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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 12:03
II - UN MONDE EN EVOLUTION

 

1 – RAPPROCHEMENT BERGSONIEN ET DIVERGENCE : 

 

Après avoir considéré en quel point il était nécessaire à l’homme d’adhérer à l’idée d’un Univers pourvu de signification, sans laquelle l’homme ne pourrait se sauver lui-même, sans laquelle s’accorder une valeur par soi-même serait dérisoire faute d’enracinement la légitimant, il nous faut préciser la nature de ce Cosmos pour comprendre la place centrale que l’homme y occupe.

 

Teilhard rejoint Bergson dans son rejet de la conception platonicienne du temps  « image mobile de l’éternité ».

 

« Le grand progrès de la pensée humaine, aux temps modernes, a consisté, indubitablement, à prendre conscience du temps, des perspectives du temps, de l’enchaînement des êtres dans le temps…Depuis la Renaissance, tous nos progrès dans la pénétration de la Nature tiennent en effet dans ces quelques mots : découverte d’une extension et d’une liaison indéfinies de l’Univers dans l’espace et dans le temps…Aucun objet ne nous est plus scientifiquement compréhensible que comme l’aboutissement d’une série illimitée d ‘états antécédents. »

 

Comment je crois, Seuil, 1èreédition, 1969, p. 79-80

 

 

Le monde est  « une masse en cours de transformation ». Le temps, la durée est essentielle au déploiement de l’Etre, à l’effectuation des virtualités spirituelles contenues à l’état de germe dans l’Univers, virtualités qui préexistent à la Création, mais à l’état de puissance, que seules la Création et ses formes de plus en plus élaborées actualiseront.

 

« Non, le cosmos ne saurait être interprété comme une poussière d’éléments inconscients sur lesquels efflorirait incompréhensiblement la Vie, -- comme un accident ou une moisissure. Mais il est fondamentalement et premièrement, vivant ; et toute son histoire n’est, au fond, qu’une affaire psychique immense : le lent mais progressif rassemblement d’une conscience diffuse. »

 

L’énergie humaine, Seuil, 1èreédition, 1962,  p. 29.

 

 

L’Univers n’est donc pas statique, cyclique ; il est dynamique, organiquement dynamique, il progresse. Le Cosmos est ainsi une cosmogenèse.

 

« Jadis tout paraissait fixe et solide ; maintenant tout se met à glisser sous nos pieds dans l’univers : les montagnes, les continents, la Vie, et jusqu’à la matière même. Non plus, si on le regarde d’assez haut, le Monde qui tourne en rond : mais un nouveau Monde qui change peu à peu de couleur, de forme, et même de conscience. Non plus le Cosmos, mais la Cosmogenèse. »

 

La vision du passé, Seuil, 1ère édition, 1957, p. 337

 

 

La géologie, la paléontologie surtout, science de la reconstitution du vivant à partir des fossiles, ont permis à Teilhard de prendre conscience que tout dans l’Univers dérivait, mais pas de façon stérile, bien au contraire, vers une direction précise.

 

« Jusqu’ici, pourrait-on dire, les hommes vivaient à la fois dispersés et fermés sur eux-mêmes, comme des passagers accidentellement réunis dans la cale d’un navire dont ils ne soupçonneraient ni la nature mobile ni le mouvement…Nos yeux viennent de se dessiller. Les plus hardis d’entre nous ont  gagné le pont. Ils ont vu le vaisseau qui nous portait. Ils ont vu l’écume au fil de la proue. Ils se sont avisés qu’il y avait une chaudière à alimenter, --et aussi un gouvernail à tenir (…) non plus l’agitation humaine sur place, --non plus la dérive, --mais le voyage (---). Il est inévitable qu’une autre humanité sorte de cette vision-là (….) ».

 

L’activation de l’énergie, Seuil, 1èreédition, 1963, p. 80

 

 

Dès les commencements, tout se met en œuvre pour qu’émerge la vie, et l’homme. Ce que certains scientifiques, comme Brandon Carter, nommèrent le « principe anthropique », pour expliquer que la présence de l’homme suppose dans l’Univers les propriétés requises pour son émergence, incluant l’apparence d’une certaine finalité anthropocentrique.

 

« Pour arriver à faire une âme, Dieu n’a qu’une seule voie ouverte à sa puissance : créer un monde. »

 

Comment je crois,Seuil, 1ère édition, 1969, p. 42

 

 

Tout semble donc orienté, dans l’Univers, en vue de l’émergence de l’homme. Le « chaos primordial » originaire donne naissance aux galaxies. Elles-mêmes contiennent le nécessaire pour que surgissent les étoiles, qui permettent l’éclosion et la « vie » des planètes. Parmi celles-ci, la Terre, laboratoire idéal pour la formation des grosses molécules, puis des cellules se groupant pour former des organismes multicellulaires, les corps organisés, plantes, animaux et hommes.

 

Teilhard s’éloigne ici de Bergson,  pour retrouver l’idée aristotélicienne d’une progression linéaire des plantes aux hommes, en passant par les animaux.

 

« L’erreur capitale, celle qui, se transmettant depuis Aristote, a vicié la plupart des philosophies de la nature, est de voir dans la vie végétative, dans la vie instinctive et dans la vie raisonnable trois degrés successifs d’une même tendance qui se développe, alors que ce sont trois directions divergentes d’une activité qui s’est scindée en grandissant. »

 

L’évolution créatrice (Quadrige Puf, 8èmeédition 1998), Bergson, p. 136

 

 

L’idée selon laquelle les séries évolutives (phylum) des animaux et végétaux divergent est une idée fausse selon Teilhard pour lequel les efforts et les tâtonnements par lesquels procède la nature, poursuivent tous le même grand dessein, quelles que soient les formes corporelles variées dont la vie use pour laisser s’incarner et se manifester l’Esprit.

 

« Dès l’instant (…) où la mesure (ou paramètre) du phénomène évolutif est cherchée dans l’élaboration du système nerveux, non seulement la multitude des genres et des espèces tombe dans l’ordre ; mais le réseau entier de leurs verticilles, de leurs nappes, de leurs branches, s’enlève comme une gerbe frémissante. (…) Tant de cohérence (…) ne saurait être un effet du hasard. Parmi les infinies modalités où se disperse la complication vitale, la différenciation de la substance nerveuse se détache (…) comme une transformation significative. Elle donne un sens, -- et par suite elle prouve qu’il y a un sens à l’évolution. »

 

L’activation de l’énergie, Seuil, 1ère édition, 1963, p. 283

 

 

L’évolution du monde est à courbure convergente.

 

2 – DEFINITION ET DISTINCTION DE LA MATIERE, DES CORPS, ET DE L’HOMME :

 

2.1 – LA PLACE ET LE ROLE DE LA MATIERE CHEZ TEILHARD

 

A –REGULATION DES INTERACTIONS DE LA MATIERE PAR LA DIALECTIQUE

 

Teilhard a pensé que la matière, de même que la vie, que l’Univers, était régie par une dialectique de la nature. Celle-ci est un mouvement immanent à la pensée, à la vie, à la matière, dans lequel les concepts se heurtent et se synthétisent dans un constant dépassement. Chez Teilhard, elle se compose, comme souvent d’ailleurs, de trois moments.

 

Le premier est le stade de la divergence. A chaque degré de l’être domine une tendance à la dispersion, à la création d’une nouvelle multiplicité, c’est-à-dire d’une matière seconde. Cette matière subira ultérieurement un processus de convergence, d’unification, le deuxième stade de la dialectique. Enfin vient le troisième et dernier stade de la dialectique, la synthèse (bien que reprise, elle aussi, dans le mouvement englobant pour lequel une synthèse devient simple thèse impliquée à son tour dans une synthèse supérieure). Cette synthèse va résoudre la contradiction incluse dans la rencontre des deux thèses en présence, en en extrayant l’essentiel, le substantiel pouvant survivre à la confrontation et la dépassant. Elle va donc être source d’émergence, c’est-à-dire que l’arrangement supérieur dégagé par la synthèse constitue un progrès dans l’intériorité et est novateur, créateur, signant l’apparition de propriétés imprévisibles et nouvelles.

 

Il faut signaler que cette tendance interne à la Nature, qui l’oriente dans un sens précis, naît d’un premier Moteur transcendant la Création.

 

« (…) Création, Incarnation, Chute, Rédemption, ces grands éléments universels cessent de nous apparaître comme des accidents disséminés au cours du temps. Ils deviennent tous les quatre coextensifs à la durée et à la totalité du Monde, ils sont en quelque façon les faces (réellement distinctes mais physiquement liées) d’une même opération divine. »

 

Comment je crois, Seuil, 1969, p. 69

 

Dieu ne serait, autrement, guère plus que l’Etre suprême de Condorcet, et de la Révolution française, simple point virtuel à créer. Il s’agirait d’une pure création humaine, sans autre réalité que celle que nous voulons bien lui donner. Or, si la Création sert le Créateur, lui est utile, ou même indispensable, il ne faut pas oublier que le Créateur préexiste à la Création, qui est Sa Création. L’erreur consiste à faire de Dieu une projection humaine, « une vue de l’esprit » artificiel et arbitraire, et à s’imaginer le façonner par nos travaux, par l’intermédiaire de notre construction du monde. C’est ce que Teilhard appelait le Panthéisme humanitaire.

 

Une autre erreur consiste à sacraliser le monde, mais à se concevoir et concevoir toute distinction, toute différenciation, comme une illusion, qu’il faut dissoudre. C’est ce que Teilhard appelait le panthéisme de confusion. L’être humain cherche l’éveil en se « noyant » dans le Tout. Il désire fusionner avec l’Etre absolu par un processus de dépersonnalisation. C’est une volonté assez caractéristique des religions bouddhistes et hindoues.

 

Au contraire, pour Teilhard, on n’approche du divin qu’en allant au bout de soi-même, en se personnalisant, non en se décentrant (perdre son centre), mais en se surcentrant (placer et élever son centre en Dieu, Centre des centres insufflant la vie au Cosmos). Il s’agit là de la vision convergente du Panthéisme, ou encore appelé Panthéisme d’union.

 

Teilhard qualifie encore de « Route de l’Ouest » la voie personnalisante, voie remarquablement caractéristique de la religion Chrétienne, ou l’esprit « s’épanouit sur la matière complexifiée, et où l’unité s’obtient non par suppression mais par convergence du multiple (unité de tension et pas de détente) » . La « Route de l’Est »  sera donc typique du contraire, généralisé par les religions orientales les plus connues, taoïsme excepté.

 

Voici une illustration poétique, approchante de la Nature selon Teilhard, par deux de nos plus grands poètes.

 

D’abord, les deux premières strophes d’un poème de Baudelaire :

 

« La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles :

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité

Vaste comme la nuit et comme la clarté

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

 

Correspondances

 

 

Et, plus encore, cette merveille panthéiste (que l’on orientera comme l’on voudra) de Nerval :

 

« Eh quoi, tout est sensible !

 

Pythagore

 

Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant :

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d’amour dans le métal repose ;

« Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

 

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie :

A la matière même un verbe est attaché…

Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

 

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

 

Vers dorés »

 

 

 

B – CONSTITUTION ET FONCTION

 

La matière est l’élément, la somme des éléments, qui par son arrangement, son organisation, sa « centréité », va se compliquer, se « complexifier », de façon à se muer en la condition de possibilité d’émergence de la vie, puis de la conscience, enfin de la pensée, pour finir par laisser passer, laisser s’exprimer, se manifester l’Esprit. Elle est l’organe qui sert de tremplin aux puissances spirituelles.

Elle est elle-même spiritualisable, puisque les synthèses qui la compliquent en l’arrangeant la métamorphosent. Mais elle reste le support corruptible de l’incorruptible, étant soumise à l’entropie, ou second principe de la thermodynamique, qui explique comment toute action incluant la matière dégage une énergie dont une partie se dissipe inexorablement en chaleur, ce qui implique qu’une partie de cette énergie est  perdue de manière irréversible, irrécupérable.

 

« L’Entropie, on le sait, est le nom que la Physique donne à cette chute, inévitable en apparence, par suite de laquelle les ensembles corpusculaires (sièges de tous les phénomènes physico-chimiques) glissent (…) vers un état moyen d’agitation diffuse, état où cesse tout échange d’énergie utile, à l’échelle de notre expérience. »

 

La vision du passé, Seuil, 1èreédition, 1957, p. 209

 

 

« Si permanents semblent-ils être par rapport à la durée de nos vies, les éléments physico-chimiques, nous le savons maintenant, vont eux-mêmes se désagrégeant : il y a une mort de la Matière. »

 

L’énergie humaine, Seuil, 1èreédition, 1962, p. 176

 

 

La matière est le support qui permet le passage, le déploiement, l’expression-triomphe  de Dieu, en et par le monde, mais ce rôle éminent d’intermédiaire est passager, et est voué à l’anéantissement, heureusement équilibré par la « nég-entropie », ou montée compensatrice de l’Esprit.

 

« A côté, ou à travers, du courant pondérable de l’Entropie, il y aurait, masqué dans le matériel, affleurant dans l’organisé, mais surtout visible dans l’humain, le courant impondérable de l’Esprit. »

 

Science et Christ, Seuil, 1èreédition, 1965, p.  126

 

 

 

« Les deux mouvements sont de même amplitude universelle. Mais tandis que le premier des deux détruit, le second construit. Ne serait-ce pas dès lors celui-ci, la montée de Conscience, qui représente la vraie trajectoire de notre Univers à travers le Temps, -- l’axe même de la cosmogénèse ? … ».

 

La vision du passé, Seuil, 1èreédition, 1957, p. 319

 

La matière se « dématérialise » en quelque sorte progressivement, s’allège, perd de sa matérialité, de sa pesanteur, mais son arrangement, sa structure, son organisation se perfectionne, s’affine, de telle façon que cette perte de grossière tangibilité laisse la place à des constructions de plus en plus élaborées, réclamant moins de prise, remplies de toute la place concédée à l’Esprit, et nécessitant une moindre utilisation énergétique.

 

« …du point de vue phénoménal où systématiquement je me confine, Matière et Esprit ne se présentent pas comme des « Choses », des « Natures », mais comme de simples variables conjugués, dont il s’agit de déterminer, non l’essence secrète, mais la courbe en fonction de l’Espace et du Temps. »

 

Le phénomène humain, Seuil, 1èreédition, 1955, p. 343

 

 

« La vie, c’est, contrairement au jeu nivelant de l’Entropie, la construction méthodique, sans cesse élargie, d’un édifice toujours plus improbable. Le Protozoaire, le Métazoaire, l’être sociable, l’Homme, l’Humanité, autant de défis croissants portés à l’Entropie ; autant d’exceptions de plus en plus démesurées, portées aux allures habituelles de l’Energétique et du Hasard. »

 

La vision du passé, Seuil, 1èreédition, 1957, p. 209

 

 

 

 

C – COMPARAISON AVEC LA PHYSIQUE MODERNE

 

Cette idée d’une matière dont le fond est énigmatiquement intangible, ou sous-tendue d’intangible, est davantage en symbiose avec les physiques modernes qu’avec la physique Newtonienne classique.

 

L’un des apports d’Einstein, en ce qui concerne la physique relativiste, nous dévoile que la matière est énergie. Des théoriciens contemporains nous en parlent, à partir e la notion d’événement qui a tendance à remplacer la notion d’élément pour caractériser la physique de l’objet matériel, objet qui se mue d’élément en événement aux yeux des physiciens pour la raison de l’incontournable imbrication spatiale de l’élément le long de la ligne temporelle de l’espace-temps

 

 

 

Et Teilhard, à propos du rapport Espace-Temps :

 

« Le temps réagissant sur l’espace et l’incorporant à soi, l’un et l’autre ne forment plus qu’un seul écoulement solide dans lequel l’Espace représente la section instantané d’un flux dont la profondeur et le liant sont donnés par le temps. »

 

L’avenir de l’homme, Seuil, 1èreédition,  1959, p. 112

 

 

Ceci, entre parenthèses, rejoint bien des traditions primitives, qui, malgré leur faible conceptualisation, vouaient un culte aux « vibrations positives » que recelaient, pensaient-ils, les forces naturelles. Ainsi en est-il du Shintoïsme, religion autochtone du Japon par exemple, ou de la pensée africaine traditionnelle, telle que la défendait, la voulait et l’illustrait si bien Senghor, par ailleurs éminent Teilhardien, pour lequel la matière était sacrée en ce sens qu’il y voyait, et surtout y sentait, un réservoir d’énergie à dominante positive, parce qu’unificatrice, parce que pourvoyeuse de passion, de vie et d’amour.

 

« Nous ne pouvons en douter : la Matière dite brute est certainement animée à sa manière. (…) Atomes, électrons, corpuscules élémentaires, quels qu’ils soient (…) doivent avoir un rudiment d’immanence, c’est-à-dire une étincelle d’Esprit. »

 

Science et Christ, Seuil, 1èreédition, 1965,  p.75

 

 

De plus, la physique quantique, science de l’infime, abonde en ce sens de l’imprévisibilité, donc de l’indétermination échappant au strict déterminisme matérialiste, donc de la spiritualité.

 

En effet, les attributs conférés classiquement  aux particules élémentaires composant la matière, localisation, individualité, permanence et impénétrabilité (impossibilité pour deux corps d’occuper le même volume d’espace simultanément) ont tendance à être de plus en plus remis en cause dans leur assignation respective que l’on croyait définitivement établie.

 

 

 

« Pour la nouvelle mécanique chaque point matériel du système se trouve en un certain sens à tout moment simultanément dans tous les endroits de l’espace entier dont le système dispose, (…) on le voit : ce qui se trouve en cause ce n’est rien moins que la notion la plus élémentaire de la mécanique, celle de point matériel. »

 

Max Plank, L’image du monde dans la physique moderne, Gonthier, 1963,  p. 15

 

 

Les célèbres « relations » d’incertitude d’Heisenberg vont dans le même sens. Fini le vieux rêve Laplacien consistant en la déduction de tout le passé et la prévision de tout l’avenir à partir d’une hypothétique connaissance de la position et du mouvement de toutes les particules élémentaires constituant l’Univers.

 

« Une  intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et  la situation  respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’Analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. »

 

Laplace, Introduction à la théorie analytique des probabilités (Œuvres complètes, vol 7)

 

 

« Si la proposition fondamentale de l’évolution est vraie, à savoir que le monde entier, animé et inanimé, est le résultat de l’interaction mutuelle, selon des lois définies, des forces possédées par les molécules dont la nébulosité primitive de l’univers était composée, alors il n’est pas moins certain que le monde actuel reposait potentiellement dans la vapeur cosmique, et qu’une intelligence suffisante aurait pu, connaissant les propriétés des molécules de cette vapeur, prédire par exemple l’état de la faune de la Grande-Bretagne en 1868, avec autant de certitude que lorsqu’on dit ce qui arrivera à la vapeur de la respiration pendant une froide journée d’hiver. »

 

Huxley, citation extraite de l’Evolution Créatrice de Bergson, p. 38

 

 

Heisenberg a démontré que nous ne pouvons connaître à la fois, de façon précise, la position des particules si nous en connaissons la vitesse, et la vitesse si nous en connaissons la position. Par conséquent, du point de vue quantique, l’avenir est imprévisible.

 

 

La conclusion que l’on peut tirer, et on ne s’en privera pas, de toutes ces avancées, de toutes ces novations, ou élucidations scientifiques, c’est qu’elles laissent, pour le moins, le champ libre au renouveau spirituel.

 

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