psychanalyse, elle, est prise au sérieux, et certains de ses plus grands contempteurs, comme Wittgenstein (construction mythologique), Alain
(immoralité), Sartre (mauvaise foi), Popper (critère de la réfutation), s'en sont quand souciés suffisamment pour s'efforcer d'établir ses limites ou erreur supposées.



Igor Thiriez 18/08/2014 23:10

Critiquer n'est pas nier. Et je n'ai aucun compte personnel à régler avec la psychanalyse. Je considère simplement qu'elle n'est pas à sa place, qu'elle devrait rejoindre l'astrologie, la
graphologie, la numérologie, la religion etc. Pour ne citer que les plus reluisants...

FRED V 18/08/2014 23:22



Vous êtes très ironique. Vous n'avez rien a priori contre la psychanalyse, mais vous la mettez au niveau "de l'astrologie, la graphologie, la numérologie, pour ne citer que les plus
reluisants..."


Freud et Elisabeth Tessier, même intérêt? 


La psychanalyse n'est pas une science exacte, mais la philosophie, l'histoire, la sociologie, et même la psychologie hors psychanalyse ne sont pas des sciences positives non plus. Mais
l'astrologie, la numérologie ne sont pour l'instant que superstitions sans valeur. Vous poussez loin la dépréciation quand même. L'oeuvre de Freud comme construction mythologique je veux bien,
mais construction de valeur, complexe et éclairante.



Igor Thiriez 18/08/2014 00:26

Vous me faites le coup de l'argument d'autorité? Pour moi ce qui compte n'est pas le penseur mais la pensée. Et puis Jacques Van Rillaer est à la fois un expert des TCC et de la psychanalyse. Que
demander de plus? Pas besoin de vous boucher les yeux.

FRED V 18/08/2014 22:52



Mais qu'avez-vous donc contre la psychanalyse et Freud? Le complexe d'Oedipe n'est-il vraiment qu'une fiction, la sexualité infantile idem, et l'explicitation de l'inconscient, le fait que les
rêves ont une signification, les lapsus, les actes manqués, l'étiologie des névroses, les processus complexes de refoulement, l'inquiétante étrangeté présente en chaque être? Libre à vous de le
penser. Et la valeur de textes comme "Malaise dans la civilisation", "l'Avenir d'une illusion", la "Gradiva", "Totem et tabou", vous les niez aussi?



Igor Thiriez 17/08/2014 09:17

Vous pourrez retrouver ces idées reçues ici pour la plupart :
http://icampus.uclouvain.be/claroline/backends/download.php?url=L1RDQy5GYWl0cy5MZWdlbmRlcy5wZGY%3D&cidReset=true&cidReq=EDPH2277

FRED V 17/08/2014 22:44



Si vous ne voulez pas échanger sérieusement, il faut le dire. Mais il faut des références sérieuses. Marcuse était-il un crétin, Thomas Mann, Lévy-strauss, Castoriadis, Ricoeur également? Quel
grand penseur, quelle personnalité d'envergure, quels auguments profonds pouvez-vous opposer?



FRED V 17/08/2014 02:21

Je pense que nous pouvons nous entendre.
J'ai écrit cet article excessif en un sens par réaction à une vision excessive opposée.
Mais il n'est pas bien difficile de se rendre compte que tout dans Freud n'est pas à jeter, qu'il n'a pas seulement plagié Leibniz ou Shopenhauer mais à apporter bien plus, malgré ses défauts, ses
faiblesses et ses éventuelles manipulations, et que le réduire à rien, à pire que rien n'est pas tenable. Les travaux du Livre noir de la psychanalyse, ou Onfray sont quand même assez pitoyables.
De même que la critique de Deleuze ou celle de Sartre. Les points de vue de Wittgenstein sont assez intéressants par contre comme ceux de l'ethnopsychiatrie. Je pense que c'est surtout Lacan et ses
adeptes qui ont fait du mal à la psychanalyse. Mais des hommes tels que Zweig, Thomas Mann, Breton, Dali, Hitchcock, Marcuse, Fromm, Castoriadis, Ricoeur, Lévy-Strauss se sont intéressés à l'apport
de Freud, ont écrit des livres sur son oeuvre ou s'en sont servi pour leur création. Je m'y suis intéressé de près. Je ne pense pas qu'on On ne puisse tout balayer d'un revers de main, sous
prétexte que des esprits moins puissants tentent d'en nier la valeur, ou que d'autres esprits tout aussi médiocres le défendent médiocrement. Je pense à Elisabeth Roudinesco, Miller et tant
d'autres. Roustang était psychanalyste et il a d'excellents points de vue sur les forces et les faiblesses de tout ceci.

Igor Thiriez 16/08/2014 06:18

Allons bon. Voici un magnifique récapitulatif de toutes les idées recues sur les TCC et de toute la désinformation à laquelle se livrent ses détracteurs. Sans parler du clou du spectacle : la
psychanalyse soignerait le TOC! Non mais franchement, si c'était le cas, depuis plus d'un siècle, ça se saurait.

FRED V 17/08/2014 02:01



Non, c'est de bonne foi. Ce n'est pas en tant que "théoricien" que j'ai écrit cet article, c'est comme patient. Je ne suis pas contre toute critique de la psychanalyse. Mais je ne suis pas
partisan d'un rejet absolu non plus. J'ai trouvé les livres de Cottraux, avec d'autres par exemple, d'une nullité et d'une suffisance sans fond. Mais certaines critiques envers Freud, et la
psychanalyse me conviennent tout à fait. Gouroutisation (Lacan), emprise du psy, lenteur de la démarche, coût exorbitant de la cure etc


D'autre part, je suis intéressé par l'approche de l'hypnose de François Roustang par ex, ou par la "mindfulness", popularisé en France par Christophe André, qui se réclame du courant
cognitivisme. Mais une vision assez nuancée, qui peut se concilier avec la philosophie d'après moi, la critique de la normalisation etc



Jack_Addi 14/02/2010 00:17


Merci pour cet article, et pour votre engagement pour la psychanalyse.


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