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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 04:56
"Les questions sont plus importantes que les réponses."

A force, on en vient à dévaloriser complètement les éventuelles réponses, qui étaient la finalité des questions après tout.
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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 04:50

On présente souvent, dans les médias, de Rocancourt comme une sorte d'Arsène Lupin moderne. Je ne vois pas de mérite à arnaquer des gens naifs, et confiants. Et puis, à chaque fois, il se fait prendre. Il pourrait pourtant vivre confortablement de sa médiatisation. Hormis le fait que le personnage soit attachant, sa conduite pathologique s'apparente plus à de la cleptomanie qu'à une orientation librement choisie. Il est victime de ses démons, lui aussi.
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 23:53


Toute notre société Occidentale est fondée sur le Judéo-Christianisme.
Même Descartes, qui a bâti sa méthode en réaction aux spéculations oiseuses de la scolastique, a établi une stricte séparation entre l'âme et le corps, unifiés par une Substance mystérieuse.
Cette laïcisation de principes religieux erronés a modelé les orientations culturelles, juridiques de notre société.

C'est pourquoi l'animal a pu etre considéré comme un pur automate, puisqu'il ne "pense" pas. Le tuer, lui faire subir mille atrocités, s'en rendre "maître et possesseur" de toutes les manières possibles, etaient donc permis, légitimés, dédramatisés.
Certaines sociétés traditionnelles imposent des rites spécifiques lorsque ses membres tuent un animal. Par ses rites, elles reconnaissent, avec la nécessité de tuer pour subsister, l'importance, la gravité d'un tel acte, qui supprime une vie. La divergence des conceptions modernes et primites de la vie implique des conséquences qui ne plaident pas en notre faveur.

De même, la notion de liberté, et donc de responsabilité individuelle, résulte de la croyance en la possibilité d'une sorte d'âme absolument inconditionnée. Comment se fait-il que ce genre d'âneries détermine encore toute l'organisation sociale?
Que l'homme soit partiellement déterminé par son inconscient, par son rôle social, par son propre corps, par un enchaînement complexes de causes et d'effets, cela a été l'objet des réflexions de Spinoza, de Marx, de Freud, de Darwin, de Foucault, de Claude Lévi Strauss, de Bourdieu, et de tant d'autres.
Aussi, lorsqu'un criminel est jugé pleinement responsable de ses actes, cela n'a pas de sens. Par définition, s'il était pleinement responsable, il aurait prévu les conséquences de son acte. Et s'il les a prévues, et qu'il n'a pas pu s'empêcher de commettre l'irréparable, sa responsabilité est encore diminée, puisqu'il s'avérait incapable d'agir contre ses impulsions, ses tendances, ou de les détourner. Cela ne devrait pas renforcer la peine du fait de la préméditation, car, et c'est logique, cela révèle des complexes d'une profondeur bien plus difficilement maîtrisable, et une absence quasi totale d'intériorisation du principe de réalité.
Cet homme n'est tout simplement pas parvenu à concilier principe de plaisir avec principe de réalité. C'est l'ignorance de sa situation qui l'a piégé. "Nul ne fait le mal volontairement".
Même lorsque l'on altère la responsabilité d'un individu par des circonstances atténuantes, on ne voit pas qu'en réalité, il n'y a que des circonstances atténuantes, qu'il ne peut y avoir que cela.

L'homme est un animal doué de raison, mais en tant qu'animal, il ne cherche qu'à survivre, à s'exprimer, à s'en sortir. La raison peut l'aider dans son entreprise, mais elle le plombe aussi en ce qu'elle le rend conscient de sa mort à venir, d'où 2 seules conséquences possibles : -soit la fuite psychique dans le délire religieux ( qui est folie, inadéquation avec le réel, mais permet de tout accepter ),
                                                                            - soit l'extrême et angoissante urgence de se réaliser.

Un homme qui commet un crime, un délit, n'a pas eu l'intelligence suffisante de la situation pour à la fois se réaliser individuellement, et s'adapter aux exigences et normes sociales en cours.
Mais j'irais bien plus loin. Je dirais qu'en réalité, il faut renverser les perspectives, et comprendre que non seulement, il y a des hommes irresponsables, mais qu'aucun homme n'est réellement et totalement responsable, et que l'homme le plus libre qui soit, c'est-à-dire dont la compréhension de sa situation est la plus adéquate à la réalité, n'est pas à l'origine/le responsable de sa propre accession à ce niveau de prise de conscience ( Spinoza ).
Par conséquent, la société est toujours aussi "responsable" que le criminel, et certaines sociétés primitives, qui expient toutes entières les écarts de conduite d'un de leurs membres, membre qu'elles n'ostracisent pas puiqu'elles comprennent ses actes criminels comme imbriqués dans l'ensemble dont ils sont issus, sont beaucoup plus justes, au point de vue logique et moral, que nos sociétés développées.

Les droits de l'homme sont eux aussi contestables, ne serait-ce que parce qu'ils ne sont qu'une vue de l'esprit. D'abord parce que ses fondements, liberté et égalité, sont purement abstraits. ( "il n'y a pas de liberté pour celui qui crève de faim"=Marx). Ensuite parce qu'ils ont été récupérés par la bourgeoisie et son idéologie dominante ( droit de propriété notamment ).
Mais, surtout, parce que les implications des grands principes sont éhonteusement méprisés.
On ne torture plus explicitement, mais on place les criminels dans des prisons où ils se font torturer. L'institution le sait et le permet. Comment l'individu emprisonné pourrait ne pas lui en vouloir ? Ce n'est bon ni pour lui, ni pour la société, dont il n'aura de cesse de se venger.
On critique les jugements sommaires pratiqués par d'autres pays moins élaborés. Est-il plus humain d'enfermer des hommes pendant 5,10,20,40 ans pour des crimes dont la responsabilité ne saurait leur être imputée scientifiquement ?
On critique la peine de mort, comme si on avait évolué depuis, mais qui y étaient condamnés dans notre pays? Les criminels dont la "faute" était la plus lourde.
Par conséquent, ce sont ceux qui ont écopé, à la place de la peine de mort, de la perpétuité.
40 ans dans un trou, à se faire humilier, et à se torturer à la pensée, juste d'ailleurs, qu'ils ont raté leur vie, que la vraie vie est ailleurs!
C'est pas sûr qu'ils gagnent au change !
Ils y gagneraient si les conditions de détention changeaient véritablement, si elle permettaient un progrès des détenus dans la compréhension de leur situation, et une heureuse réinsertion. Encore faut-il que l'atmosphère entre détenus ne soit pas constituée de tensions permanentes, tensions dont l'administration est responsable, car soit elle les favorise, soit elle ferme les yeux.
On comprend là encore que la justice expéditive "d'un coup de lance", qui nous paraît abominable, est dans les faits bien moins cruelle que notre justice dont la principale fonction est de créer des psychotiques  à la chaîne.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 23:09


Le Stoïcisme ( le Portique ) est un des 4 principaux courants de pensée de l'Antiquité, avec le néo-Platonisme ( l'Académie ), l'Aristotélisme ( le Lycée ) et l'Epicurisme ( le Jardin ). Ses fondateurs étaient grecs ( Cléanthe, Chrysippe ) mais ce sont les romains ( Epictète, Marc-Aurèle, Sénèque ) qui en sont les figures marquantes.
Les "Pensées" de Marc-Aurèle, les traités et les lettres de Sénèque, les "Entretiens" et le "Manuel" d'Epictète ont durablement influencé notre civilisation. Pour le pire, ou le meilleur ?

Un des principes fondamentaux du Stoïcisme est la recherche du discernement entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Lorsque cette distinction est réalisée, il faut se concentrer sur ce qui dépend de nous, et laisser à sa fatalité ce qui n'en dépend pas.
Mais comment être certain de ce qui ne dépend pas de nous?
Pour les Stoïciens, ce qui ne dépend pas de nous est du domaine de l'extériorité ( situation globale, richesse, santé ) et ce qui en dépend est l'intériorité, la paix de l'âme, le contrôle des émotions.
N'est-ce pas cepandant une illusion de penser pouvoir se suffire à soi-même, être heureux indépendamment des événements, de toute réalisation objective ? Est-ce même souhaitable ?
D'autre part, l'homme ne peut-il pas influer sur l'extériorité, changer ses conditions de vie ?
Si je suis esclave, et que j'y cherche mon bonheur, m'en accomode, n'est-ce pas de la résignation, une façon d'envisager l'existence proche du Bouddhisme?
Ce n'est même pas sûr qu'il faille accepter l'irréversible ( donc ce qui ne dépend vraiment pas de nous ), car cette révolte contre le sort peut conduire à de grandes créations.

Et puis le monde et l'homme ne sont-ils pas étroitement liés? Marc-Aurèle écrit : "Si le monde est ordonné, c'est pour le mieux, mais s'il va au hasard, ce n'est pas une raison pour, toi, aller au hasard".
Il oublie que cette possibilité pour l'homme de diriger sa vie, ne peut pas être coupée des possibilités inscrites dans la nature, car l'homme en procède.
Il ne pourrait y avoir aucune liberté humaine si cette liberté ne résultait pas d'une puissance naturelle.
Et cette liberté humaine n'est sans doute pas ce que croyait les Stoïciens, un contrôle des affects par la raison.
Si la raison a son rôle, elle sert bien plutôt la réalisation, tout à la fois individuelle et en accord avec les impératifs sociaux, des inclinations du coeur et des impulsions du corps.

Enfin, le Stoicisme prétend nous guérir de l'angoisse de la mort, par la raison, le raisonnement, en nous démontrant que la mort ne nous concerne pas. Tant que nous sommes vivants, elle ne nous affecte pas, et lorsque nous sommes morts, il n'y a plus de "nous" et donc elle ne "nous" touche pas.
"La mort est un possible que la vie n'actualise jamais" écrivait Heidegger.
Je ne vois pas en quoi ce raisonnement est susceptible de triompher de mon angoisse. Certes, je n'aurai plus ni conscience ni besoin, mort. Mais ce sera tout de même bien moi qui mourrai, qui passerai de vie à trépas. Et c'est justement le fait que cette angoisse n'empoisonnera plus ma non-existence qui empoisonne mon existence. Cette pensée que je n'aurai plus besoin ni d'aimer, ni d'être aimé par exemple, me terrifie.

Pour conclure, je dirais que la lecture des Stoïciens a un effet pervers. Elle donne l'impression que l'on va enfin pouvoir "contrôler" sa vie, devenir le maître de son temps, conjurer ses angoisses. Cette impression agit comme une drogue. Elle rend euphorique sur le moment. La chute est d'autant plus lourde

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 22:52


Il est coutumier d'entendre les Bouddhistes stigmatiser les "émotions négatives". Pour eux, non seulement la souffrance domine, mais il faut toujours l'annihiler. Ils rejoignent Spinoza pour qui la joie est "augmentation de la puissance d'agir" et la tristesse "diminution de la puissance d'agir".

C'est oublier que la tristesse a son rôle. Elle nous est nécessaire, comme la peur. Elle nous est même indispensable biologiquement. Et puis la tristesse, la  souffrance, les émotions négatives font parties de l'expérience humaine, de la gamme naturelle de nos affects.Vouloir en atténuer l'impact, c'est normal, à condition de rester dans les limites d'une saine dialectique. Mais chercher systématiquement à les écarter, à les étouffer par des méthodes non naturelles, comme la méditation, à chaque fois qu'elles émergent, conduit à amputer l'être d'une partie substantielle de lui-même, et cette dénégation d'un vécu ordinaire ne manquera pas de faire retour symptômatiquement.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 22:31


Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, s'est beaucoup méfié de la philosophie.
Elle représentait d'après lui un danger important pour le penseur, celui de s'égarer en de vains et fumeux verbiages, de "spéculer" dans le vide. La vocation de Freud, la voie qui lui permettrait de se réaliser, et d'être réellement utile, n'était pas d'être philosophe, ce qu'il comprit intuitivement et rapidement, et c'est peut-être pourquoi il a senti que l'attrait de la philo était un danger pour lui plus particulièrement, et qu'il devait combattre une tendance naturelle à développer des théories qui seraient déconnectés des faits.

 Il a, par ailleurs, établi une comparaison entre le philosophe, le religieux, et le schizophrène, puisqu'ils fondent tous un système artificiel de mots et de concepts, de significations dont ils s'enveloppent, et qu'ils projettent ce système sur le monde, l'humanisant à leur manière pour le rendre moins hostile.
Les systèmes des schizophrènes ne sont pas intrinsèquement moins valables que ceux des philosophes et des religieux, pas moins erronés dans leur adéquation au réel, mais ils s'en différencient tout de même puisque leurs créateurs ne peuvent communiquer, partager leur délire, se socialiser à partir de leurs créations, ou adhésions à des fictions consolatrices préexistantes.

L'apothéose du délire philosophique est atteint en la personne de Hegel, qui prétendait subsumer le monde et l'ensemble de son devenir sous des concepts forgés par lui-même.
C'est une forme avancée d'anthropocentrisme. Comme si tout l'univers ne "vivait", n'existait que pour l'homme, que le philosophe Hegel en avait compris les lois fondamentales, et qu'il les restituait dans son système !
Cependant, si la critique porte, on peut contester la réduction opérée par Freud , qui semble dévaloriser la richesse de la pensée Hégélienne et de tous ses aspects parce qu'elle s'apparenterait au délire dans ses fondements, son axe principal. C'est oublier la pertinence des effets de sa dialectique, dont la fécondité est l'une des plus fructueuses de l'histoire de la philosophie ( ne serait-ce que par Marx ).

Certains auteurs ( Raikovik ), considèrent Freud comme un plagiaire de Schopenhauer. C'est évidemment de la mauvaise foi. Schopenhauer n'a écrit que quelques dizaines de pages sur la folie, le refoulement, ses causes, ses effets, et en plus dans une optique tout à fait différente.
Pour Schopenhauer, la vie est avant tout souffrance, oscillation perpétuelle entre le manque ( désir ) et l'ennui ( désir satisfait ). Il serait préférable de parvenir à la "négation du vouloir vivre", anéantissement suprême, extinction définitive, sa conception du nirvana.
Comme c'est peu aisé d'y parvenir, il y a des méthodes pour contourner les diktats de la nature, subvertir le vouloir vivre, comme la  création artistique, l'homosexualité ( on détourne la sexualité de sa finalité, de son ordre naturel ).

Pour Freud, la vie a une valeur, le désir n'est pas condamné. L'épanouissement de l'individu est possible, et s'il n'est pas pure affirmation du vouloir vivre, il en est encore moins la négation, puisque cette affirmation est de toute façon absolument nécessaire. Il y a toujours limitation du principe de plaisir par l'extériorité , mais c'est par son adéquation au réel que le désir peut se concrétiser et s'approfondir, et donc donner le sentiment d'exister. Sinon, il reste du domaine du fantasme, du rêve. A l'inverse, si le principe de réalité l'emporte et annihile le principe de plaisir, c'est l'aspect contraignant de la vie qui triomphe. L'équilibre psychique résulte donc d'un compromis sans cesse renouvelé entre principe de plaisir et principe de réalité. D'où une certaine normativité. C'est justement parce que la vie est précieuse, et exigeante, qu'elle réclame la lutte, que l'on doit combattre la tentation des multiples régressions infantiles, car la vie d'un individu ne s'épanouira pas complètement s'il y cède.
Evidemment, cela n'aurait aucune importance si la vie n'avait aucune valeur, et à plus forte raison si l'individu devait s'efforcer d'atténuer, d'affadir le vouloir vivre en lui.

On comprend ainsi pourquoi Freud est plus proche de Nietzsche. Mais il va beaucoup plus loin dans son absence de concessions. Nietzsche, avec le surhomme, l'éternel retour par exemple, a réintroduit les arrières mondes qu'il avait niés.
C'est parce que Freud, qui a mis au jour "l'inquiétante étrangeté" en chacun d'entre nous, l'a découverte contre son gré en quelque sorte, contre son goût de la rationalité, sa méfiance de l'ésotérisme ( alors que tant d'autres, moins solides -Jung- s'y empressent naturellement ), que Lou Salomé, amie de Nietszche, est devenue disciple de Freud, et qu'il soit le seul qu'elle ait reconnue pour Maître.

La violence de l'oeuvre de Freud est pure, elle n'est pas rattrapée, pas compensée par une quantité d'artifices philosophiques dont sont friands les philosophes, et auxquels même Nietzsche n'a pas su résister ( aidé en cela par son immense fragilité ).
L'oeuvre de Freud est beaucoup plus radicale que celle de Nietzsche.
Freud, c'est Nietzsche moins le délire qui en atténue les effets.
Un Nietzsche qui irait à l'essentiel, et qui baiserait Salomé, et qui danserait peut-être. 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 01:22

Je vais aborder la critique du Bouddhisme.

Le Bouddhisme est fondé sur les 4 nobles vérités :

-la vérité de la souffrance. ( Toute vie implique souffrance )
-la vérité de l'origine de la souffrance. ( le désir, les attachements )
-la vérité de la cessation de la souffrance. ( elle est possible )
-la vérité du chemin à suivre pour triompher de la souffrance. ( couper le désir à la racine )

La souffrance l'emporte donc sur la joie dans la vie. Elle est même le propre de la vie puisqu'elle seule a une existence "positive", et puisque la joie, qui consiste en la diminution de la souffrance, est"négative".
Le problème, c'est qu'on est enchaîné à la vie par le désir. Il nous faut le vaincre, mais pas superficiellement, car alors nous nous réincarnerions dans une autre vie, et ainsi de suite,  alors qu'il nous faut atteindre  l'extinction totale du désir, donc de la vie, la résolution définitive des tensions., bref, le nirvana et la mort.

Plusieurs difficultés apparaissent déjà.

1 Comme la renaissance est un phénomène des plus contestable, tout l'effort Bouddhique aboutira à ce que nous atteindrons tous naturellement et sans efforts, la mort.
( La croyance en un cycle de mort et de renaissance est un stratagème inconscient afin de se rassurer, car les Bouddhistes, par ce subterfuge qui fait de la mort, de l'extinction bien définitive, un but presque inatteignable, se persuadent  ainsi qu'ils vont continuer à vivre indéfiniment, ce qu'ils espèrent au fond ).

2 Toute la doctrine est fondée sur le primat de la souffrance sur la joie. Il suffit d'accorder une valeur positive à la joie, et donc à la vie et au désir, pour que toute la doctrine s'effondre.
La vie n'est pas oscillation perpétuelle entre le manque ( désir non satisfait ) et l'ennui ( désir satisfait ), comme l'écrivait Schopenhauer.
Elle est aussi affirmation et joie.
Certes, la réalisation d'un désir déçoit partiellement, mais elle comble aussi partiellement et provisoirement. Et c'est en allant de réalisation en réalisation que l'homme progresse, que l'homme se trouve.
Il est de toute façon préférable d'avoir "tout" vécu et d'avoir été déçu, et du coup, rassasié, de quitter le monde sans trop de peine, que de n'avoir "rien"  vécu, être passé à côté de sa vie, et plombé par les regrets.
Les Bouddhistes ignorent que toutes les  formes de détachement sont des méthodes inconscientes pour mieux gérer l'attachement. Mais parvenir à rompre tout attachement, de son vivant, serait une aberration, un crime contre la nature de la vie.

3 Si les Bouddhistes respectent toute forme de vie, c'est pour que la créature vivante puisse aller au bout de ses possibilités, afin de lui permettre de se réincarner en une forme plus complexe. On lui laisse vivre sa vie dans ce but.
Ainsi, on n'interfère pas avec le "karma" de l'animal, ce qui est aussi bon pour notre propre karma. Et on accroît les chances de l'animal épargné ( ainsi que les siennes d'ailleurs ) d'être "délivré" lors d'une future renaissance.
On lui épargne donc sa vie pour accroître ses chances de mourir pleinement et véritablement, en aucun cas par respect de la vie.

D'autres difficultés qui proviennent de la doctrine du Bouddhisme résultent de sa vision "non dualiste" de l'existence et du monde. En condamnant toute scission générée, arbitrairement croient-ils, par l'ego, le langage, la science, ils réintroduisent systématiquement ce fameux dualisme tant critiqué, sans même s'en apercevoir.

Et puis, on peut s'interroger sur la notion " trancher l'ego". Certes, celui-ci peut être hypertrophié ( narcissisme ), mais il a sa place.
Pourquoi la nature nous aurait-elle pourvue d'un ego ( comme d'une conscience ), s'il n'avait son utilité, sa fonction ?
 Il faut être déjà bien malade ( comme se prendre pour objet quasi exclusif de sa libido, libido du moi ) pour chercher à se débarrasser de son ego !
 
Cela vaut pour les mots et concepts. Les "koan", sortes de formules rituelles absurdes, servent à nous faire prendre conscience des limites de la spéculation pour appréhender le réel "tel qu'en lui même".
Pourquoi pas ? Mais il faut au moins justifier ce primat de l'intuition sur l'intelligence, comme l'a fait Bergson, ou cela peut conduire à toutes sortes de dérives sectaires et incontrôlables.
N'importe quel charlatan peut s'emparer de ce procédé pour masquer son ignorance.
Pourquoi la nature nous aurait-elle attribuée la capacité à créer les concepts, s'il ne fallait en user ?

Et, dernier point, le Bouddhisme me paraît en contradiction avec la nature elle-même, le désir naturel d'expression, de communication, de transmission.
Son "idéologie", bien éloignée des exigences vitales, de la lutte pour la vie, me semble donc contre-nature.
Je ne la sens conciliable, ni avec Darwin, ni avec Lamarck.





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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 23:37


Je me suis longtemps intéressé au Bouddhisme.
J'ai eu ma période Bouddhiste, comme j'ai eu ma période catho ou ma période philo.

Le Bouddhisme a commencé à m'intriguer quand j'ai vu le film "Siddharta", de Bertolucci, avec Keanu Reeves dans le rôle du Bouddha.
J'ai trouvé que ce film dégageait une espèce de sérénité, et j'avais fort besoin de me pacifier à l'intérieur, ( comme à l'extérieur d'ailleurs ).
J'ai commencé par méditer seul. Je ne savais comment m'y prendre. Fallait-il fermer complètement les yeux ou bien les laisser entrouverts? Devions-nous fixer un point avec le regard ? Quelle était la posture exacte ? Que signifiait faire le vide ? Comment l'obtenir ? Et quel était le rôle de la respiration ?
Je me débrouillais tant bien que mal. Ma curiosité à l'égard du Bouddhisme finit par se dissiper un peu, quand je fus confronté à d'autres problématiques, d'autres exigences. Elle se réactiva quand je repris mes études au lycée, après le service militaire.
Il faut dire aussi que j'associais le Bouddhisme aux moines shaolin qui étaient en quelque sorte des modèles pour moi.
Je décidai donc d'approfondir cette voie. Je lus quelques livres sur le sujet. Mais, comme je suis extrême en toute chose, je voulais, comme le Bouddha, atteindre le Nirvana. Ne dit-on pas que tout homme a la nature du Bouddha, après tout ? Je désirai atteindre une espèce d'affranchissement définitif, sans retour ( sans régression, tentation de la régression ) possible.
Je pris contact avec la Gendronnière, temple situé près d'Orléans, et fondé par Taisen Deshimaru, disciple de Kodo Sawaki. Deshimaru est une figure du Bouddhisme Zen en France. C'est lui qui a initié son développement. Il a commencé par avoir un dojo à Paris, ou se côtoyaient quelques célébrités ( Matzneff, Béjart ) et beaucoup de drogués.
Deshimaru était mort depuis quelque temps déjà quand j'allais livrer mon corps et mon âme à une Sesshin ( pratique intensive de la méditation et de l'enseignement Zen ). Il est décédé d'un cancer foudroyant du cerveau. Trop de méditation peut-être ? Mais ce n'était de toute façon pas très important pour lui, la distinction entre la vie et la mort n'étant qu'une illusion générée par l'ego, et cette vérité apaisante de la non dualité devant nous apparaître lorsque notre ego ne rompt plus le flux, la continuité des phénomènes par ses interventions intempestives. Nous y reviendrons !

Ma première surprise, ce fut de constater la différence entre l'atmosphère particulière du Temple et celle d'un Monastère Chrétien. L'accueil y est plus froid. On doit se débrouiller seul, comme si on devait faire ses preuves, avant d'être accepté. L'ambiance y est lourde, sans doute du fait des séances de méditation, car elles font un peu l'effet d'une auto-analyse, c'est-à-dire qu'on y est seul face à soi-même. Des "Démons" surgissent toujours lors des séances, car elles durent longtemps ( 1 h 30 scindée en deux , avec une pause occupée par une marche méditative  ) et elles sont nombreuses ( 3/4 dans la journée ). Pas de transfert/contre-transfert ici, il faut assumer seul sa part d'ombre. C'est pour cela que de nombreuse personnes craquent.

Le but est de n'en avoir aucun, d'être au-delà, ou en-deça de la dualité de l'espoir/désespoir, du sens/non sens, de la vie/mort. Mais, s'il ne faut pas entretenir ses pensées, on ne doit pas chercher à les dissiper volontairement. On doit seulement les laisser passer naturellement.
Par ce processus, le vide "s'instaure" progressivement, mais, plus exactement, il est ouverture à une autre forme de conscience, débarrassée de l'ego, qui allège notre perception du monde, l'épure, nous permettant de nous concentrer sur l'essentiel. ( Laisser passer les idées et images qui nous traversent peut évoquer l'association libre en psycha- nalyse ).

Evidemment, il existe de nombreuses rechutes. Pour s'en prémunir, atténuer leur impact, ou les détourner, le méditant dispose de plusieurs moyens.
D'abord, Il doit se concentrer sur sa posture, ( dos bien droit, genoux enfoncés dans le sol, épaules relâchées, menton légèrement rentré, yeux entrouverts, sommet du crâne tendu vers le haut ).
La rectification incessante de la posture aide à évacuer les pensées parasites, et à contrer l'assoupissement .
Ensuite, il doit développer une respiration lente et profonde, dont l'expiration l'emporte en durée sur l'inspiration. On prétend qu'une bonne respiration découle naturellement d'une posture correcte. Respirer convenablement, profondément, aide l'esprit à se tranquilliser ( par l'intermédiaire de l'interaction avec l'organisme ).
Enfin, le méditant peut, s'il le souhaite, demander à recevoir un coup de bâton, "kyosaku",asséné par derrière, et sur un point précis de l'omoplate. Ce coup sert à vérifier la concentration du méditant puisqu'il ne doit pas ressentir de douleur s'il est suffisamment relâché. Il sert aussi à réveiller ( à coup sûr ) celui qui s'endort. Et il est utile pour distraire celui dont l'esprit lutte avec ses obsessions.

Dans les Temples Zen, la nourriture est très bonne. Le cuisinier est très respecté, et ce n'est pas étonnant si on considère les affinités du zen avec la cuisine, art éphémère par excellence, dont les produits son si vite consommés.

Il est habituel d'associer le travail manuel à la méditation, comme chez les Trappistes "ora et labora".
J'ai ainsi pu tâter du ménage, de la  cuisine, de la vaisselle, du jardinage, et du "bucheronnage", et c'était sympa, toutes ces activités en peu de temps.
En plus, comme je dormais en dortoir, j'ai pu faire beaucoup de rencontres, dont pas mal de phénomènes, avec entre autres un sous marinier, un bûcheron, un philosophe, un grand type au crâne rasé dont la vraie passion était le Bouddhisme tibétain mais dont un maître n'avait pas voulu, lui conseillant d'aller voir un psy d'abord, ce pour quoi il était avec nous chez les zen, ( nous voulions pratiquer avec les moines de Shaolin ensemble ), et quantité "d'anciens" drogués.
Il y avait aussi des malades incurables qui cherchaient la guérison miraculeuse avec le zen. Ils n'ont pas compris que le zen, loin de redonner la santé, relativise et dédramatise la mort. Enfin, c'est peut-être de parvenir à cette façon de l'envisager qui est le miracle et la grande santé.

 

J'étais assez intransigeant. On nous enseignait qu'il fallait se tenir dans la vie comme dans le zazen, et je les voyais tous se relâcher, même nos "guides".

Plusieurs filles me draguèrent, dont une superbe actrice de théâtre, mais j'avais l'esprit si mal tourné que je les considérais comme des démons séducteurs qui me distrayaient de ma quête, comme les tentatrices de Bouddha.

Moi mon but, c'était le nirvana, et je me dis qu'il me faudrait rester en méditation jusqu'à ce que j'y parvienne. Je m'y suis abymé les genoux plus tard.

J'avais ma conception du "juste milieu". Je trouvais qu'il servait d'alibi pour ne rien foutre. En fait, le Bouddha a beaucoup lutté ( ascèse intransigeante ), avant d'accéder à la tempérance. J'avais l'impression que les Bouddhistes déniaient l'importance du combat, comme s'ils désiraient le but sans la médiation nécessaire pour y parvenir, la fin sans les moyens adéquats.
C'était sans doute vrai pour beaucoup. Mais ce qui l'est aussi, c'est que l'on doit se servir de l'exemple des anciens pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, pour atteindre plus rapidement leur niveau, sans quoi leur transmission est inutile.

J'aborderais l'aspect critique du Bouddhisme, dans un autre article.




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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 22:34
La psychanalyse est-elle fondamentalement une énergétique des pulsions ( Freud, Ricoeur, Castoriadis),  comme la Comédie Humaine était une énergétique des passions, ou bien est-elle essentiellement une affaire de linguistique ( Lacan)?

Paul Ricoeur, dans "De l'interprétation", a critiqué la réduction linguistique de la psychanalyse opérée par Lacan.
Cette démarche lui causa beaucoup d'ennuis, et beaucoup d'ennemis.
De fait, Lacan, pourfendeur de la sclérose institutionnelle de la psychanalyse, de la position du psychanalyse comme "sujet supposé savoir", est devenu, paradoxalement, "le" sujet supposé savoir par excellence pour ses disciples, un gourou adulé ne souffrant aucune contestation, et son influence a suffit à dégoûter de la psychanalyse des individus qui sont amenés à la confondre avec le "lacanisme", du fait de son emprise.

Une des critiques des théories Lacaniennes les plus intéressantes est celle effectuée par Cornélius Castoriadis.
Dans ses "Carrefours du Labyrinthe" il conteste un certain nombre de points.
Lorsque Lacan parle de "non séance", de "non analyse", de cure "sans finalité", de séances dont la durée est variable, on peut y voir une grande sagesse, un accomplissement des principes Zen, mais on peut aussi y voir un pur et incontrôlable charlatanisme.
L'homme a besoin de repères.
Si la durée de la séance varie, et se clôt par exemple en fonction des paroles du patient, il n'y a plus de stabilité possible pour celui-ci.
Le psychanalyse devient tout puissant. Cela peut conduire à tous les excès. Une séance de 5 minutes ne sera pas logiquement suivie d'une séance de 55 minutes. Cette durée de 5 minutes de la séance peut se répéter indéfiniment, selon le bon vouloir du psychanalyse.
Le patient perd tout contrôle et devient complètement dépendant.

Lorsque Lacan parle de "non finalité" de la  cure, c'est une aberration. La théorie a un but, et un but facimement identifiable.
Un individu qui "choisit" l'analyse est un individu qui souffre, dont les "formations de compromis", les "satisfactions substitutives" ne sont pas épanouissantes.
Il faut donc l'aider à sortir de la compulsion de répétition, qui transforme sa vie en tragédie, et cela pour lui faire prendre conscience qu'elle n'est pas irrémédiablement, naturellement une tragédie.
Il peut sortir de l'enfermement en un système qui le fige, se délivrer des angoisses et des symptômes qui l'entravent, en ralentissent l'action, altèrent sa capacité à jouir de la vie.
Il s'agit donc de l'aider à reprendre goût à la vie.
A lui, le désir retrouvé, l'autonomie progressivement acquise, de se construire, de se créer de nouvelles sources de jouissance, d'emprunter de nouveaux chemins.
Bien sûr, la liberté est toujours "en situation" comme dirait Sartre, et la recherche de compromis satisfaisants entre principe de plaisir et principe de réalité toujours à renouveler.

Le style de Lacan est volontairement obscur.
Est-ce pour désorienter positivement le lecteur ?
Ce procédé, ( comme le coup de bâton du moine Zen ), est sujet à caution. Il est un peu trop facile de se débarrasser des questions gênantes ainsi. Habile subterfuge d'incompétents !
Le charlatanisme de Lacan est tellement évident qu'on se surprend à se dire : "Il a des idées intéressantes, finalement il n'est peut-être pas un charlatan". On oublie que c'est encore heureux, et qu'après tout, c'est la moindre des choses. On retrouve d'ailleurs ses idées , qui sont finalement des lieux communs pour les analystes, chez la plupart des théoriciens, mais exposées autrement et plus simplement.

Et, enfin, petit apport personnel :

Lacan n'incarne t' il pas la tendance psychotique propre à l'acte philosophique ?
Son entreprise serait alors bien plus une trahison de l'oeuvre de Freud qu'un retour à Freud, et une trahison nuisible à la vie.
Un des messages essentiels de Freud, c'est qu'il peut être bon de vivre.
Pour celui qui en a saisi la substance, la littérature par exemple ne saurait être supérieure à la vie.
Elle est une simple facette de la vie, comme la philo, les sciences, et toutes les activités de l'esprit.
Il est également important de se promener, de jouer aux cartes, de pratiquer un instrument de musique, bref de jouir de ses sens.
Et il importe encore davantage d'avoir une vie sexuelle épanouie.
Il y a donc comme une relativisation de la valeur, de la place de la culture.

Pour conclure simplement, la vraie vie, c'est jouir pleinement, et pas lire 10000 pages sur la jouissance, c'est profiter de l'air frais, du soleil, de la mer, et pas s'enfermer dans son cabinet pour lire tous les séminaires de Lacan. Mishima l'avait bien compris ( voir "Le soleil et l'acier" ).
Dans le même genre ( antiblablabla ) , Sartre reprochait à Camus de n'avoir rien compris à Heidegger. Qu'est-ce qu'on en a à foutre? 
Ca ne l'a pas empêché d'être un meilleur romancier que Sartre.
Et dans le même genre encore, ( ça s'éloigne du sujet mais j'avais envie d'en parler ), Finkielkraut reproche à Van damme l'incohérence de ses propos.
Ca ne nous empêche pas de sentir une grande générosité qui émane de JCVD. Finkielkraut peut nous parler de Lévinas, de "l'infini du visage de l'Autre" pendant des heures, ce ne sont que des mots, et on ne ressent pas une grande humanité de sa part.
Voilà. En gros, Lacan, c'est du verbiage inutile et prise de tête, et nuisible parce que son étude diffère la salutaire satisfaction pulsionnelle.

 
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 01:01


Quel est l'intérêt de la philosophie, de la pratique philosophique?
Apprendre à mieux penser, remettre en cause ses croyances, ses valeurs, ses préjugés?

Dans l'idéal, ce serait cela, mais qu'est-ce que concrètement l'étude philosophique?
L'apprentissage, la comparaison, la critique de systèmes conceptuels.
Ce que devrait procurer cet apprentissage, c'est un accroissement du doute, de la capacité a s'interroger sur le monde, et sur soi.
L'étude philosophique est-elle réellement capable de cela?

Comme l'ont montré Freud, Nietzsche ou Schopenhauer, les affects, les pulsions l'emportent sur la raison qui n'est qu'un épiphénomène en justifiant après coup les orientations.
Mais si la philo ne sert pas la critique véritable, si elle n'inclut pas la possibilité d'un changement de ses pensées et de sa vie, elle  ne sert à rien.
Ce serait comme si on se donnait tout ce qu'on doit trouver dès le début ( ex: comme un dogme religieux ), et alors tous les développements ultérieurs ne pourraient que renforcer ses fondements ( comme la théologie ), jamais en corrompre la substance.

C'est un fait qu' un nombre conséquent de philosophes s'enferme dans un système de pensée, une vision du monde..
Est-ce du à ce que Freud nommait la tendance psychotique propre au philosopher ( ce que Paul-Laurent Assoun a développé dans son "Freud la philosophie et les philosophes") ?
C'est-à-dire que le philosophe, comme le religieux, a tendance à humaniser le monde avec des théories anthropomorphiques, qui le rassurent mais sont artificiellement fondées, ne correspondent à rien de réel.

Cette aliénation à une approche unique et arbitraire du monde. permet au philosophe de réinvestir le monde.
L'inadéquation de sa vision et de la réalité, de sa doctrine et de l'immensité de l'univers qu'il prétend y réduire, fait symptôme, donc a une utilité, une fonction.
Elle aide le philosophe à vivre comme le religieux.
Mais elle le bride aussi, en altère les capacités. Elle l'épuise vainement, puisqu'une part importante de son énergie est investie en vue de la résolution de fumeux problèmes ( le sexe des anges ).
C'est pourquoi Freud a pu employer l'expression de "spéculation dans le vide" pour qualifier l'exercice philosophique

Cette caractérisation négative est cependant contestable. Même si elle est très présente parmi les philosophes, même si elle est une pathologie redoutable ( bien qu'elle soit communicable, et donc qu'elle permette au philosophe de retrouver le monde, comme l'artiste reprend contact avec le réel par l'oeuvre ), on ne peut y réduire l'histoire de la philosophie.

Certes, elle ne peut remplacer la psychanalyse en ce qui concerne la reprise en main de la vie individuelle, sa libération.
Je la crois incapable de satisfaire à l'aspiration à se connaître soi-même.
Son étude est moins appropriée que la cure pour répondre à l'injonction Socratique : "Connais-toi toi même".
Elle n'est pas outillée pour cela.
Mais la psychanalyse ne remplace pas la philosophie en terme de contenus, de possibilités critiques.
La philo, si elle est impropre à changer la vie, à asssurer ce pour quoi elle était primitivement destinée, c'est-à-dire si elle n'apprend pas à vivre et à mourir, reste un formidable réservoir d'approches cohérentes et critiques des grandes questions existentielles.

Cependant, le danger de l'engluement dans le concept est toujours une menace pour les philosophes.
Quand la philosophie n'est plus qu'un assemblage de systèmes, qu'un jeu de concepts comme la stigmatisaient Claude Lévi Strauss dans "Tristes Tropiques" ou Simenon dans sa correspondance, elle n'a pas davantage de valeur intrinsèque que l'utilisation du rubik's cube. Ni plus, ni moins.

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