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12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 18:39

Son ami Alexeï lui prêta un livre, donné par son père, de Fong-Yeon-Lan sur la philosophie chinoise. Brian n’avait pas le cœur à lire, son esprit tout concentré sur la femme qu’il avait rencontré, Maria, comme s’il était en lien avec elle dans une sorte d’intrication quantique traversant l’espace. Il n’avait plus du tout envie de lire, mais il avait tout de même parcouru ce « Précis d’histoire de philosophie chinoise ». Il était toujours passionné par les interactions entre le Taoïsme et le Confucianisme, les deux courants s’enrichissant mutuellement. Si le Taoïsme est souvent loué par les artistes pour sa liberté qu’ils opposent au conservatisme supposé du Confucianisme, il semblait à Brian, par les quelques lignes lues, que l’auteur, comme à vrai dire beaucoup de Chinois, réhabilitait Confucius. Apparemment, les Taoïstes se centrent sur le détachement, le reploiement, mais n’ont pas compris les nécessités de l’attachement, du déploiement, et le fait qu’un sain détachement, naturel, logique, ne peut venir qu’après un attachement affectif aux choses et surtout aux gens, sans quoi l’on risque, par souci de préservation, de paix intérieure, de ne pas vivre. Or, Lao Tseu condamne aussi l’excès, les voyages, le savoir, comme si l’apathie était le but. Mais le souci de se réaliser en cette vie est biologique, vital. Il faut faire quelque chose, trouver sa place. Pour les Taoïstes, il faut « non agir pour rien ». Pour les  Confucianistes , il faut « agir pour rien ». Brian préférait la vision Confucianiste.

Lui revint en mémoire un extrait de film de Hong Sang So. Un type réalisait un schéma où il reliait des points. Il expliquait que la vie de la plupart des hommes se concentraient sur quelques idées fixes, symbolisées par des points, qu’ils en étaient prisonniers, ce qui limitaient leur appréhension du monde, la coloriait plus ou moins tristement. Mais il était possible de changer de points, de modifier les perspectives, et alors, les liaisons entre les points changent aussi, et la vie pouvait devenir vraiment différente. Cela avait marqué Brian.

 

Incessamment préoccupé par la façon dont il voulait contacter Maria, il se demanda si elle ne serait pas pour lui, dans sa vie, la femme indispensable à tout roman, l’initiatrice d’une histoire d’amour qui manque aux chefs d’œuvre sans elle. Ainsi, les livres de London, Kerouac, Fante, Miller, Goodis sont pleins de cette dimension affective, des rencontres improbables mais révélatrices, qui donnent leurs intérêts sentimentaux à ces créations. A l’inverse, des classiques comme « Walden », ou « Moby Dick », riches de développements philosophiques féconds, pâtissent de l’absence de femmes et d’amour.

 

On peut aimer les animaux, et Brian les aimait, mais quoi qu’on dise, ils ne peuvent apporter ce qu’un être humain est capable de donner. Seul un  homme peut répondre aux besoins affectifs d’un autre homme. En l’occurrence, Brian pressentait que Maria pouvait lui procurer un peu de ce qu’il cherchait depuis tant d’années. Elle avait peut-être eue une vie plus épanouie que la sienne, et moins de besoins affectifs et spirituels, mais Brian espérait lui donner quelque chose de différent. Il la regarderait vraiment. Elle ne serait plus seule.

 

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