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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 22:31


Le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, s'est beaucoup méfié de la philosophie.
Elle représentait d'après lui un danger important pour le penseur, celui de s'égarer en de vains et fumeux verbiages, de "spéculer" dans le vide. La vocation de Freud, la voie qui lui permettrait de se réaliser, et d'être réellement utile, n'était pas d'être philosophe, ce qu'il comprit intuitivement et rapidement, et c'est peut-être pourquoi il a senti que l'attrait de la philo était un danger pour lui plus particulièrement, et qu'il devait combattre une tendance naturelle à développer des théories qui seraient déconnectés des faits.

 Il a, par ailleurs, établi une comparaison entre le philosophe, le religieux, et le schizophrène, puisqu'ils fondent tous un système artificiel de mots et de concepts, de significations dont ils s'enveloppent, et qu'ils projettent ce système sur le monde, l'humanisant à leur manière pour le rendre moins hostile.
Les systèmes des schizophrènes ne sont pas intrinsèquement moins valables que ceux des philosophes et des religieux, pas moins erronés dans leur adéquation au réel, mais ils s'en différencient tout de même puisque leurs créateurs ne peuvent communiquer, partager leur délire, se socialiser à partir de leurs créations, ou adhésions à des fictions consolatrices préexistantes.

L'apothéose du délire philosophique est atteint en la personne de Hegel, qui prétendait subsumer le monde et l'ensemble de son devenir sous des concepts forgés par lui-même.
C'est une forme avancée d'anthropocentrisme. Comme si tout l'univers ne "vivait", n'existait que pour l'homme, que le philosophe Hegel en avait compris les lois fondamentales, et qu'il les restituait dans son système !
Cependant, si la critique porte, on peut contester la réduction opérée par Freud , qui semble dévaloriser la richesse de la pensée Hégélienne et de tous ses aspects parce qu'elle s'apparenterait au délire dans ses fondements, son axe principal. C'est oublier la pertinence des effets de sa dialectique, dont la fécondité est l'une des plus fructueuses de l'histoire de la philosophie ( ne serait-ce que par Marx ).

Certains auteurs ( Raikovik ), considèrent Freud comme un plagiaire de Schopenhauer. C'est évidemment de la mauvaise foi. Schopenhauer n'a écrit que quelques dizaines de pages sur la folie, le refoulement, ses causes, ses effets, et en plus dans une optique tout à fait différente.
Pour Schopenhauer, la vie est avant tout souffrance, oscillation perpétuelle entre le manque ( désir ) et l'ennui ( désir satisfait ). Il serait préférable de parvenir à la "négation du vouloir vivre", anéantissement suprême, extinction définitive, sa conception du nirvana.
Comme c'est peu aisé d'y parvenir, il y a des méthodes pour contourner les diktats de la nature, subvertir le vouloir vivre, comme la  création artistique, l'homosexualité ( on détourne la sexualité de sa finalité, de son ordre naturel ).

Pour Freud, la vie a une valeur, le désir n'est pas condamné. L'épanouissement de l'individu est possible, et s'il n'est pas pure affirmation du vouloir vivre, il en est encore moins la négation, puisque cette affirmation est de toute façon absolument nécessaire. Il y a toujours limitation du principe de plaisir par l'extériorité , mais c'est par son adéquation au réel que le désir peut se concrétiser et s'approfondir, et donc donner le sentiment d'exister. Sinon, il reste du domaine du fantasme, du rêve. A l'inverse, si le principe de réalité l'emporte et annihile le principe de plaisir, c'est l'aspect contraignant de la vie qui triomphe. L'équilibre psychique résulte donc d'un compromis sans cesse renouvelé entre principe de plaisir et principe de réalité. D'où une certaine normativité. C'est justement parce que la vie est précieuse, et exigeante, qu'elle réclame la lutte, que l'on doit combattre la tentation des multiples régressions infantiles, car la vie d'un individu ne s'épanouira pas complètement s'il y cède.
Evidemment, cela n'aurait aucune importance si la vie n'avait aucune valeur, et à plus forte raison si l'individu devait s'efforcer d'atténuer, d'affadir le vouloir vivre en lui.

On comprend ainsi pourquoi Freud est plus proche de Nietzsche. Mais il va beaucoup plus loin dans son absence de concessions. Nietzsche, avec le surhomme, l'éternel retour par exemple, a réintroduit les arrières mondes qu'il avait niés.
C'est parce que Freud, qui a mis au jour "l'inquiétante étrangeté" en chacun d'entre nous, l'a découverte contre son gré en quelque sorte, contre son goût de la rationalité, sa méfiance de l'ésotérisme ( alors que tant d'autres, moins solides -Jung- s'y empressent naturellement ), que Lou Salomé, amie de Nietszche, est devenue disciple de Freud, et qu'il soit le seul qu'elle ait reconnue pour Maître.

La violence de l'oeuvre de Freud est pure, elle n'est pas rattrapée, pas compensée par une quantité d'artifices philosophiques dont sont friands les philosophes, et auxquels même Nietzsche n'a pas su résister ( aidé en cela par son immense fragilité ).
L'oeuvre de Freud est beaucoup plus radicale que celle de Nietzsche.
Freud, c'est Nietzsche moins le délire qui en atténue les effets.
Un Nietzsche qui irait à l'essentiel, et qui baiserait Salomé, et qui danserait peut-être. 

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