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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 05:27


Qu'est-ce qui l'emporte dans et pour la psychanalyse ? Son aspect normatif ou libérateur ?

S'il est vrai que Freud s'est distingué par la remise en cause de préjugés populaires et savants ( critique des religions, des supertitions, d'une société trop répressive donc nocive ; mise en évidence du fonctionnement commun, mais plus ou moins adapté au milieu, des névrosés et des gens sains, qui implique que les personnes dites équilibrées peuvent aussi bien s'effondrer ; absence de condamnations morale des "perversions", qui sont le résultat d'un processus, d'un enchaînement causal ; mise à jour de la sexualité infantile, et de son rôle fondamental ; existence et fonction de l'inconscient ; complexe d'oedipe et ses conséquences ), il reste que la psychanalyse comporte de nombreux aspects normatifs, et qu'elle est désormais bien souvent taxée de réactionnaire, ce qui peut sembler étonnant tant elle est parue "révolutionnaire" à ses débuts ( voir sa réception par les surréalistes ).

Sur quoi se fonde t elle, ( surtout Freud en l'occurence ), pour justifier son conformisme ?
C'est ce que nous allons analyser maintenant.

Tout d'abord, Freud n'est pas un anarchiste. Il ne pense pas que l'homme soit un être "naturellement" bon, ni d'ailleurs mauvais. Il le conçoit comme un animal conscient, doué de raison, mais mu avant tout par des pulsions, une énergie, donc essentiellement et primitivement narcissique.
L'homme est caractérisé par un égoïsme social, une sorte 'd'associable sociabilité" comme dirait Kant, et il lui faut donc apprendre à intégrer les moeurs et manières de son milieu, à intérioriser les taboux en vigueur dans l'environnement dont il devra maîtriser les codes, sous peine de sanction, d'ostracisme ( comme l'a développé Eric Fromm, la plus grande peur de l'homme, c'est la solitude, et il est tellement conditonné par sa communauté qu'il s'interdit de dire, mais aussi de penser tout ce qui va à l'encontre, pour se maintenir dans une position confortable ; de cette peur résulte l'esprit si borné de la plupart des individus ) .
Le principe de plaisir doit être limité par le principe de réalité. C'est d'ailleurs la seule façon pour l'individu de parvenir à ses fins, d'apprendre à composer avec le réel. Il lui faut apprendre la médiation, sans quoi il ne pourra jamais parvenir à s'adapter, avec des compromis satisfaisants à la clé.
Une première norme est donc inévitable.
L'individu est obligé de s'accomoder des conditions objectives d'existence de sa communauté. Elle peut ne pas le satisfaire. Il peut vouloir la modifier, et son effort pour en changer les règles peut être suffisamment justifié, fondé, pour être légitime.
Mais rien à faire, ce sera toujours à l'individu de se plier aux règles préexistantes et imposées. Quelques soient la société qui le précède, l'individu aura toujours un effort à faire, une assimilation forcée des codes structurant sa communauté à réaliser !

La critique de ce qui nous paraît comme des imperfections est cependant bienvenue.
Freud n'a cessé de s'y livrer. Et les implications de ses théories pourraient suffire, si elles finissaient par imprégner notre société, à en bouleverser la plupart des orientations, éthiques, économiques, pénales etc

Dans "L'avenir d'une illusion", par exemple, Freud a montré que la religion était une névrose universelle de l'humanité, qui dispensait les individus des névroses individuelles, mais inhibait considérablement leur intelligence.
Elle ne structurerait pas irréversiblement le psychisme humain si on lui substituait, dès le plus jeune âge, des connaissances plus rationnelles, comme des principes scientifiques.

Dans "Malaise dans la civilisation", il explique que le degré d'intériorisation des taboux, donc de répression des instincts et de de la frustration, est proportionnel aux progrès et raffinements de la civilisation. Par conséquent, il importe que les compensations à ce sacrifice libidinal constant soient étendues à la majorité des hommes, et non plus réservées à une élité.
Si ces compensations ne sont pas assurées, la révolte du Peuple est légitime.

Si la norme comme socle, comme forme universelle de l'expérience humaine, n'est pas dépassable, son contenu particulier l'est !

 

Dans les "3 théories de la sexualité", Freud dévoile le mécanisme des perversions. Stigmatiser certaines pratiques sexuelles comme perverses, déviantes, c'est les situer en rapport à une norme, une référence sur laquelle se modeler.

Cependant, Freud a été, là aussi, complètement novateur, en ce qu'il a établi, scientifiquement, l'origine de ces déviances, le pourquoi et le comment de la fixation libidinale sur un certain type de "choix d'objet". Et, en démontrant que nous étions tous des "pervers polymorphes" dans la prime enfance, c'est-à-dire que la sexualité de tous les hommes se portait sur tous types d'objet, il a tenté de faire comprendre que les pervers étaient des hommes comme les autres, dont l'évolution psychique et sexuelle avait été entravée, s'était figée à un certain moment de son développement, de son processus d'autonomisation.

D'où une déculpabilisation morale. Il a ramené à une explication rationnelle, ce qui était perçu comme relevant du diable, du démoniaque, du mal absolu.

 

Evidemment, c'est toujours révolutionnaire, puisque cela n'a pas été intégré par notre société pour qui il existe une sorte de "mal absolu", pratique pour se décharger de ses maux internes sur des boucs émissaires, en se masquant le fait que s'ils s'agissaient de "monstres naturels", comme le clame la presse people pour exciter les mégères, il ne pourrait s'agir de les enfermer que pour la prévention, mais qu'ils ne sauraient être tenus pour responsables de leur nature.
Et s'il ne s'agit pas de "nature", ils peuvent encore changer, alors...

C'est pourtant sur le caractère normatif de la sexualité chez Freud que se cristallisent les critiques actuels. Mais en fait, ce rejet de Freud ne vise pas la stigmatisation de toutes les perversions, mais seulement de celles qui ont fini par être "reconnues" socialement, qui se veulent tout autant acceptables que la norme établie, qui prétendent accéder aux mêmes prérogatives, être elles-mêmes la norme en quelque sorte, une partie constitutive de la norme, et non plus une pathologie par définition extérieure à la norme.

Les "perversions" acceptables, qui donc ne s'appréhendent plus comme des perversions, ou des transgressions,  ce sont l'homosexualité, le fétichisme, le sado masochisme et autres échangismes etc
Ne sont pas admises les perversions plus minoritaires comme la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie, sans doute parce que leurs pratiquants sont plus minoritaires encore, et ne peuvent revendiquer leurs goûts. Mais les homosexuels, qui ont lutté pour que leurs penchants sortent de la stigmatisation, se préoccupent-ils du sort des "exclus" les plus pervers? Nullement.
Il semble qu'ils les considèrent désormais comme à la périphérie de norme qu'ils se sont efforcés de rejoindre. Mais rien n'indique que les choses n'évolueront pas encore, et que ce qui est rejeté comme étant des vices monstrueux actuellement, ce qui était le cas de l'homosexualité il y a peu, ne sera pas intégré dans la norme future.

Or, quelle est la position de Freud sur ces problèmes?
Pourquoi est-il si violemment rejeté par les homosexuels?
Parce qu'il ne reconnaît que l'hétérosexualité, c'est-à-dire la fixation de la sexualité sur les zones génitales du sexe opposé, comme norme !
Tout ce qui s'en écarte, à l'âge adulte,  est pour lui une perversion, c'est-à-dire une fixation libidinale qui entrave le développement considéré comme sain de la sexualité.
C'est ainsi qu'il juge tout ce qui a trait au comportement sexuel non hétéro, comme relevant du même plan, celui des perversions. Celles-ci varient par contre en fonction de la fixation libidinale et psychique des individus, elle-même liée à leurs histoires.
Il ne s'agit pas de chercher à les éradiquer d'un coup puisqu'elles font symptômes, et ont donc leur fonction. Mais elles n'ent demeurent pas moins des problèmes auxquels il faut remédier, des pathologies. D'où l'ire des "déviants".

Sur quels critères se fondent Freud pour établir un tel diagnostic ?
S'il définit les perversions par rapport à une norme, pourquoi celle-ci devrait être l'hétéro-sexualité ?

En fait, Freud est influencé par Darwin.
Pour lui, la vie tend à se perpétuer, se transmettre. La finalité naturelle de la sexualité, c'est d'enfanter. Et c'est parce qu'il estime que la vie n'est pas une simple recherche de "résolution des tensions", qui mène à la mort, résolution définitive de toutes les tensions, mais qu'elle vaut la peine d'être vécue ( le but de la cure est de redonner le goût de la vie au patient par une évolution de plus en plus satisfaisante des compromis ), que Freud n'aboutit pas aux conclusions de Schopenhauer.
Pour Schopenhauer, le but à atteindre est la "négation du vouloir vivre" , vouloir vivre qui nous empoisonne. Donc, subvertir la finalité naturelle de la sexualité, qui est la perpétuation de la vie et du vouloir-vivre, est une bonne chose. Cela nous permet de contourner le piège, de rompre l'enchaînement auquel nous destinait la nature.
 Puisque, sur la valeur de la vie, les postulats de Freud diffèrent, il ne s'agit plus pour l'homme d'aller à contre courant.
Les pulsions de vie doivent triompher des pulsions de mort même si l'extériorisation, le "décentrement" libidinal est entreprise ardue, et risquée.
Notre intérêt individuel et celui de l'espèce convergent, et ce n'est même qu'en sacrifiant à la logique de l'espèce qu'on y trouve individuellement son compte, pleine satisfaction.
Pour Freud, la logique de l'espèce implique que ce n'est qu'en participant à sa transmission, qu'on développe toutes ses virtualités personnelles, qu'on accède à la maturité. Même si elle n'est pas une condition suffisante, elle est pour Freud indépassable.

Une perversion est donc telle, parce qu'elle est contre nature pour Freud, et la norme sociale, pour être légitime, doit copier la nature, aller dans son sens.
C'est le tribut que l'homme doit payer à la nature qui garantit son équilibre. Et c'est d'autant plus vrai qu'il associe chaque névrose, chaque pathologie mentale à une fixation, ou une régression libidinale, association qui a par ailleurs été contestée par de nombreux psychanalystes ( Jung ).

C'est aussi parce que la vie vaut la peine, que l'homme doit s'interdire la régression infantile et fusionnelle.
La vie, ses exigences, sont dures. Elles réclament la lutte, "struggle for life". Et l'immaturité psychique n'est pas le meilleur moyen d'y satisfaire. D'où la nécessité de résister à la tentation de la régression, de refuser le cloisonnement et la répétition, et de privilégier l'indispensable prise de risque, la confrontation avec la nouveauté. Aller de l'avant.

Enfin, la norme n'est pas nécessairement répressive. La notion de "surcompensation artistique" par exemple, incite à lâcher du lest sur la sublimation, l'équilibre psychique ne pouvant fairel  'économie de la chair.

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:55


La psychanalyse comporte un élément d'émancipation individuelle qui peut la rapprocher de l'anarchisme ( Philippe Garnier ).
Cette libération individuelle est toujours un compromis entre les inclinations personnelles et les obstacles qui lui sont imposés du dehors.
Pour qu'il y ait réalisation effective, il faut bien que l'individu s'accomode du principe de réalité.
Ce qui ne signifie pas qu'il ne peut pas et ne doit pas chercher à modifier son réel.
Mais sa liberté, comme dirait Sartre, est bien obligée de faire avec la situation qui lui est donnée.

A la différence de chez Sartre d'ailleurs, l'homme ne naît pas libre, n'est pas condamné à être libre. Mais si "le moi n'est pas maître en sa propre maison", il peut le devenir.
Cependant, comme chez Spinoza, ce n'est pas la liberté qui pose des actes et ainsi fonde, "crée" la nécessité, mais l'accession à une certaine compréhension intuitive de la nécessité qui engendre la liberté.  Et cette libération, sorte de prise de conscience de l'enchaînement des causes et des effets, des motifs qui nous déterminaient à notre insu ( l'inconscient chez Freud ), et dont l'ignorance nous donnait l'illusion d'être libre, cette liberté donc est elle-même le fruit d'une chaîne causale, dont nous ne sommes, en définitive, pas les responsables.

Je crois utile de signaler qu'à mon avis, cette libération a comme corollaire la prise de conscience de notre finitude, donc la critique implicite des dogmes religieux. Freud ne s'est pas privé d'en démontrer le caractère de fiction consolatrice ( Dieu le Père tout puissant, idéal etc ).
Spinoza a dénoncé les croyances religieuses comme superstitions mais sa pensée s'est développée sur le mode de l'éternel, donc s'écarte de Freud sur ce point.

Ce n'est que parce que nous nous sentons finis, que nous pouvons, même si ça ne suffit pas, être libres.
Car alors seulement, nous pouvons réinterroger toutes nos pratiques, nos investissements énergétiques, remise en cause qui ne tient que par la conscience d'un horizon borné.

Il s'agira alors pour nous de réussir à savoir ce qui est l'essentiel pour nous, et pas l'essentiel pour Dieu, pour pouvoir s' y concentrer.
Bien sûr, il faudra y concilier le cadre objectif, historique d'existence dans lequel nous sommes immergés. Mais il importe aussi de se déprendre d'une médiation excessive, sans rapport avec la stricte nécessité imposée par le réel, une médiation de type Hégélienne qui a tendance à repousser indéfiniment la satisfaction du désir.

Reste le délicat problème du contenu exact du concept de la liberté chez Freud.
Il existe 2 visions divergentes, au moins à première vue :

-Pour les surréalistes, Breton en tête, il s'agit de se déprendre de l'influence du conscient, du surmoi, de la  censure, pour laisser agir la fougue de l'inconscient, vraie racine de l'être ( ex : écriture automatique, valorisation du rêve )

-L'autre conception est celle de Thomas Mann. Pour lui, si Freud a exposé la part obscure, irrationnelle, "l'inquiétante étrangeté" en chaque homme, c'est pour mieux la domestiquer, et s'en préserver. Le rationalisme, le moi doivent triompher de l'instinct, des pulsions, de la bestialité non raisonnée.

En fait, il n'est pas exclu que les deux visions, apparemment irréductibles, puissent converger.
Après tout, l'épanouissement individuel réclame la satisfaction libidinale, et le meilleur moyen pour y parvenir, sans se contenter de fantasmes, mais sans enfreindre les moeurs, les valeurs établies, c'est d'avoir un moi "fort", capable de composer avec ça et surmoi, afin de trouver les meilleures solutions pour un compromis toujours précaire, toujours à faire.

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 13:24


Il est notoire que les artistes sont aussi intéressés par la psychanalyse ( Mahler, Mann, Zweig, Breton, Dali ), qu'ils s'en méfient.
Ils pensent que leurs conflits intérieurs sont le moteur de leurs créations, et que s'ils les réglaient, ils n'éprouveraient plus le besoin impérieux de s'en décharger par leurs oeuvres, grâce auxquelles ils modèrent la gravité de leurs névroses et retrouvent le monde réel selon Freud.
Ils le retrouvent, car il leurs faut bien composer avec le principe de réalité, pour aboutir à quelque chose de concret et ne pas stagner dans le fantasme, l'inachevé.
Ils doivent imposer une forme communicable à leur imaginaire.

Je crois que leur crainte est infondée. La psychanalyse peut leur permettre de prendre conscience de leurs désirs réels. Il est possible, en effet, qu'ils ne cherchent à créer que pour répondre à des injonctions inconscientes, telle qu'une intériorisation d'un désir parental par exemple. Dans ce cas, la psychanalyse leur donnerait la possibilité de s'en libérer. Mais s'ils veulent continuer à créer, librement cette fois, à partir de la prise de conscience de leurs désirs, ils le peuvent. Et s'ils s'aperçoivent qu'ils ne le veulent pas, pourquoi s'enfermer dans le mythe de l'oeuvre à faire et gâcher leur vie par cette sacralisation abusive ?

Mais, ce qui importe plus que tout, c'est que la psychanalyse n'altère pas la pulsion primitive, la force de vie de l'individu, sa mémoire, sa libido, son imagination, ses capacités créatives. Au contraire, elle les lui rend.
Elle ne déconditionne pas, comme le fait la psychiatrie, pour reconditionner de façon comportementaliste.
Le reconditionnement est laissé à la charge du patient, donc sa liberté est sauvegardée.
Comme les troubles sont considérés comme des symptômes, on ne s'y attaque pas directement. On ne cherche pas à "forcer" l'individu, on le laisse advenir à son rythme, les symptômes disparaissant progressivement en fonction du mieux-être général.
Et, bien sûr, il s'agit encore moins d'amputer l'être d'une partie de lui-même par des pratiques si odieuses, si abominables, et qui furent néanmoins si fréquentes en psychiatrie ( dont les TCC sont les héritières ), que l'on en taira les noms.

La psychanalyse peut donc être utile aux artistes, surtout aux plus torturés d'entre eux. Elle peut les sauver de l'enfermement obsessionnel qui, s'il est un élément de leur profondeur, peut les conduire à la folie.
Schumann aurait sans doute pu être sauvé par la psychanalyse. Elle ne l'aurait pas rendu moins créatif, en lui offrant la perspective d'une libération intérieure, en le rassurant par la démonstration que ce qu'il prenait pour un mal incurable n'était en fait qu'un entrelacs de complexes psychiques que sa grande intelligence et sa prodigieuse sensibilité auraient en fait aidées à dénouer.

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 05:26


Le problème de l'intériorité, c'est que plus elle est riche, plus elle en pose.

Un individu qui se sent porteur d'intuitions intéressantes sera poussé, naturellement, à les approfondir, à leur donner une forme et à les communiquer.
Il est donc "condamné" à fournir un travail important.
Soit il l'accepte, et se réalise ainsi, mais dans la douleur, soit il refuse la tâche, mais alors il ne peut éviter l'impression permanente de gâchis, de passer à côté de ce qu'il pourrait faire, d'où l'autodestruction.

On comprend alors pourquoi la vie du génie est impossible. Le travail qu'il doit fournir pour parvenir à exprimer le meilleur de lui-même est considérable, et il le pressent. Cette intuition risque de l'épuiser avant le commencement de l'oeuvre. Et il sera toujours tenté par la renonciation. mais, s'il y cède, la conscience de ne pas actualiser ce qu'il porte en lui sera exacerbée, et il se détruira plus vite qu'un individu moyen.
Imaginons Balzac refusant l'oeuvre. Impossible, un tel bouillonnement intérieur tendait à se manifester, devait se manifester. Il était voué à l'épouvantable labeur !

La psychanalyse peut-elle aider ces êtres hors du commun ? Oui, car si elle ne peut se substituer à l'actualisation nécessaire de leurs puissances, elle peut néanmoins les aider à se concentrer sur l'essentiel, à éviter les répétitions et tensions inutiles, et c'est déjà un soulagement.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 22:31


Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, s'est beaucoup méfié de la philosophie.
Elle représentait d'après lui un danger important pour le penseur, celui de s'égarer en de vains et fumeux verbiages, de "spéculer" dans le vide. La vocation de Freud, la voie qui lui permettrait de se réaliser, et d'être réellement utile, n'était pas d'être philosophe, ce qu'il comprit intuitivement et rapidement, et c'est peut-être pourquoi il a senti que l'attrait de la philo était un danger pour lui plus particulièrement, et qu'il devait combattre une tendance naturelle à développer des théories qui seraient déconnectés des faits.

 Il a, par ailleurs, établi une comparaison entre le philosophe, le religieux, et le schizophrène, puisqu'ils fondent tous un système artificiel de mots et de concepts, de significations dont ils s'enveloppent, et qu'ils projettent ce système sur le monde, l'humanisant à leur manière pour le rendre moins hostile.
Les systèmes des schizophrènes ne sont pas intrinsèquement moins valables que ceux des philosophes et des religieux, pas moins erronés dans leur adéquation au réel, mais ils s'en différencient tout de même puisque leurs créateurs ne peuvent communiquer, partager leur délire, se socialiser à partir de leurs créations, ou adhésions à des fictions consolatrices préexistantes.

L'apothéose du délire philosophique est atteint en la personne de Hegel, qui prétendait subsumer le monde et l'ensemble de son devenir sous des concepts forgés par lui-même.
C'est une forme avancée d'anthropocentrisme. Comme si tout l'univers ne "vivait", n'existait que pour l'homme, que le philosophe Hegel en avait compris les lois fondamentales, et qu'il les restituait dans son système !
Cependant, si la critique porte, on peut contester la réduction opérée par Freud , qui semble dévaloriser la richesse de la pensée Hégélienne et de tous ses aspects parce qu'elle s'apparenterait au délire dans ses fondements, son axe principal. C'est oublier la pertinence des effets de sa dialectique, dont la fécondité est l'une des plus fructueuses de l'histoire de la philosophie ( ne serait-ce que par Marx ).

Certains auteurs ( Raikovik ), considèrent Freud comme un plagiaire de Schopenhauer. C'est évidemment de la mauvaise foi. Schopenhauer n'a écrit que quelques dizaines de pages sur la folie, le refoulement, ses causes, ses effets, et en plus dans une optique tout à fait différente.
Pour Schopenhauer, la vie est avant tout souffrance, oscillation perpétuelle entre le manque ( désir ) et l'ennui ( désir satisfait ). Il serait préférable de parvenir à la "négation du vouloir vivre", anéantissement suprême, extinction définitive, sa conception du nirvana.
Comme c'est peu aisé d'y parvenir, il y a des méthodes pour contourner les diktats de la nature, subvertir le vouloir vivre, comme la  création artistique, l'homosexualité ( on détourne la sexualité de sa finalité, de son ordre naturel ).

Pour Freud, la vie a une valeur, le désir n'est pas condamné. L'épanouissement de l'individu est possible, et s'il n'est pas pure affirmation du vouloir vivre, il en est encore moins la négation, puisque cette affirmation est de toute façon absolument nécessaire. Il y a toujours limitation du principe de plaisir par l'extériorité , mais c'est par son adéquation au réel que le désir peut se concrétiser et s'approfondir, et donc donner le sentiment d'exister. Sinon, il reste du domaine du fantasme, du rêve. A l'inverse, si le principe de réalité l'emporte et annihile le principe de plaisir, c'est l'aspect contraignant de la vie qui triomphe. L'équilibre psychique résulte donc d'un compromis sans cesse renouvelé entre principe de plaisir et principe de réalité. D'où une certaine normativité. C'est justement parce que la vie est précieuse, et exigeante, qu'elle réclame la lutte, que l'on doit combattre la tentation des multiples régressions infantiles, car la vie d'un individu ne s'épanouira pas complètement s'il y cède.
Evidemment, cela n'aurait aucune importance si la vie n'avait aucune valeur, et à plus forte raison si l'individu devait s'efforcer d'atténuer, d'affadir le vouloir vivre en lui.

On comprend ainsi pourquoi Freud est plus proche de Nietzsche. Mais il va beaucoup plus loin dans son absence de concessions. Nietzsche, avec le surhomme, l'éternel retour par exemple, a réintroduit les arrières mondes qu'il avait niés.
C'est parce que Freud, qui a mis au jour "l'inquiétante étrangeté" en chacun d'entre nous, l'a découverte contre son gré en quelque sorte, contre son goût de la rationalité, sa méfiance de l'ésotérisme ( alors que tant d'autres, moins solides -Jung- s'y empressent naturellement ), que Lou Salomé, amie de Nietszche, est devenue disciple de Freud, et qu'il soit le seul qu'elle ait reconnue pour Maître.

La violence de l'oeuvre de Freud est pure, elle n'est pas rattrapée, pas compensée par une quantité d'artifices philosophiques dont sont friands les philosophes, et auxquels même Nietzsche n'a pas su résister ( aidé en cela par son immense fragilité ).
L'oeuvre de Freud est beaucoup plus radicale que celle de Nietzsche.
Freud, c'est Nietzsche moins le délire qui en atténue les effets.
Un Nietzsche qui irait à l'essentiel, et qui baiserait Salomé, et qui danserait peut-être. 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 22:34
La psychanalyse est-elle fondamentalement une énergétique des pulsions ( Freud, Ricoeur, Castoriadis),  comme la Comédie Humaine était une énergétique des passions, ou bien est-elle essentiellement une affaire de linguistique ( Lacan)?

Paul Ricoeur, dans "De l'interprétation", a critiqué la réduction linguistique de la psychanalyse opérée par Lacan.
Cette démarche lui causa beaucoup d'ennuis, et beaucoup d'ennemis.
De fait, Lacan, pourfendeur de la sclérose institutionnelle de la psychanalyse, de la position du psychanalyse comme "sujet supposé savoir", est devenu, paradoxalement, "le" sujet supposé savoir par excellence pour ses disciples, un gourou adulé ne souffrant aucune contestation, et son influence a suffit à dégoûter de la psychanalyse des individus qui sont amenés à la confondre avec le "lacanisme", du fait de son emprise.

Une des critiques des théories Lacaniennes les plus intéressantes est celle effectuée par Cornélius Castoriadis.
Dans ses "Carrefours du Labyrinthe" il conteste un certain nombre de points.
Lorsque Lacan parle de "non séance", de "non analyse", de cure "sans finalité", de séances dont la durée est variable, on peut y voir une grande sagesse, un accomplissement des principes Zen, mais on peut aussi y voir un pur et incontrôlable charlatanisme.
L'homme a besoin de repères.
Si la durée de la séance varie, et se clôt par exemple en fonction des paroles du patient, il n'y a plus de stabilité possible pour celui-ci.
Le psychanalyse devient tout puissant. Cela peut conduire à tous les excès. Une séance de 5 minutes ne sera pas logiquement suivie d'une séance de 55 minutes. Cette durée de 5 minutes de la séance peut se répéter indéfiniment, selon le bon vouloir du psychanalyse.
Le patient perd tout contrôle et devient complètement dépendant.

Lorsque Lacan parle de "non finalité" de la  cure, c'est une aberration. La théorie a un but, et un but facimement identifiable.
Un individu qui "choisit" l'analyse est un individu qui souffre, dont les "formations de compromis", les "satisfactions substitutives" ne sont pas épanouissantes.
Il faut donc l'aider à sortir de la compulsion de répétition, qui transforme sa vie en tragédie, et cela pour lui faire prendre conscience qu'elle n'est pas irrémédiablement, naturellement une tragédie.
Il peut sortir de l'enfermement en un système qui le fige, se délivrer des angoisses et des symptômes qui l'entravent, en ralentissent l'action, altèrent sa capacité à jouir de la vie.
Il s'agit donc de l'aider à reprendre goût à la vie.
A lui, le désir retrouvé, l'autonomie progressivement acquise, de se construire, de se créer de nouvelles sources de jouissance, d'emprunter de nouveaux chemins.
Bien sûr, la liberté est toujours "en situation" comme dirait Sartre, et la recherche de compromis satisfaisants entre principe de plaisir et principe de réalité toujours à renouveler.

Le style de Lacan est volontairement obscur.
Est-ce pour désorienter positivement le lecteur ?
Ce procédé, ( comme le coup de bâton du moine Zen ), est sujet à caution. Il est un peu trop facile de se débarrasser des questions gênantes ainsi. Habile subterfuge d'incompétents !
Le charlatanisme de Lacan est tellement évident qu'on se surprend à se dire : "Il a des idées intéressantes, finalement il n'est peut-être pas un charlatan". On oublie que c'est encore heureux, et qu'après tout, c'est la moindre des choses. On retrouve d'ailleurs ses idées , qui sont finalement des lieux communs pour les analystes, chez la plupart des théoriciens, mais exposées autrement et plus simplement.

Et, enfin, petit apport personnel :

Lacan n'incarne t' il pas la tendance psychotique propre à l'acte philosophique ?
Son entreprise serait alors bien plus une trahison de l'oeuvre de Freud qu'un retour à Freud, et une trahison nuisible à la vie.
Un des messages essentiels de Freud, c'est qu'il peut être bon de vivre.
Pour celui qui en a saisi la substance, la littérature par exemple ne saurait être supérieure à la vie.
Elle est une simple facette de la vie, comme la philo, les sciences, et toutes les activités de l'esprit.
Il est également important de se promener, de jouer aux cartes, de pratiquer un instrument de musique, bref de jouir de ses sens.
Et il importe encore davantage d'avoir une vie sexuelle épanouie.
Il y a donc comme une relativisation de la valeur, de la place de la culture.

Pour conclure simplement, la vraie vie, c'est jouir pleinement, et pas lire 10000 pages sur la jouissance, c'est profiter de l'air frais, du soleil, de la mer, et pas s'enfermer dans son cabinet pour lire tous les séminaires de Lacan. Mishima l'avait bien compris ( voir "Le soleil et l'acier" ).
Dans le même genre ( antiblablabla ) , Sartre reprochait à Camus de n'avoir rien compris à Heidegger. Qu'est-ce qu'on en a à foutre? 
Ca ne l'a pas empêché d'être un meilleur romancier que Sartre.
Et dans le même genre encore, ( ça s'éloigne du sujet mais j'avais envie d'en parler ), Finkielkraut reproche à Van damme l'incohérence de ses propos.
Ca ne nous empêche pas de sentir une grande générosité qui émane de JCVD. Finkielkraut peut nous parler de Lévinas, de "l'infini du visage de l'Autre" pendant des heures, ce ne sont que des mots, et on ne ressent pas une grande humanité de sa part.
Voilà. En gros, Lacan, c'est du verbiage inutile et prise de tête, et nuisible parce que son étude diffère la salutaire satisfaction pulsionnelle.

 
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 03:06


Dans ce blog, je me ferai l'ardent défenseur de la psychanalyse.
J'ai mes raisons pour cela.

Pendant mes premières années, certaines spécificités de ma situation m'ont placé à l'écart des autres enfants. Incapable de m'intégrer, mes rapports avec eux furent tumultueux, et je n'osais vraiment m'affirmer. J'étais devenu en quelque sorte le bouc-émissaire. Cela dura longtemps, de l'enfance à l'adolescence, jusqu'à ce que j'inverse la tendance et m'affirme par une violence excessive, pathologique. Je ne savais m'exprimer autrement.

Des ennuis vinrent donc s'ajouter à ceux qui préexistaient,  et je fus très rapidement sanctionné.

Je commencai, comme amorce d'une chute sans retour, par redoubler la classe de quatrième.
Après de multiples frasques en première troisième, on me renvoya et placa dans un CER, centre dont le but était la "rééducation" des jeunes délinquants, et de toutes sortes d'asociaux.
Puis je fus renvoyé d'une seconde troisième.
 Et je le fus à nouveau d'un BEPde comptabilité que j'avais "choisi" par défaut.

 Après un internement en HP pour jeunes, et une fréquentation assidue de la "zone", je désirai repartir à zéro, et optai pour la légion étrangère. Finalement, je devancai l'appel et m'engageai pour un service volontaire chez les paras.
 Ca s'y est mal passé. Ma voie était manifestement ailleurs. Je cherchais des solutions parallèles ( l'alcool, la poésie ), pour résoudre mon mal de vivre.

Je repris les études avec quelques années de retard, en seconde, et, victime des traumatismes du passé, je cherchai le salut dans les arts martiaux, la religion (  catholicisme et bouddhisme ), l'ascèse conditionnante, la philosophie, la psychiatrie. Je ne l'y ai pas trouvé.

Mes questions restaient sans réponse. Qu'est-ce qui n'allait pas en moi ? Pourquoi avais-je chuté ? Comment en sortir, ne plus être prisonnier des ombres du passé ?
On prétend que les questions importent plus que les réponses. Mais c'est devenu un cliché. A la base, quand on se pose des questions, on espère pouvoir y répondre.
Or, après tout un parcours, que j'ai relaté ici et simplidié à l'extrême, et alors que je n'y croyais plus, j'ai découvert la psychanalyse, et elle avait des solutions que ni les arts martiaux, ni la philosophie, ni les religions, ni tout le reste ne m'avaient donné.
Encore fallait-il que je sois prêt pour les recevoir.

Elle est devenue ma cause. Et, aussi, une aliénation, puisque j'ai comme l'obligation de la servir, d'en assurer le triomphe ou le renouvellement.
Elle m'a ouvert la possibilité de constituer le sens de ma propre vie. Et j'ai donc cru, peut-être à tort, qu'elle devait devenir le sens de ma vie, que je me devais d'en assurer la défense. Là est mon erreur, et un nouvel enchaînement. Je ne serais sans doute jamais un spécialiste de la chose, et je ne suis pas sûr d'en avoir le goût. A défaut donc de confondre ma vie -sa construction tâtonnante, la création d'un sens à partir de la prise de conscience de mes désirs véritables- que la psychanalyse m'a aidé à débloquer,  avec l'étude psychanalytique dont je pensais quelle serait la dominante de son sens, j'ai tout de même à coeur d'exposer et de partager quelques réflexions qui proviennent de mon étude et de mon expérience.

Elles feront l'objet d'articles à venir.

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