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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 21:32

 

Je suis réticent envers la prise de neuroleptiques, parce que je suis un matérialiste radical.

Ce n'est pas contradictoire. 

C'est justement parce que j'attache extrêmement d'importance au corps et au cerveau, que je me méfie des médicaments pouvant les altérer gravement.

A l'inverse de traitements pour la grippe par exemple, les anti-dépresseurs ont de fréquents effets secondaires. 

Or, que sont-ils? 

Baisse de la libido, de l'appétit, de l'énergie générale, troubles de la concentration, de la mémoire, de l'élocution, somnolence, nausée, malaise etc

Sur le long terme, cela peut être dévastateur.

Or, si l'on me promettait que les médicaments me regonfleraient à bloc, augmenteraient toutes mes capacités, je serais le premier à en prendre et en réclamer.

Mais ils semblent faire l'effet inverse.

 

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:38

 

 

Psychanalyse, psychiatrie actuelle et thérapies cognitivo-comportementalistes(TCC).

 

Nous assistons à une offensive très violente qui vise à discréditer la psychanalyse, de la part d’un courant qui nous vient des Etats-Unis, le cognitivo-comportementalisme. Comme son nom l’indique, il est censé être une synthèse des sciences cognitives et des théories comportementales de type Behaviouriste, Pavlovienne, se réduisant en un sommaire circuit d’action-réaction. Il s’agit de considérer le symptôme comme un simple trouble sans signification, à éradiquer.

 

Or, pour la psychanalyse, le symptôme à sa place, sa fonction, et il ne sert à rien de forcer l’individu à le supprimer brutalement, car s’il disparaît effectivement, il reparaîtra sous d’autres formes tout aussi invalidantes, n’étant pas la source des maux du patient, et donc son effacement forcé n’apportera pas d’amélioration globale de la situation du patient.

Le torturer à affronter une phobie directement par exemple, sans se soucier de ses antécédents, son rôle, ce qu’elle peut servir à masquer, solution complexe mais qui finit par générer des problèmes plus conséquents que celui ou ceux qu’elle a  primitivement et partiellement réglés de la sorte, ce ne peut être qu’une réponse superficielle, et elle ne touchera pas à l’essentiel de la problématique du sujet.

 Et puis, il est  aisé de classer les individus par catégorie en procédant par généralisation abusive, avec prescription de tels médicaments, et tels exercices pour chaque groupe, avec seulement des variations d’intensité selon les individus et leurs réactions au traitement, mais la psychanalyse, même si elle a ses catégories (névrose d’abandon, d’échec, de transfert, obsessionnelle…) respecte l’individualité du sujet, son unicité, son parcours particulier. Elle ne réduit pas l’individu au concept.

Paraphrasant Bergson, on pourrait dire que l’individu est plus que la somme de ses névroses, qu’il faut donc traiter chaque patient au cas par cas, et que le sujet n’est pas réductible à sa maladie.

 

La façon de procéder des cognitivo-comportementalistes est proprement normative, adaptative, et ils ne s’interrogent jamais sur ses présupposés, sur le bien-fondé, la légitimité du modèle auquel ils tentent de conformer leurs patients. Il leur faut rendre tout individu aussi performant que possible dans le cadre de la société actuelle, à savoir une société basée sur la compétition, les rapports de force, l’homogénéisation des pratiques culturelles, et l’absence forcée de toute remise en cause de cette façon de vivre. Dans son idéal, tous les individus doivent se ressembler, être mesurés, suivre le mouvement imposé, et elle condamnerait presque –elle le fait à mots couverts- l’originalité comme pathologie nuisible et à supprimer. Ses tenants favorisent donc une propension au totalitarisme inquiétante. Or il est notoire que les psychiatres ont souvent servi de caution aux régimes en place, quels qu’ils soient, et qu’ils ont servi de garde-chiourme au pouvoir, annihilant la crédibilité des critiques en les classant comme malades mentaux, comme fous, en les plaçant en institution psychiatrique, voire en les lobotomisant, opération criminelle que les adeptes des TCC essaient de réimplanter sous le nom plus commode de psychochirurgie – où comment rendre définitivement conformes, voire complètement débiles, des patients par la force pure.

 

Toute autre est la démarche psychanalytique, d’essence individualiste. Il s’agit d’aider l’individu à se libérer de ses « démons », sans altérer par l’absorption de psychotropes et autres neuroleptiques son énergie libidinale, ses capacités en leur ensemble, tout en considérant les efforts nécessaires de conciliation avec le principe de réalité qui seuls permettront la réalisation effective, non fantasmée , de ses désirs reconnus authentiquement comme les siens. C’est pourquoi tous les totalitarismes  ont combattu la psychanalyse, car leurs meneurs savaient que sa démarche de libération foncièrement individualiste constituait un péril pour la perpétuation de l’uniformité, de l’homogénéisation impersonnelle qu’ils s’efforçaient d’imposer.

Cette démarche de réappropriation de son désir et donc de la conduite de sa vie, que la cure psychanalytique, l’analyse se propose de donner ou de restituer à l’analysé, ne peut conduire à penser que la collectivité n’intéresse pas la psychanalyse, qui voisinerait alors avec l’anarchisme de droite. Car les progrès de la collectivité sont justement intéressés par le progrès et la libération des individus qui la composent. La maîtrise de sa propre vie, puisqu’elle n’est plus fantasmée, apprend à l’individu à faire face  aux obstacles réels, concrets, avec lesquels nous devons tous apprendre à composer pour devenir vraiment autonomes et épanouis.

Il ne s’agit donc pas d’outrepasser ses droits, et de faire fi d’un certain nombre d’obligations imposées, d’exclure le sentiment d’appartenance et de gratitude à une communauté qui nous fait vivre, nous nourrit et nous protège, dont l’existence nous précède. Mais cette recherche du bien commun n’interdit pas la critique et  la volonté de mener sa barque librement, en dépit d’aliénations et d’imperfections parfois gravissimes, caractéristiques de la société particulière dans laquelle nous sommes situés.

 

Dans la perspective de discréditer la psychanalyse, les partisans des TCC font valoir la nécessité d’une évaluation des diverses méthodes, théories et pratiques, pour l’amélioration de l’état du patient, de la levée de ses impossibilités, car ils prétendent que l’évaluation établira clairement que leur approche est plus efficace.

 

Le problème, c’est que le but de la psychanalyse et des TCC n’est pas le même, et que les grilles chargées d’évaluer, de mesurer les résultats obtenus sont toutes à l’avantage de ces dernières. En effet, il est logique que le fait d’affronter directement un symptôme présenté comme un trouble, par exemple une phobie, va agir plus rapidement sur le symptôme, que ne pas forcer les choses et approfondir l’état général, le parcours du patient. Dans la perspective psychanalytique, les symptômes disparaîtront d’eux-mêmes quand ils n’auront plus de raisons d’être, donc naturellement, accompagnant le processus général de guérison. Par définition, puisque la façon de procéder dans l’analyse exclut de confronter le patient à la situation pathogène de manière trop abrupte en considérant qu’elle n’est qu’une conséquence et pas la clé du problème, qu’il est donc inutile de faire souffrir le patient par cette confrontation, les progrès quant à l’amoindrissement de l’irritabilité à cette situation pathogène seront moins rapides qu’une stratégie qui vise principalement à cette diminution, misant sur la tendance naturelle de l’émotion à décroître progressivement au bout d’un laps de temps calculable scientifiquement. Seulement cette disparition progressive et forcée de l’angoisse face à la situation pathogène ne prouve nullement que le patient ait réglé le fond de ses problèmes, et qu’il ait le sentiment de redevenir le maître de sa vie, l’auteur conscient des orientations qu’il pourrait lui faire prendre s’il s’était vraiment libéré de ses névroses.

 

Or, cette libération du patient, certes moins rapide, plus laborieuse que l’atténuation de la souffrance occasionnée par la tentative de  soulagement du seul symptôme, est infiniment plus riche de sens, plus valeureuse, plus émancipatrice que l’espèce de conditionnement réductionniste auquel astreignent les TCC. Il s’agit davantage, dans la psychanalyse, de  déconditionnement que de conditionnement, de déprogrammation que de programmation, bref de liberté retrouvée. Et il est aisé de comprendre que ce but nettement plus fécond dérange un certain type de pouvoir, qui désirerait des éléments dociles, conformistes, peu aptes à la critique, et rapidement adaptables pour remplir des tâches parfois sans intérêts, même véritablement aliénantes. La psychanalyse, désinhibant  progressivement l’intelligence du patient, lui permet, en outre, de développer une vision lucide sur les travers de la société dans laquelle il est immergé, et d’en émerger un peu. Le cognitivo-comportementalisme colle à cent pour cent aux exigences parfois absurdes de cette société. Il ne permet pas aux patients de changer leur vie en profondeur, et d’améliorer rétroactivement cette société par leur contestation constructrice.

 

 

Dans le sillage des TCC, il a été question, avec la manie des abréviations de la part des cognitivo-comportementalistes,  après les TOC, « Troubles Obsessionnels Compulsifs » se substituant à la richesse et à la complexité de la névrose obsessionnelle, des TOP, « Troubles avec Opposition », censés cataloguer et stigmatiser tout enfant et adolescent doué de plus de virulence que la moyenne, voire de plus d’esprit critique et d’à propos.

Or, on réduit ces troubles à une pathologie constitutive, sans chercher à en comprendre la genèse, les explications éventuelles, liées à l’environnement par exemple.

Dans cette perspective, la solution est simple. Orientation précoce, voire dès l’âge de trois ans –comment peut-on juger un individu sur la base de ce qu’il a produit à trois ans, l’y réduire, y circonscrire ses possibilités futures ?- apprentissage, métiers manuels, déni de ses éventuelles capacités ou aptitudes diverses sous prétexte qu’elles sont momentanément perturbées, parasitées, hors d’usage, envoi dans des instituts spécialisés, anciennement Instituts de « rééducation » (IR) - où la parole des « rééduqués » n’était pas des plus aisée à faire entendre, il était difficile d’y être pris au sérieux- nouvellement rebaptisés Instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (ITER), cela passe mieux.

 

Et puis, des pressions sont exercées pour qualifier de handicapés ces enfants présentant des troubles psychiques ou comportementaux sans altérations fondamentales de leur capacité intellectuelle, si ce n’est son dysfonctionnement passager du fait de leur situation et de leur problématique existentielle propre.

Cette qualification de handicapé, véritable ostracisation qui ne correspond pas aux qualités de l’enfant, peut être désirée, en plus du désir de classification rapide, arbitraire, et peu scrupuleux des détails des instances dirigeantes, par la famille, à des fins financières, de reconnaissance sociale de leurs problèmes, bref pour leur faciliter la vie.

Elle est par contre terriblement destructrice pour l’enfant, l’adolescent, qui, doutant déjà avec la plus grande violence de lui-même, peu assuré dans son identité et ses possibilités, sur la défensive, risque de perdre définitivement pied, de sombrer dans un mépris de lui-même sans bornes puisque rejeté par l’autorité -ceux qui ont l’autorité, ceux qu’elle investie de suffisamment de pertinence dans le jugement pour statuer, décider de qui il est, le placer dans telle ou telle catégorie- dans les pas normaux, les irrémédiablement hors-normes, les sans espoirs pour personne.

Cette réduction infondée de ses capacités lui ôte toute perpective de crédibilité, de légitimité.

On limite son être même à la réification de ses seuls symptômes et on dénie la possibilité de son irréductible et inattendue créativité

On empêche même toute chance à l’originalité d’advenir par manque d’écoute des vrais besoins et surdosages médicamenteux.

Or, ces problèmes s’expliquent, et la psychanalyse dispose d’un matériau considérable pour cela.

 

Mais au lieu de poursuivre en cette voie, le pouvoir persiste et signe. Les firmes pharmaceutiques l’emportent donc

Qui n’est conscient pourtant des risques que comporte la manie de classer ces enfants et adolescents aux comportement difficiles, comme porteurs de troubles quasiment admis comme constitutifs de leur personne, dont seule la camisole chimique pourrait venir à bout ?

 

 

Et puis, reprenons notre questionnement sur les « Troubles avec Opposition ». Les autorités n’admettront-elles bientôt pas d’opposition sans troubles afférents, concomitants, c’est-à-dire ne toléreront-elles l’opposition que comme médicalisée, comme phénomène pathologique à supprimer, dans le sillage des totalitarismes.

Dès que quelqu’un s’oppose un peu, trop –un peu, c’est toujours trop- (ex Julien Coupat), on le décrédibilise, malgré la pertinence de ses propos, et on laisse faire, on favorise même les Bernard Tapie et les Dassault qui empochent leurs milliards, détruisent le monde et pillent les contribuables.

Quelle abomination !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:36

 

PERTINENCE ET LIMITES DE LA PSYCHANALYSE COMME THERAPIE ET VISION DU MONDE POUR LA SOCIETE ACTUELLE ET A VENIR

 

 

Il nous faut analyser, tout d’abord, le sens et la genèse du terme psychanalyse, sa spécificité, ou plutôt comme elle est n’est pas avare de spécificités, son originalité profonde, ce qui la distingue de la psychologie , et de la psychiatrie notamment.

 

L’apport principal de la psychanalyse, c’est d’avoir clarifié le fonctionnement, du moins le prétend-elle, du psychisme humain en général. Son père fondateur, Freud, neurologue de formation, avait premièrement comme but le dévoilement et la guérison des processus psychopathologiques. Or, en en sondant les significations, il mit au jour une « région » de l’esprit humain assez mystérieuse, et essentielle dans toute élaboration psychique, l’inconscient. C’est-à-dire qu’en partant de la pathologie, il crut déceler le propre du fonctionnent de l’esprit de tout homme, y compris donc des hommes dits normaux.

 

Ce faisant, et si l’on y prête foi bien sûr, il révolutionnait toute la psychologie, car tout lui apparaissait désormais sous un angle nouveau,  et le conscient ne cessant plus d’être en relation avec l’inconscient, et ses rapports se compliquant et se précisant en ça/moi/surmoi.

Mais qu’est-ce que cet inconscient ? Tout le problème est qu’on ne peut le saisir que dans ses effets, ce pour quoi son existence a été très contesté. Par les philosophes notamment, surtout ceux posant la liberté au fondement de leur système, comme Sartre. Pour eux, l’inconscient est du non conscient, c’est-à-dire qu’il se définit négativement, qu’il n’a pas d’existence réelle, comme la joie chez Schopenhauer par exemple. En définitive, l’homme est libre parce qu’il est homme, et homme parce qu’il est libre, et pour cela il leur est difficile de renoncer à cette notion de liberté, qui entraîne celle de responsabilité, et celle d’éthique, et finalement la mise en cause de l’homme lui-même.

 

Pour Sartre, l’homme est originairement libre de son projet, et s’il est aliéné, il s’est choisi tel, condamné à être libre, responsable de sa servitude, et il en donne pour preuve l’idée que pour qu’un événement soit refoulé car considéré comme potentiellement destructeur, il faut que la conscience l’ait appréhendé tel d’une façon ou d’une autre antérieurement, et donc que le conscient reste maître de ce qu’il a choisi d’ignorer, donc de l’inconscient, ce qui revient à nier l’inconscient finalement .

Mais le but de Sartre dans ce raisonnement, c’est de sauver la possibilité de l’éthique à tout prix. Or Freud se désintéresse de cette problématique, ou bien il l’envisage totalement différemment.

 

D’ailleurs, toute liberté n’est pas sans signification pour lui, car si l’homme(le moi) n’est pas le maître en sa maison, il peut le devenir. au sens où il peut se réapproprier son désir, son vrai désir. Le problème est qu’il n’est pas le responsable originaire, comme liberté absolue, de cette réappropriation,  un peu comme chez Spinoza, où certains hommes auraient la possibilité d’accéder au troisième genre de connaissance, mais sans être à l’origine de leur propre possibilité d’y accéder, tandis que d’autres hommes n’y auront jamais accès. La liberté, la libération plutôt, s’acquiert, l’homme ne naît pas libre, où bien il perd très vite sa liberté, et le fait de se libérer est la conséquence de causes indépendantes de sa volonté.

Ainsi, l’homme conserve un potentiel unique, et un fonctionnement psychique unique, qui le distinguent clairement des animaux.

 

Cette notion d’inconscient pose problème donc, car elle est un postulat qui se mesure, se révèle, plus ou moins clairement, dans ses effets, actes manqués, lapsus, névroses, sans qu’on sache exactement la délimiter. Et puis, pour Freud, il n’est pas d’ordre mystique, comme chez les romantiques allemands par ex (Hartmann). C’est une des raisons de sa brouille avec Jung, qui, en plus d’avoir minimisé le facteur sexuel dans l’étiologie des névroses, a dérivé vers un obscurantisme certain avec sa notion de synchronicité, sorte de relation a-causale, qui lui révélait du mystère partout.

 

De plus, la notion d’inconscient  permet à Freud de clairement marquer sa différence avec la psychiatrie, dans le traitement des névroses. Schématiquement, pour cette dernière, toute pathologie psychique provient d’une altération organique, d’un manque ou d’un excès physiologique, corporel, à laquelle par conséquent on tente de répondre par l’usage censément régulateur de médicaments, comblant la déficience, ou aplanissant la « surproduction » de l’activité cérébrale. Cette conception d’une insuffisance organique primitive ou acquise à la base du développement névrotique a été reprise par Adler, qui bien que disciple de Freud, a nié l’originalité de la psychanalyse, ce pour quoi il a été écarté par celui-ci.

En effet, comme Freud le montre dans sa « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » par exemple, le propre de la névrose est de ne pas s’enraciner dans un problème d’ordre organique, même si, dans un mouvement rétroactif, elle peut générer des modifications cérébrales, comme toute activité intense en provoque d’ailleurs. Il donne pour preuve de cette thèse, que nombre de névrosés sont plus doués que la moyenne, disposent de plus de possibilités, et développent tout de même des pathologies importantes, tandis que nombre d’individus qui ne doutent pas outrancièrement d’eux-mêmes, et qui auraient pourtant de bonnes raisons pour cela, échappent à cette nécessité qui pousse à fuir le réel, plus ou moins longtemps, plus ou moins profondément, et plus où moins irréversiblement, bref échappent à la névrose.

 

Ainsi, par le dévoilement de l’activité de l’inconscient et de ses rapports complexes avec le conscient, Freud se distingue et de la psychologie traditionnelle, et de la psychiatrie, ce qui bouleverse  la façon de procéder jusqu’alors pour traiter les maladies psychiques, mais renouvelle aussi une quantité de problématiques fondamentales sur la responsabilité (donc le système judiciaire), l’art, la politique, le phénomène religieux, la guerre, la culture en général etc, bref a modifié, modifie encore, et ne cessera de modifier toute notre conception du monde, car son apport présente des implications essentielles, qui n’ont pas encore réellement porté leur fruit, touché le grand nombre, et fait évoluer la mentalité, les mœurs de la majorité des hommes encore toute barbares, serviles, ignares et primitives.

 

 

La vie pour Freud et l’orientation de la cure

 

Dans un second temps, il nous faut préciser comment Freud conçoit la vie en général, et donc le but de la cure.

On a longtemps comparé Freud à Schopenhauer, voire réduit toute son œuvre à un plagiat. Rien n’est plus faux. Il y a des similitudes bien sûr, et Freud lui-même a prétendu avoir des accointances avec Shopenhauer. Par exemple, la détermination biologique qui pousse l’individu à choisir tel partenaire pour une meilleure perpétuation de l’espèce, qui le conditionne donc là-même où il se croit le plus libre, thème Darwinien en fait, est une pensée qui trouve des résonances chez Freud quand à la normativité définie et recherchée du choix de l’objet sexuel ( « trois théories de la sexualité »). De même, l’idée que génie et folie soient liées (thème de la surcompensation artistique qui peut l’évoquer) ou bien la façon dont un événement réel insupportable, ingérable pour le moi et sa cohésion, est refoulé, puis continue d’interagir avec la conscience.

 

Mais ce genre de problèmes prend quelques pages dans « le Monde comme Volonté et comme Représentation ». La thème de ce livre est totalement différent de celui de Freud. Pour résumer, il s’agit de cerner les effets spatiotemporels, tels qu’appréhendés par l’homme, du vouloir vivre, qui s’incarne selon une échelle de complexité variable, et fait souffrir toute créature qui l’individue, en laquelle il s’effectue et se déploie. La créature la plus touchée par cette volonté absurde étant l’homme, il lui faut trouver une manière, soit d’en anéantir  les effets (ascèse)soit si c’est trop difficile, d’en subvertir ou d’atténuer les effets (homosexualité, création artistique).

 

L’œuvre de Freud développe, sur des milliers de pages, ce que Schopenhauer traite en trente pages, à savoir la problématique du psychisme humain envisagé selon les rapports entre conscience et inconscient ( même s’il n’y pas à proprement parler d’inconscient au sens Freudien chez Schopenhauer), et ses conséquences à tous les niveaux de civilisation, qui plus est dans une optique de progrès étrangère à Schopenhauer.

 

Car il s’agit là encore d’une différence fondamentale entre Freud et Schopenhauer, la place qu’ils accordent à la vie elle-même. Pour Schopenhauer, elle est envisagée selon un angle Hindouiste tronqué, qui le rapproche en réalité davantage de la doctrine classique Bouddhiste. C’est à dire, pour résumer, que la souffrance seule est positive, la joie consistant en la diminution de cette souffrance, et ce qui est à l’origine de la souffrance, c’est le désir, donc la vie elle-même, et il faut s’attaquer à la racine du mal, le désir, pour moins ou ne plus souffrir, atteindre un état d’ataraxie, une paix malgré l’impermanence, la vacuité de toutes choses, l’éphémère de toutes satisfaction (précéder la mort avant de mourir disent les moines Zen). Ainsi, on aboutit à une condamnation du désir à l’origine de la souffrance, donc de la vie, ce que Schopenhauer appelait de ses vœux, et qu’il qualifiait de « négation du vouloir vivre », ce qui est paradoxal pour un homme dont l’œuvre exhale le vouloir vivre, le désir d’affirmation, et qui n’a jamais été aussi heureux, aussi satisfait, que lorsqu’on a commencé à le consisérer comme un très grand, comme ce qu’il croyait être sa place.

 

Pour Freud, bien plus proche de Nietzsche à cet égard, le désir n’a pas à être condamné, bien au contraire. La joie est aussi positive que la souffrance, et si le désir est à l’origine de l’une comme de l’autre, il n’a pas à être altéré. Quoiqu’en disent les Bouddhistes, il  sera toujours préférable d’être déçu par la réalisation de son désir, que nourrir le regret irréversible de ne pas l’avoir tenté. D’ailleurs, on ne comprendrait pas le sens de la vie, les efforts pour la perpétuer et la défendre, si on ne lui accordait pas une valeur. « Vie et valeur sont consubsantielles disait Nietzsche ». Et puis , quel serait l’intérêt de la cure, si elle n’avait pour fonction de redonner son désir véritable au patient, donc de l’aider à reprendre goût à la vie, a actualiser ses virtualités dans un langage aristotélicien, actualisation que la cure ne remplace pas, mais qu’elle facilite, dont elle débloque des entraves jugées indépassables jusque là par le patient ?

 

En ceci, la psychanalyse s’inscrit résolument dans une logique d’affirmation individuelle, de réappropriation de son désir, création de ses propres valeurs et de sa propre morale pourrait-on dire en se calquant sur Nietzsche, sans la réintroduction de ce qui peut paraître comme des arrières-mondes par la médiation du Surhomme et de l’éternel retour, en réalité refus névrotique de l’irréversibilité temporelle.

 

Tension et incompréhension entre philosophie et psychanalyse.

 

Les rapports de la psychanalyse avec la philosophie ont parfois été tendus, du fait de certaine formule, de certain jugement un peu rapide de Freud. Il semble que lui-même craignait son propre penchant à l’acte de philosopher, qu’il a pu qualifier de  « spéculation dans le vide ». Sans doute visait-il plus précisément la métaphysique. Toujours est-il que ce que Freud a stigmatisé sous le nom de « tendance psychotique propre au philosopher » est pour lui personnifiée par Hegel, et sa célèbre formule « tout ce qui est rationnel est réel, tout ce qui est réel est rationnel ».

Pour Freud, il y a un rapprochement  évident entre le délire du psychotique, qui construit un univers propre avec un rapport faussé au réel, dont la fonction lui permet d’humaniser le monde, de le rendre supportable, moins hostile, et les mythes des  religions, et les systèmes philosophiques, dont le but et la valeur sont sensiblement les mêmes, bien que  leurs méthodes diffèrent. La distinction principale, et essentielle, entre religions, philosophie, et délire psychotique consiste en ce que les deux premières sont des produits de la civilisation communicables, tandis que le délire enferme le malade dans son monde, le coupe donc et du réel et de ses semblables. Il n’est pas sûr, cela dit, que ce dernier soit plus néfaste  pour l’avenir  que les illusions des religions, que Freud qualifiait de névroses de l’humanité, fictions consolatrices dispensant le croyant véritable des névroses individuelles, mais dont le corollaire est une inhibition de l’intelligence dévastatrice.  La philosophie se distingue du  délire psychotique et des religions, malgré sa parenté avec elles (systèmes fondés sur du vide) en ceci qu’en plus d’être communicable comme les croyances religieuses, elle est un des fruits les plus élaborés de la civilisation, qui n’est accessible qu’à une élite très restreinte. Il ne s’agit donc pas d’un rejet absolu, loin de là. C’est surtout cette pensée qu’il est possible à l’homme de subsumer tout le réel sous le concept, qui paraît outrancièrement anthropocentrique, prétentieuse en quelque sorte, à Freud, 

 

C’était méconnaître la richesse de la thématique de la reconnaissance, où bien de la dialectique du maître et de l’esclave chez Hegel, qui a été d’un apport considérable pour toute la pensée post-Hégélienne. Jugement partial donc, résultant de la crainte de Freud de s’engager dans une voie dont il devait sentir intuitivement qu’elle ne lui permettrait pas de se réaliser. Et cependant, il faut bien convenir que la réflexion Freudienne semble convenir à certains travaux philosophiques qui nous paraissent effectivement comme de la spéculation dans le vide, stérile ( comme passer sa vie à réfléchir sur le sexe des anges ).

 

 

 

Malgré ces polémiques, la psychanalyse et notamment l’œuvre de Freud, intéresse les philosophes et la philosophie, pour ce que ses découvertes, par ailleurs contestables et contestées, impliquent comme bouleversement de la conception de l’homme sur lui-même –sa liberté, sa place dans la nature, ses possibilités, ses véritables motivations- mais aussi pour ce qu’elle contient comme promesse de changement  à l’échelle individuelle et collective.

La psychanalyse, en effet, est toujours méconnue, mal comprise, caricaturée. Son potentiel émancipateur est considérable, ce pourquoi elle est si combattue par la société actuelle, car elle ne favorise pas le conformisme. Et pourtant, elle passe parfois pour réactionnaire et conventionnelle. On pourrait faire un parallèle avec Dostoievski. Celui-ci était condamné, jeté au goulag pour son aspect trop révolutionnaire dans un premier temps, puis censuré parce qu’il ne l’était plus assez.  Enfin, il a fini par prendre sa véritable place. La psychanalyse n’a pas encore pris la sienne.

 

 

La richesse de la psychanalyse pour les mouvements contestataires.

 

Si Sartre a été rejeté par à peu près tout le monde (lui aussi extrêmement méconnu à notre avis), y compris par ceux dont il se sentait proche -anarchistes et communistes- Freud, après où malgré des réserves, a été récupéré par la plupart des mouvements contestataires, qui, malgré les critiques d’usage –ne percevant la psychanalyse que comme le fruit de la société et de la culture de la bourgeoisie viennoise de la fin 19ème début 20ème , pas valable hors de ce cadre- ont su y déceler, pour les esprits ouverts, un matériau considérable propice à enrichir la critique des institutions, croyances, préjugés populaires , systèmes d’asservissement par le travail et la société du spectacle etc..

Or , ce matériau reste à exploiter, puisque ce qu’il combat, ce contre quoi il lutte, ce qu’il dévoile comme escroquerie, reste la norme, ce qui s’impose à une grande majorité des hommes, et, plus attristant encore, dicte leur pensée, leur choix de vie à de nombreux dirigeants censés être éclairés, comme s’il n’y avait décidément rien à faire pour sortir l’homme de la minorité, le faire accéder à l’autonomie loin des tendances et régressions obscurantistes.

Le désir des hommes des Lumières a complètement échoué, et Freud, dont l’œuvre s’inscrit dans leur continuité ,  et qui a élaboré, à partir de données concrètes, de nouvelles possibilités, pourrait être celui à partir duquel une sortie de l’aliénation généralisée est envisageable, à partir d’une lucidité accrue sur la nature humaine.  

Ses vues réformatrices sont doublées d’une connaissance de l’homme comme d’un être ni bon ni mauvais, mais essentiellement égocentrique, vision réaliste, pragmatique, sans faux-semblant, et qui implique, avec la critique des institutions existantes, le scepticisme quant  à leur dépassement du fait de la nature humaine.

 

La conception Kantienne de « l’insociable sociabilité », vision de l’ homme comme animal fondamentalement asocial, égoïste, mais obligé d’être « politique » pour développer ce qui lui est propre, donc sociable quand même, par nécessité, a été reprise par Schopenhauer avec l’analogie entre l’homme et le porc-épic. Comme celui-ci, l’homme a besoin du contact de ses semblables, mais lorsque les hommes s’approchent trop les uns des autres, ils se piquent, se gênent, se limitent nécessairement, d’où une situation toujours embarrassante, douloureuse. Eh bien, Freud, qui appréciait beaucoup Schopenhauer, qui le prenait au sérieux, malgré les divergences déjà esquissées, avait un porc-épic sur son bureau. C’est dire qu’il ne se faisait pas trop d’illusions sur la « perfectibilité » des capacités humaines, sur le plan de l’altruisme s’entend.

Ce réalisme sans concessions, dénué d’illusions renforce d’autant plus la solidité des arguments qu’il nous propose.

Il implique également que l’homme aura toujours besoin d’être formé, éduqué, sa puissance canalisée, ses pulsions sublimées au moins partiellement, médiatisées.

Et ces institutions, toujours selon le même réalisme, seront, dans toute société, structurées, orientées, restructurées, réorientées,  à l’avantage des puissants.

On est donc loin de l’optimisme du grand soir, et de la naïveté qui accompagne la plupart de ceux qui croient au progrès social et luttent en ce sens.

On se rapproche plus de l’attitude de Sartre, où il s’agit de faire comme si, envers et contre tout, c’est-à-dire s’engager même si l’apocalypse menace, et même s’il est sûr, et détruira tout.

Comment s’en sortir, si l’on postule qu’il y aura toujours une hiérarchie, et s’il est dans la nature du pouvoir de corrompre, donc une hiérarchie aliénante ?

La solution est progressive.

 

Ce que nous avons sous les yeux, ce sont les criminels suffisants qui lynchent le malade culpabilisant - donc plus conscient, plus valeureux, moins lâche finalement, car davantage seul et assumant- de M le maudit de Fritz Lang, ou bien le groupe qui évacue ses tensions, liées au processus mimétique, par le massacre d’un innocent incapable de se défendre, comme le développe les théories de René Girard, illustrées antérieurement par la fable du « Malade de la peste », où le pauvre âne, bien inoffensif, est condamné à payer la plus lourde peine pour un délit anodin, ou encore par la formidable scène du bateau dans le « Voyage au bout de la nuit » où des officiers de la coloniale, excités par leurs mégères, s’apprêtent à lyncher Bardamu, parce qu’ils le ressentent comme différent, isolé, et par conséquent plus faible.

 

Alors malgré ce constat toujours renouvelé, comment espérer un quelconque changement d’importance ? Et en quoi Freud, par le continent de la psychanalyse qu’il a « découvert » et qui a tout rétroactivement modifié, appauvri ou enrichi, pourrait contribuer à cette espérance de changement ?

Eh bien, par sa radicalité, son côté despérado, jusqu’au boutiste, cette volonté de creuser même contre soi, là où ça fait mal, contre ses espérances  justement.

Une telle rigueur contre soi-même, sans concessions- on pourrait qualifier cette démarche de sorte de doute hyperbolique- a permis à Freud de mettre à jour, d ’ éclairer de manière nouvelle, claire et simple, le pourquoi de l’apparente inexorabilité des conflits humains, des guerres, de l’enlisement dans toutes sortes de superstitions, et jusqu’à la tendance autodestuctrice du psychisme humain.

 

 

Freud se rapproche du socialisme, car il estime que la révolte des masses opprimées est justifiée, légitime. Tout en doutant fortement d’un progrès réel des conditions de vie et des mœurs du fait de l’indéracinable égoïsme des hommes, qui pourrait s’enraciner dans la fameuse « struggle for life » Darwinienne à l’échelle humaine ( chez Darwin l’altruisme n’est valorisée que parce qu’il sert l’espèce, et ne le serait plus s’il la déservait, donc on ne sort pas de « l’insociable sociabilité », et qui plus est sans l’éthique Kantienne ; c’est pourquoi lorsque l’on tente de sauver la morale chez Darwin et qu’on l’oriente en plus vers la pensée Chrétienne, on se trompe lourdement ) Freud pense que la civilisation et ses raffinements, ses codes, ses interdits, s’accompagnent d’un refoulement pulsionnel toujours plus intense –ce qui explique d’ailleurs pourquoi les hommes issues de familles très cultivées souffrent plus de névroses que l’ordinaire ; l’expression « il n’est pas étouffé par la culture » pouvant s’inverser et donner : « il est étouffé par la  culture » est à prendre au sérieux.   

 

Ce refoulement pulsionnel, cette répression des instincts, ce sacrifice de la libido, cette médiatisation indéfinie de la satisfaction des pulsions est un terrible effort que la civilisation impose à ses membres, et cette restriction ne cesse de s’accroître et de contraindre les individus à plus d’abnégations.

 

Or, cette tension serait supportable, si elle était compensée par des activités ludiques, jouissives, émancipatrices, épanouissantes. Mais ces satisfactions équilibrantes ne sont accessibles que pour une infime minorité d’individus, Marx les appelait les maîtres, puis les seigneurs, puis les bourgeois, propriétaires du capital technique, des moyens de production auxquels la majorité n’a d’autre choix que de vendre sa force de travail et se faire exploiter –salaire équivalent au nécessaire pour la perpétuation de la force de travail- ou de se révolter.

 

Tant que la majorité des hommes n’aura pas accès à la possibilité d’une vie harmonieuse, ou le travail sert la vie, où l’on sait en définitive pourquoi l’on travaille, où l’on n’est pas dépossédé du fruit de son labeur, où la société est structurée de telle façon que la vie puisse offrir d’autres facteurs d’épanouissement, une majorité des hommes souffriront plus qu’il ne paraît tolérable en rapport à nos moyens techniques, aux avancées de nos savoirs, aux aspirations humaines. « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux » disait Camus, simplement. Et il le vivait mal.

Dans « Malaise dans la civilisation » Freud légitime donc ce besoin irrépressible de l’humanité à plus de justice, contrepoids à son atavisme pour la « servitude volontaire ».

 

Et pour lui, les guerres s’expliquent simplement, à partir de l’insatisfaction généralisée imposée par la civilisation.

En période de guerre, on autorise les hommes aux plus grands débordements, quoi qu’on dise et en dépit des conventions, on les y encourage même, on va jusqu’à les honorer et les récompenser pour crimes de guerre souvent « transmutés » en actes de bravoure, et on fusille ceux qui s’opposent aux carnages, les mutins. Comment, dans ces conditions, résister ? Après des années de contraintes imposées par la civilisation, avec châtiments à la clé s’ils ne parviennent pas à canaliser leurs pulsions, leur agressivité, à intérioriser les tabous en vigueur dans leurs société particulière, sacrifice peu équilibré par des satisfactions de divers ordres lui donnant sens, voilà qu’on donne toute licence aux hommes, dans le massacre et le carnage, qu’on les y force même.

 

C’est d’ailleurs souvent les peuples les plus raffinés, les plus policés, qui commettent le plus d' horreurs en tant de guerre, et c’est logique, puisqu’ils se lâchent à la mesure de leur contenance (ex : Allemagne, et pire encore dans la cruauté, le Japon dont les agissements militaires révulsaient même les nazis).

 

Or, comme Freud n’était pas un partisan du retour à la nature, qu’il considérait en quelque sorte la civilisation et son lot d’inhibitions croissant comme un mal nécessaire, la seule façon pour que celles-ci n’éclatent pas en furie collective, c’est de satisfaire la grande majorité des individus par-delà ces frustrations, ces médiations pour une part –peut-être aussi quelque peu réductible, ne serait ce dans la restructuration du travail et de l’éducation- incontournables.

 

Donc la nécessité de changer de société , changement qui a paru nécessaire à  Freud, compte-tenu des données et exigences de la civilisation, et qui plus est seul capable de prévenir la guerre et les débordements sanglants, est assez proche du point de vue Marxiste, ( il devrait aussi passer chez Freud, logiquement, par une réforme de l’économie, voire l’abolition de la propriété privée des moyens de production, mais je ne crois pas qu’il ait approfondi  sur cela ) et reste, hélas, d’actualité.

 

 

 

Le corpus Freudien contient aussi un ferment propre à galvaniser la mouvance anarchiste.

Et pourtant, il juge l’existence des diverses institutions présentes nécessaires, puisque, considérant l’homme comme fondamentalement et primitivement égoïste, celui-ci ne peut se passer de cadre coercitif fixant des limites à l’expansion sans frein de ses forces vitales, à la recherche de la satisfaction pulsionnelle.

 

Mais si les institutions, le cadre sont nécessaires, il n’est pas question de se contenter de ce qu’elles sont, mais nous devons en assurer la refonte permanente, et sans cesse recommencée.

Freud ne s’est pas privé pour critiquer les préjugés populaires de type voyance, ou une certaine naïveté mondaine ésotérique (spiritisme…), ni pour remettre radicalement en cause et à leur place les religions, ni pour bousculer les tabous de son époque (sexualité infantile), ou bien créer sa voie malgré les critiques et le dénigrement du milieu médical, mettant un terme à sa carrière de neurologue, qui s’esquissait brillamment.

 

Il heurtait le système assez violemment, et sa norme n’a jamais été celle de la majorité.

Et puis, en plus de toute la vision globale que l’œuvre inclut, il y a les spécificités de la  cure , passage obligé pour comprendre l’analyse de l’intérieur, et condition principale pour devenir psychanalyste. Et la thérapie est individuelle. Elle vise à permettre au sujet, entre autres, de se réapproprier son désir véritable. Et cela , on ne peut pas dire que cela se fasse contre, mais comme malgré les conditions objectives de la vie du sujet, de la situation du patient. C’est à dire que le principe de réalité conduit à des compromis, à des concessions inévitables, mais toujours en rapport avec le désir du sujet, où il faut bien  tenir compte du réel pour que le patient parvienne à aboutir concrètement dans la réalisation de ses envies, de ses objectifs. Mais il ne s’agira pas de l’adapter à tout prix aux conditions qui lui sont faites, au mode d’existence qui lui est imposé. Si le patient s’ennuie dans son travail, nulle pensée conventionnelle et positive pour l’aider à se contenter de sa position, mais plutôt recherche des causes qui l’entravent, l’empêchent par exemple de changer de travail et nuisent à son épanouissement.

 

Cette recherche de la liberté individuelle qui se réalise au sein d’un monde conditionnant, limitatif, s’accompagne d’une forte critique de la religion, opium du peuple pour Marx, mais également pour Freud. La liberté ne peut s’acquérir que dans une perspective finie, avec la conscience des limites de sa propre énergie, ce qui conduit à s’interroger sur toutes ses pratiques, ce qui nous y pousse, si elles correspondent à un vrai désir, à une habitude, à une contrainte interne, à l’intériorisation d’une ancienne contrainte externe qui nous fait paraître inévitable une activité qui n’a plus lieu d’être, etc.

 

Or les religions, avec leur promesse de vie éternelle, conduisent à différer sans cesse la réalisation des ses désirs en cette vie. La psychanalyse aide à trouver les bonnes médiations en vue de l’accomplissement de ses désirs, les religions travestissent le sens de la vie de telle façon qu’elles prennent les moyens pour la fin, et qu’en définitive le croyant ne vit plus que des médiations, qui lui sont seules accessibles. Or on change la signification de sa mort lorsque l’on a renoncé à changer sa vie. On peut expliquer ainsi le retour du phénomène religieux comme corollaire de la fin des grandes idéologies révolutionnaires, qui visaient justement à changer la vie.

 

L’idée que les premiers seront les derniers, que les derniers seront les premiers ne poussent pas les opprimés à la révolte. Et la théorie du karma comme justification de l’ordre établi n’est pas vraiment émancipateur pour les intouchables.

 

Il est d’ailleurs possible de faire une critique du pari Pascalien à partir de cette idée que la liberté et le sens de la vie, de sa vie ne s’acquiert que dans l’acceptation de sa finitude. En effet, toute son argumentation tient dans la comparaison entre fini et infini. Ce qu’on peut gagner à parier, c’est l’infini, qui l’emporte sur le fini, d’où schématiquement que le pari de l’existence de dieu est forcément avantageux. Seulement, hormis le fait qu’il serait possible que Dieu, s’Il existait, sauve les incroyants, il faut considérer que si notre vie est tout ce que nous avons, elle prend un valeur infinie, absolue, et que donc nous avons autant à gagner à la vivre bien sans Dieu, centré sur « l’unique nécessaire » pour soi, que la gâcher en vivant pour une hypothèse, qui même si elle s’avérerait vraie, un ne nous jugerait pas forcément, deux nous donnerait l’équivalent de notre vie actuelle, dans la perspective où elle serait tout ce qu’on a.

Nous avons donc brièvement vu en quoi l’œuvre de Freud et la psychanalyste pouvait intéresser les anarchistes.   

 

 

 

Le courant anti-psychiatrique (Ronald laing David Cooper : « Raison et Violence »), influent dans les années 70 mais tombé en désuétude, était proche de la mouvance anar.

Ils avaient aussi la plus grande estime pour Sartre, qui était un peu un père fondateur pour eux.

Par contre, si chez les anarchistes on rencontre des psychanalystes (Philippe Garnier), le courant de l’antipsychiatrie était plutôt hostile à la psychanalyse. Pour eux, elle était une « science » bourgeoise, et tous ses concepts autour de la pathologie, comme la névrose, étaient impropres, car, condamnant la société capitaliste fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, il était normal, à la limite même sain, de tomber malade dans une telle société, ce qui change l’aperception de la maladie, et de ceux qu’on stigmatise comme malades.

 

Mais c’était un jugement rapide. S’il faut attendre la fin du capitalisme pour que l’état des patients s’améliore, on peut douter de leur apaisement relatif.

 

Et puis  il semble que nombre de pathologies ne soient pas réductibles à la seule structure sociale et économique, et les parrains du courant anti-psychiatrique en ont convenus.

 

Leur influence continue cependant, notamment dans l’ethnopsychiatrie, où il s’agit de se décentrer par rapport à nos références Occidentales, de s’harmoniser avec les codes culturels d’autres civilisations et peuples,  assez critique de la psychanalyse aussi, quant à la douteuse universalisations de ses concepts (complexe d’Œdipe dans une tribu où les enfants ne connaissent pas leur mère par exemple) , comme l’on s’est interrogé sur l’universalisation de la pensée Marxiste ( notion de lutte des classes et  réalités chinoises).

 

 

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 14:05
Lacan, qui incarne a mon avis magnifiquementla tendance psychotique propre a un certain philosopher, en plus d'etre un psychopathe caracteristique, a le don d'attirer a lui les psychotiques en vertu de l'adage "qui se ressemble s'assemble", ou l'ane frotte l'ane :"asinus asinum fricat". Et ca forme d'incroyables assemblees de psychopathes, les cartels comme ils les appellent.
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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 22:40

 

Je n'accroche pas à Lacan.

Il suffit de l'entendre lire le début de la "Recherche du temps perdu", ( visible sur le net ) pour se convaincre de son charlatanisme.

Ricoeur, Lévy-Strauss, Castoriadis, s'en sont gaussés.

Et les crédules marchent toujours.

Mais plus c'est obscur, plus ça fait distingué, n'est-ce-pas ?

Bien malades sont ceux qui ont besoin d'être des initiés pour savoir qui ils sont, car ainsi ils ne le sauront jamais.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 18:37


Introduction

Les tenants du cognitivo-comportementalisme cherchent à supplanter l'influence des psychanalystes dans le traitement des pathologies mentales.
Cette volonté de main-mise a été relayée par le "livre noir de la psychanalyse", dont le but avoué était d'en finir avec l'oeuvre de Freud.
Cette violente attaque ne reconnaissait aucun mérite à Freud, sous le prétexte qu'il aurait falsifié l'histoire de cas pour les ajuster à ses théories.
C'est ce qu'on appelle "jeter le bébé avec l'eau du bain".
A la place de la psychanalyse, ils préconisent une méthode adaptative, une stratégie d'endoctrinement où il n'est nulle part question de liberté. Il s'agit de faire en sorte que le patient puisse coller au réel imposé, aux normes sociales, sans lui laisser la possibilité de s'en écarter.
Il ne saurait y avoir de critique de l'aliénation sociale des hommes, des conditions de travail, dans un tel système, ni nulle tentative de sonder les profondeurs individuelles pour permettre une prise de conscience de ce qui entrave, altère les désirs véritables des patients.
Leurs symptômes ne sont pas envisagés comme l'expression d'un malaise, d'une angoisse, de problèmes et complexes enracinés dans le psychisme, mais comme des troubles sans signification, ( sortes d'envers de lésions organiques, de conséquences de modifications anormales de l'activité cérébrale ), qu'il faut éradiquer, purement et simplement, quitte à amputer le sujet d'une part de lui-même.

On comprend que l'extension de leurs pauvres théories à tous les champs de la connaissance humaine, du phénomène humain, ne soit  pas leur fort, contrairement à la psychanalyse, aux implications et applications multiples.


Développement

Les principales thérapeutiques mises en oeuvre par le cognitivo-comportementalisme, sont ce qu'on appelle les TCC, pour thérapies cognitives et comportementales. Ce sont des thérapies qui rassemblent sous un dénominateur commun différentes pathologies, et uniformisent le traitement, c'est-à-dire  une prescription massive de médicaments pour endormir, abrutir, ( thérapeutes grassement rétribués par les firmes pharmaceutiques )  et des exercices de confrontations directes du "cobaye" à son problème.
Le patient cobaye remplit des fiches d'évaluation, dont le seul critère d'efficacité est la réduction de l'intensité et/ou de la fréquence des symptômes, considérés comme des troubles superficiels.
 Il s'agit donc d'une véritable torture qui est infligée aux patients puisqu'on leur prescrit un face à face direct avec leurs symptômes, par exemple, leurs phobies. Si le patient ne progresse pas par cette méthode, on préconise une augmentation des médicaments, voire de la psychochirurgie. L' ultime solution de ces criminels pour résoudre les problèmes des patients, c'est "Vol au-dessus d'un nid de coucous": la fin des difficultés existentielles et concrètes par la réduction provisoire ou définitive des possibilités cérébrales !
C'est la même logique que castrer le violeur, qui n'est pas plus viril qu'un autre, dont le manque de contrôle résulte donc davantage du psychisme que du physiologique.
Cela revient à tuer les potentialités d'un être pour le guérir, et, une fois stabilisé mais sans vie, à  le déclarer guéri.

Les thuriféraires des TCC prétendent ainsi réduire la complexité de la névrose obsessionnelle au TOC ( trouble obsessionnel compulsif ). C'est plus simple et ça passe mieux à la TV.
Ils déclarent qu'il faut faire prendre conscience à l'être dont la vie est parasitée par les TOC, qu'il pense "mal", qu'il lui faut modifier ses schémas de pensée magique, et tenter de résister aux pensées envahissantes, obsédantes, par sa volonté, un effort d'ailleurs contre nature.
Le névrosé obsessionnel agit comme si ses rituels avaient un impact réel sur sa vie et celle de ses proches. S'il ne les exécute pas, il se sent en danger, et s'il les exécute, il se sent protégé. Les adeptes des TCC pensent qu'en modifiant cette croyance, les patients finiront par triompher de leurs impulsions "délirantes".
Il est logique qu'ils le pensent, puisque pour eux, il s'agit de troubles et non de symptômes.
Or, ce qui montre bien qu'ils se trompent, c'est que leurs patients savent bien  ( encore faut-il les écouter ) que leurs rituels sont inadéquats aux résultats escomptés mais qu'ils agissent comme s'ils ne le savaient pas, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent faire autrement. Pourquoi ?
Parce qu'il s'agit de symptômes, c'est-à-dire, en l'occurence, de l'expression nécessaire d'une profonde angoisse, angoisse dont ils sont concients bien qu'ils n'en connaissent ni les causes ni les raisons, et que tant que cette angoisse subsistera, leurs symptômes continueront de les travailler, les trauma originels sourdront d'une façon ou d'une autre  comme un phénomène naturel.
L'expérience le montre.
Vous pouvez argumenter avec un obsessionnel, il peut approuvrer ce que vous dites, cela ne changera rien. Ce n'est ni un problème d'intelligence, ni un problème de luçidité, ni un problème de volonté. Il ne pourra s'empêcher de se livrer à ses exercices, tel un possédé, parce qu'il s'agit d'un besoin, ou d'une réponse à un besoin.
Bref, ses rituels sont des symptômes, qui manifestent une origine traumatisante mal assimilée, mal assumée, un fondement qui s'exprime de façon voilée, déformée dans des pathologies plus acceptables pour le patient mais qui lui sont incompréhensibles, dont le contenu lui échappe.

Donc, non seulement la guérison par l'attaque frontale du symptôme, sans se préoccuper de sa source, est illusoire, puisque s'il baisse d'intensité, il se déplacera, mais, dans le cas où cela fonctionnerait, ce serait même dangereux, car le symptôme est l'expression d'un besoin, et le besoin doit être satisfait. S'attaquer au symptôme de cette manière forcée peut engendrer des déséquilibres bien plus importants que ceux que l'on prétendait atténuer, voire supprimer.

Au contraire, le symptôme apparaît pour ce qu'il est, un symptôme, lorsque le mal est coupé à la racine. Il s'ensuit qu'il perd sa  fonction, et cesse spontanément.

Le traitement des phobies par l'approche cognitivo comportementaliste ( TCC ) est similaire à sa façon de traiter les TOC.
Ces pseudo penseurs ont compris, ( remarquons au passage l'approche purement quantitative, réifiante, chosifiante de l'homme ), que l'émotion diminuait nécessairement après un temps d'exposition à la "cause occasionnelle" du surgissement de l'angoisse. C'est physiologique. Ils en ont conclu qu'à force de répétition de l'exposition, la peur panique s'atténuerait jusqu'à la suppression du caractère pathologique.

Qui ne voit que cette approche méprise complètement le patient, son histoire individuelle, le pourquoi de ses pathologies, et que le patient  ne pourra jamais, par cette approche, redevenir le maître de sa vie, l'auteur authentique et conscient de ses entreprises ?

 Pour le psychanalyse, la phobie est symptômatique, donc elle a un sens, et une fonction.
A la suite de la mise en place d'une stratétigie défensive, un donné qui est apparu comme dangereux et excédant les capacités synthétiques du moi a été refoulé, et pour des raisons complexes, "mal" refoulé. Ce contenu ne cesse de s'exprimer et d'empiéter sur la vie du patient, cela lui est inhérent, mais comme il lui est primitivement apparu comme inacceptable, il apparaît par la suite symptomatiquement, c'est-à-dire qu'il produit des effets dont la censure déforme, travestit le contenu initial.
De cette façon, le contenu censuré peut se manifester, et sa manifestation est adéquate aux exigences de la censure imposée par le surmoi, qui bride plus ou moins violemment le moi, et limite les possibilités de satisfaction libidinale.
Le problème, c'est que ce complexe névrotique produit à la longue bien des effets néfastes, dont le sens échappe au patient, à cause de la déformation mise en place par la censure, et des nombreuses résistances à la prise de conscience de la source, à la vérité libératrice, à "l'abréaction".
Ses résistances divisent le patient, le scindent, le rendent étranger à lui-même. Il lui faut faire quantité d'efforts pour se retrouver lui-même.
Le psychanalyste l'aide à vaincre ses résistances, que, seul, le patient ne peut reconnaître comme tel, du fait de leur fonction. D'où l'utilité du transfert.

C'est donc naturellement que les symptômes du patient doivent s'atténuer, se modifier éventuellement, puis disparaître. Leur abolition progressive accompagne l'amélioration générale de l'état du patient. Celui-ci n'aura plus peur par exemple, de sauter d'un pont, non parce qu'il n'aura plus que l'envie de le faire, mais parce que, de plus en plus heureux et maître de ses orientations, il n'en aura plus du tout l'envie. Et alors, le pont sera franchi, sans efforts. Bien sûr, il restera toujours une part d'incertitude, et de risque. La vie est comme ça. Elle exige l'extériorisation, et toute extériorisation est prise de risque. Or, il faut que la pulsion de vie l'emporte. Mais cet aspect dangereux et angoissant de la vie sera réduit au nécessaire, au minimum vital. Son appréhension ne submergera plus l'individu ; elle perdra son caractère pathologique;

Conclusion

Les TCC reconditionnent à la mesure de leur déconditionnement, "reprogramment" à la mesure de leur déprogrammation.
La psychanalyse déconditionne, et laisse le reconditionnement au soin du patient. A lui, à partir de la résolution progressive de ses complexes, de se faire lui-même, de se construire pas à pas, de trouver les voies qui lui conviennent, de les créer au besoin.
Il n'est pas question pour elle, par exemple, d'aider le patient à la résignation,de lui trouver des motifs forcés de satisfaction dans les conditions objectives qui lui sont faites, et qui peut-être ne lui correspondent pas. Bien au contraire, il s'agit d'aider le patient à chercher le meilleur compromis possible, de lui permettre de changer les conditions subjectives et objectives de sa vie, de favoriser une réalisation, non fantasmée mais concrète, de ses désirs. Donc, l'adaptation au monde, facilitée par un soulagement intérieur, est aussi possibilité de modification réelle des modes d'accès au monde, interaction constante entre les évolutions du dedans et les évolutions du dehors.

En un mot, la psychanalyse ce n'est pas du dressage, l'apprentissage de la docilité, mais c'est la conquête de sa liberté.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 18:24

Je ne vais pas reprendre ici la critique de la croyance en la responsabililité individuelle. Je l'ai développée, entre autres, dans l'article sur les "fondements de notre société".
Pour moi, il n'existe pas quelques déséquilibrés irresponsables. Il n'y a, principalement, que des irresponsables, et que des circonstances atténuantes.
Pas sûr que la liberté trouve une place dans l'ensemble des déterminismes!

Mais je veux simplement exposer, par des exemples concrets, en quoi la psychanalyse peut modifier, doit modifier l'appréhension des criminels par le monde judiciaire.
Elle dévoile les motifs véritables d'un nombre important de conduites délictueuses.

Il faut distinguer la délinquance intéressée ( recherche d'un gain, enrichissement illégal ), de celle, incontrôlable, qui résulte de troubles du comportement, même si les deux s'entremêlent souvent du fait de l'interaction constante entre la misère sociale et la misère psychologique.
Les études sociologiques, philosophiques ( Marx, Sartre, Foucault, Bourdieu ... )  explicitent les raisons de la délinquance par "intérêt", dévoilent que le droit sert souvent la domination des classes privilégiées, la perpétuation de l'idéologie qui structure la société,qui légitime les inégalités,et qui asservit la majorité des individus.
Et puis, ce n'est pas difficile de comprendre que des gens qui ne possèdent rien, vont être plus tentés par l'acquisition illégale de biens que des héritiers qui possèdent un chalet à Mégève et une villa sur la Côte d'Azur.
C'est pourquoi je n'insisterai pas sur cet aspect.
Mon idée, c'est plutôt de "compliquer" les choses, en montrant ce que masque la surface, et pour cela la psychanalyse est efficace.
Je ferai, également , une critique de la prison telle qu'elle est.

Beaucoup de criminels ne peuvent contrôler leurs pulsions, comme des enfants. Ne dit-on pas qu'ils sont souvent de grands enfants? C'est tout le problème. Leur processus d'autonomisation a été entravé, ce pourquoi ils ne sont pas sortis de la fusion. Pour pouvoir accepter la frustration provisoire, il faut que l'individu croit qu'il va finir par réussir, par aboutir. Mais s'il n'a pas été, pour des raisons sociales, familiales, suffisamment comblé dans son enfance, tout succès par la voie légale peut lui paraître inaccessible. L'individu n'a pas appris qu'il pouvait obtenir quelque chose  en y travaillant ( par des moyens acceptables socialement ). Ainsi, il prend de force.

D'autre part, l'individu peut, et cela tout à fait inconsciemment, commettre un crime pour aller en prison.
On s'y occupera de lui. Il n'y aura pas la nécessité de s'efforcer de subvenir à ses besoins, par ses propres moyens. Dans ce cas, un problème d'arrêt du développement psychique, conduit l'homme à chercher des raisons de vivre en dehors de lui-même.
Les individus qui ne sont pas suffisamment autonomes cherchent un cadre susceptible de les tenir, et les entretenir.
Cela peut être la religion, l'armée, la prison. C'est un fait connu de tous qu'un grand nombre de prisonniers, qui fantasment sur la liberté, s'écroulent complètement quand ils sortent. Ils déchantent vite car il leur faut se reprendre en main.
Et soit ils reprennent leur violente trajectoire, soit ils se laissent aller, et s'autodétruisent. Bien peu s'en sortent.

Il se peut aussi qu'un sentiment de culpabilité préexistant et angoissant attaché à l'enfance, et à des trauma plus ou moins conscients, poussent l'individu à la violence, à l'illégalité. Cela le rassure de rattacher son angoisse à quelque chose de concret, de réel.
C'est assez désolant de prendre conscience de l'enchaînement des complexes subis qui mène le criminel à perpétrer son acte. Le pauvre n'a pas choisi son enfance, et les ressorts de son attitude lui échappent.

 Enfin, les responsables institutionnels se rendent-ils compte que ce n'est pas en enfermant les gens dans des lieux où ils subiront des traumatismes à répétition, qu'ils s'amélioreront. L'institution est responsable du déchaînement de violence qu'elle tolère, voir qu'elle favorise en ses lieux.
L'intégrité globale de l'individu devrait y être préservée. Certes ce sont les prisonniers qui s'écharpent, mais l'institution pourrait, donc devrait y remédier en développant les structures appropriées. La pacification des moeurs ne peut résulter des prisonniers. Ils se dupent eux-mêmes, finissent par croire au rôle qu'ils jouent depuis trop longtemps. Ce n'est certainement pas dans la compagnie d'autres semblables qu'ils se permettront de baisser la garde, de dévoiler qu'ils sont, au fond, plutôt poète, sentimental ou autre. La prison ne peut que les maintenir dans leur rôle, le favoriser.

Il est probable que la croyance métaphysique en la responsabilité totale et entière des individus sert pour justifier les souffrances des criminels, qui doivent payer à la hauteur du "mal" infligé.
Il serait temps d'en finir avec ces conneries métaphysiques.

Un dernier point. Je ne peux m'empêcher la surprise, la stupéfaction, quand j'apprends par des rapports de sociologues, psychiatres étonnés, que la plupart des prisonniers ont des "troubles mentaux". C'est tellement évident !
Une importante proportion de ceux qui y sont les avaient antérieurement, sinon ils auraient mieux calculé leur trajectoire.
On a même vu que beaucoup de prisonniers cherchaient, sans le savoir et pour des motifs divers ( manque d'autonomie, sentiment de culpabilité préexistant ) la prison. Et, puis ceux qui y sont arrivés "sains", c'est-à-dire plus équilibrés que les autres, plus "adaptés"  aux normes sociales, développent eux aussi des problèmes psychologiques, parce qu'il est normal d'en développer dans les conditons qui sont les leurs, et qu'il ne peut en être autrement. Comment un individu luçide pourrait-il se satisfaire de cette situation, qui cumule les frustrations. L'homme est-il fait pour vivre aliéné, entre 4 murs, sans liberté, méprisé dans ses aspirations, infantilisé, maltraité?
Si l'homme ne développe pas des pathologies mentales dans de telles conditions, c'est qu'il était déjà bien atteint !

On a compris. Je pense que la justice moderne n'a pas intégré les apports psychanalytiques. Elle traite les hommes comme s'ils étaient absolument libres, inconditionnés, comme s'ils commettaient le "mal" en toute conscience et liberté, comme s'ils étaient des incarnations du Diable en quelque sorte, et elle les sanctionne en conséquence.







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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 08:30


Certains psychanalystes pensent que la psychanalyse renforce la responsabilité, donc la culpabilité des individus, y compris quand le "moi n'est pas maître en sa propre maison".
Ils défendent cette position en avancant que, comme l'inconscient fait partie de la personne, celle-ci est encore l'auteur pleinement responsable de ses actes quand sa conscience se fait déborder, submerger par des forces qui la dépassent.
Ils ont donc une compréhension de la psychanalyse proche de celle de Sartre.
L'homme choisit sa propre névrose en ce qu'il a en quelque sorte fallu qu'il ait primitivement conscience d'un danger, ( comme menace pour sa préservation interne ) avant de le refouler. La prise de conscience du danger est antérieure à la censure, au refoulement et par conséquent précède et commande l'orientation inconsciente. Donc, l'homme reste, avec ses névroses, l'auteur de sa propre vie, qui correspond à son "choix originel d'existence".

Le problème, c'est qu'ils n'ont rien compris.
 Le "choix" du refoulement, et de la névrose, est dicté par la nécessité. Sa fonction est de préserver l'individu d'une angoisse non assimilable en un temps donné. Donc, considérer que le sujet est libre parce que cette solution fait encore partie de lui, c'est vouloir sauver la morale à tout prix, mais c'est refuser de comprendre les mécanismes de survie psychique auxquels sont contraints les individus.
 La vraie psychanalyse, c'est une tentative d'appréhender le monde, réellement, "par delà le bien et le mal".
Ce ne doit pas être un système de justification des valeurs établies de plus, dont la finalité serait une stricte adaptation des individus aux normes en vigueur.

 Pour moi, elle contient même les éléments pour une rénovation des rapports humains et des rapports  entre l'homme et la nature. Ce n'est pas la seule voie qui la propose mais c'en est une, et de première importance.

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 17:39


A chaque fois que je vois des débiles mentaux, ca me traumatise. Comme quand je tombe sur des êtres incapables d'autonomie, ou de se défendre ( polyhandicapés, vieillards impotents etc) . Ca doit me rappeler tous les moments de ma vie où j'ai eu l'impression de ne pas être écoutés, où je n'ai pas été pris au sérieux, comme à l'armée, au centre pour délinquants, où pendant toute une partie de mon enfance  et de mon adolescence.

La différence entre moi et eux, c'est qu'en plus de ne pas être écoutés, de ne pas être pris au sérieux, ils ne peuvent s'en sortir.
Et cela, le fait qu'ils ne peuvent s'en sortir, c'est  pour moi quelque chose d'inacceptable, d'insurmontable, d'injuste.

Je crains peut-être égoistement de replonger dans ce que j'ai connu, mais quand même, c'est terrible d'être réduit à l'impuissance définitive.
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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 18:01


Les progrès de la civilisation doivent-elles s'accompagner d'un accroissement automatique de la répression libidinale, donc des inhibitions, du surmoi, de la culpabilité et du malheur ?
N'y gagne t'on pas, ou n'y peut-on pas gagner, malgré les apparences ?

Certes, la structure actuelle de la société favorise l'abrutissement et l'aliénation générale.
Cependant, c'est  l'orientation privilégiée du système qui favorise cette exploitation, pas les savoirs eux-mêmes et les possibilités qui leurs sont inhérentes.
En fait, l'apprentissage des savoirs, qui est une entreprise ardue, médiatise la satisfaction, la diffère, mais, au final, il la décuple.
En effet, la maîtrise d'un art permet de retrouver le plaisir de la sensation primitive, avec en plus le contrôle, qui permet la liberté et la créativité.

C'est manifeste que la connaissance d'un instrument de musique augmente la jouissance du maître par rapport aux balbutiements d'un débutant ou d'un ignare.
Comme  il est évident que la pratique des arts martiaux, de la danse, procure un immense plaisir pour qui possède les formes de corps basiques propres à ces arts, qui permettent  une créativité pratiquement infinie.

Tous ces accomplissements sont inaccessibles sans un niveau de raffinement, de technicité élaborée propre à élever les savoirs jusqu'à la dignité d'arts,  et de voies.

La civilisation dispose donc d'une grande quantité de compensations possibles aux sacrifices du narcissisme qu'elle impose. Plus elle se développe, plus elle exige certes, mais plus elle peut offrir.

Il reste que son organisation moderne encourage l'avilissement et la servitude plus qu'elle ne favorise l'épanouissement de la créativité humaine. C'est déplorable.

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