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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 19:30

 

Un imprévu bouleversa momentanément les plans de Brian. Se promenant près de la gare de Poitiers, il croisa un type lui rappelant une ordure du temps où il était à l’armée. Un de ces hommes bornés, brutaux, essentiellement préoccupés par la taille de leurs biceps, pour qui la musculature fonde la valeur. Un criminel avec bonne conscience puisque c’est « par devoir », qu’on récompense, qu’on gratifie parfois pour des futilités alors qu’ils sont d’authentiques salopards. Encore une tare qui donne une bonne image de l’Etat ! Putain d’Etat Français, putain d’Etat tout court. «L’Etat, le plus froid des monstres froids » comme écrivait Nietzsche. Enfin, cette rencontre intempestive choqua Brian. Il suivit le type du regard, puis s’en rapprocha, discrètement, pour être sûr. C’était bien lui, pas de doute. Le sale type consulta quelques magazines dans l’espace Relay, puis se renseigna auprès des guichetiers. Il s’était légèrement épaissi au visage, mais son corps avait davantage changé. Lui qui exhibait ses muscles en prenant la pose devant une glace, ne ressemblait plus à grand-chose. Autrefois très sportif, amateur de foot, musculation, boxe thaï, il était très dessiné, un corps près à combattre. Il avait perdu sa silhouette ; ses épaules, sa poitrine avaient fondu et il avait pris du ventre. Diantre, ce qu’il avait pris comme ventre ! Brian appela de suite Maharo. Il fallait saisir l’occasion. Ce qu’il lui ferait, il aurait aimé le faire à tous ceux qui l’avaient trop importuné, mais, hélas, c’était impossible. Il savait bien que la violence entraîne la violence, et que ces ordures avaient dû être violentées pour être devenus ce qu’ils étaient. Il savait également qu’à raisonner ainsi, il aurait du payer, comme eux, pour ses propres saloperies. Il payait d’ailleurs, et salement. Mais qu’importe ! Il allait se venger. Il avait d’ailleurs proposé à son vieil ami Schonberg, quand il était de ce monde, de s’occuper d’un gars qui l’avait copieusement humilié, adolescent. Schonberg n’avait pas donné suite. Pourtant, ça l’aurait bien soulagé, et lui aurait peut-être évité de faire d’autres conneries. Il avait aussi proposé ses services à son ami Alexeï, qu’un serveur avait persécuté lors d’un intérim en cuisine. C’était en suspens. Brian, sans le tuer celui-ci, lui réserverait un traitement spécial, bien à lui. Il le terroriserait tellement que l’esprit du serveur agressif en serait indéfiniment retourné. Si Alexeï donnait son feu vert.

Pour l’heure, il s’accrochait au « militaire ». Celui-ci ressortit juste de la gare quand Maharo déboula. Pour une fois Brian était chanceux. On allait s’amuser. Maharo ralentit pour prendre Brian à la volée. Ils se rapprochèrent du type, puis, parvenus à sa hauteur, Maharo sortit un glock 17 qu’il pointa discrètement en sa direction, et lui ordonna de monter. Vu la prestance et l’autorité naturelle de Maharo, l’homme obtempéra sans histoires et entra. Il ne reconnut pas Brian. Pourtant Brian avait peu changé. Mais on oublie plus facilement ses victimes que ses bourreaux, pour le plus grand nombre en tout cas. Ils prirent direction Ligugé, ou ça ne manquait pas de bois isolés. Il y avait même un monastère dans le coin. Le Seigneur pourrait juger rapidement si le type serait sauvé, ou brûlerait éternellement dans les flammes de l’enfer, ou pire encore. Ce salopard, qu’il avait dû en abuser des gamines, en opé en Afrique, tout en tapant allègrement sur des homos parce que c’était un jeu pour eux ! Et des tas d’autres trucs plus ou moins inavouables, pas très catholiques ! Le Seigneur allait se régaler, y aurait beaucoup à sauver. Et il était mort crucifié pour racheter ce genre de types ! Eh bien, c’est du propre. Parvenus en bordure de forêt, ils s’arrêtèrent et descendirent le type brutalement. Lui, il ne parlait pas. Tétanisé, il paraissait ailleurs. Chacun son tour. Maharo et Brian l’entraînèrent dans les profondeurs de la forêt. Puis Maharo se fixa et Brian continua seul avec le type. Est-ce qu’il paierait pour les autres ? Brian allait-il le « sécher » lâchement, puis le torturer de la plus épouvantable des manières ? Il fut tenté bien sûr, mais il décida qu’il agirait plus noblement. Etant suffisamment  isolés, Brian retourna le militaire, qui restait comme hébété, ne comprenant pas ce qui se jouait. Mais ce n’était pas un jeu, et Brian le voulait alerte. Alors il fit les présentations.

 L’homme revint à lui. Putain, il n’avait plus rien du guerrier qu’il se croyait être. Il n’était plus qu’une loque bedonnante et terrifiée. Brian désirait un combat, one-on-one. On allait apprécier les restes de boxe thaï de l’autre con, ce serait du beau spectacle. Brian prit l’initiative par un front kick dans la bedaine de son adversaire, un coup qu’il utilisait souvent dans sa jeunesse, dans les rues, les différents collèges fréquentés, en maison de correction. Il envoya valdinguer son adversaire, et le projeta sur le sol. Putain, qu’est-ce que c’est que cette lopette ? Pas de répondant. Ce n’est plus une loque à ce niveau, c’est une loche. Ou étaient passés son crochet droit, ses high kick, ses genoux ? Brian attendit qu’il se relève et lui plaça un direct du bras arrière, plus gyaku tsuki de karatéka que frappe de boxeur, qui vint le percuter au menton, et le sonna un peu. Ca parut le réveiller et le stimuler paradoxalement, et il se mit en garde, résurgence d’automatismes. Brian allait-il se faire enchaîner ? L’autre lui lança un low kick de la jambe arrière que Brian n’eut pas le temps de bloquer. Comme il avait les cuisses solides, Brian encaissa bien, mais il souffrit de l’impact, les années de foot de son adversaire lui ayant forgé des jambes puissantes. Celui-ci combina avec un swing que Brian esquiva, puis, dans le mouvement, plutôt que passer par l’arrière de l’adversaire par un mouvement aïki, un taï sabaki, trop long et contraignant,Brian plaça une technique de lutte libre basique, un double leg, ou ramassage de jambes. Il fit chuter facilement le militaire sur le sol, lui martela le visage et les côtes en ground and pound. Ah ce bon vieux MMA, toujours pragmatique ! L’autre ne put rien faire, rien opposer, que subir. Brian lui explosa la mâchoire, les dents, le nez, les arcades sourcilères. Puis il le retourna et lui brisa les membres un par un. Ce n’était pas si terrible, il pouvait faire bien pire ! L’autre, pantelant et désarticulé, n’était plus qu’un long gémissement pitoyable. Alors Brian décida d’en finir, et il l’acheva. Il médita un instant face au corps éteint, puis alla quérir Maharo. Ils ramenèrent le corps dans la voiture, le camouflèrent, et Maharo, qui savait y faire, dit à son ami qu’il s’occuperait de la disparition du corps. Trancher les membres, les dissoudre, c’était encore trop tôt pour Brian, qui avait l’âme délicate. Rentré chez lui, Brian planait, tout euphorique, content, puis il fut pris de vertiges, d’étourdissements. Il s’assit et un flot de souvenirs s’imposa à lui. Ce n’était pas rien quand même, ce qu’il venait de faire.

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 19:10

Parfois, Brian était pris d’un cafard démentiel, une souffrance extrême contre laquelle il ne pouvait rien. Comme un effondrement de l’âme en même temps qu’une déréliction physiologique. Damned, c’était dur ! Alors il était tenté par le suicide. Sa vie lui semblait un cauchemar sans fin, un non-sens dès les commencements, et pourtant il avait lutté pour s’en sortir, mais ça n’avait pas servi, pas abouti. Et puis, tout le monde mourait, c’était triste à mourir. Et il allait lui-même mourir. Alors pourquoi s’obstiner, persister, souffrir pour rien ? Schopenhauer alors lui semblait l’emporter sur Nietzsche. « Le Monde comme volonté et comme représentation » était d’ailleurs bien plus clair, construit, solide, moins délirant que l’œuvre Nietzschéenne. Il en relisait souvent des passages. C’était le premier philosophe qui l’avait intrigué. Ca s’était passé au CDI d’un obscur internat de province, un lieu de relégation. Il était en première année d’un BEP de compta, orientation qu’il n’avait pas choisie, et il écrivait des poésies, lisait Balzac, et feuilletait les magazines culturels de son lycée. Avant d’en être renvoyé, il lut tout un hors-série du magazine littéraire consacré à Schopenhauer. Il fut fasciné. Il comprenait mal, mais enfin que pouvait bien signifier « la négation du vouloir vivre » ? Il n’avait, depuis, cessé d’y revenir. Schopenhauer, le plus littéraire des philosophes, aussi pertinent qu’agréable à lire, qui montre que la profondeur et la complexité ne sont pas indissociables de l’hermétisme. Et néanmoins, « Le Monde… », c’est un système, et un système avec beaucoup de failles.

 

Mais se suicider, ce n’est pas si facile. Brian, dans son malheur, avait une part en lui qui s’accrochait parce qu’il aimait la vie, vivre, malgré ses démons et ses échecs, et sa peur. Et ce qui le retenait, aussi, c’est qu’il bouillonnait, intellectuellement, physiquement, il avait de l’énergie. Quitter ce monde, lucide, sachant que ça signifiait la fin de tout, de tout ce qui était possible, des rencontres, des voyages, des sensations, des apprentissages, de l’amitié, de l’amour, c’était vraiment pas si facile. Il avait, autrefois, désespéré, tenté de suivre l’exemple des samouraïs. Il avait tenté un seppuku avec un cran d’arrêt. Mais ça avait échoué. Il n’avait pas eu le cran d’aller au bout. Pas si facile, vraiment.

 

Il s’était efforcé de se remplir l’âme des principes stoïciens. Pour eux, comme pour les épicuriens, la mort n’est pas un problème puisque quand nous vivons, elle ne nous concerne pas, et morts nous ne sommes plus là. « La mort est un possible que la vie n’actualise jamais » écrivait Heidegger. Certes. Mais quand vient le moment de se jeter dans le vide, l’angoisse qu’on éprouve est bien plus concrète que toute logique et toute philosophie. C’est l’anecdote de Pascal : «  Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté son imagination prévaudra. Plusieurs n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer». Et ces mêmes Stoïciens écrivent qu’on a pas à se plaindre parce que la Nature, dans son infinie sagesse, nous a donné une porte d’entrée, et mille portes de sortie. Alors, si nous souffrons trop, on n’a qu’à sortir. Mais oui bien sûr… La lecture des Stoïciens donne l’impression euphorique qu’on va changer de vie, se livrer à des exercices quotidiennement, contrôler l’usage de ses représentations, et que face à la mort, on partira stoïquement comme un philosophe, comme le loup de Vigny, comme Socrate buvant la cigüe. Mais cette impression est de courte durée et fait place à l’abattement, au désarroi majeur. Et puis leurs raisonnements sont relativement inopérants parce que faibles au fond, sans réelle consistance. Si, par exemple, comme l’écrit Marc-Aurèle, il est absolument indifférent que nous vivions 3,10 ou 100 ans, alors il serait indifférent que nous nous suicidions tous, ou nous entretuions tous, et en définitive que nous mourrions tous dans l’instant. Indifférent pour l’Univers peut-être, mais pour nous ?

 

 Alors, Brian avait voulu se fortifier par la lecture du « mythe de Sysiphe » de Camus. Camus pose les vrais problèmes.. « L’homme meurt et il n’est pas heureux » « le seul vrai problème philosophique, c’est le suicide ». Las, Brian trouva le livre trop « intellectuel » dans le sens où il cherchait, plus que des raisonnements abstraits, une véritable aide pour se maintenir dans la vie, ou si impossible, mourir plus sereinement.

 

Mais en se replongeant dans l’œuvre de Schopenhauer, dont la lecture d’une certaine façon ne sert à rien (à quoi bon relire « Le Monde… » intégralement, si l’objectif est de prendre de la distance, de se rassurer, et de se suicider ? Autant se suicider tout de suite), il comprit que sa noirceur, humoristique et destructrice, pouvait néanmoins l’aider à se détacher, à s’envisager différemment, et donc à moins craindre la mort. Cependant, l’idée de perdre sa singularité, son incarnation et donc sa conscience particulière, et de retourner dans le flux, le Tao, la Source, la Volonté indifférenciée, et donc de ne plus se distinguer, se différencier de la plèbe, et de tous les autres, c’est une perspective assez dure, et plus l’individu est doué, différent, a du génie, plus cette dépersonnalisation le peine et l’effraie.

 

Quoi, mort, plus de distinctions entre Kyrill Hamdoulah et Brian ? Le même sort échoue à l’abruti et au génie ? Vraiment « pourquoi aurai-je été plus sage que l’insensé puisque j’aurai le  même sort ? ».

 

D’où venaient ses effondrements ? Quand tout va mal depuis l’enfance, c’est difficile de revenir dans la course. Brian se souvint qu’enfant, il ne pouvait voir « Sans famille », le dessin animé adapté de l’œuvre d’Hector Malot. Dès que ça passait à la télé, le mercredi après-midi, du temps ou le club Dorothée triomphait, ça lui rappelait trop sa situation, et il s’échappait dans la cour. Pas facile de vivre avec un Père autoritaire, un tyran psycho rigide, et une mère femme-enfant, pas une vraie mère. Ce qu’il aurait aimé, c’est de l’attention, une vraie attention respectueuse, et il n’en avait jamais eue. Pas étonnant que le tube de Téléphone « Je rêvais d’un autre monde » était sa chanson préférée autrefois. Lui aussi « rêvait d’un autre monde », et il voulait « tout foutre en l’air », ce qu’il fit du reste quelques années plus tard.

 

On parle de l’amour de Sheila, liftée à mort, pour son fils chéri, mais enfin elle a refusé de le voir pendant 7 ans, sous prétexte qu’il avait publié un livre où il exprimait sa vérité. Tu parles d’un amour inconditionnel ! Et c’est lui qui s’est suicidé, pas elle.

 

On parle d’excès de narcissisme, mais c’est bien d’en avoir un peu. Quand les bases de l’estime de soi manquent, c’est pour la vie. Ca vous plombe tout le temps et faut compenser par de la grandiosité ! Obligé d’escalader des montagnes, d’écrire des thèses, pour se prouver qu’on n’est pas débiles et qu’on peut être aimés, qu’on a une individualité et une pensée personnelle. C’est usant. Brian était usé. Et s’il fallait persister pour n’avoir, comme avenir, que la plonge, les centres d’appel ou les poubelles, eh bien ça ne valait pas le coup. Il ne restait que les meurtres pour se rééquilibrer, et se motiver.

 

Et puis Brian restait extrêmement seul. Il ne pouvait laisser les autres s’approcher, se laisser réellement connaître, transmission d’une névrose familiale, vieille crainte de l’envahissement et de la destruction de la psyché.

 

Des hommes, comme Dexter, n’ont pas d’émotions et font semblant d’en avoir, pour s’adapter. D’autres en sont submergées, et tentent de les contrôler, les masquer, ou les étouffer pour se protéger. Le danger pour ces derniers, c’est de se tuer intérieurement. Ils se « dextérisent ».

 

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 18:15

Autant Kyrill Hamdoulah, favorisant l’idiotie généralisée, devait être au fond lui-même, pour une bonne part, un abruti, tout comme ses téléspectateurs, autant Laurent Jolloré abrutissait volontairement les masses et n’en partageait ni les privations matérielles ni les insuffisances et œillères intellectuelles. Celui-là, il fallait, sinon le faire souffrir, au moins assurer une mise en scène qui serve d’exemple. Que les grands de ce monde se sentent un peu menacés, leur sommeil moins tranquille.

 

Pour ce faire, peut-être Brian aurait besoin du « Monstre ». Le « Monstre » habitait en forêt, et détestait l’humain. C’est un type que Brian avait connu en maison de correction. A l’époque, énervé, il traversait les murs. Et pourtant, il avait, alors,  peur de Brian, parce que Brian était spécial. Qui ne craignait pas Brian à l’époque? Mais Brian s’était préservé de l’inhumanité. Il n’était pas passé de l’autre côté.

Quand on jour un rôle pour se protéger, on en vient à s’identifier à ce rôle. Ca entraîne des conflits psychiques parce qu’on n’est pas comme cela au fond de soi. Mais on est prisonnier du rôle, on pense que sans la carapace qu’il nous assure, on ne pourra plus se protéger, on sera sans défenses. Et on ne sait plus, si on l’a jamais su, qui on est vraiment derrière toutes les identifications endossées. Mais parfois, l’identification est sans retour. On joue trop longtemps, ou trop profondément. Et alors on passe de l’autre côté. On perd toute humanité. On devient un monstre. Et le « Monstre », il ne supportait plus l’humain. Mais comme un monstre a malgré tout besoin de contacts, d’un semblant d’amitiés, il était resté lié à Brian, l’homme le plus mystérieux pour lui, fort, intelligent, proche et différent. Une fascination là encore, et réciproque.

 

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 19:58

 

Peut-être, comme le bavardage futile qui ne cesse pas, les émissions de divertissements, y compris les plus pitoyables et abrutissantes, répondent à une nécessité biologique. Il est faux de prétendre que la philosophie est faite pour tous. Des hommes de tous milieux s’y intéressent certes, mais ils ne sont qu’une minorité. Il faut avoir des dispositions pour cela. A l’homme qui ne se demande pas : que faire ? que faire ?, Confucius disait qu’il ne pouvait rien pour lui. Ce qui choquait Brian, dans les émissions de variété, c’est aussi qu’elles lui rappelaient les conversations adolescentes débiles auxquelles, trop intelligent, il ne pouvait alors participer, préoccupé de littérature, de philosophie, et trop profond pour s’intégrer. Et c’était comme si ces gens n’avaient pas évolué, n’étaient pas sortis de l’insignifiance, et parvenus à l’âge adulte, ça donnait quelque chose d’absolument grotesque et choquant, révoltant. Et ces animateurs, ces shows étaient plébiscités par des millions d’hommes et de femmes, sur toutes les chaînes de TV et de radio. C’était comme une tyrannie du grand nombre, et l’imposition permanente de tout ce qui dégrade en l’homme. Et les hommes d’affaires entretenaient cette médiocrité, la favorisaient. Et les politiciens, lâches, cherchaient à plaire. Ainsi, ils prétendaient aimer, ou regarder ce genre d’émissions, parce qu’elles étaient populaires. Et ils le faisaient savoir. Et il leur fallait prétendre aimer le foot, le tour de France, s’y montrer. Pire que des putes ! Eh bien, Brian n’aimait pas le foot, et il méprisait tous ces joueurs décérébrés crachant lamentablement sur le terrain

 

Après s’en être pris à l’animateur, Kyrill Hamdoulah,, qui lui semblait la pire expression de l’époque, il était juste de s’attaquer à l’homme d’affaires infâme qui tirait les ficelles, et encourageait l’abrutissement des masses, le puissant Laurent Jolloré. Un type à éliminer, sûrement. Lui et tant d’autres tyrans, industriels, hommes de médias, politiques, contribuaient à maintenir ce système, qui leur était avantageux. Il fallait commencer par une ordure de

premier plan. Laurent Jolloré serait sa prochaine cible.

 

Plongé dans ses réflexions, Brian eut l’envie de lire Zarathoustra pour prendre des forces. Bizarrement, il ne l’avait jamais lu en entier. Quelque chose de naïf chez Nietzsche le rebutait. Il lui préférait Freud, Nietzsche sans le délire en quelque sorte, même si moins poétique. Lou Andréas Salomé ne s’y est pas trompé, elle qui pris Freud pour maître. Mais la lecture d’une adaptation en bande dessinée lui en montra la richesse et de nombreuses similitudes avec sa propre pensée.

 

Relisant les Taoïstes, quelque chose le heurtait un peu chez leurs principales figures. Celles-ci louaient l’ignorance et fustigeaient la technique. Mais est-ce aller dans le sens de l’accroissement ? Intelligent et énergique, peut-on se renier et travailler contre soi et ses facultés ? Ainsi des architectes se stimulent en créant des tours toujours plus hautes, merveilles de technologies et d’ingéniosité. Et par ces créations, ils s’expriment, développent leurs dons, prennent leurs places, se déploient. Devraient-ils se limiter, s’empêcher volontairement  de fructifier leurs virtualités, de se pousser jusqu’au bout ? Cela semblerait contre nature, dans le sens d’un détachement artificiel, et à l’ascèse, au renoncement Chrétien, Bouddhiste, Hindouiste, Taoïste, nihiliste, Schopenhauerien, Brian préférait les visions de Spinoza, Darwin, Nietzsche, plus cohérentes et stimulantes.

 

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 14:01

 

La vie ne présente un intérêt, pour un homme, que tant qu'il peut séduire de belles jeunes filles. Passé ce cap, il n'y plus de but! Le titre d'un roman de Romain Gary, "Au delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable" l'exprime très bien.

Parfois, Brian était submergé par des images violentes, qui lui semblaient détruire son individualité, et sous emprise de ces associations mentales, il entrait en état de sidération, de profond malaise, de prostration. Il s'était intéressé à différentes thérapies pour soigner ses blessures. Mais il semblait trop complexe pour entrer dans le monde des thérapies calibrées. Il avait côtoyé une association de cognitivo comportementalistes, mais leurs théories s'avéraient sans profondeur, et leurs partisans d'un esprit sectaire, et très limités intellectuellement. Il avait fait connaissance avec un type dont la mère l'étouffait, et qui d'ailleurs voulait le faire lobotomiser à la manière actuelle, à savoir lui planter des électrodes empêchant de penser dans le cerveau pour être moins envahi de troubles compulsifs. Procédé terriblement invasif pour une pathologie dont quelques séances de sport diminuent l'impact, et qui surtout occulte la véritable origine des problèmes, en l'occurrence la mère. Cette mode normative des TCC se veut en phase avec une société où les individus doivent s'adapter coûte que coûte plutôt que se trouver eux-mêmes. Mais un type qui procède à des rituels excessifs, ce que nous faisons tous dans une moindre mesure pour donner un semblant de régularité au chaos et à l'imprévisibilité menaçante, sait très bien qu'il n'y a pas de causalité entre ses exercices et le but recherché. Mais plus encore qu'un accident survenant s'il ne s'y livrait, la face négative, il croit sans en être dupe que s'y livrer le protège, ainsi que ses proches, la face positive, et c'est cette illusion protectrice qui l'enchaîne, et qui le pousse à ses rituels excédants. Or, comme il sait que ses schémas de pensée sont absurdes, ce n'est pas là-dessus qu'il doit travailler, mais bel et bien sur l'angoisse à l'origine de ces symptômes, car sa présence le contraindra toujours malgré sa rationalité, et tant que le besoin pathologique de protection dominera. Les psychanalyses l'emportent donc sur les TCC, et leurs chefs de file, ces nullités intellectuelles fermés à toute philosophie.

La mode du retour à la méditation, popularisée sous le terme de "mindfulness" ou "pleine conscience" est plus stimulante. Par exemple, observer ses associations d'idées pour prendre de la distance et ne plus s'y enchaîner est une expérience libératrice. Et puis méditer sans dépendre de traditions, bouddhisme, hindouisme, taoïsme, envers lesquelles on peut émettre de sérieuses réserves. Mais il y a un côté agaçant dans son omniprésence, son manque de recul critique, son déracinement de la philosophie et de la sociologie. Christophe André, Matthieu Ricard, le Dalaï lama (aucune sagesse), Thich Nath Han, Fabrice Midal, Frédéric Lenoir, comme autrefois Krishnamurti, Aurobindo ou Arnaud Desjardins, écrivent des dizaines de livres, où ils ressassent les mêmes niaiseries et platitudes, comme Eckart Tollé, Paulo Coelho ou Laurent Gounelle dans un versant développement personnel. Il y a même un aspect réactionnaire très fort chez Christophe André, un esprit bigot, moralisateur qui exaspère, et un rejet de la psychanalyse à laquelle il n'a rien compris (rapport névrose et sexualité, phobie et impossibilité de s'autonomiser psychiquement par ex), et dont il semble avoir bien besoin. Ferait mieux de s'occuper de la poutre dans son œil que de nous soûler avec ses conseils éternellement ressassés et infantiles. Quant à ce pauvre Fabrice Midal louant les vertus de la reine des psychotiques, Sainte Thérèse de Lisieux, occultant sa folie au profit d'une valorisation médiatique toute récente du mysticisme, c'est sombrer si bas qu'il n'y a sans doute plus d'espoir pour lui.

Et puis tous insistent sur l'instant présent, qui n'existe pas. Il n'y a que de l'impermanence, du changement, des mutations comme nous l'enseignent Héraclite, Bergson ou le YI King. La "sensation" de coïncider avec l'instant, à la rigueur, peut être la conséquence d'une saine actualisation de puissance, d'une adéquation maximale entre ses possibilités et ses réalisations, mais elle ne doit pas être recherchée pour elle-même, comme cause d'un bonheur factice. C'est forcer les choses, mettre la charrue avant la bœufs, un crime contre la logique naturelle.

Brian avait aussi entendu vanter, dans un séminaire de "pleine conscience", la sagesse des peuples africains qui seraient épanouis parce qu'ils vivraient l'instant présent. En réalité, les membres de communautés traditionnelles sont toujours pris dans un flux d'interactions qui les éveillent. Ils font ce qu'ils ont à faire, poussés par la nécessité. Ils ne souffrent pas de la solitude que nous connaissons et leur bonheur vient de là.

Heureusement, il existe des êtres qui ont réellement quelque chose à dire, et parmi ces exceptions, Brian appréciait la thérapeute Alice Miller, le psychiatre Irvin Yalom, l' iconoclaste François Roustang. Bien sûr, il ne partageait pas toutes leurs vues, mais il leur accordait du crédit. Des êtres à qui on allait laisser la vie sauve! Du moins pour les survivants.

Toutes ces images qui assaillaient Brian, d'où venaient-elles? D'une succession de violences subies, d'un traumatisme originel plus ancien, d'un moment fondateur, fragilisant, que des épisodes déstructurants avaient renforcé, jusqu'à l'écoeurer de l'humanité, l'en éloigner et lui rendre impossible le retour, les groupes humains lui évoquant l'annihilation de sa personnalité, sa négation, et son extraordinaire intelligence la refusant? Il avait parfois de lointaines réminiscences, des résurgences, de quelque chose de peu clair et d'enfoui, d'enfui. Et il n'avait pas pu le colmater. Sans "témoins secourables", il avait toujours été extrêmement seul. Peut-être la nature le voulait-il ainsi! Sans réciprocité, il s'était formé, avait fructifié ses dons, avait surcompensé l'absence, mais soutenu, compris, écouté, ne se serait il pas arrêté en chemin, inhibant sa pensée et la modelant sur les préjugés, les opinions dominantes, se contraignant avant l'émergence de l'originalité et du danger? De toute façon, quelques soient ses causes et  ses effets, cette solitude l'avait contraint au malheur. Quant à sa puissance? N'y avait-il pas une place à trouver pour les gens comme lui dans une société si coercitive et médiocre, un lieu, un espace où et se faire comprendre, communiquer? Un mont analogue?

Le sens de la vie le bonheur, car sans recherche de justification, de sens, donc immersion dans le sens, coïncidence avec le sens, donc avec le temps. Le bonheur la vraie définition de vivre l'instant présent, car coïncidence avec le temps, pas de temps perdu., et pour Brian vivre l'instant, être heureux, le sens, tuer des malfaisants!

 

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 15:03

A propos d'eugénisme, on s'est mal servi des travaux de Darwin, avec Francis Galton, qui prônait la survie des plus aptes, le "Darwinisme social" ou l'ultra libéralisme. Darwin ne partageait pas les vues de Malthus, pour qui l'Etat ne devait pas aider les plus pauvres, et leur permettre de se reproduire, pour ne pas dégrader l'espèce. Pour Darwin l'entraide, la coopération, la fraternité prenaient le pas en l'homme sur la sélection naturelle. Mais il n'y a là rien à priori de vertueux, il ne s'agit pas de principes immuables, car être charitable était pour Darwin utile à l'espèce humaine, mais qu'aurait il souhaité, quelle aurait été sa morale s'il était avéré que la guerre, la destruction des plus faibles renforçait ou pouvait renforcer l'aptitude à survivre de l'humanité? Eh bien, tout se joue dans le conditionnel. Comme on ne sait pas les effets à long terme d'une sélection forcée, la position de Darwin est surprenante et quelque peu paradoxale, puisqu'elle va à l'encontre du principe "tuons en dix pour en sauver des millions". Il écrivait que dans la politique Malthusienne, on se servait de moyens désastreux pour une fin improbable, incertaine. En fait, c'est l'inverse de "la fin justifie les moyens". C'est ce qui sauve Darwin des utopies cauchemardesques, et lui donne un recul critique, une sagesse absente chez Marx, qui, il est vrai, souffrait de conditions économiques différentes, lui donnant à souffrir l'aliénation dans sa chair. De même, Darwin, athée, ne croyait pourtant pas, à l'inverse de Marx, qu'il fallait forcer les hommes à abandonner toute croyance religieuse. Il pensait que ce n'était pas sain de faire ainsi, que les hommes devaient y venir progressivement par eux-mêmes, quand ils seraient prêts. Après le violent retour du religieux, il semble que les tentatives idéologiques contre l'obscurantisme aient été trop radicales pour être assimilées par les masses. Darwin semble là encore l'emporter.

Une autre tendance contemporaine qui agaçait Brian, c'était la théorie du genre. Il n'y aurait pas de différence fondamentale entre les sexes, le culturel l'emporterait sur le biologique chez l'homme, pas de sens maternel chez la femme... Cela défiait le bon sens. On allait même jusqu'au macabre. Un type qui se prendrait pour un manchot au fond de lui-même voudrait qu'un médecin lui coupe un bras, il passerait pour fou, et un médecin acceptant de lui couper le bras serait poursuivi. Mais un homme qui se sent femme et veut se faire couper le sexe, on l'accepte et ça devient légal. Et les psychiatres inventent des pathologies, comme l'hyper activité, qu'ils prétendent guérir à force de médicaments, mais un homme qui se prend pour une femme, ça devient normal. Et si un homme se prend pour un éléphant, suffira t il de lui greffer une trompe et de grandes oreilles pour qu'il le devienne? Ineptie toujours recommencée des psychiatres, affligeante, et d'une société devenue folle!

Tout ce délire est inspiré, dans la succession du Cartésianisme, par l'existentialisme, pour qui "l'existence précède l'essence" seulement en l'homme, et de ce fait introduit une rupture radicale entre l'animal et l'homme. Mais l'existentialisme est un néant intellectuel, sans fondement solide, un jeu de concept sans racines, et l'homme, en réalité, n'est pas "libre parce qu'il est homme et homme parce qu'il est libre", mais essentiellement un animal, une bestiole, un corps doué de potentialités, et si on peut se perfectionner, fructifier ses dons, voire reconfigurer certaines parties de son anatomie, il n'est jamais bon de vouloir s'affranchir de la nature, de se croire "un empire dans un empire", et de passer outre. Délire de toute puissance, anthropocentrique, de qui croit être le "maître et possesseur de la nature", et n'en est qu'un infime partie, sans plus de valeur qu'un fourmi pour l'Univers.

Quand Pascal écrit "mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'Univers a sur lui, l'Univers n'en sait rien", c'est encore de l'anthropocentrisme injustifié, d'abord parce que, pour que la conscience émerge en l'homme il faut que l'Univers ait les propriétés nécessaires pour cette émergence, donc quelque part qu'il est aussi conscient, ensuite parce que l'homme une fois écrasé, il n'en sait plus grand chose. D'avoir conscience que l'Univers l'écrase, ça lui fait une belle jambe!

Au verbiage métaphysique de Levinas glosant sur le visage humain exprimant l'infini, véritable fumisterie, Brian opposait "l'expression des émotions chez l'homme et les animaux" de Darwin, qui expose l'étroite parenté entre les espèces, le visage de l'homme ne dévoilant pas davantage de vulnérabilité divine que les grimaces du singe n'en manifestent.

 

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 14:30

Parfois, tout énervait Brian. La psychiatrie, avec sa manie du classement, la justice toujours partiale, la TV, la radio et ainsi de suite, un accablement sans fin. Les psychiatres pensent un peu comme Spinoza, que la tristesse est une émotion négative, comme la colère, ou la mélancolie. On peut être un peu triste, mais pas beaucoup, sinon c'est trop, et il faut stabiliser l'humeur avec de la chimie. Mais il peut sortir de grandes choses d'un excès de mélancolie, et vouloir tout modérer est une erreur. Avec leurs substances, l'homme devient un être diminué, calmé peut-être mais amorphe. A quoi bon? Ce sont des destructeurs de l'âme. Brian, parcourant le journal, était tombé sur une annonce de surveillants "d'handicapés mentaux". Quelle horreur. On les parque dans des camps. Au moins les prisonniers ont commis quelque crime justifiant leur enfermement. Mais les "handicapés mentaux", qu'est ce qui justifie qu'on leur restreigne leur liberté, qu'on leur dise comment vivre? Le même traitement dégradant, concentrationnaire, est infligé aux personnes âgées que l'on infantilise dans les maisons de retraite, lieu infâme parmi les lieux infâmes, comme tout ce qui nuit à la liberté individuelle.

La justice, selon Foucault, est la "domination d'une classe sociale sur une autre", une classe moins intégrée, moins préparée, moins riche. On ne peut mieux dire l'injustice de la justice. Comme l'écrivait La Fontaine "selon que vous serez puissant ou misérable, vous serez jugé blanc ou noir". C'est dans la nature humaine, mais en fait, c'est inscrit dans l'animalité de l'homme, car la violence, les guerres de territoire, la lutte pour l'influence, la nourriture ou la possession des femelles sont omniprésentes dans le monde animal, et donc chez l'homme. Aucune différence sur l'essentiel, mais les hommes ont également la capacité de s'extraire de la violence, ou de l'exacerber. Si l'on décide de s'en prendre à l'homme, il faudrait aussi tenter de réformer le comportement animal, ce qui est contre nature et absurde. Le lion ami avec la gazelle? Ce ne serait plus un lion, il en perdrait les caractéristiques. La nature voudrait-elle la violence? La nature sait ce qui est bon pour les animaux et pour l'homme, même si celui-ci refuse de le voir. Comme l'écrit Kant, "l'homme veut la concorde, la nature veut la discorde".

Tout de même, Brian, à l'écoute d'une émission radiophonique comique, dans laquelle une humoriste se moquait de son amant lecteur de Dostoïevski, réagit douloureusement. Pour plaire au peuple, toute cette démagogie vantait "l'homme ordinaire", stigmatisait tout élitisme, renversait les valeurs nobles. L'imbécile était sans cesse valorisé, l'homme cultivé sommé de s'excuser. C'en était trop! Il fallait changer les choses par la force. Brian avait beau se répéter, formule tirée de "l'homme-machine", "le matérialisme radical est le meilleur antidote à la misanthropie" comme un mantra, sa rancœur ne cessait de croître. Etant contre l'avortement, pour des raisons scientifiques et psychanalytiques et non religieuses, il avait fustigé l'eugénisme masqué. Néanmoins il s'interrogeait. Les hommes et femmes les plus démunis, matériellement, culturellement, ont tendance à faire beaucoup d'enfants et à commencer très jeune. Les couples cultivés font moins d'enfants, et s'y prennent plus tard. De génération en génération, cela abêtit nécessairement l'espèce, l'empêche de progresser, et  c'est comme cela qu'on se retrouve au sommet de l'évolution, avec une foule d'abrutis regardant Kyrill Hamdoulah, et une infantilisation généralisée. Tout l'effort de l'Univers pour en arriver à une telle dégénérescence, à une telle nullité! L'entropie avance plus vite qu'on le pensait! Il y a même un film comique américain "Idiocracy "-ils sont bien placés pour en parler- qui traite du problème. Eh bien Brian avait réfléchi sur le sujet, et il en était venu à l'idée que la solution consistait dans le "transhumanisme" ou l'homme augmenté. Par ce moyen, on modifierait le niveau de conscience en complexifiant la structure cérébrale, et on ferait franchir un bond évolutif à l'espèce, la plongeant dans ce que Teilhard appelait l'ère de "l'Ultra-humain". La loi de "complexité-conscience" se vérifiant par une accélération due aux prodiges de l'intelligence humaine! Et on éviterait l'eugénisme. Ce serait l'émergence d'un vrai homme nouveau. Ce que n'avait pas saisi Mao, c'est que les hommes sont essentiellement englués dans leur animalité, et que leur très faible capacité, notamment à penser par eux-mêmes, ne leur permet pas de s'isoler du groupe, les empêche, constitutivement, de sortir de leur état pitoyable, de leurs mesquineries et préjugés.

En changeant leur corps, on modifie leur destin. Et Brian songea, égoïstement, qu'ainsi, il aurait davantage d'alter ego, il serait peut-être moins seul.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 13:29

Quand on n'a pas d'enfants, il nous manque quelque chose d'essentiel, la vraie immortalité quelque part, dans le sens où, quand on en a, on n'a plus peur pour soi mais essentiellement pour ses enfants, et donc qu'on ne craint plus, ou beaucoup moins, sa propre mort. Sans enfants, on loupe la continuité naturelle, et le sens naturel. Mais avec des enfants, il y a un fonds d'angoisse permanent, qui empêche la détente totale, rend affectivement et globalement dépendant. Ce n'est pas très bien fait tout ça. Brian n'était pas loin de penser que Schopenhauer l'emportait sur Leibniz, à savoir que ce monde n'est pas le "meilleur des mondes possibles" mais "le pire des mondes possibles", dans le sens ou, encore pire, il n'aurait pas été viable. Mais peut-être est-ce le seul envisageable, et donc à la fois l'un et l'autre.

Si Schopenhauer l'emporte, alors pourquoi ne pas se suicider? Si le suicide est la manifestation d'une volonté singulière contrariée, il reste que, mort, on ne souffre plus de l'échec de la volonté en soi, ni de son absurdité. Cohérent, un Schopenhauerien devrait donc se suicider. Mais l'œuvre de Schopenhauer, en ce qu'elle manifeste son besoin d'expression, de réalisation, de communication, la nécessité pour son génie de se manifester et se déployer, va dans le sens d'une actualisation nécessaire qui sert l'individu Schopenhauer et l'universel, et infirme donc les fondements de l'œuvre, à savoir que la vie est absurde, qu'il faut mettre fin à l'exercice de la volonté en soi-même au bénéfice d'un détachement salvateur, et parvenir à la négation du vouloir vivre. Alors on rejoint plutôt Nietzsche et l'affirmation de la volonté en soi, voire au mépris des intérêts de ceux qui nous limitent.

Brian était donc  pour l'heure un Nietzschéen. De gauche, de droite? Peu importe. Il s'extériorisait et jubilait, manifestait sa puissance en même temps qu'il pensait servir l'humanité et le monde. Un nouveau prophète! Une force. Peut-être le guide d'une nouvelle révolution, un Sun Yat-Sen français!

Un point ou Schopenhauer l'emporte cependant, c'est que si Nietzsche écrit que sans la musique, la vie serait une erreur, ne vaudrait pas la peine d'être vécue, Schopenhauer écrit, lui, que sans les chiens la vie serait une erreur!

"S'il n'y avait pas de chiens, je n'aimerais pas vivre".

"L'homme est le seul être qui en fait souffrir d'autre sans autre but que celui-là; j'ai un caniche et quand il fait une bêtise, je lui dis: si tu n'es pas un chien, tu n'es qu'un homme. Oui, un homme, tu devrais avoir honte. Alors il est honteux et va se cacher dans un coin."

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 14:55

De retour chez Marek, ils se détendirent un peu, burent quelques bières. Ils se couchèrent et Brian se mit à penser. Brian n'aimait pas Mao, et pourtant il présentait déjà quelques similitudes avec lui. Ne désirait-il pas libérer les masses par la force? Et n'était-il pas pour la suppression des grands corrupteurs, et du système en vigueur? Et déjà, les choses avaient dérapé. Maharo, qui s'était chargé de la suppression des enregistrements sur caméra, avait aussi éliminé le garde du corps. Pas de témoin. N'était-ce pas la première victime collatérale d'une longue succession à venir? Certes, l'homme de main protégeait une ordure, mais à ce rythme-là, on pouvait aussi assassiner tous ses amis, et on amènerait un chaos somme toute arbitraire et injuste. Ses interrogations pourrirent la nuit de Brian. A son réveil, morose, il resta en prise avec ses atermoiements. Puis il prit son petit-déjeuner avec Maharo et Marek, échangeant quelques paroles. Enfin, il prit congé, et avec Maharo, rentra à Poitiers. Maharo sentit sa contrariété car Brian restait mutique. Arrivé à destination, ils se séparèrent, sans un mot.

Chez lui, Brian alluma la radio, et bien entendu, l'assassinat de Kyrill faisait parler. La plupart des commentateurs, même ceux qui maudissaient son influence, paraissaient choqués, ou jouaient à le paraître. Était-ce Daesh, quelque groupe anarchiste inconnu, ou une sombre affaire personnelle? C'était jouissif de savoir que c'était soi, soi et son ami. Ca donnait un sentiment de grande puissance. Brian alluma la TV et vit des fans en pleurs. Ah ah! Rien que çà! Ils vont quand même pas en faire un deuil national! Passons à autre chose. Une autre chaîne, et ça recommence. Eh bien, il va falloir que ce cher public s'habitue, parce que ce n'est que le début! Les adeptes des théories du complot vont s'en donner à cœur joie. Sans doute un coup de l'Etat pour renforcer la sécurité! Après tout, ces théories ne datent pas d'hier. Et elles sont parfois vraies. Conrad a même écrit un roman peu connu, "l'agent secret" développant cette trame, avec un infiltré chez les anarchistes chargé, obligé même, de pousser son groupe à plus d'actions violentes, pour plus de répression au final. Enfin pour ce coup ci ce n'était pas l'Etat. C'était Brian, proche de ce qu'on pourrait appeler l'anarchisme de droite, le seul vrai anarchisme, individuel, sans statut, obligations, et préjugés communs! Brian éteignit la TV et médita.

Une brusque envie de sexe fit irruption et modifia le cours de ses pensées. Il avait lu un passage du "héros aux mille visages" de Joseph Campbell, et cela l'avait intrigué. Ce qu'il cherchait au fond, après une femme, c'était encore une autre femme, et ainsi de suite. Il les voulait toutes, un peu comme Simenon, pour être certain que l'essence de la femme ne lui échapperait pas, afin d'y trouver sa complétude, son achèvement. Mais cette essence, ce but était inatteignable. Il cherchait quelque chose d'irrationnel qui ne pourrait jamais le satisfaire. Au fond, cette quête était d'ordre névrotique. Il cherchait sans doute la "bonne mère", à jamais lui échappant. Il y avait un rapport à une immaturité fondamentale dans ce désir, un manque l'empêchant de "défusionner" et d'être libre. Sa propre mère avait été ambivalente, et, comme son père ne s'était jamais réellement soucié de lui, de son intériorité, comme s'il n'existait pas. Jusqu'à la fin, ils seraient indifférents, comme la mère d'Henry Miller, qui, même sur son lit de mort, ne dit pas à son fils qu'elle avait lu ses livres, alors qu'il l'attendait tant. Ses blessures terribles qui entravent tout le développement, nuisent au narcissisme fondamental, à la confiance en soi dont l'individu a besoin pour s'élancer vers le monde. Brian, en relisant des passages des "Mémoires d'Outretombe" fut d'ailleurs surpris de constater que Chateaubriand fut certainement un enfant maltraité, lui qui écrit que sa mère lui a infligé la naissance, qu'il n'a jamais été heureux,, et qui remercie ses parents pour leur froideur et leur dureté, beaucoup de symptômes parlants pour les familiers de Alice Miller. Ces carences poussent à compenser par de la "grandiosité". On comprend mieux le style Chateaubriand! Il importe que l'homme soit dégagé des névroses infantiles pour que ses rapports amoureux puissent être sains et épanouissants. Comme l'écrit Joseph Campbell, à propos de la "mère universelle", qui représente la vie, et la femme: "Le disciple doit pouvoir contempler ces 2 aspects (créateur et destructeur), avec une égale équanimité. Cet exercice purge son intellect d'un sentimentalisme infantile et des ressentiments inadéquats et ouvre son esprit à cette présence réelle impénétrable qu'il perçoit alors, non plus comme auparavant  en "bien" et "mal", selon son humeur capricieuse et enfantine, en "bonheur" et "malheur", mais comme la loi et l'image de la nature de l'être".

Et ainsi, l'homme n'est plus dépendant du désir régressif envers la "mère protectrice" et peut aller vers la femme comme elle est vraiment, avec son immaturité, ses faiblesses, et son versant destructeur.

Quant à la spiritualité qui sous-tend l'œuvre de Joseph Campbell, eh bien, c'est plus contestable. L'avantage de la jeunesse tourmentée, c'est qu'on se dit que le mal vient de nous, de notre immaturité, de nos démons personnels, mais que des hommes plus mûrs et expérimentés savent les chemins de l'harmonie et de la pacification de l'esprit, qu'ils ont trouvé du sens à cette guerre permanente du cosmos, aux souffrances et à la mort, qui nous échappe complètement dans notre folie que l'on souhaite passagère. Et puis, en prenant de l'âge, on s'aperçoit que la violence du monde est bien réelle, que les problèmes ne viennent pas uniquement de notre psyché torturée, et qu'il se pourrait, en définitive, que personne n'ait de réponse convaincante, ni les philosophes, ni les pseudo sages, ni les croyants, que tout est mystification pour tenir face à l'effroyable réalité. Et alors, on se retrouve complètement seul, face au chaos. Et c'est plus que ne peut en supporter l'âme humaine.

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 15:12

Brian et Maharo se croisèrent. Maharo se posta à l'entrée et attendit. Brian entra dans le loft, inspecta pièce par pièce, sans grande tension, car il se savait bien supérieur à la cible. Approchant du seul endroit qui restait à scruter, il comprit que ce devait être la chambre de Kyrill. Il attendit, écouta. Rien qui laissait présager que Kyrill ne dormait pas. Le stress monta malgré tout, et il modula sa respiration. Puis il ouvrit la porte, doucement. C'était assez incroyable, comme irréel. Kyrill Hamdoulah était là, inconscient du danger, avec sa grosse et immonde tête bouclée, les cheveux noirs qui dépassaient des couvertures, la face contre les draps. Et il semblait dormir profondément. Brian n'allait quand même pas le tuer dans son sommeil. Il se décida. Kyrill se vantait parfois d'être un dur, de venir de la banlieue, de savoir se battre. On allait voir. C'était le moment de le prouver. Brian s'approcha et le bouscula brutalement. Kyrill s'éveilla, apathique, puis, conscient, eut un brusque sursaut, et parut terrifié, comme comprenant qu'après avoir humilié tant de monde, c'était à son tour de se faire descendre, et aucun public pour le sauver. Dans sa terreur, il ne songea même pas à appeler son garde du corps. Brian lui donna une grande baffe, à la Depardieu ou Lino Ventura. Kyrill fut secoué, sortit vite du lit pas l'autre bord, tremblant. Brian contourna le lit et plaça un direct dans le plexus, mi shotokan mi anglaise, plutôt kyokushin, et fut surpris par les abdos inattendus de Kyrill. Celui-ci contre attaqua par une droite que Brian esquiva. Kyrill  n'ayant que peu ramené son bras vers lui, Brian pu le saisir à la volée, se plaça sur le côté et lui vrilla le poignet par une technique aïki, un kote gaeshi. Kyrill hurla de douleur, et tomba sur le sol, le bras luxé. Heureusement que la chambre était insonorisée. Il faudrait améliorer cela. Brian, au-dessus, mit son pouce droit dans l'œil droit de Kyrill, et pressa. Puis il donna un "penalty" dans la tête de Kyrill, comme si elle était un ballon de foot. Kyrill n'était plus qu'une proie délirante en transe. Bon sang comme ça avait été plus facile que prévu! Parfois on s'attend à de dures batailles, et l'opposition s'effondre de façon surprenante. Brian redressa le torse de Kyrill, ses jambes et son cul toujours collés au sol. Il n'était plus question de le sermonner, sa cible n'étant plus qu'une loque impropre à tout échange verbal. Brian décida d'en finir. Il le frappa du bout des doigts (nukité) dans la gorge, puis le compressa par une "guillotine", enroulant son bras gauche par-dessus la tête de Kyrill, et l'étouffa. Il serra ainsi bien après que Kyrill perdit connaissance, pour être certain de l'avoir tué. Puis Brian relâcha Kyrill, inerte. Une étrange sensation l'envahit. Une sorte de dégoût. Finalement, il n'avait pas pris de plaisir dans cette élimination d'un déchet corrompu et corrupteur de l'humanité. Certes, les quelques coups donnés, les techniques placées, c'est agréable, c'est toujours du sport, mais achever une créature vivante, et même un être humain, et pas le moins vicié, se révélait assez glauque. Mais c'était le premier, et Brian n'était pas un professionnel indifférent. Il avait une mission. Il désirait éliminer les abrutisseurs des masses, les destructeurs de toute noblesse, et il allait s'y atteler sérieusement.

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