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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 23:46

Brian revit Dominique. Celui-ci lui demanda pourquoi il avait l’obsession de prouver qu’il n’était pas un idiot, et pas, par exemple, qu’il n’était pas un unijambiste. Brian y repensa, et se dit qu’il savait qu’il n’était pas unijambiste, mais qu’il ne savait pas s’il était idiot ou non. Une part de lui savait qu’il ne l’était pas, une part en doutait. Pourquoi ? Eh bien on ne l’avait jamais traité d’unijambiste comme on s’était moqué de lui pour son imbécillité. Mais que serait-il arrivé, si on lui avait souvent dit, cinquante pour cent, quatre vingt pour cent des gens, qu’il était unijambiste ? Alors soit il se serait trompé sur lui-même, fou de croire qu’il a deux jambes, soit il serait tombé sur des gens méchants, cruels, destructeurs. Eh bien, c’est ce qui était arrivé sur ses capacités intellectuelles, et ça l’avait tellement détruit, qu’il cherchait encore et encore à prouver aux autres, à se prouver à lui-même, qu’il n’était pas idiot.

 

Il se dit, aussi, que s’il pensait si souvent à la mort, c’est qu’il pensait souvent au suicide comme seule issue. Ayant toujours le suicide comme horizon possible pour échapper à ses démons, la mort, la pensée de la mort était donc aussi une obsession.

Il lut « destin funeste » de François Roustang, sur les débuts de la psychanalyse. Même si approfondir les théories lui était parfois pénible, cet ouvrage l’éclairait. Il montre que l’aspiration de Freud à avoir des élèves, des disciples à la fois dociles et originaux est une contradiction. Il expose la fragilité des grands élèves, Rank, Ferenczi, Abraham, Jung, qui, tous, voulaient être le préféré, le prince héritier. Il y avait donc beaucoup de rivalités entre eux. Il critique les écoles de psychanalyse, contradictoires là encore, car le transfert doit aboutir à la dissolution du transfert, ce qui conduit à l’émancipation individuelle, antagoniste de tout esprit de parti, de tout groupe. La psychanalyse est fondamentalement une thérapie libératrice, donc a-sociale.

 

Il développe des points de vue sur la schizophrénie intéressants. Brian pensa à un ami, qui, effectivement, payait par la castration symbolique et réelle (par l’absorption de médicaments), un confort relatif, à cause d’ un asservissement à l’emprise maternelle. Sa mère lui avait d’ailleurs dit « tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça », et de fait, il stagnait dans une attitude infantile, préférant les jeux vidéo à la recherche d’une relation épanouissante avec une femme. On voit là encore, que la psychanalyse est dans le vrai quand elle établit l’origine de la schizophrénie dans la psychose maternelle.

 

De même, être pensé par un autre qui ne pense pas, un fou qui rend fou, et s’en déprendre progressivement, lui fit mieux prendre conscience que souvent, quand il pensait, c’est son père qui parlait à travers lui. Il fallait observer ses pensées, et se débarrasser de ses idées intrusives, et se trouver soi-même.

 Comme François Roustang critique toutes les figures autoritaires et sclérosantes, il s’en prend aux disciples de Lacan, à Lacan lui-même responsable de leur sclérose, de leur bêtise, et cela plaisait à Brian.

 Il se demandait quel besoin pathologique le poussait à chercher un refuge ultime, un penseur, un courant de pensée auxquels il pourrait s’associer, s’appuyer, sur quoi se reposer. Or il avait été déçu par Tchouang Tseu, et Patanjali récemment. En fait, ce n’était que des hommes, et tous ces grands esprits pouvaient avoir dit du vrai et du faux. Evident, et pourtant difficile d’admettre qu’on puisse être vraiment seul. D’autre part, la plupart des hommes ont le besoin de s’appuyer sur ce qui les précéde, catholiques, musulmans, bouddhistes, communistes, ces hommes ne s’équilibrent-ils pas ainsi en aliénant leurs pensées et leur liberté ?

Brian se dit qu’était peut-être venu le moment de s’affranchir, de se trouver lui-même, de créer indépendamment sa voie, de ne plus dépendre des idées.

Mais, il est difficile d’oser voir, de se confronter à cet au-delà, cet en-deçà, et de ne plus s’accrocher aux mots et aux images comme repères pour se définir contre, en s’opposant.

Il lui fallait se désaliéner de l’emprise du discours sur soi d’un tiers, de tous les tiers. Et toujours, la prise de conscience de l’identification de son être profond avec ses idées. Il était celui qui pense cela de Kant, de Spinoza etc… Difficile quête identitaire, de la non identité ? pour sortir de la confusion de son être avec ses idées, ou des idées. Sans elles, sans  références intellectuelles, effondrement, le vide, qui était-il ?

 

 

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