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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 22:25

 

En creusant les danses thérapies, Brian s’aperçut que pour lui, toute danse était cathartique. Les danses de salon, les danses traditionnelles, la danse contemporaine étaient aussi libératrices que les danses façonnées dans le but spécifique de guérir. Il suffisait de danser pour se trouver et se libérer.

 

Relisant Martin Eden, Brian se dit que même si nombre de thèses de Bourdieu étaient pertinentes, il était prisonnier d’une espèce de paranoïa où il voyait de la domination et de la compétition partout, comme si le seul moteur de l’action humaine, c’était la dictinction. On peut fréquenter des musées par goût réel pour les musées, apprécier Proust sans snobisme, et connaître les codes culturels, savoir que Tolstoï ou Mann sont mieux côtés que London, et exprimer sans honte sa préférence pour London.

 

Il repensa à Clara. Il vit sur son blog qu’elle aimait la nature, appréciait Keats, avait fait une formation de danse « life art process » dans le sillage d’Anne Halprin. Bordel, lui aussi aimait la nature, il avait emprunté un doc sur Halprin, et il aurait pu lui parler du film de Jane Campion sur Keats, qu’il avait vu à « La Fontaine des Eaux », sur un auteur dont il avait visité la maison à Londres. Elle était incompréhensible. Il avait retenté une approche et elle l’avait jeté. Pas la moindre chance ! Incompréhensible. Elle resterait un mystère pour lui, et elle était si fermée qu’il ne désirait même plus l’élucider. Elle avait rejeté sa proposition d’amitié, d’échange, de conversation, tout. Cette froideur, dureté, indifférence, insensibilité confinait à de la cruauté. Elle connaissait les bons plans en danse, elle n’avait même pas pris la peine de lui écrire dix lignes pour l’orienter. Quel mépris ! Il ne pardonnerait pas sa violence. Brian aussi savait être dur, et implacable, quand il le fallait. Va te faire foutre Clara, pour ta dureté sans égale ! A bien y réfléchir, c’était une bourgeoise qui ne connaissait rien à la spiritualité, ni à la philosophie, ni à la littérature. Finalement, c’est lui qui la méprisait maintenant. L’idée lui était même venue que son inaccessibilité était la source de son intérêt grandissant, sans cesse réactivé par un motif quelconque, et qu’elle lui rappelait inconsciemment sa mère par son ambiguïté, l’ambivalence de ses signes. Peut-être cette dureté méprisante l’avait-il attiré parce qu’il pensait qu’il y avait du bon en elle, et espérait la fléchir en ce sens. Dans ce cas, il lui fallait considérablement évoluer sur les plans psychologiques, émotionnels et spirituels. Elle avait gagné. Elle s’était débarrassée de lui. Et il la détestait. Fini, terminé. Rupture violente. Adieu Clara. Il était enfin débarrassé de ce spectre cruel qui l’empoisonnait depuis quatre mois. Elle était en définitive toxique, plus monstrueuse que le « Monstre ». Une femme impitoyable, trop méprisable pour être digne d’être une ennemie. Ni amie ni ennemie, du quelconque !

 

Enfin, il fallait  reprendre l’action, monter une équipe pour buter Jolloré. Maharo ne serait pas disponible pour le coup. Mais Brian aurait le « Monstre » avec lui, et deux types aux parcours tourmentés, tous deux abîmés par de longs séjours en prison, et efficaces. Un espagnol, ancien de la légion, puis mercenaire, longtemps enfermé dans des endroits sordides en Afrique, amateur de littérature, et un indonésien, ancien trafiquant d’armes et de substances diverses, qui lui avait appris les bases du silat. Deux bons guerriers et un mutant. Et lui, un putain de génie, au centre ! Ca allait pouvoir se faire.

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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 22:37

Finalement, Brian revit Clara lors d’un cours de danse. Elle seule était dispo pour l’amener à la campagne au lieu de l’atelier. Quand il l’apprit, Brian ne sut s’il irait ou non. Mais malgré son stress, il ne pouvait fuir. Dans sa voiture, elle conduisait,  il était sur le siège passager et une autre danseuse était assise à l’arrière. Gêné et bloqué durant le trajet, il eut du mal à se décoincer. Puis ils dansèrent. Il n’eut que l’occasion d’un exercice avec elle. Il s’était ému de la toucher et d’être touché par elle. Il aurait aimé plus de contacts, tourner avec elle, rouler sur le sol avec elle, la sentir et en profiter., mais il n’osa l’aborder de front, et il se mit avec une autre danseuse. Pendant tout le temps qu’il joua avec cette danseuse, il souffrait de ne pas danser avec Clara. Il ferma les yeux longtemps pour se concentrer davantage et moins souffrir, ce qui lui permit l’émergence de sensations nouvelles, meilleures Finalement, sur le trajet du retour, il la découvrit plus profondément. Sa familiarité avec l’autre danseuse le poussa à s’interroger sur l’orientation de sa sexualité. Il la découvrit pleine de vitalité, d’énergie, d’envie de vivre, volontaire. Elle fonçait, savait ce qu’elle voulait, et avait un côté pratique, décidé au niveau du tempérament qui tranchait avec les atermoiements de Brian. Elle avait le caractère plus masculin et lui plus féminin. Finalement, alors qu’il pensait qu’elle était comme lui, elle se révélait très différente, moins littéraire, plus sûre d’elle, et beaucoup plus sociable. Ils se complétaient idéalement. Et merde, ça allait recommencer. Elle s’en foutait et il retombait amoureux.  La poisse. Mais qu’est-ce qu’il lui trouvait ? Il pouvait avoir des femmes plus belles, plus cultivées, plus  sensibles et attentionnées, et plus curieuses à son endroit., et il était amoureux d’une femme qui sans doute le méprisait. Elle avait quelque chose de particulier qui l’attirait et le fascinait, à laquelle il voulait participer. La seule solution pour sortir de cette fascination à sens unique, rencontrer quelqu’un d’autre ! Mais ce serait difficile tant qu’il y penserait.

Peut-être, après l’amour, passerait-il par une phase de haine, et réussirait-il à l’oublier. Putain de sentiment amoureux, qui réduit tout l’intérêt de la vie en un être unique. Et putain d’illusion, toujours recommencée ! Ah Clara, t’es une chieuse tu sais ! Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle était pas jalouse. Et elle le rendait dingue. Au fond, c'était peut-être une connasse égoïste et sans coeur à mille lieues au-dessous de lui. Et lui, un véritable artiste, se faisait avoir et l'aimait quand même!

Parce qu'elle dégageait quelque chose de spécial. Elle rayonnait. Et il comprit par intuition la teneur de son égoïsme particulier. Elle ne désirait pour compagnie que des êtres comme elle, qui rayonnaient, et éloignait les âmes véritablement blessées, à qui elle aurait pu être le  plus profitable. Quel dommage!

Ainsi elle n'était pas en paix non plus. Et elle manquait d'expérience de la vie pour s'être mis des oeillères qui la fermaient à ceux dont elle pensait qu'ils ne pourraient la servir. Quant à Brian, il rayonnait lui aussi, parfois, et elle ne pouvait l'apercevoir, tant sa présence l'intimidait et l'affadissait. Il perdait tout élan et toute joie de vivre en réaction à son absence de réaction. Elle ne répondait pas. Elle n'était pas là pour lui.

Elle ignorait peut-être qu'une simple rencontre, inattendue, pouvait un jour sauver sa vie, ou lui permettre de sauver la vie de quelqu'un.

 

 

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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 22:34

 

Brian ne partageait pas la solidarité masculine vis-à-vis des femmes, la misogynie des hommes, leur espèce de mépris généralisé, ni leur façon de parler : « tu l’as attrapé ? ». Non, il était du côté des femmes. Il avait un côté obsessionnel, Adèle H au masculin. Il se sentait extrêmement proche sur ce point d’un écrivain qu’il adorait, Balzac, lui aussi d’une énergie colossale, mais d’une sensibilité féminine. Voici quelques extraits qu’il affectionnait particulièrement :

 

« Je voulus me venger de la société, je voulus posséder l’âme de toutes les femmes en me soumettant toutes les intelligences, et voir tous les regards fixés sur moi quand mon nom serait prononcé par un valet à la porte d’un salon. Je m’instituai grand homme. Dès mon enfance, je m’étais frappé le front en me disant comme André Chénier : Il y a quelque chose là ! » Je croyais sentir en moi une pensée à exprimer, un système à établir, une science à expliquer. O mon cher Emile ! Aujourd’hui que j’ai vingt-six ans à peine, que je suis sûr de mourir inconnu, sans avoir jamais été l’amant de la femme que je rêvais de posséder, laisse-moi te conter mes folies ! N’avons-nous pas tous, plus ou moins, pris nos désirs pour des réalités ? Ah ! je ne voudrais point pour ami d’un jeune homme qui dans ses rêves ne se serait pas tressé des couronnes, construit quelque piédestal ou donné de complaisantes maîtresses. Moi, j’ai souvent été général, empereur ; j’ai été Byron, puis rien. Après avoir jouré sur le faîte des choses humaines, je m’apercevais que toutes les montagnes, toutes les difficultés restaient à gravir. Cet immense amour-propre qui bouillonnait en moi, cette croyance sublime à une destinée, et qui devient du génie peut-être, quand un homme ne se laisse pas déchiqueter l’âme par le contact des affaire aussi facilement qu’un mouton abandonne sa laine aux épines des halliers où il passe, tout cela me sauva. …Sans cesse arrêtée dans ses expansions, mon âme s’était repliée sur elle-même. Plein de franchise et de naturel, je devais paraître froid et dissimulé ; le despotisme de mon père m’avait ôté toute confiance en moi ; j’étais timide et gauche, je ne croyais pas que ma voix pût exercer le moindre empire, je me déplaisais, je me trouvais laid, j’avais honte de mon regard. Malgré la voix intérieure qui doit soutenir les hommes de talent dans leurs luttes, et qui me criait : Courage ! marche ! malgré les révélations soudaines de ma puissance dans la solitude, malgré l’espoir dont j’étais animé en comparant les ouvrages nouveaux admirés du public à ceux qui voltigeaient dans ma pensée, je doutais de moi comme un enfant. J’étais la proie d’une excessive ambition, je me croyais destiné à de grandes choses et je me sentais dans le néant. J’avais besoin des hommes, et je me trouvais sans amis. Je devais me frayer une route dans le monde, et j’y restais seul, moins craintif que honteux. Pendant l’année où je fus jeté par mon père dans le tourbillon de la grande société, j’y vins avec un cœur neuf, avec une âme fraîche. Comme tous les grands enfants, j’aspirais secrètement à de belles amours. Je rencontrai parmi les jeunes gens de mon âge, une secte de fanfarons qui allaient tête levée, disant des riens, s’asseyant sans trembler près des femmes qui me semblaient les plus imposantes, débitant des impertinences, mâchant le bout de leur canne, minaudant, se prostituant à eux-mêmes les plus folies personnes, mettant ou prétendant avoir mis leurs têtes sur tous les oreillers, ayant l’air d’être au refus du plaisir, considérant les plus vertueuses, les plus prudes, comme de prise facile et pouvant être conquises à la simple parole, au moindre geste hardi, par la premier regard insolent ! Je te le déclare, en mon âme et conscience, la conquête du pouvoir ou d’une grande renommée littéraire me paraissait un triomphe moins difficile à obtenir qu’un succès auprès d’une femme de haut rang, jeune, spirituelle et gracieuse. Je trouvais donc les troubles de mon coeur, mes sentiments, mes cultes en désaccord avec les maximes de la société. J’avais de la hardiesse, mais dans l’âme seulement, et non dans les manières. J’ai su plus tard que les femmes ne voulaient pas être mendiées ; j’en ai beaucoup vues que j’adorais de loin, auxquelles je livrais un coeur à toute épreuve, une âme à déchirer, uen énergie qui ne s’effrayait ni des sacrifices, ni des tortures ; elles appartenaient à des sots de qui je n’aurais pas voulu pour portiers. Combien de fois, muet, immobile, n’ai-je pas admiré la femme de mes rêves surgissant dans un bal ; dévouant alors en pensée mon existence à des caresses éternelles, j’imprimais toutes mes espérances en un regard, et lui offrait dans mon extase un amour de jeune homme qui courait au-devant des tromperies. En certains moments, j’aurais donné ma vie pour une seule nuit. Eh ! bien, n’ayant jamais trouvé d’oreilles où jeter mes propos passionnés, de regards où reposer les miens, de cœur pour mon cœur, j’ai vécu dans tous les tourments d’une impuissante énergie qui se dévorait elle-même, soit faute de hardiesse ou d’occasions, soit inexpérience. »

 

« Quelle que fut la puissance de ce jeune homme et son insouciance en fait de plaisirs, malgré sa satiété de la veille, il trouva dans la Fille aux yeux d’or ce sérail que sait créer la femme aimante et à laquelle un homme ne renonce jamais. Paquita répondait à cette passion que sentent tous les hommes vraiment grands pour l’infini, passion mystérieuse traduite dans Manfred, et qui poussait Don Juan à fouiller le cœur des femmes, en espérant y trouver cette pensées sans bornes, à la recherche de laquelle se mettent tant de chasseurs de spectres, que les savants croient entrevoir dans la Science, et que les mystiques trouvent en Dieu seul. L’espérance d’avoir enfin l’Etre idéal avec lequel la lutte pouvait être constante sans fatigue, ravit de Marsay qui, pour la première fois, depuis longtemps, ouvrit son cœur . »

 

« Si vous saviez avec quelles forces une âme solitaire et dont personne ne veut s’élance vers une affection vraie ! Je vous aime, inconnue, et cette bizarre chose n’est que l’effet naturel d’une vie toujours vide et malheureuse…Je suis comme un prisonnier qui, du fond de son cachot, entend au loin une délicieuse voix de femme…Je vous aime déjà trop sans vous avoir vue. Il y a certaines phrases de vos lettes qui m’ont fait battre le cœur, et si vous saviez avec quelle ardeur je m’élance vers ce que j’ai si longtemps désiré, de quel dévouement je me sens capable ! Quel bonheur ce serait pour moi de subordonner ma vie à un seul jour ! Tout ce que la femme rêve de plus délicat et de plus romanesque trouve en mon cœur, non pas un écho, mais une simultanéité incroyable de pensée. Pardonnez-moi l’orgueil de la misère et la naïveté de la souffrance. »

 

« L’amour, cette immense débauche de la raison, ce mâle et sévère plaisir des grandes âmes, et le plaisir, cette vulgarité vendue sur la place, sont deux faces différentes d’un même fait. La femme qui satisfait ces deux vastes appétits des deux natures, est aussi rare, dans le sexe, que le grand général, le grand écrivain, le grand artiste, le grand inventeur, le sont dans une nation. L’homme supérieur, comme l’imbécile, un Hulot comme un Crevel, ressentent également le besoin de l’idéal et celui du plaisir ; tous vont cherchant ce mystérieux androgyne, cette rareté, qui, la plupart du temps, se trouve être un ouvrage en deux volumes. »

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 22:01

Brian encaissa mal ses déboires sentimentaux. Comme dans la série Rectify, il sortait d’un long cauchemar, et il ne savait s’il y arriverait. Comment tenir le coup ? L’ami afro-américain de Holden lui dit, en apparition après sa mort, qu’il ne lui en voudrait pas s’il se sabordait. Une amitié inconditionnelle, sans jugement. C’était une des séries préférées de Brian. Il s’identifiait à Holden. Comme lui, il avait été retenu longtemps prisonnier d’un monde de violence, et il partageait sa sensibilité, son goût pour la littérature, des expériences méditatives. Et le rapport aux femmes du héros, différent et plus attentif que la plupart des hommes était aussi le sien.

Heureusement, la danse l’aidait. Une véritable catharsis. Elle lui permettait de se révéler, de trouver en lui-même une vérité, une inspiration, et il pouvait, grâce à elle, exprimer du plaisir, une souffrance extrême, de la joie, exacerber son côté masculin, ou au contraire évoluer sur un mode très féminin, exposer sa combativité, ou sa fragilité, alterner les postures et les expressions. Et cela, le yoga ou la méditation, qui avaient leurs vertus propres, ne le lui permettaient pas.

Il eut envie de se replonger dans « Martin Eden », un des chefs-d’œuvre de Jack London, un écrivain qu’il affectionnait particulièrement. Il se retrouvait dans le héros, physique, avide de savoir, critique, mal à l’aise avec les prolos, mal à l’aise avec les bourgeois, en quête de reconnaissance et d’amour, et travaillé par l’autodestruction.

Il préférait London à Conrad. Il trouvait l’écriture de Conrad trop psychologisante, et un peu molle. Et puis il avait compris que ce qui le fascinait dans la marine marchande, c’était le mythe « Lord Jim », l’image romantique et fantasmée si bien incarnée par Peter O’Toole. Peter O’Toole, voilà un acteur formidable. Brian avait remarqué que les grands acteurs masculins étaient tous rongés par des failles et avaient un aspect féminin très marqué. Brando, Delon, Depardieu, Dean, Clementi, Dewaere, Clift ont un charisme que n’ont pas Mitchum, Wayne ou Ventura. Et il faut qu’émerge une vraie souffrance. Il ne comprenait pas ce qu’on trouvait à Romain Duris, acteur insipide s’il en est. Mais Mickey Rourke, Joaquim Phoenix, ou Duvauchelle ont cette détresse, et une présence, une voix.

Et donc, O’Toole sublima le personnage de Lord Jim dans l’adaptation de Conrad par Richard Brooks. Mais ce qui attirait Brian dans les périples au long cours, ce n’était pas la mer, mais les escales, les ports, les villes de plus en plus lointaines, et les rencontres avec de belles femmes à Hanoï, Buenos Aires ou Valparaiso. C’étaient les femmes plus que la mer en fin de compte.

Plutôt que lire « Fortune », il se replongerait dans « Martin Eden » et tenterait d’y trouver un nouveau souffle, de nouvelles forces, puis, peut-être, s’immergerait-il à son tour dans la mer et s’y fondrait-il comme Martin, apaisé, fusionnant avec la nature, et s’y perdant positivement, sans plus lutter. Une belle fin.

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 23:09

Quand Brian dansait, il avait des intuitions de pensées et d’actions qui surgissaient. Lors d’une de ses « transes », il eut une intuition de ce type. Malgré son coup de foudre pour la petite Coréenne, il s’aperçut qu’il aimait encore Clara, qu’il la désirait. Il ne savait si elle n’éprouvait qu’indifférence ou si elle avait peur de son propre désir pour lui, mais il ne parvenait pas à lui en vouloir. Il ne la détestait pas. Et même, malgré la grande distance qu’elle lui imposait, il s’apercevait que son ressentiment faussait sa perception. Une femme capable de générosité dans ses actions, et qui écrivait des textes parfois réellement motivants et inspirants, ne pouvait être dure comme il l’avait cru. Et tant pis pour lui, et peut-être pour elle, s’il lui posait un problème particulier. Et ce qui le surprenait, c’est qu’elle l’influençait. Un échange entre Clara et quelqu'un qu’elle interviewa à propos de la posture, lui revenait souvent en mémoire quant il se tenait mal, et il la rectifiait, se redressait. Il avait lu récemment un article de Clara sur un livre qui l'avait inspirée, « Les Tisserands : réparer ensemble le tissu déchiré du monde », et comme l’article lui avait beaucoup plu, il avait emprunté le livre à la médiathèque de la ville. Cette femme était quelqu'un de bien, mais ce n’était pas celle qui lui apporterait ce dont il avait besoin, et il n’était pas un homme pour elle. Il ne comprenait pas pourquoi elle fuyait aussi l’amitié qu’il lui avait proposé. Tout ça était compliqué, et le dépassait. Il y avait lui, son histoire, elle, son histoire, et le Cosmos qui favorise ou non les histoires communes. Parfois, aussi, il est bon d'entreprendre et de favoriser le destin. 

Il en concluait qu’ils étaient sur la même longueur d’onde mais, tous les deux aux extrêmes, ils se repoussaient. Jusqu’à un soudain revirement et un rapprochement inéluctable ? Il aurait aimé la voir, ne serait-ce que pour conforter ses intuitions, ou dissiper une illusion.  Et en même temps, elle refusait de le rencontrer, ne commentait pas ce qu’il lui envoyait, et ne lui donnait pas les infos qu’il lui demandait. Les signes de son désintérêt était évidents, et il ne voulait pas les voir. Mais pourquoi lui avait-elle répondu quand il avait été clair sur ses intentions, quand il ne désirait qu’une réponse positive, sinon qu’elle était mu par quelque désir inconscient ? Il s’était enchaîné à elle en imagination. Il lui fallait couper les ponts. Il aurait préféré les franchir. Ah Clara Ka, Brian se souviendrait de toi ! Tu fus aimé comme peut-être jamais on ne t'aima, et tu ne le sauras pas.

 

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 20:51

Brian n’avait pratiquement connu que la violence. Il ne savait rien de la vie ordinaire des gens, rien du bonheur. Il ne tiendrait plus longtemps comme ça.

 

Au fond, la philo l’intéressait peu. Ce qu’il aimait, ce dont il ressentait le besoin vital, c’était de contact humain, et notamment avec les femmes qui lui plaisaient, la vie affective dont il avait toujours été privé. Proust avait tout faux. La vraie vie, elle n’est pas dans les livres, elle est dans les rencontres et l’affectivité qui s’y déploie.

 

L’hypocrisie terrifiante de l’Etat, relayée par les médias, le révoltait de plus en plus. On glorifiait un « héros de la République » qui avait sacrifié sa vie pour des concitoyens, et on en faisait un grand spectacle insupportable. Certes, cet homme avait été courageux, mais pourquoi dire : « un homme qui sauve des concitoyens est la plus belle action ». Un Italien ou un Algérien valent bien un Français non ? Et puis, cette corruption des élites que tout le monde connaît, cet acharnement judiciaire et financier sur les exclus, ce chômage voulu qui génère des centaines de milliers de morts par suicide, dépression, addictions, ces armes vendues aux dictatures, les centaines de millier de Rwandais que la France a laissé mourir, c’était plus grave que la mort de 3 personnes par un type qui n’avait peut-être pas sa place dans la société. Les vrais coupables, c’étaient Napoléon et les hommes au pouvoir, avides et sans scrupules, et la situation en resterait là jusqu’à ce qu’elle soit changée par la force. D’ailleurs, sans les luttes sociales, les enfants travailleraient encore dans les mines 14 heures par jour.

Et c’est jusqu’à Robert Badinter qui incarnait toute l’hypocrisie, la bonne conscience bourgeoise, qui le révulsait. Lors d’un reportage, il le vit brandir des photos de femmes en prison, qui avaient été maquillées, embellies par Nathalie Reims. Il dit que c’était bien qu’elles soient mises en valeur, comme personnes. Mais ces femmes resteraient en prison ! Quelle lamentable Tartufferie ! En réalité, 90% de ces femmes n’ont rien à faire en prison, et il faudrait les libérer immédiatement. C’est encore et toujours une oppression de classe, et la formule de La Fontaine  toujours d’actualité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »  Une femme surendettée qui va resquiller le train, voler de la nourriture et même des accessoires de beauté (et pourquoi, parce qu’elle est pauvre, devrait-elle se priver de ses moyens de séduction et de bonheur), va se trouver condamnée, quand une femme qui a une villa à Saint-Trop et une villa à Mégève grâce à un financier ou un vendeur d’armes pour mari ou pour père, n’aura pas à franchir l’illégalité, et ne sera pas inquiétée. Le livre de Jack London « Le Talon de fer » excelle dans ses développements sur ces thèmes.

Brian, comme le Ferragus de Balzac, « chef des dévorants », leader d’une société secrète constituée progressivement, éliminerait les puissants, les vrais tyrans. Il avait déjà commencé, mais il fallait attendre le bon moment pour bouleverser le système lui-même. Pour l’heure, sa violence serait infructueuse, et se retournerait contre lui-même. Il prendrait perpétuité.

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 20:47

Il rompit ses relations épistolaires avec Clara. Il s’était déssilé. Elle se révélait inconséquente, et le pire défaut pour Brian, dure. Il s’était également aperçu qu’il s’intéressait plus à son travail qu’elle au sien. Elle ne lui écrivait jamais rien sur sa vie, ses idées, ses projets, ce qu’il lui demandait, à défaut de le voir. En fait, elle n’était pas à la hauteur de ce qu’il pouvait lui apporter. Lui, l’héritier d’intrépides aventuriers du corps et de l’esprit, le fier Malouin pour lesquelles les princesses Ottomanes se damnaient sans réponse, il s’était laissé abattre par une histoire impossible avec une femme qui, pour d’insondables raisons, lui était inaccessible. Il s’était perdu, comme Swann, pour une femme qui n’était pas son genre. Il critiquait Spinoza, Sartre ou Freud via La Mettrie, et elle lui ressortait les platitudes si prisées par les femmes issues de psycho magazine ou des niaiseries Tibétaines. Qu’était-elle, sinon une belle femme avec ses qualités intrinsèques, pas très cultivée, comme il en existe des centaines de milliers en France ? Il l’avait idéalisée. Et elle l’avait fait souffrir. Et puis, il s’était rendu compte qu’il n’y avait que des généralités dans ses messages, mais rien qui lui soit destiné en propre, rien de personnel. Elle était en réalité complètement indifférente, et il se sentit trahi d’avoir livré la vérité de son cœur, de sa vie, de son âme, à une femme qui s’en foutait éperdument, et peut-être incapable d’en sentir la profondeur.

De toute façon, il ne pensait plus qu’à la petite Coréenne avec qui il s’était mis en contact. Il lui avait écrit en anglais ce qu’il n’avait pu terminer de lui dire en face, après son « it’s good, it’s good » . Poitiers sans cette jeune femme c'était Poitiers vidé de toute vie, de tout intérêt, de toute chaleur et de tout amour pour lui. Une ville morte et déprimante, une ville vide.

Il aimait tout d’elle, même sa façon de s’habiller, qu’il adorait. Il n’aspirait plus qu’à partir en Corée. Pour lui, elle était parfaite.

 

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 18:57

Finalement Brian revit la petite Coréenne. D’abord, il la croisa dans le hall immense du TAP de Poitiers, empli de monde, et il n’eut pas la présence d’esprit de rester à proximité, d’aller à sa rencontre. Puis le lendemain, en forme, lors d’un spectacle d’un danseur nu avec gants et chaussures, Aleckander, il s’assit au fond de la salle, à gauche. Il vit le groupe coréen venir. Elle vint à lui, lui fit un signe droite gauche avec les mains, et s’installa à quelque places à sa gauche, séparée de lui par quelques personnes. Il hésita à se lever et à lui demander s’il pouvait s’asseoir à côté d’elle. Il se dit qu’à la fin du spectacle, il ne bougerait pas et attendrait qu’elle passe à ses côtés, pour pas rater l’occasion. Lorsque ce moment arriva, il attendit un peu, puis descendit malgré tout les marches avant qu’elle se soit suffisamment rapprochée. Il s’en voulut et décida de rester dans le bar attenant. Il la vit venir, si mignonne et spéciale, dégageant une aura spécifique. Elle se tourna vers lui, rougit, il rougit aussi. Il fut sur le point de l’accoster, mais son anglais était mauvais, son coréen pire encore. Et puis, il y avait les profs de danse coréennes plus âgées à côté. Il resta bloqué. Rentré chez lui, il s’en voulut à mort. Ca le fit cogiter toute la nuit, une aide inattendue du Cosmos que sa lâcheté avait fait foirer.

 

Le jour suivant, il y avait une représentation d’étudiants sur le Campus l’après-midi, et deux spectacles le soir au TAP. Il espérait qu’elle s’y trouverait, et tenterait de lui parler. Elle était là sur le Campus, avec le groupe. Il avait pensé à elle, à ce qu’il lui pourrait lui dire. Ca n’avait plus rien de spontané, et l’émotion le mit sur les nerfs. Un shoot d’adrénaline. Il s’installa au fond quand ils rentrèrent dans la salle. Elle se rassit pas loin à côté, et ils se firent de nouveau un signe et un sourire commun. Après un temps de représentation, dont il se désintéressa du coup complètement, il sortit pour aller aux toilettes et prendre une timbale de café. Quand il revint, il la chercha des yeux, mais ne la trouva pas. Puis la porte s’ouvrit et il vit qu’elle était sortie pour prendre un café à sa suite. Ils s’étaient encore loupés. L’occasion idéale, puisqu’elle était seule. Il la regarda et lui fit un signe maladroit avec le visage pour qu’elle s’installe à ses côtés mais un signe à peine esquissé. Il dut quitter le spectacle un peu avant la fin pour aller à un rendez-vous. Il espérait la voir de nouveau le soir.

 

Au TAP, il la chercha un temps, puis la vit dans le bar du théâtre, avec tout le groupe Coréen. Ils étaient les seuls présents dans l’endroit. Au moment d’aller à la représentation, il se demanda si elle viendrait. Comme elle n’était pas dans la queue, il hésita à revenir sur ses pas et à aborder le groupe entier. C’était pas évident. Il vit quelques Coréens au bout de la file, derrière lui,  ce qui lui fit espérer sa présence mais ils partirent. Seule une grande danseuse Coréenne, belle et classe, assistait au spectacle, et Brian se désintéressat complètement de la scène, souhaitant juste en finir le plus vite possible, l’âme triste à en être anéanti, sonné, le corps entier vacillant. Quand il revint au bar, où il y avait quelques coréens qui discutaient, il s’enstalla en face d’une coréenne qui enlacait une étudiante française et pleurait avec elle, bouleversées de la fin de cette parenthèse dans leur vie, et de la séparation à venir. Brian aussi avait le cœur lourd. Son moral était au plus bas, et au diapason de leur tristesse. Il se déplaça pour prendre un café et comme une femme prit un verre de vin rouge, il changea d’avis et en prit un aussi. Puis il se replaca sur le canapé en face de la coréenne. Il but lentement, ¾ d’heures d’attente à tenir, quand il la vit venir, avec son aura spécial. Elle le regarda, ils se sourirent, et elle s’enstalla avec un groupe de danseurs mélangés de Coréens et d’autres nationalités. Il fallait qu’il y aille. Assise en face, elle le regardait de temps en temps. Comment y aller, avec ce putain de groupe ? Il la vit se lever et rejoindre celle qui semblait la plus expérimentée du groupe qui marchait là. Elles sortirent du bar. Brian se leva et commanda un deuxième verre de vin. Il était au comptoir quand elle apparut seule. C’était le moment, et merde, la prof plus âgée qui reparaissait à sa suite. Elles s’installèrent face à face, à l’ancienne place de Brian. Elle était placée de façon qu’elle puisse le regarder. Bon sang, il fallait y aller ou mourir. Il vida son verre, le posa, et alla droit sur elle. Il lui fit comprendre qu’il voulait s’asseoir à ses côtés. Il y avait  peu  de place entre elle et une autre femme, mais elle le lui permit. Là, il s’embourba. L’esprit brouillé par l’émotion, avec elle à ses côtés, et la prof plus âgée en face, dans un Anglais qu’il baragouinait, il perdit le fil, précipité. Il lui dit qu’il donnait des leçons de philosophie mais qu’il était très mauvais en anglais. Elle lui répondit que c’était pareil pour elle. Il lui dit : « Tu es prof de philo aussi ? » Non elle parlait mal anglais. Alors, pressé, il lui parla de culture coréenne, d’artistes qu’il aimait bien, mais elle ne compris pas de qui il parlait, sans doute à cause de sa prononciation. Elle lui répondit : « Tu aimes bien le peuple coréen ». Puis il se perdit à nouveau. Au lieu d’attendre, il enchaîna, ne sachant quoi dire, ayant trop préparé mentalement la scène. Alors, après un blanc, décontenancé, il lui dit : « it’s good, it’s good » et partit brusquement, ce qui sembla la surprendre. Il aurait du rester et tenter de parler d’elle, genre : « Are you teacher of danse ? », « What’s your name ? »,  «I’m shy so it’s difficult to say for me but you are beautiful, special, very charismatic girl », « Philosophy is not important, you are important ». Malgré la gêne, il aurait du rester sur place et voir ce que ça aurait donné. Après, pour le spectacle, il la voyait le regarder, mais il ne put l’accoster à nouveau. Ca le bousillait.

 Il y avait une fête de cloture, mais sans elle ça ne l’intéressait plus. Tout ça était vide sans elle.

 

La nuit venue, il fit un rêve étrange, avec la prof grande et classe, merveilleuse danseuse, qui, assise à ses côtés, reposa sa tête sur ses genoux comme si elle avait besoin de réconfort et d’affection. Ca l’avait intrigué au réveil. Elles repartiraient en Corée, et sans doute il ne les verrait plus. Il se débrouillerait pour avoir leurs noms et en savoir plus. C’était trop dur sans ça.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 15:31

Brian revit la femme aux yeux superbes, et Véronique, la médiatrice culturelle, qui s'assit à ses côtés lors d'un spectacle de danseurs exilés syriens. Mais elles ne l'intéressaient plus. Son esprit revenait sans cesse vers Clara, qu'il trouvait différente. Peut-être l'idéalisait-il, comme Don Quichotte dont le délire métamorphosait n'importe quelle femme en vertueuse princesse. Mais quelque chose en elle l'avait touché, une fragilité, un frémissement du corps et de l'âme qui traduisait une sensibilité et une ouverture à la vie peu commune, et il imaginait  les obstacles qu'elle avait dû surmonter pour son épanouissement, quelle était sa vie d'avant, et tout cela le remuait intérieurement. Il était partagé entre son désir un peu égoïste de la voir, et la bonne distance qui lui permettrait de contribuer de loin à la fructification de ses dons. Était-ce incompatible? Serait-il un poids pour elle s'il se rapprochait? Il n'avait pas l'habitude de se voir comme ça, mais son insistance l'avait-elle transmué en boulet? Il ne savait pas.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 00:11

 

En attendant le moment de buter Jolloré, Brian continuait à danser. Il avait un projet de danse solo. Il voulait montrer de façon esthétique et belle son évolution des arts martiaux durs et destructeurs, synthèse personnelle entre shotokan, kyokushin et divers apports, à une pratique martiale apaisée et harmonieuse, préservant agresseur et agressé, et enfin à la pure joie de danser. De la danse de mort, il passerait à la danse de la vie. Puis il terminerait par un seppuku qu’il ne parviendrait pas à aboutir. C’était de l’histoire vécue. Il l’avait tenté avec un cran d’arrêt, adolescent, dans un moment de désespoir. Mais c’était contre nature, et il avait échoué. Il désirait montrer que la dureté conduit au désespoir et à l’effondrement, et le manifester par une alternance entre le maitien trop rigide et droit et l’écroulement. Puis il se redresserait, et trouverait l’équilibre.

Seul Brian pouvait faire vivre cette histoire. Personne d’autre. Et personne d’autre ne pouvait bouger comme lui.

 

L’idée, c’était donc de « danser sa vie », d’exprimer sa vie. On était en plein concept de danse contemporaine. Il avait découvert les fondements de la mutation moderne avec les innovation de François Delsarte, pour qui le corps entier doit être mobilisé pour l’expression. Ainsi, les mouvements corporels traduisent l’état intérieur, et l’influencent en retrour. Ce précurseur français méconnu eut un rôle pour le développement de la danse en Amérique, grâce notamment à son disciple Steele Mc Kay, qui créa une méthode, les « harmonic gymnastics »

Puis, il y eut l’immense Isadora Duncan, dont la vie fut tragique et passionnante. Elle voulut réconcilier, contre les artifices de l’académisme, le corps et l’âme par des mouvements naturels. Elle s’inspira également beaucoup de la Grèce antique.

« Je suis venue en Europe pour provoquer une renaissance de la religion par la danse, pour exprimer la beauté et la sainteté du corps humain par le mouvement. »

Puis Ruth Dennis, influencée par Geneviève Stebbins, combina le delsartisme avec l’inspirante Duncan et y ajouta une technique rigoureuse et une pratique méditative. Danser était pour elle un acte spirituel.

 

Ces découvertes progressives exaltaient Brian. Il voyait s’ouvrir devant lui de nouvelles perspectives. La pratique quotidienne le réconciliait avec lui-même. Les stages et ateliers lui permettaient de s’initier à de nouvelles techniques, et de rencontrer des hommes et des femmes différents des pratiquants d’arts martiaux. Et comme il était d’un naturel bouillonnant, pressé, il avait du mal à contenir sont excitation.

 

Lors d’un échauffement collectif de Jumpstyle, avec La Horde, il réalisa les exercices proposés, assez physiques, à côté d’une délégation d’étudiants et d’enseignants coréens. Il remarqua de très jolies jeunes filles, mais elles se ressemblaient toutes par leur beauté, indistinctes, et comme le narrateur de « La Recherche », elles n’étaient pour lui que des jeunes filles en fleur, et son attention disposait de trop peu de temps pour s’attacher à une figure en particulier.

Il remarqua quelques coréennes plus âgées. De l’une d’elles, grande et mince, se dégageait une profonde intelligence, et elle était pourvue d’une souplesse remarquable dont Brian se demanda si elle provenait du yoga, ou d’un art traditionnel coréen.

Mais son attention fut surtout accaparée par une petite coréenne, jeune encore bien que plus âgée que les étudiantes, sans doute une enseignante, ou un personnel de l’encadrement, qui était placée à quelque distance devant lui, à sa droite, moins belle mais douée de plus de charme, dynamique, généreuse et qui amusait Brian. Ils se regardèrent. Il eut l’impression qu’elle l’avait remarqué. Elle se déplaça et se mit juste derrière lui, seule. Elle le regarda et lui fit un signe d’encouragement et de sollicitude sur un geste ardu. Il lui montra de la connivence. Puis l’échauffement prit fin. Brian ne sut que faire. Elle s’était un peu isolée, les mains sur les hanches. Il resta sans bouger, indécis. Comment l’aborder avec le groupe Coréen resté très proche ? Finalement, il mit son manteau sur ses épaules, prit son sac et se changea dans les toilettes de la Maison des Etudiants. Puis il se dit qu’il avait merdé. Avait-il fui ? Il aurait du rester un peu plus longtemps, et la regarder plus longuement, car elle lui plaisait. Et elle l’avait distrait quelque temps de son attachement excessif pour Clara, française d’origine coréenne qu’il avait cru d’abord d’origine chinoise. Il n’y avait pas que Clara, c’était rassurant, même si la probabilité d’une nouvelle rencontre avec la petite coréenne était bien faible. Bon sang, quel tropisme pour les Coréennes tout de même ! Comme s’il partageait une âme commune avec ce Peuple. Il irait peut-être vivre en Corée, et si les choses tournaient mal, et qu’une bombe lui tombât sur la tête, il se dit qu’il mourrait volontiers avec les Coréens, au sein d’une patrie aimée et désirée. Et pourquoi pas ?

Il ne comprenait toujours pas les résistances de Clara. Elle était, se rendait inaccessible. Et il se demandait si elle ne contribuait pas par ce procédé à stimuler son intérêt. Quoi qu’il en soit, elle restait ferme et résolue dans son refus de le voir. C’était dingue parce que tant de femmes cherchaient sa compagnie, sa conversation, mais il fallait se rendre à l’évidence. Sans être indifférente, pourtant elle le fuyait.

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