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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 21:08

Jamais une femme n’avait traité Brian avec autant de mépris que Clara, hormis sa mère. On lui conseillait de la laisser partir, de s’en détacher, ne pas s’intéresser à ses projets. C’eut été facile, si elle avait été moins belle, et moins intéressante. Mais elle préférait l’incertitude au confort, à la sécurité. Elle avait, selon le baroudeur Patrice Franceschi, l’esprit d’aventure. C’était une aventurière. Une femme digne d’être aimé par un Corsaire Malouin ! Une entrepreneuse, une artiste, danseuse, poète, peintre, photographe, vidéaste, animée par une quête spirituelle. Plus Brian en apprenait, plus elle le surprenait et le charmait. Une malédiction que d’être initié à quelques-uns de ses secrets ! Ne jamais refuser ce qui sort de l’ordinaire ! Et elle sortait de l’ordinaire. Il aurait aimé lui ouvrir des mondes convergents avec ses aspirations. « La pensée et le mouvant » de Bergson était sans doute la traduction philosophique de sa recherche  et de son état d’esprit. Il lui aurait permis d’aller plus loin, d’y puiser un nouvel élan. « Il suffit d’un geste » de François Roustang pouvait la stimuler également. Et bien d’autres choses. Et l’amour, aussi.

Brian vivait la chanson de Goldman, « Pas toi ». Seules la souffrance et la profondeur exprimées par la musique classique coïncidait alors avec son état d’âme, et seule elle l’apaisait. Il était comme Ludwig II, neurasthénique prostré dans le film de Visconti, à l’écoute des préludes  Wagnériens ! Un esprit frère. Ah, Helmut Berger, qu’es-tu devenu ? Comment sortir de cette impasse ?

Le mariage très proche d’un cousin de son ami russe Alexeï,  où il reverrait Maria et beaucoup de beautés étrangères, le distrairait peut-être de sa fascination. Et puis, il n’avait que quelques jours à attendre pour valider son passeport. Après, il serait libre de partir vers de nouvelles aventures. Il mûrissait des projets en Asie. Il avait un contact à Hanoï par un ami franco-vietnamien et y trafiquerait sans doute quelque temps, tel un Henry de Monfreid transporté sur le territoire Asiatique. Une échappée Conradienne. Avec l’image de Clara, sa beauté, sa profondeur manifeste comme un regret le poursuivant au bout du monde. Il était plus romantique qu’aventurier. Elle était davantage pragmatique. Plus que l’argent ou la gloire, seul l’amour comptait réellement pour lui.

 

Ce qui le surprenait dans les récits d’aventuriers, c’est le peu de place accordée aux femmes. Si l’un d’eux affrontait le risque de la mort, ce qu’il redoutait, c’était de ne pouvoir vivre une nouvelle aventure, et s’il en réchappait, il se promettait de les vivre encore plus intensément, mais il ne se disait pas « si je meurs, fini les femmes, si j’en sors, je ne passerai plus à côté d’une occasion de rencontre ». Or, ce qui plaisait à Brian dans l’aventure, c’était justement les rencontres, les escales dans les ports plus que la mer, la grâce des Indonésiennes plus que les vagues scélérates, la fille du chef tribal amoureuse du voyageur, la pirate qui complétait le corsaire. Même l’attrait de l’or, de la découverte ou des conquêtes ne valait que pour les femmes entraînées dans son sillage. Rien d’autre ne l’intéressait, bizarrement. A quoi bon les richesses de Cipango, l’exploration du Canada, ou la prise de Rio de Janeiro s’il n’y a pas une femme comme moteur et source d’inspiration, à qui tout donner, s’il n’y a pas l’amour ? Plus homme à femmes qu’aventurier donc. C’est bien de se connaître.

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