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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 12:01

 

 

I -  CE PAR QUOI IL FAUT COMMENCER

 

1 – NECESSITE DE CROIRE OU COMMENT ECHAPPER A L’ISSUE ILLUSOIRE IMAGINEE PAR CAMUS :

 

Tout d’abord, notons que la croyance en un monde « cohérent et fécond » pour employer des termes significatifs du vocable Teilhardien, paraît à Teilhard indispensable à l’homme, de plus en plus indispensable en fait, à mesure que sa conscience s’éveille jusqu’à se réfléchir en Dieu. Les perspectives stoïciennes ne le convainquent pas. En premier lieu, parce que l’obsession de son propre perfectionnement conduit naturellement au mépris de ceux qui ne s’y livrent pas, à la hantise de la corruption de sa  propre hauteur,  au repliement égocentrique, et pour tout dire, à la misanthropie. De plus, l’idée développée par Camus  « il faut imaginer Sisyphe heureux » lui paraît elle-même absurde. En effet, quelle serait cette sorte de bonheur que celui qui se contenterait d’un éternel recommencement ? Un bonheur héroïque peut-être, mais dérisoire aussi et hors de notre portée.

 

 

« Gémir, pleurer, prier est également lâche,

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,

Dans la voie ou le sort a voulu t’appeler.

Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

 

La mort du loup, Alfred de Vigny

 

 

C’est le conseil du loup au poète, mais le poète, en sa qualité d’homme, ne peut se contenter d’un tel sort. Et c’est un fait que la lecture des stoïciens a une conséquence euphorisante, par l’impression de contrôle qu’elle nous donne, mais dont nous subissons vite le contrecoup, et que les grands hommes qui en ont illustré, revendiqué les fondements, n’ont pu s’y maintenir qu’à intermittence, car non soutenus par l’idée d’un principe réellement réconfortant et au-dessus d’eux-mêmes, auquel se fier quand sa propre force s’est dissipée.

 

 

« A certaines heures  de troubles extrêmes […]. Quand toute certitude vacille, que toute parole balbutie, que tout principe devient suspect, à quelle dernière croyance raccrocher notre existence intérieure, en dérive, sinon à celle-là : qu’il est un sens absolu de croissance, auquel notre devoir et notre béatitude consistent à nous conformer et que la Vie marche en ce sens, par le plus droit chemin. La Vie ne trompe pas […] ni sur la route ni sur le Terme […]. Elle ne définit intellectuellement aucun Dieu, aucun dogme […] elle nous indique le  chemin vers quelle région de l’horizon il faut cingler pour voir se lever et grandir la Lumière. »

 

Ecrits du temps de la guerre, Seuil, 1976, p. 22

 

 

 

 

2 – IMPORTANCE DE L’ENRACIMENT COSMOLOGIQUE DANS L’ASSURANCE DE LA VALEUR ACCORDEE A NOTRE RAISON :

 

« Si le monde est sensé, c’est parfait, mais si le monde va au hasard, ce n’est pas une raison pour, toi, aller au hasard »

 

Les Pensées,  Marc-Aurèle

 

 

Mais qui nous prouve, perdu en un monde hasardeux, que nous possédons en nous-mêmes les clés pour ne pas se perdre, la possibilité du contrôle de soi, de l’autodétermination absolue indépendamment de la cohérence de l’Univers, où pourtant nous sommes pris, nous qui ne sommes qu’élément d’un Tout nous enveloppant ? N'est-il pas nécessaire d’attribuer à l’Univers une signification pour se l’assurer à soi-même, pour postuler l’aptitude à la libre orientation individuelle, si tant est qu’elle ne soit pas incompatible avec l’ordre du Tout ?

 

Ainsi, pour Teilhard, il est indispensable à l’homme d’adhérer en conscience à l’idée d’un monde « centré », harmonieux, réglé et orienté, parce que l’homme ne peut se maintenir réellement dans la vertu que soutenu par cette idée, la possibilité d’y parvenir sans étant infime, et absurde puisque d’un héroïsme sans fondement, sans sens autre qu’individuel et pour un temps éphémère.

 

Et, de plus, cette faculté autodéterminante, indépendamment de la force de volonté qui serait telle qu’elle pourrait se passer de l’idée d’un monde sensé pour s’exercer, a tout de même besoin d’un enracinement cosmologique, organique, car nous ne saurions autrement d’où elle tirerait sa puissance autorégulatrice. Il faut par conséquent avoir foi au monde pour avoir foi en soi, et cette foi au monde laisse pressentir ce Centre des centres qui lui donne sens en le centrant, c’est-à-dire en l’organisant, en l’arrangeant, en le disposant vers toujours plus de complexité.

 

 

 

 

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 13:21

 

L’Esprit, les Corps, et la Matière

 

Ou Dieu et sa Création chez Teilhard de Chardin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Esprit, les Corps, et la Matière

Ou Dieu et sa Création chez Teilhard de Chardin

 

 

 

« Celui qui comprend le babouin contribuera davantage à la métaphysique que Locke ». Darwin

 

 

 

 

 

 
Introduction

 

Le thème de ce mémoire nous a été comme imposé par sa nécessité. Il est impératif effectivement, à notre point de vue, d’apaiser les tourments, les déchirements qui ne cessent de nous meurtrir, entre notre foi que nous voudrions définitive, et l’intelligence, que nous ne voudrions pas sacrifier au profit d’un apaisement douteux. Le monde sans cœur et sans âme d’un strict matérialisme nous effraie, mais l’attitude qui consisterait à sacrifier notre esprit critique afin d’accéder à la confiance aveugle de l’imbécile heureux nous écœure. Car nous ne voulons pas être imbéciles heureux, nous ne voulons pas être lâches. Et c’est en cela que Teilhard est immense, qui ne prouve pas l’existence de Dieu, puisque, comme nous le verrons, la croyance reste le domaine irréductible de la foi, mais contribue à nous la rendre possible, c’est-à-dire non contradictoire avec les données expérimentales. Car, si pour Pascal, foi et raison sont deux ordres distincts qui sont complémentaires, il reste qu’il laisse la possibilité de croire d’une foi inaccessible aux tergiversations de la science, une foi vraiment séparée et absolument sûre d’elle-même. Pour Teilhard, la scission lancinante souvent observée en l’homme entre son intérêt pour le monde et son intérêt pour Dieu, l’attachement et le détachement, la science et la foi, est la source de conflits trop douloureusement vécus pour ne pas tenter de les amoindrir, de les adoucir. Combien de grands hommes ont toujours refusé d’adhérer de tout leur cœur et de toute leur âme au sacré qu’ils pressentaient pourtant traverser toute existence, non par lâcheté, mais par conscience ?  Montherlant est le prototype de ces artistes qui auraient tant aimé croire, mais qui, au désespoir de Jean Guitton, ne le pouvaient pas, davantage par franchise, honnêteté intellectuelle, que par perversion.

Il est une idée répandue chez le clergé que ceux qui ne croient pas refusent l’appel, car il est plus aisé de vivre comme on l’entend, sans devoirs à accomplir à l’égard d’une instance transcendante, se prenant soi-même pour centre et sommet, que d’agir sous la juridiction d’une force suprêmement organisatrice à laquelle on doit des comptes. Mais combien d’hommes croient comme on adhère à une secte, par facilité, confort, pour ne plus chercher, pour ne plus être seuls de la solitude des chercheurs véritables, engagés corps et âme dans leur quête exaltante, mais épuisante, constructive, mais destructrice, aussi. Il est  en vérité plus aisé, plus réconfortant, plus joyeux, de vivre en un monde que l’on croit, que l’on sent organisé, sensé, animé d’une bienveillance trop souvent imperceptible hélas, monde orienté, structuré, « cohérent et fécond », qu’en un monde que l’on juge absurde. Il faut donc écouter tous ces hommes souffrants qui veulent croire mais ne peuvent pas, faute d’y pouvoir consentir de tout leur être, de toutes leurs facultés, et les aider à les réconcilier dans leurs aptitudes aux vues et conclusions divergentes. Pour cette tâche, Teilhard est, semble-t-il, approprié, l’homme de la situation, car quel autre penseur a-t-il effectivement « rendu » la foi à ceux qui la jugeaient à jamais incompatible avec les exigences de leur raison, exigences auxquelles ils ne voulaient pas renoncer, auxquelles on ne renonce que pour sombrer dans une lénifiante bêtise, ou dans le fanatisme le plus opposé aux desseins divins. Si Dieu nous a donné la raison, c’est pour que nous nous en servions, et son emploi doit mener à l’extrême limite ou, n’étant plus suffisante, il faudra y ajouter l’épreuve du saut décisif, mais elle n’en est pas moins apport et soutien nécessaire au parcours.

 

 

Si Teilhard a su si bien aider à la conversion, ou reconversion des cœurs, c’est qu’il n’a pas rejeté les problèmes perturbants, le rôle incontestable de la matière qui nous compose, de la constitution de nos corps dans le processus de formation de nos consciences, qu’il n’a pas craint l’aventure la plus risquée, l’aventure de la pensée, influencée et portée par une force, une énergie, qui, tout en lui conservant le plus grand respect pour les traditions, ne l’entravait par aucune trace des superstitions peureuses qui bloquèrent parfois de grands esprits.

 

« Les conceptions renfermées dans le présent Essai, bien qu’influencées (c’est évident) par l’Evangile, ne sont pas nées dans mon esprit de la partie spécifiquement chrétienne de moi-même. Elles sont plutôt apparues en antagonisme avec celle-ci ; et elles en sont si bien indépendantes que je me trouverais singulièrement gêné dans ma foi si quelque opposition venait à se dessiner entre elles et le dogme chrétien. Mais en fait, ( …) c’est le contraire jusqu’ici qui s’est toujours produit. »

 

L’énergie humaine, Seuil, 1èreédition, 1962, p. 112

 

 

« Je me suis souvent demandé si, par ces vues, je ne m’arrangeais pas, simplement, pour sauver artificieusement un donné que m’imposait la foi chrétienne. En vérité, je ne le crois pas. Sans doute, je ne serais pas arrivé, peut-être, à ces perspectives sans mon éducation religieuse. Il est précieux, par ailleurs, de se sentir en conformité fondamentale avec l’énorme courant philosophico-moral dont l’axe est le Christianisme. Mais ceci posé, il me semble que même si, maintenant, tous ces solides étais s’écroulaient, je ne pourrais pas voir autrement que je ne le fais .»

 

Lettre à Léontine Zanta, Desclée de Brouwer, 1965, p. 98

 

 

L’Esprit, les corps, et la matière, c’est l’étude des rapports qui unissent Dieu et le monde, le Créateur et sa Création, et c’est tenter de comprendre quelle est leur interaction exacte. Comment, si nous considérons le rôle si fort, si prégnant de la matière dans le monde, son influence déterminante sur nos propres comportements, la liberté, la spiritualité sont-elles envisageables ? De quelles virtualités sont doués nos corps, quelles potentialités nous fournissent-ils ? Quelle est le moteur et quelles sont les modalités de l’évolution ? Quel avenir, individuel et collectif, pouvons-nous esquisser ? Quelle extrapolation futuriste sensée au vu des données actuelles pouvons-nous envisager ?

 

D’un mot, malgré la prédominance apparente de la matière, croire est-il encore sensé ?

 

Nous commencerons par situer le contexte général de l’œuvre, c’est-à-dire l’enracinement de la vie humaine dans le Cosmos, qui seul peut lui donner sens.

 

Nous analyserons ensuite toutes les données d’un monde en évolution, cosmologique, matérielle, corporelle, pour aboutir à l’homme, lui-même en progrès et point culminant de l’évolution.

 

Nous verrons alors comment accorder Teilhard au transformisme, théorie de l’évolution des espèces vivantes. Puis nous verrons comment associer les principes Teilhardiens à quelques problèmes fondamentaux qui s’enchaînent, l’égalité, la liberté, l’action, la souffrance et la mort.

 

Enfin, nous terminerons par quelques conjectures à propos de l’avenir. Tout ce cheminement servira l’enjeu du mémoire ; sinon prouver la foi, montrer qu’elle peut être compatible avec les aspirations intellectuelles, et il affrontera pour cela le problème des rapports envisageables entre l’Esprit, la matière, les corps et les hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schéma du "Phénomène Humain"

 (interprétation de Jacques S. Abbatucci)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


a------------->W

 

                           (information croissante)

 

 

 

 

 

 

 

 

I -  CE PAR QUOI IL FAUT COMMENCER

 

1 – NECESSITE DE CROIRE OU COMMENT ECHAPPER A L’ISSUE ILLUSOIRE IMAGINEE PAR CAMUS :

 

Tout d’abord, notons que la croyance en un monde « cohérent et fécond » pour employer des termes significatifs du vocable Teilhardien, paraît à Teilhard indispensable à l’homme, de plus en plus indispensable en fait, à mesure que sa conscience s’éveille jusqu’à se réfléchir en Dieu. Les perspectives stoïciennes ne le convainquent pas. En premier lieu, parce que l’obsession de son propre perfectionnement conduit naturellement au mépris de ceux qui ne s’y livrent pas, à la hantise de la corruption de sa  propre hauteur,  au repliement égocentrique, et pour tout dire, à la misanthropie. De plus, l’idée développée par Camus  « il faut imaginer Sisyphe heureux » lui paraît elle-même absurde. En effet, quelle serait cette sorte de bonheur que celui qui se contenterait d’un éternel recommencement ? Un bonheur héroïque peut-être, mais dérisoire aussi et hors de notre portée.

 

 

« Gémir, pleurer, prier est également lâche,

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,

Dans la voie ou le sort a voulu t’appeler.

Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

 

La mort du loup, Alfred de Vigny

 

 

C’est le conseil du loup au poète, mais le poète, en sa qualité d’homme, ne peut se contenter d’un tel sort. Et c’est un fait que la lecture des stoïciens a une conséquence euphorisante, par l’impression de contrôle qu’elle nous donne, mais dont nous subissons vite le contrecoup, et que les grands hommes qui en ont illustré, revendiqué les fondements, n’ont pu s’y maintenir qu’à intermittence, car non soutenus par l’idée d’un principe réellement réconfortant et au-dessus d’eux-mêmes, auquel se fier quand sa propre force s’est dissipée.

 

 

« A certaines heures  de troubles extrêmes […]. Quand toute certitude vacille, que toute parole balbutie, que tout principe devient suspect, à quelle dernière croyance raccrocher notre existence intérieure, en dérive, sinon à celle-là : qu’il est un sens absolu de croissance, auquel notre devoir et notre béatitude consistent à nous conformer et que la Vie marche en ce sens, par le plus droit chemin. La Vie ne trompe pas […] ni sur la route ni sur le Terme […]. Elle ne définit intellectuellement aucun Dieu, aucun dogme […] elle nous indique le  chemin vers quelle région de l’horizon il faut cingler pour voir se lever et grandir la Lumière. »

 

Ecrits du temps de la guerre, Seuil, 1976, p. 22

 

 

 

 

2 – IMPORTANCE DE L’ENRACIMENT COSMOLOGIQUE DANS L’ASSURANCE DE LA VALEUR ACCORDEE A NOTRE RAISON :

 

« Si le monde est sensé, c’est parfait, mais si le monde va au hasard, ce n’est pas une raison pour, toi, aller au hasard »

 

Les Pensées,  Marc-Aurèle

 

 

Mais qui nous prouve, perdu en un monde hasardeux, que nous possédons en nous-mêmes les clés pour ne pas se perdre, la possibilité du contrôle de soi, de l’autodétermination absolue indépendamment de la cohérence de l’Univers, où pourtant nous sommes pris, nous qui ne sommes qu’élément d’un Tout nous enveloppant ? N'est-il pas nécessaire d’attribuer à l’Univers une signification pour se l’assurer à soi-même, pour postuler l’aptitude à la libre orientation individuelle, si tant est qu’elle ne soit pas incompatible avec l’ordre du Tout ?

 

Ainsi, pour Teilhard, il est indispensable à l’homme d’adhérer en conscience à l’idée d’un monde « centré », harmonieux, réglé et orienté, parce que l’homme ne peut se maintenir réellement dans la vertu que soutenu par cette idée, la possibilité d’y parvenir sans étant infime, et absurde puisque d’un héroïsme sans fondement, sans sens autre qu’individuel et pour un temps éphémère.

 

Et, de plus, cette faculté autodéterminante, indépendamment de la force de volonté qui serait telle qu’elle pourrait se passer de l’idée d’un monde sensé pour s’exercer, a tout de même besoin d’un enracinement cosmologique, organique, car nous ne saurions autrement d’où elle tirerait sa puissance autorégulatrice. Il faut par conséquent avoir foi au monde pour avoir foi en soi, et cette foi au monde laisse pressentir ce Centre des centres qui lui donne sens en le centrant, c’est-à-dire en l’organisant, en l’arrangeant, en le disposant vers toujours plus de complexité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 14:45

 

Quelle est la meilleure voie pour se libérer de ses névroses?

Les Tcc, pour des raisons explicitées dans d'autres textes, ne me paraissent pas une solution correcte.

Je pense qu'elles préconisent tout ce qu'il ne faut pas faire.

Lorsqu'un homme est atteint de toc par exemple, ou symptôme obsessionnel compulsif, cet homme a parfaitement conscience de l'absurdité de ses rituels, mais il ne peut s'empêcher de s'y livrer. Il n'a donc pas besoin de modifier ses schémas de pensée puisqu'il sait que ces  actes sont sans effets véritables pour conjurer le sort, mais il lui faut remonter à la source et couper le mal à la racine, comme disent les Bouddhistes. En effet, si l'angoisse primitive et source de touments constants disparaît, les symptômes cessent immédiatement, naturellement. Mais si l'angoisse persiste, lutter frontalement contre les symptômes est à proscrire absolument car cela ne peut qu'engendrer un déséquilibre et un déplacement de symptômes.

D'autre part, forcer le symptôme est une torture vouée à l'échec du fait qu'il est symptôme et que donc lui résister entraîne un surcroît de souffrance lié au sentiment de culpabilité de ne pouvoir réellement et tout à fait le surmonter. Il faut procéder exactement à l'inverse, s'y laisser aller sans aucune résistance et sentiment de culpabilité jusqu'à ce que le besoin pathologique de ritualiser soit satisfait. Il sera d'ailleurs bien plus facilement rassasié de cette manière.

 

La psychanalyse dispose des meilleurs théories sur le sujet. Inutile d'entrer dans le détail, il suffit de s'y reporter. Hélas, le facteur humain complique les choses et rend improbable toute analyse. On pourrait dire des bons psychanalystes ce que Kant dit de l'homme véritablement moral. Ce n'est pas sûr qu'il en existe seulement un, mais il faut faire comme si.

Entre les psychanalystes qui sont immatures affectivement et dépendent de leurs patients, ceux qui s'enferment dans l'intellectualisme et rationalisent à tout va, les psychotiques et les précieuses ridicules, les gourous, et ceux dont on paie les vacances mais qui vous abandonnent dès que vous n'avez plus d'argent et bien que vous soyez devenus dépendants, la position de psychanalyste n'est que rarement occupée par qui peut l'assumer.

Je suis donc réticent à conseiller cette voie tant qu'elle n'est pas partiellement remboursée par la sécurité sociale, la rapacité des psychanalystes étant hélas un cliché qui se vérifie souvent, et tant qu'elle est remplie d'incapables et de sectaires.

 

Reste la méditation, non exempt d'écueils. Les multiples "démons" qui peuvent surgir/resurgir et qu'on ne peut affronter que seul par exemple. Ou bien les innombrables problèmes théoriques, les multiples méthodes, doctrines, la prolifération et la confusion que tout ceci peut engendrer.

Méditer seul ou en groupe, privilégier l'approche laïque ou religieuse, et parmi ces dernières, favoriser l'hindouisme, le taoïsme, le bouddhime tibétain, le zen?

Je ne peux ici me substituer à un autre homme, et c'est à chacun de chercher et trouver la voie qui lui correspondra le mieux, dans laquelle il sera le plus susceptible de se trouver.

Attention, cependant, à ne pas confondre la fuite du monde avec l'éveil.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:38

 

J'ai lu quantité de livres sur le zen et les arts martiaux. Actuellement, je lis une synthèse de trois classiques de Yagyu Munenori et Takuan, commenté par Thomas Cleary.

L'insistance est mise sur la non fixation, le détachement, une sorte d'état permanent de non pensée.

Or si, par exemple lorsque l'on médite, on obtient un résultat qui s'apparente à la non pensée, on est bien forcé d'y revenir de temps et temps. Je crois que ce qu'ils veulent dire, c'est ne pas s'enfermer dans la pensée, ne pas s'y fixer, en être prisonnier, mais il me semble qu'on est parfois obligé de s'y "arrêter", car si on laissait le flux de pensées couler en permanence, comme dans la position zazen, avec parfois une absence totale de représentation mentale, on ne pourrait jamais rien formuler ni même conceptualiser. Sans cristallisation et fixation, il me semble qu'il y aurait une pure intuition , mais pas de communication possible. Ces"arrêts" sont quasi permanent en fait et sont produits naturellement, donc il y a là un problème peu clair pour le zen. On touche une difficulté, à savoir comment contrôler sa pensée, l'annihiler, ou bien la fluidifier, la laisser passer et la récupérer, alors que tout ce processus se fait pour ainsi dire naturellement et qu'il est  donc demandé un effort paradoxalement contre nature pour retrouver notre vraie nature, alors qu'en fait notre vraie nature trie les informations spontanément.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:29

 

 J'ai relu "La Brièveté de la vie" de Sénèque. Du bon et du moins bon.

Il accorde une importance démesurée à la raison. On ne savait pas, à l'époque, qu' une attaque cérébrale, un traumatisme crânien affectait directement la raison, la mémoire et notre identité elle-même.

Notre capacité de nous diriger librement, de nous auto-déterminer dépend donc, pour une part au moins, de notre corps.

D'autre part, il semble méconnaître la part d'animalité en l'homme.

Celui-ci ne doit pas faire ceci, cela, etc mais c'est la nécessaire affirmation de soi qui semble parfois être niée au profit d'un détachement contre nature, mortifère.

Cependant, il y a aussi du bon, que dans mon aptitude à insister sur le mauvais, j'ai tendance à négliger.

Mais comme je suis moins doué pour appuyer sur les qualités d'une oeuvre que sur ces défauts, je laisse au lecteur le soin de s'y reporter directement.

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 13:39

 

En France, les sciences humaines sont marquées par la métaphysique. Même Sartre, moniste matérialiste, pronaît l'existentialisme athée, l'idée que "l'essence précède l'existence" chez l'animal, mais que, chez l'homme, "l'existence précède l'essence". Sur cette base, on a voulu nier toute influence biologique en l'homme pour en faire un être essentiellement conscient, et libre. On a pensé que l'homme, par une mystérieuse propriété, transcendait son propre corps et qu'il se faisait lui-même, qu'il se constituait librement sa propre essence.

D'où le hola sur la sociobiologie, et tout courant de pensée rappelant à l'homme qu'il provient de la nature et qu'il n'échappe pas aux lois naturelles. Or, les faits, l'observation tendent à corroborer les théories sociobiologistes.

 

Certaines féministes prétendent qu'il n'y a pas d'instinct maternel chez la femme. En fait, il semble qu'elles étendent leurs carences propres, d'origine physiologique ou psychologique à toutes les femmes. Or, la majorité des femmes produisent des hormones spéciales à la naissance de leurs enfants, et même à la vue, au son, à la présence d'un enfant.

Des études ont montré également que leur objet de désir fluctuait selon leur cycle de menstruation.

D'autres études ont montré l'importance des odeurs dans l'attirance mutuelle. Tout se ferait inconsciemment, et l'on se choisirait en fonction de signaux tactiles, visuels, odorants, qui renseigneraient sur le patrimoine génétique du sexe opposé, et sa complémentarité éventuelle avec la nôtre.

Ainsi, par le baiser, on échange des infos, et l'autre personne nous plaît si ses gênes nous sont complémentaires, compatibles, c'est-à-dire si leur combinaison donnera la reproduction optimale, l'enfant qui sera doté du patrimoine génétique le plus apte à assurer sa survie.

Nulle liberté, nul choix dans l'attirance. Les hommes, comme les mâles, luttent pour la possession des femelles afin de se reproduire, et cherchent la pouvoir uniquement dans ce but, même s'il est inconscient.

Les femmes, comme les femelles, cherchent le meilleur reproducteur possible, et les femmes fécondes se déchirent à l'arrivée d'un mâle jugé bon reproducteur. Ainsi, dans le règne humain, il existe toute une gamme de signes de la puissance. Un homme peut bomber le torse, être macho et plaire. C'est primitif mais le macho fait un effort pour plaire, ce qui suppose de l'énergie, et donc est un point positif pour la survie. Si les femmes aiment les sportifs, c'est également parce que cela manifeste de l'énergie à dépenser, ce qui est prometteur sexuellement et d'un point de vue global sous l'angle de la reproduction pour la survie de la descendance.

L'idéal pour une femme, c'est un homme très viril, c'est l'essentiel, avec une intelligence qui lui permet l'adaptation, et quelques traits littéraires, une sensibilité quelque peu féminine. Ce genre d'hommes apportera la meilleure sécurité pour elle et sa progéniture. En effet, une brute sans finesse ne rapportera pas assez d'argent, et une brute rusée mais insensible sera susceptible d'égoïsme et de manque d'attention, voire d'abandon. Un être subtil et délicat mais peu viril sera par contre incapable de la "transporter", et donc ne la fascinera pas avec son pouvoir masculin.

Ainsi, chez les acteurs, les Marlon Brando, Paul Newman, Peter O Toole, Johnny Depp, Brad Pitt, Tom Cruise, ont par exemple en général plus de succès que les John Wayne, Robert Mitchum, Lino Ventura.

 

C'est un fait qu'une jeune femme ne sera pas attirée par un vieil homme pour son physique, son odeur, sa virilité mais donc uniquement pour son pouvoir. Ainsi, elle épousera un vieil homme très riche, un savant, ou un grand écrivain, un politique, car il y a là une utilité pour sa survie, et la sécurité d'une éventuelle progéniture.

La femme de 80 ans attirera moins, même très riche ou très puissante, car impropre à procréer.

Le poète maudit n'attirera la femme que si elle pressent en lui la potentialité d'émerger de sa situation de poète maudit, l'écrivain reconnu en puissance.

L'être humain, homme ou femme, qui perd sa puissance, totalement ou partiellement, perd son pouvoir de séduction.

Ainsi, qui aimera l'impotent, le débile, l'être déstructuré par l'accident, hormis ceux qui y sont attachés par le souvenir ou des êtres abymés et d'une puissance de vie équivalente ?

La mort annihile toute puissance et de fait on ne peut aimer un mort que par représentation de ce qu'il était vivant, jamais pour ce qu'il est actuellement. Et on ne peut donc être aimé, mort.

 

Pour conclure, la conscience n'est qu'un épiphénomène du corps, comme l'avait vu Nietzsche. Nous rationalisons nos instincts, les moralisons artificiellement, mais nous sommes bien plus animaux que nous le pensons.

"L'homme ne désire pas une chose parce qu'il la juge bonne, il la juge bonne parce qu'il la désire". Spinoza

 

 

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 13:21

 

 Je regardais il y a peu un reportage sur les éléphants sur la 5. Cette chaîne passe plein de reportages animaliers fascinants.

Et une scène m'a particulièrement marqué. Lors de la naissance d'un éléphanteau, la mère et toutes les femelles du groupe n'avaient d'yeux que pour lui. Apparemment, la naissance d'un bébé animal produit chez les femelles une excitation intense, une jubilation, phénomène corrélé à une production d'hormones spécifique.

Or, le mâle dominant, écarté des sollicitations féminines, imposa sa présence en s'accouplant brutalement avec la mère et en écartant le petit éléphanteau avec sa trompe et ses pattes.

Ainsi, même chez les éléphants, même dans le règne animal, le père éprouve de la jalousie quand l'enfant paraît, et entre en rivalité avec lui.

Parfois, comme chez les lions, les "jeunes premiers" tuent les lionceaux nés d'autres mâles, et s'accouplent avec les femelles pour se reproduire, femelles incapables de s'entendre entre elles pour protéger les petits car celles qui n'ont pas enfanté ont besoin de sang neuf, de beaux jeunes mâles vigoureux  aptes à la meilleure reproduction possible.

 

On constate une rivalité Père/Fils similaire chez les hommes, qui est universelle et pas simplement pathologique.

En effet, il va de soi qu'à partir du moment où l'enfant naît, une part de l'attention de la femme vers l'homme est détournée vers le petit, ce qui entraîne toujours une forme de solitude pour le père, et une rivalité Père/Fils pour accaparer la sollicitude de la femme.

Cette situation sera plus ou moins bien gérée par le Père, selon sa maturité affective. Mais s'il s'avère immature, souffrant de carence affective, si par exemple son épouse assure un rôle de substitut maternel pour lui, la rivalité sera terrible, si intense qu'elle ne sera pas reconnue par le père en tant que telle, reléguée dans l'inconscient, mais ses effets seront dévastateurs. Cela générera de multiples refoulements, inhibitions, complications psychologiques pour le Fils, et des efforts surhumains pour s'en dépétrer, des problèmes d'identité et d'adaptation considérables.

Le Fils sera étouffé, broyé par les exigences paternelles, et incapables de s'en défendre, physiquement et psychologiquement !

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 16:15

 

 C'est surprenant, le nombre de philosophes brillants qui se fourvoient par engluement dans l'idéologie ou l'affect. Ainsi d' Onfray, Conche ou Misrahi.

Comment est-il possible de postuler la liberté humaine et le matérialisme ?

Sartre a essayé et s'y est cassé les dents! Au fur et à mesure de ses tentatives de conciliation entre déterminisme des situations et liberté humaine, la liberté s'est réduite comme peau de chagrin. On ne peut se contenter d'un :"l'homme est libre parce qu'il est homme, il est homme parce qu'il est libre".

Si l'homme est libre, c'est parce qu'il a un corps d'homme le prédisposant à la liberté.

Un chien est-il libre? un débile léger, un être humain victime d'une grave attaque cérébrale sont-ils libres?

Il faut admettre que la liberté n'intervient, n'émerge qu'à partir d'un certain degré de complexité matérielle, d'agencement corporel. Donc, déjà, grosse limitation, et gros problème. L'homme ne choisit pas d'être libre, et s'il l'est, il peut perdre sa liberté, non volontairement, non moralement, non métaphysiquement, mais par dégradation physique.

Ensuite, à partir de quel seuil de complexité cérébrale la liberté est-elle susceptible d'émerger en l'homme?

Gros problème. Peut-être peut-on envisager le liberté comme indétermination croissante, mais elle s'enracine alors dans le corps, est fonction du cerveau et n'est donc pas du tout l'équivalente du libre-arbitre. Cette position que l'on retrouve par exemple chez Bergson ou Teilhard de Chardin, présuppose de plus une spiritualité.

 

Mais cela ne devient pas du tout évident, dans le cadre d'un monisme matérialiste, d'admettre que la matière-énergie contienne le pouvoir, ait la propriété de produire, de créer à partir de ses arrangements de la liberté, une liberté qui la transcence et lui échappe, liberté qui tout à la fois dépend d'elle et déborde de ses conditions de possibilité.

Cela ne va pas de soi. On peut faire comme si, certes, et d'ailleurs toute notre société fait comme si. Toutes nos institutions sont fondées sur un postulat métaphysique qui s'ignore et qu'elles ne considèrent pas comme tel.

 

En fait, soit la liberté est pure illusion et chimère, soit elle est un accroissement des possibles, de l'indétermination s'enracinant dans la complexité corporelle et fluctuant avec elle.

Mais de la responsabilité fondée sur le libre-arbitre je n'en vois nullement ici.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 15:13

 

On considère généralement le désir comme le propre de l'homme. Il se distingue du besoin car il est lié à l'imagination et est potentiellement illimité, insatiable.

Certains penseurs le condamnent. Les Bouddhistes pensent que la souffrance domine le monde. Or, comme ils pensent que le désir en est l'origine, il faut le supprimer, c'est-à-dire couper le mal à la racine.

Schopenhauer reprend cette théorie. Puisque la vie oscille perpétuellement entre le désir qui implique un état de manque, et la satisfaction du désir qui implique désillusion et ennui, et ainsi de suite, le but est de supprimer tout désir, toute affirmation du vouloir-vivre en soi, et si c'est trop difficile, de l'affaiblir le plus possible.

Cependant, le désir peut être envisagé positivement si l'on considère que la vie peut être bonne, et qu'il pousse l'homme à vivre. Mais pour ne pas se faire déborder, ne pas être en état d'insatisfaction permanente, tout en en préservant ce qui en constitue la valeur, il faut tenter de modeler les désirs sur les besoins naturels. C'est, en gros, la positions des Epicuriens, des Stoïciens, des Taoïstes. Mais là encore, est-ce une conception totalement satisfaisante ?

On peut se demander pourquoi la mesure plutôt que l'excès ? Pour un peu plus d'équilibre, un peu plus de durée de vie ? Mais si la nature nous a pourvus de la capacité de désirs excédant nos besoins naturels, cela doit avoir son rôle, sa fonction. N'est-ce pas s'amputer d'une part de nos possibilités que de le réduire à nos besoins naturels, comme si l'on abolissait volontairement une de nos spécificités d'humain pour se calquer sur le monde animal ?

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 15:03

 

On entend couramment des Bouddhistes dire : "Il faut vaincre la peur de la mort". Pourtant, il est normal, naturel et sain de la craindre, et pathologique de ne pas la craindre. La peur est liée à l'instinct de conservation. Sans elle, nulle vie et perpétuation possible. Or, la vie veut vivre.

C'est la nature qui nous a donné la peur, peur qui nous prévient d'un danger et nous prépare corporellement à y faire face afin de nous préserver.

De même, lorsque j'entends des matérialistes épicuriens dire qu'il ne faut pas craindre la mort et que la vie est désirable, je trouve cela illogique. Si vie et valeur sont consubstantielles, que la vie est justifiée, qu'on lui reconnaît des possibilités absentes de la mort, et qu'on essaie de la préserver, on est bien obligé d'assumer son corollaire, à savoir que la mort, en tant que fin de la vie, du désir, des possibles, de la conscience personnelle, de la jouissance, des sentiments, des perceptions, des possibilités d'apprentissage, des relations, est un phénomène certes naturel, mais peu attractif.

 

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