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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 15:20

 

Brian avait participé à une soirée avec l’association OVS dans un bar du centre-ville, pour l’expérience. Soirée désastreuse. Il n’avait pas connu ça depuis des années. Ils étaient une quinzaine, hommes et femmes, et il n’avait trouvé aucun intérêt à être parmi eux, absolument aucune joie, et éprouvé un immense ennui. D’habitude, même avec des êtres pour lesquels il n’avait pas d’inclinations, il trouvait des accroches. Mais là non. Il avait eu comme le cerveau bloqué. Riche de trop d’idées, le fossé à franchir était trop important. Il s’était vraiment senti un loup solitaire, et complètement indifférent à ceux qui l’entouraient. Il n’était vraiment pas humaniste. Il aimait certaines personnes, mais il préférait chiens, loups, rhinocéros, hippopotames, tigres, crocodiles et dauphins à ces membres de son espèce. Vraiment désappointant. Il s’était fait l’impression d’être le héros de « A beautiful day » au milieu d’esprits de commerciaux gangrenés par la société du spectacle, incapables de pensées complexes, le genre abruti par la TV réalité,  à apprécier « Despacito » et « Fast and Furious », avec qui toute conversation intellectuelle est impossible.

Au bout d’un moment, las, Brian prit sans diplomatie son manteau et partit. Certains participants étaient gentils, mais toute cette médiocrité bruyante donnait à brian l’envie de se battre. La pression montait, et il s’en fallut de peu qu’il ne démonte un maximun de types. Mais ce genre de soirées, ou seul se battre l’intéressait, il voulait le laisser derrière lui.

 

Il lisait un livre sur le bonheur de Russell. Putain c’était bon. Toujours aussi subversif, et tellement meilleur que les bouquins de développement personnel et les niaiseries et platitudes de Mathieu Ricard, du Dalaï lama, d’Eckart Tollé, de Laurent Gounelle, de Christophe André ou d’Arnaud Desjardins. D’ailleurs, ils écrivaient des dizaines de livres ou ils répétaient toujours la même chose, et en plus se permettaient des leçons de morale. Le bouquin de Russell est beaucoup plus pertinent, provoquant, anti-conformisme, et il n’en a écrit qu’un sur le thème. C’est vraiment un livre, accessible, à faire connaître.

En repensant à la souffrance des esprits libres et originaux, dont parle Russell, Brian reprit conscience qu’ils souffraient tous, et étaient toujours rejetés par la masse. C’était logique mais également injuste que les hommes les plus intéressants, minoritaires, soient ostracisés, persécutés par le troupeau, les imbéciles et les ignorants. Galilée, Copernic, Giordano Bruno, Darwin, Freud, Genêt, Miller, Fante, Kerouac, Polanski ou Woody Allen souffraient de l’immonde ignominie des gens ordinaires. C’était insupportable. Si la démocratie, de par sa nature, doit systématiquement conduire au triomphe de la majorité et donc de la médiocrité, et si l’homme supérieur est sacrifié, elle ne peut être un régime satisfaisant. Le but, c’est que tous aient accès à Dostoïevski ou Pasolini, pas que l’uniformisation évolue vers le plébiscite de Koh Lanta, Arthur ou Hanouna, expressions d’un débilité plus tragique que profonde. Ainsi les plus évolués sont ridiculisés, et l’anti intellectualisme, de pair avec l’ultra libéralisme, est toujours plus influent.

Partout, celui qui lit, donc qui s’isole, se soustrait à l’influence du groupe, est mal vu. Brian avait bien connu ça, notamment à l’armée, et dans un reportage sur la formation des CRS, il avait vu un type, plus fin que les autres, d’origine étrangère, qui lisait. Il était le seul parmi les novices, et ceux-ci ne l’acceptaient pas.  Le jour où les masses seront vraiment éclairées, lire ne sera plus perçu comme quelque chose de subversif par nature.

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