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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 00:41

 

Je viens de finir "Soumission". En fait, je suis déçu. Livre assez médiocre finalement. Un style mortifère et plat, et quelques idées originales. Houellebecq est intelligent, mais sans plus. On est très loin de Balzac, Dostoïevski, Proust, Céline, Miller ou London. Et si je me réfère à ces auteurs, c'est parce que Houellebecq passe pour être un des plus grands écrivains actuels. Son narrateur est aussi ennuyeux et mou que l'auteur  l'est sans doute. Ca confirme mes théories. Houellebecq est un intellectuel pur. Il n'a pas de corps. Ainsi, il a suffisamment d'imagination pour anticiper, regretter, mais n'a pas de matière, n'a rien à regretter. Il ne peut donc que rester à la surface de la vie, et ne développer rien d'essentiel, de réellement profond. Il lui manque la vibration fondamentale, le bouillonnement intellectuel, corporel, qui fait aimer la vie, entravée par la conscience incessante de la mort à l'origine de l'urgence de se réaliser qui fait la force créatrice, la révolte contre tout ce qui empêche l'individu de s'exprimer, la fondation des religions, la critique des religions, les problèmes existentiels des écrivains, toutes les grandes oeuvres, et les grandes révolutions. Et Houellebecq, il n'a pas ce qu'il faut pour ça. Il n'est pas à côté, au-delà de l'engagement. Il est bien en-deçà. Il semble mépriser Sartre, mais malgré ses faiblesses, Sartre était incomparablement plus intelligent, plus énergique, plus percutant. C'est peu dire que Houllebecq ne lui arrive pas à la cheville. C'est un écrivain un écrivain moyen que plébiscite une époque amorphe.

Son livre n'est pas nul. Il se lit, et ses développement sur Bloy, sur l'Islam, ne sont pas exempts d'originalité, mais tout ceci reste très superficiel. Un peu de critique littéraire, de prospective politique, de psychologie évolutionniste, d'histoire des religions. Que du banal. J'ai découvert récemment "Le journal de galère" d"Imre Kertesz. C'est d'un autre niveau."

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 00:18

 

Ce que je préfère chez Sartre, ce n'est pas "L'Etre et le Néant", trop jargonnant et inutilement alambiqué, c'est quand il concilie pensées profondes, clarté, et énergie enthousiasmante. Par exemple, "Les Mots", les préfaces à "Aden Arabie" et aux "Damnés de la terre", les "Situations", "Qu'est-ce que la littérature?"

Las, je me suis replongé dernièrement dans "Matérialisme et révolution", "Plaidoyer pour les intellectuels", et "Qu'est-ce que la littérature?", mais le coeur n'y est plus. L'impression que malgré son intelligence exceptionnelle, et sa perspicacité, c'est daté, trop empreint de vues et vocables hégéliano-marxistes pour durer. Je crois que "L'homme révolté", daté lui aussi, est moins plombé par une terminologie désuète à en devenir lourde.

Et la place de Proust, dans un tel système? En effet, Proust serait considéré comme un véritable écrivain, puisqu'il dévoile des perspectives nouvelles sur le monde et l'homme, mais on ne pourrait pas le considérer comme un écrivain réellement engagé dans le processus de libération politique, donc il devrait rester secondaire, mineur. Et néanmoins, il n'est pas contestable qu'il soit bien supérieur à tous les écrivains dits engagés. On ne fait pas de bonne littérature avec de l'engagement. Ca invalide un peu tout le processus, lui-même dévoilant, de Sartre sur les ressorts cachés de la littérature et son évolution supposée. Exercice brillant, éclairant (sur le surréalisme notamment) mais au final, me paraissant somme toute dogmatique.

Ceci dit, on situe mieux la place exacte de Jean D'Ormesson dans un tel système. Ormesson, lui, n'est ni engagé ni dévoilant. Il n'apprend rien, ne donne rien que le lecteur ne sache déjà. Il ne le dérange donc pas le moins du monde. Il est l'écrivain petit bourgeois par excellence, l'auteur de best-sellers qui conforte, prolonge, distrait et n'éveille ni ne réveille. Et quand il prétend s'attaquer aux divertissements, c'est pour faire l'éloge implicite de l'unique nécessaire (Pascal), qui est le suprême divertissement en réalité, le grand escamotage, ce qui détourne de l'essentiel, se réaliser en cette vie, par l'occultation de la mort. J'ai déjà d'ailleurs ridiculisé le pari Pascalien en montrant qu'une unique vie finie prenait valeur absolue et donc valait la vie infinie qu'on risquait de perdre en ne pariant pas sur Dieu. En effet, si, en pariant sur Dieu, on sacrifie sa vie pour une hypothèse, on risque de passer à côté de son unique vie si cette hypothèse est nulle et alors on perd tout, donc autant que ce que l'on peut gagner s'Il existe. Sans compter le simple argument que nous vouant égoïstement à la Terre, Il nous sauverait peut-être quand même!

Après, pour être juste, on peut probablement aussi réussir sa vie en pariant sur Dieu, comme être désespéré de ne pas y croire. Ainsi ça équilibre les 2 partis, mais il ne paraît plus comme préférable de parier sur Dieu.

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 14:21

 

Pas pu finir le Royaume de Carrere. Livre qui commence bien mais assez décevant, mortifère et glauque au final. C'est un livre que j'aurais pu écrire, mais je ne l'ai pas fait. Pourquoi? Parce que je me suis totalement détaché de ce type de problèmes existentiels, raison pour laquelle j'ai tant de mal à relire Dostoievski. Je n'accroche plus. "Le Christ est-il oui ou non ressuscité ?" Franchement, ça ne me tarabuste plus. Or, Carrere est de ces Occidentaux qui sont Chrétiens/Bouddhistes/Chrétiens, c'est-à-dire que je le vois tout à fait revenir dans le giron du Christianisme après quelques épreuves. Un type au surmoi trop fort, qui ne s'est jamais réellement sorti de cette influence et libéré. Par exemple, il rejoint implicitement l'opinion de Ricoeur, pour qui il n'est pas besoin d'être Chrétien pour considérer que Jésus est un modèle d'homme accompli. 

De mon point de vue, l'inversion des valeurs propres au Christianisme est anti naturel et va à l'encontre de la vie. Si quelques passages  des Evangiles sont plaisants, l'essentiel est mortifère, et je pense que Jésus était psychotique, et que tous les "mystiques" tant glorifiés l'étaient également. Je n'ai aucune estime pour Thérèse de Lisieux, ou pour Simone Weil, de mon point de vue folles à lier. Quant à Paul, je crois qu'il a reçu une insolation qui a aggravé ses troubles psychiques, et je suis surpris de l'opinion de Carrere à son propos. Il en parle comme d'un véritable génie. J'ai eu beau essayer à maintes reprises, je ne suis pas parvenu à lire une Epître en entier tellement c'est ennuyeux. Il est vrai que certains considèrent Audiard comme un génie, alors... Carrere est-il victime d'un reste de croyance qui lui fausse le jugement, ou dévoile t-il quelques failles intrinsèques? A-t-il lu Schopenhauer, Dostoievski, Proust ou Balzac? Comment prétendre après cela que Paul était génial, ou même intelligent? La fadeur de ses écrits nous montre qu'il n'en était rien. N'est pas Saint Augustin ou Thomas D'Aquin qui veut, mais qui peut.

Quant à la secte de Jean Vannier, ces sado maso qui se lavent les pieds, nul n'est besoin d'être Chrétien pour être un homme vertueux, mais eux n'aident les plus fragiles que par intérêt d'une part, et parce qu'ils pensent que le Christ est en eux, donc pour autre chose que ce qu'ils sont, quelqu'un d'autre qui se surcroît n'est qu'une fiction.

De plus, avec ses références constantes au Bouddhisme comme une spiritualité intéressante, et une critique classique très superficielle, Carrere  montre qu'il ne connaît que très basiquement toutes ces questions. Il est du genre à aimer le Dalai-Lama.

Finalement, et bien que j'aime l'écrivain, je me demande si sa culture, littéraire, philosophique, spirituelle, scientifique est réellement profonde. J'en doute et comprends alors son sentiment d'usurpation. De plus, je ne m'en étais pas aperçu, mais pour un type qui écrit à la 1ère personne, il fait étonnamment peu référence aux oeuvres qu'il aime, alors qu'un écrivain passionné aime passer ce qui l'a transporté, porté, et c'est à douter qu'il soit réellement littéraire. Heureusement, son "Limonov" à lui seul, le sauve.

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 13:41

 

Nabe, il a du style, mais rien à dire.

Le nobel pour Dylan, c'est immérité, et il en avait pas besoin.

Pour Beigbeder, Bedos, Baer, qui se croient géniaux, le génie absolu, c'est Fitzgerald, qui s'occupe de grands bourgeois qui boivent des cocktails et s'ennuient. C'est normal, c'est leur monde. Ils s'y reconnaissent.

"Le jeu des perles de verre", c'est : le personnage principal a synthétisé le yin et le yang, l'idéalisme et le matérialisme, le corps et l'esprit, le spiritualisme et l'athéisme, l'Orient et l'Occident, le jour et la nuit, l'homme et la femme... Mais Hesse, il développe pas.

Je me suis replongé dans "Le voyage", et je pense que Céline, c'est peut-être le plus grand écrivain français du 20ème siècle, plus que Proust. Dès l'entame, ça commence fort. Si ses théories littéraires sont un peu foireuses, (son livre le meilleur restant pour moi le plus classique, et je pense qu'il s'est égaré avec ses excès de 3 petits points), le Voyage est un sacré livre quand même. Il paraît que Junger détestait Céline. Je n'accroche pas à Junger, et l'éloge de la guerre et de l'indifférence stoïque, très peu pour moi. Dans  Le Voyage, il y a la quintessence de Kerouac, de Henry Miller, et de Conrad. On parle toujours de son style mais ce livre recèle quantité de développements perspicaces, et tout le passage sur le bateau qui emmène Bardamu en Afrique est comme l'illustration anticipatrice de la théorie du Bouc émissaire de René Girard.

Edouard Louis, plébiscité sans cesse, est, comme son idole Annie Ernaux, très surestimé. C'est plus de la sociologie produite par un étudiant moyen que de la littérature, et on est bien loin de Jean Genêt!

Houellebecq, que je méprise un peu, car il est un stéréotype Baudelairien, un sans corps, un spleeneux, un va aux putes, l'opposé des hommes solaires comme London, la souris papivore anémique et Mallarméenne que critique Katanzakis, eh bien, lui il est vraiment intelligent. Il a un esprit bien à lui. Dans le hors-série sur Schopenhauer du magazine littéraire, parmi tous les spécialistes, (j'en connais d'ailleurs 2 personnellement), c'est lui qui a la contribution la plus intéressante. Il explique qu'il ne lit plus Nietzsche, qu'il lui préfère Schopenhauer. Il se gausse de l'esthétisme de Nietzsche, ce qui est classique. Il trouve le vouloir vivre moins réducteur que la volonté chez N.C Il pense que les dissertations de N sont d'un bon niveau, mais que ses aphorismes sont moins pertinents que ceux des moralistes français, et que sa poésie, sa grande oeuvre, "Ainsi parlait Zarathoustra" est franchement mauvaise, de la poésie médiocre. Je pense qu'il a raison, mais ce sont des vues assez originales, personnelles, et courageuses. Enfin, lui, il peut , a la légitimité pour se le permettre, comme dirait Bourdieu, mais quand Van Damne prétend que Picasso c'est nul, qu'on la lui fait pas, là ça ne passe plus. Comprenne qui pourra.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 20:44

 

Vu Luchini dans ONPC hier. Hallucinant comme ce bouffon doué, qui s'extasie sur des platitudes, est surestimé. Yann Moix crie au génie, mais ce type, qui récite mal, en a -t-on vraiment besoin pour redécouvrir La Fontaine?

Les gens commencent à se lasser du reste, car Luchini ressasse toujours les mêmes anecdotes, et l'horizon de cet imbécile exubérant mais sans profondeur se limite à Céline, Flaubert, Baudelaire, et Nietzsche. J'en savais 10 fois plus au lycée. Il cite Deleuze, Barthes, 2 des penseurs les plus boursouflés et creux, avec Lacan, de l'ère post moderne.

Quant à Rimbaud, c'est un mythe, un authentique génie certes, étonnamment mature et créatif pour son âge, mais son oeuvre, c'est en gros 3O pages de poésie passable et très ennuyeuse. Quoi de plus pénible et vain, artificiel, sans vie que "Le Bateau ivre"?

J'oubliais les inévitables références à Cioran, le sous sous Schopenhauer, qu'il interprète mal d'ailleurs, la lecture de pessimistes cyniques et pleins d'humour égayant davantage que le délire hystérique de Nietzsche, louant sans cesse la légèreté mais bien plus lourd, grave, tragique et pesant.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 17:34

 

Spéciale Jean D'O sur la 5 dans l'émission de Busnel. Ce mondain bien connu, trop connu, a été édité en Pléiade. Il est un des symptômes les plus significatifs de la décadence actuelle. Ses critiques littéraires sont nulles. Il n'a pas une idée originale. Il est satisfait de sa vie. Tu m'étonnes! 

Héritier d'une grande famille, il n'a jamais eu à travailler vraiment, il a profité des plaisirs de la vie, tout en prenant la place de beaucoup plus doués. Il est de cette clique médiatique, les Beigbeder, Baer, Bedos, Luchini, Pivot, censés s'y connaître mais en réalité totalement ignorants en littérature.

Lorsque Busnel lui demande de citer les plus beaux vers de la littérature française, il sort 3 vers médiocres qui manifestent sa scandaleuse usurpation.

Il se réfère à Goethe pour illustrer l'idée que toute vie est belle, quelle qu'elle soit, point de vue éminemment bourgeois et offensant pour ceux dont l'ascendance les oblige à trimer comme des esclaves. C'est facile à dire quand on a été élevé dans un grand château . Le moment qui a du lui être le plus pénible, c'est de déménager dans des grands appartements parisiens agrémentés de résidences secondaires à Megève ou à Biarritz. 

Son oeuvre est nulle, une oeuvre de rentier sans aspérités ni vrai vécu, qui m'évoque le "mon école, c'est l'école de la rue" de Léa Seydoux. Laissez-moi rire!

Quand je pense que Clotilde Courau est venue lire des extraits de son oeuvre. Frustration et jalousie quand même!

Finalement, il conclut que la musique comme la poésie est bien supérieure au roman. Cliché caractéristique des ignares les plus totaux. Je pense qu'il ne connaît rien à la musique, ni à la poésie, et ne suis pas certain qu'il ait lu un seul roman dans son intégralité, mais il est toujours bon d'affirmer qu'il y a plus de poésie dans une page de Proust ou certaines pages de Balzac qu'en l'essentiel de la poésie français, et que situer Verlaine ou Rimbaud au-dessus de Dostoeïvski ou de Henry Miller, c'est placer des rimailleurs sympathiques mais pitoyables au-dessus de vrais génies, comme l'étaient également De Vinci, Newton, Faraday ou Einstein.

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 20:45

 

 

Troubles identitaires profonds. Je ne sais plus qui je suis, à nouveau, depuis 2 jours. Effondrement psychique. 2 soirs de cuite pour tenter d'atténuer la souffrance. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ça. Je ne connais pas la paix. Effondrement de type borderline. Je ne sais plus qui je suis, donc comment me situer par rapport aux autres. Donc je les évite.

Déchéance physique. j'ai beau m'entraîner, je ne ferai jamais 42cm de tour de biceps. Toute ma vie est un cauchemar. Je suis assailli par des images où j'ai le mauvais rôle.Un idiot dont tout le monde se moque. Je ne peux donc pas aller vers les autres. Mince, poitrine étroite, bras maigres, avec la personnalité qui correspond. Effacé, réservé, timide. Un pauvre type. J'aurais aimé être Depardieu. Mais j'aurais beau faire, je ne changerai pas ma personnalité profonde. 

Toute ma vie est ratée, celle d'un raté. J'ai tout raté.

Je peux faire des choses hors de l'ordinaire, sauter en parachute, écrire, combattre, mais tout ce que les gens normaux font, la vie pratique m'échappe totalement.

Angoisse absolue de ne pas trouver les mots, et donc de ne pas pourvoir me défendre. Dois chercher un appart sur Poitiers, mais me sens incapable de le faire. Affronter les gens, remplir les papiers, procéder à l'état des lieux. Me sens incapable de rien faire.

La peur me domine. J'aimerais tellement savoir qui je suis, ne plus avoir de problèmes avec moi-même, être en paix.

Un écrivain hier, Leroi je crois, disait qu'il avait la tentation du suicide, mais qu'il ne le ferait pas pour écrire et raconter la vie, ce que ça fait d'être vivant.

Il citait une lettre de Tolstoï à sa femme, qui venait de tenter de se tuer.

Tolstoï écrivait quelque chose comme: "qui te dit que les 3 ou 4 dernières semaines de ta vie, que tu ne vivrais pas si tu te tuais, ne seront pas les plus belles, celles qui expliqueront tout, justifieront tout, compenseront toutes les souffrances."

Cela fait plus de 20 ans que je ne me tue pas pour ces 3 ou 4 semaines de joie et de paix. Je suis lasse.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 21:08

 

 

J'ai vu un magnifique papillon bleu, aux ailes blanches et bleues, au bleu clair comme le ciel et la mer. Je l'ai contemplé, fasciné, et je me suis dit qu'il était inconscient de sa beauté, que s'il en prenait conscience, il chercherait à la préserver, comme Dorian Gray, et qu'il serait foutu alors, qu'il ne pourrait plus prendre de risques, qu'il ne pourrait plus vivre.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 20:59

 

J'ai vu une limace et j'ai eu pitié d'elle. Si un cycliste  ou un promeneur rappliquaient sans la voir et se détourner, elle ne pourrait s'écarter, bien trop lente. Puis j'ai pensé qu'il existait sans doute des esprits supérieurs dans les sphères célestes qui nous observaient et pensaient la même chose de nous, êtres humains si fragiles, pas assez rapides pour fuir la météorite, le tsunami, la lave incandescente, la foudre, la balle ou l'obus, la voiture ou l'édifice qui s'écroule, hommes parfois terrassés, balayés par milliers, par dizaines de milliers, peut-être bien par millions ou milliards dans les temps futurs, sans valeur et protection supérieures à celles des fourmis.

Et tout l'Univers est ainsi.

L'homme n'est qu'une limace à sa mesure.

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 19:28

 

Un des moments forts de cette année, et il y en eut bien peu : mes retrouvailles avec le mouvement beatnik.

J'ai relu "Le vagabond solitaire", et découvert l'excellent et méconnu "Vanité de Duluoz" de Kerouac, sa biographie par Ann Charters, ainsi que "Allen Ginsberg, poète et Boddhisatva beat" par Gilles Farcet.

J'ai beaucoup appris, notamment sur l'entourage des figures phares.

Je n'avais pas compris, plus jeune, à quel point ils étaient tourmentés. Ils n'étaient pas que des joyeux lurons, poètes, voyageurs, épris de boissons, de jazz, de drogues, de rencontres, en quête de spiritualité, du "hit", d'extase, assez complexes mais somme toute assez joyeux.

En fait, Kerouac n'a cessé de se défoncer, d'avoir besoin de se défoncer, et est toujours resté plus ou moins désabusé et désespéré.

Burroughs dans une certaine mesure idem. Ginsberg s'en est mieux sorti. Il semble avoir trouvé un équilibre avec le Bouddhisme Tibétain et la méditation. 

Mais Neal Cassady, Grégory Corso, Peter Orlovsky, et même Alan Watts paraissent toute leur vie avoir subi leurs démons, ne s'en être jamais délivré.

Ce qui m'a décomplexé pour me cuiter à nouveau, car ma vie est bien plus désolée, tragique, folle et solitaire que la leur.

Gary Snyder, naturwriting et pratiquant du zen, compagnon de route des beatniks, initiateur  du séjour "Waldenien"  de Kerouac dans la montagne, était apparemment plus solide, et en paix avec lui-même.

 

Je ne voyais pas jusqu'alors quel était l'apport du mouvement beat  à l'histoire littéraire  comparé à un écrivain comme Henry Miller.

Il me semblait, que tout y était déjà. L'amour de la littérature, des rencontres, du dépaysement, la critique d'une certaine Amérique, le sexe, la dépréciation des dogmes moraux, religieux, du mode de vie de la majorité, du travail insensé, une quête intellectuelle, spirituelle, de l'humanité, de la tendresse...

Mais ce qu'ont ajouté d'essentiellement neuf les auteurs beat, c'est la poésie.

La puissance du verbe de Miller est prodigieuse. Les beat sont loin de l'égaler, mais Miller est parfois lourd, eux sont plus légers. Ginsberg dans la mouvance de Whitman, "je chante les corps électriques", est poète bien sûr, mais j'ai compris récemment que tout dans Kerouac est absolument poétique, et mélancolique, qu'il ne faut vraiment pas se contenter de "Sur la route".

 

J'avais découvert Gilles Farcet par son excellent livre sur Thoreau "Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde" où il se réfère également à Miller, Kerouac, Snyder, le zen, l'hindouisme, Arnaud Desjardins, Kenneth White...

C'est un livre qui m'a non seulement plu, mais aidé à vivre, et c'est par son inspiration que j'ai lu "Walden, la vie dans les bois", et surtout Miller, dont "La crucifixion en rose", "Plexus" en particulier fut une révélation.

Hasard ou Providence, je regardai distraitement une des publications mis en valeur par la Bibliothèque principale de Niort, lorsque je tombai sur "Kerouac" par Ann Charters, et "Allen Ginsberg, poète et Boddhisatva beat" par Gilles Farcet. 

Eh bien, le livre de Gilles Farcet m'a encore procuré un plaisir de lecture, tout dans le sujet y invitait, et surtout quelques moments de paix, de gratitude, et de recueillement.

Combien de passages marquants dans ce livre. Rencontres autour de Ginsberg et d'Orlovsky à New-York, d'hommage à Kerouac au Canada, enquête sur les contradictions éventuelles d'un maître Bouddhiste et alcoolique, extraits de poésies de Whitman, de Ginsberg, et insistance hypnotique sur les premiers vers célèbres de "Howl" : "J'ai vu les plus grands cerveaux de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieurse piqure, initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne ", quête spirituelle de l'auteur, explicitations métaphysiques, profondeur de vue et clairvoyance sensée de Ginsberg.

Ginsberg, décidément, que j'avais toujours négligé lui préférant Kerouac, se révèle le plus équilibré du groupe, le plus fraternel aussi, et son moteur, le génie de l'organisation sans qui peut-être, et même certainement l'esprit du mouvement n'aurait pas émergé, la force sans laquelle ils seraient tous, pas assez cohérents pour s'en sortir sans aide, restés dans les marges de l'histoire.

Il a manqué à Kerouac une bonne psychanalyse peut-être (ses rapports fusionnels avec sa mère, l'idéalisation de son frère aîné décédé, sa culpabilité et son idéal du moi...) et ce que Gilles Farcet nomme "l'extase articulée", par opposition à ce qu'il nomme "l'extase désarticulée", sans centre, cohérence, sans principe directeur, qui mène au désespoir, à la folie, dérèglement de tous les sens Rimbaldien trop chaotique, sincère mais trop artificiel dans ses moyens, pour que ça se termine bien.

 

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