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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 22:24

 

Sale état. Trouble identitaire, horrible opinion de la plupart des gens. Vomis la démocratie , dont l'avantage majeur supposé est de permettre l'expression de tous, mais l'inconvénient principal est le triomphe de la médiocrité, de la vulgarité, de la bêtise et d'une forme de violence.

Dégoût de la laideur des grosses et vieilles femmes en maillot de bain, avec leurs gros culs, leurs cellulites, leurs visages ingras. Complexé par ma minceur et ma timidité. J'ai beau faire du sport, toujours aussi maigre. Ca n'a pas empêché Stromae de réussir.

Déprimé par des photos récentes de moi.

Suis méconnaissable. Si beau autrefois, mon physique est ravagé. Très déprimé par la vieillesse et la mort.

Aucune solution. Si la mort est un nouveau commencement, que sera-t-il ? Angoisse.

Si elle est cessation définitive de conscience personnelle, alors c'est un cauchemar.

Quoi, un néant d'éternité!

Ne plus vivre, jamais!

Ne plus respirer, manger, humer, voir, toucher, écouter, voyager, aimer et être aimé, apprendre, lire, progresser ,rencontrer. J'ai une trouille affreuse de la mort. Peut-être parce que je n'ai jamais vraiment vécu, mort-vivant emmuré en moi-même. Comprendrai-je un jour? Me pacifierai-je?

Mais si l'homme n'a pas plus de valeur que la punaise que j'écrase aux yeux de l'Univers, alors quel sens trouver à ce qui n'en a pas? Complètement déboussolé. Aussi tourmenté que je l'étais autrefois, j'ai perdu l'espèce de foi, Chrétienne, Bouddhiste, qui me permettait de tenir. Ne croyant plus en rien, la mort comme horizon s'étant substituée à la rédemption éternelle, tout s'est écroulé en moi et autour de moi. J'ai perdu ma force en même temps que la foi.

 

J'ai peur de perdre mes idées.

J'aimerais méditer, mais j'ai peur d'y laisser mon identité, de me perdre et de ne pas me retrouver. Comment me défendre alors, si je ne sais plus ni qui je suis, ni quoi penser? Comment me protéger ?

Se confronter avec soi-même, perdre ses résistances, et se retrouver sans défenses, idiot, jouet des uns et des autres, manipulé par tous. Qui suis-je ? Un débile, un idiot, un imbécile incapable d'y voir clair dans le jeu trouble et les intentions des autres?

La peur de ne pas trouver les mots, quasi- constante.

Comment se défendre, comment prouver qui on est, si les mots ne viennent pas, les bons mots au bon moment. 

Vieilles blessures.

Je n'ai pas ce souci, avec les arbres, avec les animaux. Ils me laissent en paix. Aucun problème d'identité avec eux. 

Ni menace, ni péril, ni mots à trouver. Le repos, enfin.

Ne plus avoir à penser sans cesse, à se défendre sans cesse, pression constante.

Je ne parviens plus à méditer car je ne peux lâcher les idées, et les mots pour les exprimer.

En fait, je n'essaie même plus.

La crainte est trop forte, le désespoir aussi.

Je suis cassé, je n'ai plus de ressort.

La peur de ne pas y arriver, toujours, sans cesse. Couperai-je un jour le mal à la racine sans me détruire en même temps?

 

La pensée que le monde ne connaît ni le bien ni le mal, est indifférent au juste et à l'injuste me perturbe. Parfois, le mal triomphe. Ainsi les Alliés ont gagné la guerre et le bien semble l'emporter, l'emporte quelque part historiquement. Mais pour les Juifs morts, le mal a réellement triomphé, et définivement, de façon irréversible.

Pour l'athée qui ne croit pas à une survie de la conscience individuelle, il n'y a aucune différence de vécu, puisqu'ils ne vivent plus, entre Hitler mort et Jaurès mort. On en revient toujours à la Parole de l'Ecclésiaste: "J'aurai le même sort que l'insensé, pourquoi ai-je été plus sage?

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 19:55

s’appelle Jack Carbec et il est Malouin. Ca fait cliché mais si la caractéristique des habitants de sa ville, c’est de ne pas tenir en place, d’être insatiable, alors, oui, il correspond à la spécificité du coin. La plupart des hommes rêvent d’un ailleurs à un moment de leur vie, espèce de Paradis perdu, mais, chez eux, c’est un trait poussé à l’extrême.

 

Ils sont habités par le rêve, par le départ, par l’aventure. Peut-être est-ce la mer omniprésente, l’influence de l’histoire, l’oppression du Saint-Malo historique, la ville « close », engoncée dans ses remparts, ou bien la violence du climat, la température de l’eau. La ville n’a cessé de produire des personnages « bigger than life », comme  disent les américains.

 

Les exemples abondent. Corsaires illustres ( Duguay-Trouin, Surcouf ), écrivains mythiques ( Chateaubriand ), penseurs ( Lamennais, La Mettrie ), explorateurs ( Jacques Cartier ), scientifiques ( Maupertuis ), et d’innombrables amiraux, pêcheurs d’Islande, créèrent une tendance, un atavisme qui attirent à cette ville toutes sortes de bourlingueurs qui entretiennent la légende par la création de multiples festivals ( Etonnants Voyageurs, la Route du Rock, La Cutty Sark…).

 

C’est ce qui rend la ville fascinante. Des aventuriers déments, tel ce type qui, après des années de travail comme marin pêcheur puis corsaire du roi, termina sa vie moine à Valparaiso, on en rencontre quelques-uns dans les ruelles, sur les remparts, et il y a, comme cela, des genres de Corto Maltese pour de vrai, des Conrad, des London, des Hemingway.

 

Jack Carbec est comme eux, une sorte d’aventurier dément de l’Esprit.

Il est poussé par une sorte de besoin impérieux à chercher une solution à des problématiques qui n’effleurent que par moment la majorité des hommes et qui sont la pâte même de son existence. C’est comme ça.

 

Il est un obsessionnel. Il a ses thèmes. Il les pousse à fond, et il ne relâche la tension mentale que lorsqu’il estime avoir résolu un pan de ses interrogations, de ce qui le hante, car il est en quelque sorte un possédé.

Puis d’autres question surgissent, toutes aussi impérieuses, et il se relance, et il n’a pas le choix, comme s’il fallait qu’il aille au bout, qu’il était de son essence, de sa nature de travailler de la sorte, et donc de son devoir aussi, ressort de son bonheur, puisque par là il peut tout à la fois développer ses capacités, s’actualiser en permanence, et aider la communauté peut-être.

 

Il est des « naturels philosophes »…

 Ou bien c’est le compromis d’une névrose, comme ces grands logiciens ( Russel, Frege, Cantor, Godel, Wittgenstein ), qui doivent trouver le fondement de la certitude pour se rassurer, et se protéger de la folie, humaniser le monde, besoin étrange, comme celui qui empêche certaines personnes d’être heureuses tant que tous les êtres vivants ne le sont pas. Les hommes ordinaires, ou sains, n’ont pas besoin de tant d’efforts, pour avoir le droit de se reposer, confiants, ou de tant de conditions à leur bonheur.

Il s’agit peut-être de la « tendance psychotique propre à un certain philosopher » comme l’a stigmatisé Freud. Et peut-être pas. Elle a ses inconvénients, mais elle apporte aussi beaucoup. Elle est le propre du sel de la terre comme disait Proust.

 

Parmi tous les thèmes qui l’obsèdent, comme la liberté et la nécessité, le corps et l’esprit, la possibilité du sens, la volonté occupe une place de choix, en raison  des innombrables sottises proférées et partagées par le monde savant et les gens communs sur cette notion et ses enjeux, ainsi que de l’impact que ces sottises eurent sur son existence, qu’elles empoisonnèrent.

Il en a soupé de la Volonté. Parmi tous les préjugés auxquels les hommes adhèrent, qui imprègnent la morale ordinaire et qui faussent la saine appréhension du rapport au monde, ceux qui s’appuient sur la notion de volonté, sorte de liberté absolue, inconditionnée, liberté d’indifférence, ont peut-être été les plus néfastes à la bonne santé des hommes.

 

D’abord, il ne faut pas craindre de s’attaquer au concept. Et l’on s’apercevra vite qu’il n’est qu’une traduction moralisatrice de l’énergie, de la force de vie, du vouloir vivre.

Or, nul n’est à l’origine de sa propre énergie. C’est affaire de physiologie.

On culpabilise un apathique, en le responsabilisant. Il a une volonté, il devrait plus bouger, se bouger entend-on régulièrement. Mais cette possibilité même d’avoir l’envie de se bouger est contenue dans ses possibilités antérieures. Nul Bergsonisme, nul existentialisme, aussi féconds soient ils, ne me convaincront du contraire.

Ce serait lutter contre les enseignements de l’expérience que nier une sorte de nécessité englobant la volonté. Déterminisme psychologique, corporel, global.

Stigmatiser un homme parce qu’il n’a pas de volonté, cela n’a pas de sens.

Si un vieillard se laisse aller, on prétend qu’il n’a pas de volonté, s’il se reprend, on dit qu’il en a, comme si cela avait à voir avec la morale et dépendait d’un choix. En fait, dans le premier cas, il a simplement repris des forces, et dans l’autre non.

 

On ne fera jamais d’un être fondamentalement mou un être dynamique. L’essence de l’animal que l’on appelle le « Paresseux » est déterminée par son corps, qui n’est pas celle du Tigre, déterminée par un autre type de corps.

Chez l’homme c’est pareil, le corps le détermine à être homme, et, n’en déplaise à Sartre, tel corps pour tel homme.

 

L’homme est son corps, l’individu est son corps, et que son corps, puisque chaque évolution psychique, même générée par l’influence extérieure, est modifiée en tant que le corps est d’abord affecté et dans une exacte adéquation avec les modifications corporelles.

En ce sens là, on peut dire qu’on est vraiment que son corps.

 

Toutes les grandes formules : « Ya que la volonté qui compte », « Tout est une question de volonté », « Si tu veux tu peux », sont fondées sur une superstition. Ce qui explique que les « il faut que » n’ont jamais pris en compte les situations dans lesquelles les individus sont pris, et n’ont jamais aidé personne.

 

De plus, cette énergie, que l’on appelle volonté, peut être entravée par les multiples interactions corps/esprit qui soient peuvent la détourner de ses buts naturels, soient la faire tourner à vide, en l’épuisant dans des stériles spéculations par exemple, qui ont néanmoins leurs fonctions puisqu’elles correspondent à un besoin.

 

C’est pour authentifier ce besoin, source de ses innombrables bifurcations, que Jack a commencé une psychanalyse.

 

Jack a toujours craint la folie. Depuis tout enfant, il lutte contre des forces obscures, qui le scindent de l’intérieur, et le rendent étrangers à lui-même. Ils les a toujours combattues, mais elles grossissaient à la mesure de ses refoulements et de son endurcissement. Elles finirent par le submerger, prendre toute la place, et sa « volonté » ne put rien contre cela. Tous ses efforts s’avéraient inutiles, voire nuisibles.

 

Il dut revoir toute sa façon d’envisager le monde, toutes ses conceptions.

Puisque ni la pratique intense des arts martiaux, ni les religions et pratiques méditatives, ni les rationalisations philosophiques, ni les psychotropes, ni la violence libérée notamment en CER et chez les paras, et bien d’autres expériences extrêmes n’avaient pu le réconcilier avec lui-même, ou alors que très provisoirement et sur des bases illusoire en accroissant les problèmes et la souffrance par réaction, il devait entreprendre une révision de tous ses jugements antérieurs et comprendre que le plaisir, condamné, était peut-être ce par quoi il fallait commencer.

 

Délaisser toutes les considérations sur la vie et le dépassement de soi, pour se faire plaisir, simplement, pour réapprendre à vivre, et avoir envie de vivre. Ne plus être le prisonnier d’un idéal qui ne lui correspond pas et qui lui a été imposé, mais se découvrir soi-même en tâtonnant, dans des activités ludiques et paisibles, et plus contraignantes et masochistes, voilà qui était un bon remède à l’emprise de la pulsion de mort.

 

Lorsque des phobies ont surgi et ont considérablement rétréci son champ d’action, ( peut-être pour le meilleur, car le confrontant à une impasse et le prévenant d’une mauvaise orientation, elles lui révélaient l’absurdité contre-nature de ses efforts,  comme de chercher à vaincre la peur de la mort par la suppression de toute émotion alors qu’il est sain pour le vivant de craindre la mort, et qu’en plus la seule façon légitime d’atténuer l’angoisse, c’est de bien vivre, de profiter à plein de ce que la vie à a nous offrir ), il fut tenté de combattre le mal par le mal, c’est-à-dire une vie gâchée par l’emprise de la volonté, sa domination sur le plaisir, par une surenchère de volonté. C’est comme s’il escomptait vaincre sa tentation suicidaire par l’amplification de ce qui l’avait causé ;

 

Tout son entourage l’a poussé en ce sens. Il ne pouvait plus monter sur un pont, ou prendre une voiture, car la tentation de sauter était devenue trop forte, et en même temps, comme une part de lui aimait toujours la vie, il préférait éviter la confrontation. Mais influencé par la morale ambiante, par sa famille, par les psychiatres adeptes des TCC, qui tous en faisaient plus ou moins une affaire de volonté, sans en chercher l’origine, il cherchait la guérison par la  confrontation directe avec les symptômes de son malaise. Cela le torturait sans rien changer sur le fond, et si les manifestations de ses angoisses pouvaient diminuer en intensité sur le coup, elles revenaient de toute façon . Ce ne pouvait être qu’une solution superficielle, puisque ça ne changeait rien à la tonalité générale de sa vie, à son orientation, à son envie de vivre, au cœur du problème, et que s’y ajoutaient des séances régulières de douloureuses épreuves, l’exposition aux symptômes.

 

A partir du moment ou il renversa la perspective, ou il envisagea la vie comme quelque chose de potentiellement agréable à vivre, et ou il diminua la mainmise de son surmoi aux attributs divins, c’est-à-dire omniscient, omnipotent, omniprésent, il put se libérer progressivement d’une somme d’inhibitions destucturantes. La solution, il l’a trouvée dans le plaisir, et un certain type d’efforts, mais pas dans l’effort contre lui, contre sa nature, contre ses envies.

Vaincre pour soi-même, et non vaincre contre soi-même ou se vaincre soi-même, comme si on était le mal, et qu’il fallait se plier aux injonctions du surmoi, et en finir avec le ça !

Les pulsions, il est préférable de les adapter au principe de réalité, que de chercher à s’en débarrasser, ou même à les sublimer et les médiatiser outre mesure.

 

On ne triche pas avec la nature.

« Chassez le naturel, il revient au galop ».

Refoulez vos désirs, et faites triompher ce que vous prenez pour de la volonté et qui n’est autre que de l’énergie ou du surmoi selon l’angle envisagé, et vous vous amputez d’une partie de vous-mêmes, de ce qui vous est le plus cher, et cela finira par vous détruire.

La vie perdra sa valeur, et vous en ignorerez la cause.

Peut-être cherchez-vous la solution dans un surcroît d’efforts comme Jack.

Vous vous imposerez à vous-mêmes un surmontement constant, et la vie vous paraîtra vide de sens. Alors vous vous effondrerez. Peut-être cet effondrement sera t’il définitif, ou vous trouverez les moyens de vous sauver par une réévaluation de vos priorités.

Cela ne serait-il pas préférable, cependant, de vous éveiller avant d’y être contraint par la grande catastrophe, le grand bouleversement ?

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 20:21

 

 Miller fait partie des créateurs qui renvoient sans cesse aux êtres qui l'ont influencé.

Il n'est pas avare de compliments, il veut partager ses admirations, en faire profiter l'humanité.

Dans sa générosité, il me fait penser à Sartre plus qu'à Lacan par exemple.

 

Il partage aussi avec Sartre le génie excédant les capacités d'autres génies ou grands créateurs, qu'ils estimèrent et aimèrent.

 

Ainsi, quand Sartre fait l'éloge de Brice Parrain, de Merlau-Ponty, on peut se demander, malgré la réputation de Ponty, s'il ne les hausse pas à un niveau qu'ils n'ont pas en réalité.

C'est en tout cas l'impression que me donnent les Préfaces aux "Damnés de la Terre"( Frantz Fanon ) et à "Aden Arabie" (Paul Nizan ).

Quelles extraordinaires préfaces pour des livres bien en-dessous de ce qu'elles promettaient ( pour "Aden Arabie", car je n'ai pas lu les "Damnés" en entier ) !

 

Miller renvoie sans cesse à des auteurs dont il fait l'éloge, notamment dans le sublime, l'inégalable, l'incomparable "Les livres de ma vie".

Oh Miller, comme tu montres admirablement que l'on peut s'exprimer profondément et simplement tout à la fois !

Tu es tellement éloigné de Lacan et des pédant de tout acabit !

Mais les oeuvres des Cowpy, des Spengler, des Elie Faure, se révéleraient-elles à la lecture adéquates à la merveilleuse image que tu en donnes ?

J'en doute fort, quant à moi, en ce qui concerne les oeuvres d'auteurs plus connus, Giono et Cendrars.

Tu t'es senti redevable, et peut-être étais-tu réellement "impressionné", mais je pense que nombre de tes lecteurs qui se sont précipités sur "Jean le Bleu", "Le chant du monde", ou "Moravagine", "Bourlinguer" à la suite de tes apologies ont déchanté.

 

Il faut dire que pour ma part, tes oeuvres sont également bien supérieures à celles de Rimbaud !

Tu te serais offusqué d'une telle assertion, mais qu'importe !

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:35

 

 Lorsque j'ai lu Henry Miller pour la première fois, j'étais dans ma période "littérature américaine".

J'avais lu les Fante père et fils, Bukowski, Toole, Harrison, Wolfe, Hemingway. Et j'avais trouvé un véritable alter ego en John Fante et son double, Arturo Bandini.

Ca avait été comme une révélation, fondée sur une immédiate connivence.

Les livres de Fante sont pleins de tendresse, d'humour, d'élan romantique, d'aspirations littéraires, et par-dessus tout d'humanité.

 

J'ai découvert Henry Miller l'année où Fante m'est devenu un être cher, et si j'ai été ébloui, dans un premier temps, par le passage du "Trolley ovarien"  par exemple, quelque chose m'a déplu, peut-être un ton méprisant qui stigmatise beaucoup d'hommes et qui pour moi exprime un manque de sagesse, c'est-à-dire d'une compréhension englobante des causes et des effets.

Malgré toute la finesse des vues de Henry Miller, et même l'expression de son génie qui émerge quasi constamment, un certain manque d'humanité, une certaine froideur, une distance condescendante me gênait. Mais cette vision personnelle sur l'homme et l'oeuvre concernait essentiellement "Tropique du Cancer" et "Tropique de Capricorne", et tout changea lorsque j'abordais la "Crucifixion en rose" par "Plexus". Quelles heureuses circonstances m'ont poussé à acheter ce livre ?

 

J'étais dans une librairie Française de Londres. Je naviguais entre divers classiques.

"Les Possédés" ? Plus envie ! "Guerre et Paix" ? Pas le moment ! "En Patagonie" ? Je trouvais que "Le chant des pistes" était surestimé. Dans le genre Ecrivains Voyageurs, je préfère "l'Usage du monde" de Bouvier par exemple.

 

Alors quoi ?

 Tiens, du John Irving, pourquoi pas ? Un peu de philosophie ? "Ainsi parlait Zarathoustra", auquel je reviens constamment, mais que je n'ai jamais pu finir ?

Non, quelque chose m'en empêche.

"Plexus", de Henry Miller ? Volume conséquent ; vais-je le lire ? En vaut-il la peine ?

J'hésite, mais sans doute, inconsciemment et combiné avec le fait qu'aucun autre livre ne me fait au moment plus envie, plusieurs motifs sont décisifs.

D'abord, malgré mes réticences, j'avais été subjugué par le brio, le génie, la dextérité, les aptitudes de Miller.

Ensuite, j'avais lu quelques mois avant la biographie de Thoreau par Gilles Farcet. Dans ce livre, qui m'a beaucoup apporté, et à la suite duquel j'ai lu "Walden", il y avait de nombreuses références à Henry Miller, de nombreux rapprochements entre lui et Thoreau, et aussi Kerouac, Snyder, les sages indiens et d'autres.

 

Donc, un ensemble de facteurs plus une bienheureuse intuition m'ont poussé à l'achat de "Plexus". Bien m'en a pris !

C'était le livre dont j'avais besoin, parfait en quelque sorte dans le sens où je ne pouvais imaginer meilleur livre. Il y existe une telle quantité de passages absolument merveilleux, absolument purs, que ça me donne envie de les lire à voix haute, de les partager ainsi, bien que je sois un pitoyable lecteur.

Pour un spectacle, ou une série de spectacles, cette seule oeuvre me suffirait, pas besoin d'en chercher d'autres.

Elle est telle que je ne peux ni la résumer, ni l'expliciter, je ne peux que la proposer au lecteur potentiel.

 

C'est d'ailleurs pourquoi je désire la lire publiquement, pour en faire profiter directement les hommes, les y amener.

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 16:24

 

 Mes aspirations littéraires sont éminemment évolutives. J'ai des phases pendant lesquelles je suis obsédé par un auteur en particulier.

Je vis la même chose pour la philo et le cinéma.

Par exemple, j'ai été un moment fasciné par Fellini, par Pasolini, par Visconti, par Eisenstein, par Tarkowski, par Bresson tour à tour ou successivement.

Mais, lorsque la phase de découverte et d'euphorie impliquée par la renaissance à moi-même prend fin, je conserve en mémoire ce que ces oeuvres m'ont apporté mais je n'y reviens plus, soit  que je pense en avoir épuisé le suc, soit que je les envisage comme des réponses à mes besoins spécifiques d'antan, soit que je désire conserver intacte la première impression et que je craigne la déception.

 

En philosophie, j'ai eu une période Kantienne. J'analysais toute ma vie en fonction de critères Kantiens. Je cherchais à savoir si elle était conforme aux divers impératifs, et à l'y contraindre le cas échéant.

J'ai eu une période Schopenhauerienne, Bergsonienne, Teilhardienne, Sartrienne, Freudienne.

Mais je n'éprouve plus le besoin ni l'envie de m'y replonger, comme si j'y avais consacré suffisamment de temps et d'énergie pour les avoir assimilés et dépassés oserai-je dire, en en découvrant les failles.

 

En littérature, j'ai eu des périodes concentrées sur Balzac, sur London, sur Proust, sur Montherlant, sur Wilde, sur Genêt, sur Céline, sur Dostoievski, sur Fante, ce qui ne signifie pas que je ne me nourrissais pas ailleurs, mais qu'ils étaient des Pôles majeurs, des références autour de quoi tout tournait.

Certains m'occupèrent l'esprit de façon obsessionnelle pendant plusieurs mois ( Montherlant, Fante, Genêt ), d'autres plusieurs années ( Balzac, Proust, Dostoievski, Céline ), mais quand mes centres d'intérêt changent, et lorsque mes obsessions décroissent, mon attirance pour l'oeuvre des auteurs qui les partageaient suit cette évolution, et en même temps  mon regard critique ose évaluer ce que je sacralisais et pour lesquels j'étais même prêt à faire autrefois le "coup de poing", tant j'étais immature et intolérant.

 

Le plus choquant pour ainsi dire, ce sont mes opinions sur Proust et Dostoievski, qui furent vraiment intouchables pour moi, même si j'ai pensé tôt que Proust l'emportait car ses thèmes sont universels, tandis qu'il faut être un peu spécial et obnubilé par la chute, la rédemption, la complexité torturée des personnages par exemple, pour pénétrer Dosto.

Mais je ne peux replonger ni dans l'un, ni dans l'autre, ni dans Céline d'ailleurs.

Quelque chose m'en empêche, une impression, une intuition, comme si je sentais d'instinct, biologiquement quelque part, que j'y avais suffisamment participé et que pour moi la vie était désormais ailleurs.

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 16:08

 

Bukowski m'exaspère.

J'ai envie de lui rentrer dedans.

Je lui accorde de la pertinence (critique du travail), mais il a eu une vie pitoyable.

Après tout, se vautrer dans l'ignominie, se complaire dans l'obscénité, boire plutôt que pratiquer une activité physique, qu'intégrer une association quelconque, libre à lui, mais ça ne m'inspire pas.

C'est le genre de personnage qui rend mal à l'aise de suite, agressif, irrespectueux, ultra narcissique, et finalement très borné.

S'il adorait Fante, que j'apprécie beaucoup par ailleurs, c'est  sans doute parce que Fante était le seul écrivain à sa portée.

 

Et si j'avais pu lui donner un conseil, il aurait consisté en une formule tirée de "Roman avec cocaïne" d'Agueev : "La platitude réside dans la tendance à mépriser ce qu'on ne comprend pas".

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 15:37

Ce que je reproche à Montherlant, bien que grand styliste, bon dialecticien, et relativement intègre et courageux, c'est de s'être fourvoyé dans un stoïcisme dépassé.

Il a affirmé  "Comprendre que la vie est le seul bien et ne pas avoir peur de la mort", et il a donc refusé de se confronter au réel.

Si la vie est le seul bien, il faut accepter la peur de la mort, qui a son rôle, sa fonction, sa légitimité, et il est contre-nature de passer outre.

 

Cela rejoint "La dialectique du maître et de l'esclave" appliquée à l'esprit Japonais par exemple.

Les Japonais traditionnellement méprisent ceux qui ne surmontent pas leur peur de la mort, les "lâches" qui refusent le combat. Ainsi, ils méprisaient les Chinois, ou bien les Américains, parce qu'ils "prenaient  leurs précautions" pendant la guerre.

Le résultat, c'est que l'attitude contre-nature des Japonais leur a partiellement fait perdre la guerre.

C'est finalement leur folie et leur obstination, leur "invulnérabilité", qui ont poussé les Américains à utiliser la  Bombe.

Les nobles sans peur mais non sans reproches, se retrouvent dominés par leurs esclaves craintifs.

 

Montherlant, prisonnier des préjugés Stoïciens, s'est livré toute sa vie à un combat contre-nature, et donc perdu d'avance, tempéré çà et là par des éclaircies épicuriennes, qui ne le sauvèrent cependant  pas de l'idéal factice qu'il avait si bien intériorisé qu'il lui était comme une prison portative et consubstantielle.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 15:15

Ce qui m'exaspère chez  Céline, c'est qu'il extrait de la réalité quelque chose de sombre et qui existe, mais qu'il ne se concentre que sur cela et par conséquent,  je pense que ce n'est pas un hasard s'il a fini par écrire des pamphlets antisémites.

 

Certes, le "Voyage", "Mort à crédit" décrivent à merveille les multiples aliénations militaires, industrielles, biologiques , et illustrent même le processus mimétique théorisé par René Girard bien plus tard.

Mais tout y est globalement très glauque ; le pensionnat anglais dans "Mort à crédit", les passages qui se déroulent  en Afrique ou bien la scène dans laquelle Bardamu évite de peu le lynchage dans "le Voyage" par exemple.

 

On est bien loin de Jean Genêt, de Bresson, de Pasolini, de Dostoievski qui font d'une réalité misérable quelque chose de beau et sublime, qui magnifient les "Pauvres gens", les "Humiliés et Offensés", les "Damnés de la Terre".

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 19:28

 

 J'adore Fante ( même s'il me paraît limité :  je ne sais pas si le considérer comme un "grand écrivain"  est réellement légitime ) pour son humanité et pour son humour.

Il est un véritable alter ego pour moi. Non seulement je m'en sens très proche, mais en plus il ne me surpasse pas.

Je me sens aussi très proche de Henry Miller, "mon" écrivain du moment, mais ce qui m'en éloigne est le génie, car lui me surpasse. A chaque page, je sens qu'il m'est supérieur, que je ne pourrais aller aussi loin, impression que je n'éprouve pas à la lecture de Fante.

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 18:47

 

 Thomas Mann m'ennuie, comme tous les romanciers Allemands, qui privilégient le fond à la forme, et qui produisent des romans lourds, philosophiques, dont la trame narrative est un prétexte pour fourguer des idées.

Autant lire de la Philo !

Le plus grand romancier Allemand pour moi est Américain, et il s'appelle Henry Miller.

Lui qui n'aimait pas beaucoup son pays d'origine avant guerre, je n'ai pas de peine à imaginer ce qu'il en pensait après !

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