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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 23:58

Brian, tourné vers le passé, nostalgique depuis l’enfance, pensait aux proches morts. C’était choquant, d’assister à des enterrements, puis aux enterrements des personnes présentes aux enterrements, bien vivantes alors, et ainsi de suite. Pas de doute, on y passerait tous. Souvent des événements, des impressions lui rappelaient des moments de son passé. Il songea à son vieil ami Schonberg. A chaque fois qu’il écoutait les Innocents, les Guns N' Roses, Abba ou Pink Floyd, qu’il écoutait souvent avec son ami, il se souvenait des bons moments passés, et la tristesse l’envahissait. Ce vieil ami Schonberg, compagnon de tant de luttes !

 

Il se rappela Clara. Cette jeune femme l’avait obnibulé et il souffrait encore de cette rencontre manquée. Mais des informations qui lui parvenaient à son propos le confortaient dans ce qu’il avait compris, un hyper narcissisme, et une grande dureté. Et lorsque Brian percevait une méchanceté bien réelle à son encontre, la volonté de l’enfoncer plus que l’élever, il était capable de ruptures définitives. Clara était ainsi devenue une ennemie à ses yeux. Par ailleurs, il vivait son Coming out Macronien. Habitué à désirer des femmes plus jeunes, il aspirait à être compris et il s’apercevait que seules des femmes plus âgées avaient le vécu suffisant pour intuitivement le comprendre, et il s’ouvrait à des femmes de 20 ou 30 ans plus que lui. Il éprouvait une reconnaissance pour leur écoute. Elles étaient à la frontière des attentions maternelles, protectrices, amicales et érotiques, et il se sentait bien en leurs compagnies.

 

A chaque fois qu’il repensait à ses parents, la colère le prenait. Que faire avec des êtres et sadiques et masochistes qui agissent comme s’ils cherchaient à être tués après tant de violences et manipulations ? Cherchent-ils à en finir avec un sentiment de culpabilité, ou est-ce encore une perversion morbide ? Brian se demandait souvent pourquoi les rescapés des camps semblaient s’en sortir, socialement, mieux que lui. Il pensait que l’explication se fondait dans l’amour propre, le narcissisme sain donné dans l’enfance par les parents, l’entourage. Si celui-ci est assuré, les humiliations endurées par la suite ne sapent pas les fondements de la confiance en soi, ancrée, enracinée. Mais si celle-ci manque, alors toute nouvelle épreuve, tout traumatisme vient renforcer les failles initiales, d’où des difficultés plus importantes si les bases affectives manquent (voir orphelinat roumain) même si les épreuves endurées par la suite sont bien moins violentes que celles des camps. Brian avait lu un livre, « Le sang du ciel » de Piotr Rawicz, où le narrateur, juif, racontait son enfermement avec des Polonais Chrétiens. Il servit de bouc-émissaire, et son moyen de s’en sortir fut de se taire, un silence complet pour ne pas donner prise. Or, Brian avait subi un tel lynchage par ses parents qu’il avait trouvé le même stratagème pour se protéger. Mais sa famille était en quelque sorte pire que les co détenus du « baron » car elle n’avait pas cessé de le harceler, de lui reprocher son mutisme, son attitude, de tenter des manœuvres intrusives, sapant toute distance dans le tragique d’une fusion extrême refusant toute autonomie et différence. A la lecture de ce livre, Brian compris mieux l’intensité de la violence subie.

 

Il pensa que s’il avait été homosexuel dans les années 20, ses parents, par souci des normes, surtout ne pas faire de vagues, l’auraient lobotomisé. Ils confondaient, comme l’écrit Aristote, l’honneur (la réputation) et la vertu. Surtout cultiver son jardin, s’écraser, être docile. « Tu n’es pas assez docile » ne cessaient-ils de lui répéter quand un excès de docilité avait tué toute intériorité en lui. Il avait été le fou de la famille, tour à tour autiste, schizophrène, dyspraxique et j’en passe, c’était sa fonction. Ils ne comprenaient même pas le sens du concept de fusion où le « qui suis-je » de la quête identitaire, trop éloignés d’eux-mêmes par la construction d’un faux self, être le gentil garçon, obéissant, la  fille sage et raisonnable. « Sage comme une image » qu’ils disaient, et c’était là leur idéal, ce à quoi l’enfant devait aspirer à ressembler, être une image docile, qui devait obéir comme un cadavre, et cette conformité à un idéal désastreux du moi ne pouvait conduire qu’à la folie ou à la salutaire révolte, révolte comme issue, mais incomprise, et durement réprimée.

 

Un film afghan, « Wajma », lui rappela des souvenirs. Une fille afghane, qui couche avec un garçon, enfreint les traditions, et le père est extrêmement dur. Il dit à sa fille qu’elle a déshonoré la famille, il la frappe, veut la tuer, et lui dit qu’elle ne doit pas crier à cause des voisins. Or, le père de Brian n’avait que le mot honneur à la bouche. Cet imbécile se prenait pour un bandit Corse. Reconnaître ses problèmes et se faire aider était pour lui un déshonneur, et son fils avait maintes fois déshonoré la famille, et il était arrivé à Brian la même mésaventure qu’à l’afghane, son père l’ayant frappé jusqu’à ce qu’il ne dise plus « aïe », par souci des voisins et désir, volonté d’un parfait contrôle et dressage.

 

Comment pardonner et pourquoi ? Pardonner, comme l’écrit Alice Miller, empêche de prendre conscience de la gravité des actes subis. Et puis, la monstruosité du père, son hypocrisie, capable de grande violence mais qui voulait se réconcilier avant la nuit pour bien dormir, comme si de rien n’était, sauver son sommeil, ne pas culpabiliser, la bonne conscience Chrétienne héritée des années passées au séminaire.

 

Si le génie, c’est avoir des intuitions originales, des obsessions créatrices, comme l’écrit Redmond O’Hanlon dans « Atlantique Nord » à propos d’Einstein, Darwin ou Hamilton, qui permettent d’approfondir plus que quiconque un sujet, un thème, ou de dévoiler de nouvelles perspectives sur le monde, alors Brian, concentré sur ses intuitions et poussant les approches au bout, et selon divers angles, philosophiques, sociologiques, psychologiques, scientifiques, était assurément un génie.

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 21:29

Brian s’énervait vite quand il jugeait d’un manque de respect envers une personne. Pour lui, se laisser insulter sans réagir était inenvisageable. Il avait plusieurs fois proposé son aide à des amis qui subissaient des pressions. Il voulait s’occuper de types qui avaient traité un copain de « grand benêt, de grand dadais » sur son lieu de travail. Ca l’avait secoué. C’était inadmissible. Puis il se souvint que son père l’appelait souvent ainsi, et il comprit pourquoi il voulait éliminer les types.

 

Parfois, le moral de Brian remontait, parfois il rechutait, notamment lorsqu’il se rendait compte à quel point il était différent. Peut-être 95% des gens n’ont jamais lu un livre de philosophie, un classique de littérature, ou un bouquin de science, et lui y consacrait l’essentiel de son temps. Ce n’était pas que du plaisir, mais un besoin qui répondait à une nécessité profonde. Peut-être était-ce une surcompensation d’instincts profonds insatisfaits, un détournement des pulsions érotiques en une pulsion de savoir, d’où une érotisation du champ intellectuel, des objets culturels. Et cette insatiable curiosité, soif d’apprendre, caractéristique également des surdoués, on la lui faisait payer. Son génie était un obstacle à l’intégration, comme si l’intuition (Bergson), en se soustrayant aux impératifs de l’action et  lui ôtant les œillères, détournait l’intelligence de son but et le détachait du monde pratique. Il se passionnait pour la philosophie, la littérature, la psychologie, la spiritualité, le cinéma, les arts du mouvement comme les arts martiaux, la danse, le yoga, pour la théorie de l’évolution et ses implications sociologiques et psychologiques, pour l’éthologie, les arbres et les plantes, les neurosciences, mais il n’avait pas trouvé le domaine ou concentrer ses forces, et ne parvenait pas à socialiser ses capacités, à en faire quelque chose de viable. Et avec ses amis combattants, il échangeait parfois sur ses obsessions, mais il effleurait simplement les choses. Ils ne pouvaient le suivre. Il était essentiellement un philosophe, comme, blague connue, l’on peut dire d’un mathématicien qu’il est extraverti quand il regarde le bout de vos chaussures, c’est-à-dire préoccupé, concentré sur des objets intellectuels, comme des équations, qui l’isolait et lui donnait l’impression, la sensation même, d’appartenir à une autre race. Cette carence dans la communication, la non réceptivité des autres à ce qu’il pouvait et voulait dire, était vraiment pénible. Et lorsqu’il lui était permis d’échanger et d’approfondir par la rencontre avec des sensibilités proches, il se sentait reconnu et moins seul. Car parfois, il avait réellement l’impression d’être seul de son espèce dans l’Univers, et cet isolement était si douloureux qu’il l’amenait toujours à la question du suicide.

 

Lors d’une conversation avec des Russes sur Camus, il aurait aimé développer sur la notion de nihilisme, passif pour ceux qui jugent le monde absurde et s’en retirent, comme Baudelaire et Schopenhauer, actif avec par exemple les anarchistes « mystiques » chers à Dostoïevski, le dépassement du nihilisme avec la révolte constructive, où on rejoint l’affirmation du vouloir vivre de Nietzsche plus que sa négation, et par exemple l’existentialisme. Dans ce dernier courant, il ne s’agit pas tellement de faire malgré l’absurde, car le postulat de base « l’existence précède l’essence », chez l’homme, suppose la liberté, le fait de pouvoir poser des actes, et d’en poser paradoxalement par nécessité de toute façon, et on peut dire alors que la condition de l’homme n’est intrinsèquement pas absurde, mais que la condition de l’animal l’est, automate régi par son instinct, qui lutte pour survivre et se reproduire, mais sans en connaître la raison ni en retirer du bonheur, et qui plus est entièrement déterminé. Alors, si la condition de l’animal est intrinsèquement absurde, seul l’homme peut en échapper (par la négation ou l’affirmation du vouloir, selon l’option et non la structure) ou en échappe nécessairement par sa nature à chaque instant, s’il est libre.

 

Mais Brian se voulait bien plus révolutionnaire. Sa thèse du réductionnisme total du psychisme au corps, à chaque instant, la conscience étant l’expression de l’état corporel, donc déterminé intégralement impliquait le choix de la vraie philosophie, scientifique, conte les hypothèses métaphysiques, les postulats pratiques. Nous sommes des animaux, notre conscience sert les intérêts biologiques de l’espèce. D'où le besoin de refonder toutes les institutions, le passage à une nouvelle ère, l’ère de la responsabilisation, et déresponsabilisation collective, responsabilisation collective juridique, déresponsabilisation métaphysique et phénoménologique. Une nouvelle prophétie. Science, philosophie et sociologie main dans la main !

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 21:27

Lors d’une discussion avec Frère Tang, un ami membre des Triades, celui-ci dit à Brian que le crime ne paie pas. Si, il paie, si l’on appartient à la classe dominante. Si le plus fort n’accepte pas la contrainte, qui l’y contraindra ? Une coalition de plus faibles devenue plus forte ? C’est encore le plus fort. De toute façon, il n’y a pas de séparation des pouvoirs. Les chefs de l’exécutif, du législatif, du judiciaire sont maris et femmes, pères et fils, (encore là peut-il y avoir du drame et des crises salutaires), amis d’enfance. Impossible pour eux de se juger mutuellement. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », « La justice est la domination d’une classe sociale sur une autre ». Cela a été écrit  et réécrit dans ce livre, mais il s’agit d’une vérité, et c’est comme un mantra pour Brian.

 

Il discuta de l’amour avec frère Tang. Quelque part, Laurianne, s’emportant à tout propos très violemment, lui rappelait son père, avec ses yeux bleus et froids, tandis que Clara lui rappelait sa mère, avec ses yeux méchants, pleins de reproches pour on ne sait quelle raison, une ambivalence ou un désir non assumés. Un regard réprobateur, inquisiteur, partagé par son père d’ailleurs, qui évaluait, dévaluait, et qui sidérait encore Brian quand il se sentait regardé. Il découvrait qu’il lui était possible d’exprimer son ressenti par les mots, mais qu’il en était incapable par le corps, que son corps ne pouvait, ou qu’il ne lui permettait pas de laisser paraître des émotions, de la vulnérabilité. La seule chose qu’il pouvait exposer par le corps, c’était la pratique martiale, car c’était son domaine et en se concentrant naturellement sur ses mouvements, il rentrait comme en transe et oubliait partiellement les regards braqués sur lui.  Par contre, il s’était découvert un nouveau rire, un rire sonore. Comme tout était inhibé, il souriait, riait, mais sans émettre de sons, comme toute sa famille bloquée. Et ce qu’il avait pris pour un trait de caractère, était encore le fruit de son éducation répressive dont il se débarrassait progressivement. C’était si difficile d’apprendre à vivre, sans se juger constamment. Et donc, avec Frère Tang, ils parlèrent de l’amour et de l’importance de faire sourire et rire la femme désirée. Mais Brian lui dit qu’il fallait renverser les perspectives. On pouvait tenter toutes sortes de stratagèmes, on ne tirerait rien d’une femme indifférente, mais une femme séduite sourierait au moindre geste, à la moindre parole insignifiante, naturellement, spontanément. Ce n’est donc pas le fait de générer du rire qui provoque l’attirance, c’est l’attirance qui provoque le rire, dont c’est la conséquence, l’effet visible.

 

Brian fit la rencontre de la sœur de l’ami Indonésien qui l’avait aidé à tuer Jolloré. Elle était une jeune étudiante de droit. Ils parlèrent du Silat, que son père pratiquait aussi, de culture Indonésienne, du racisme des français vis-à-vis des Chinois avec lesquels on la confondait, ce qui l’exaspérait, l’Indonésie ayant son identité propre, très éloignée de la Chine. Elle était dynamique, jolie, et gentille. Un archétype du charme de la jeune fille. Et c’était plaisant. Il existe un courant de féministes agressives qui considèrent qu’un femme ne doit pas être gentille, et qui s’érige contre ce qu’elles considèrent comme des habitudes culturelles de soumission. Clara était de ces féministes. On oublie à quel point c’est agréable, une femme serviable, gentille sans être niaise, à l’écoute sans docilité, dont le caractère énergique n’a pas altéré la douceur. Tellement loin des animatrices de TV et de radio agressives et vulgaires dont le modèle se répand dans toute la société. C’est comme s’il fallait être méchant pour pas avoir l’air con, et ça vaut pour les hommes aussi. Et puis, rejeter les vertus supposées de la féminité, comme s’il était honteux d’en être pourvues, c’est aussi intérioriser le discours machiste, dominant, car le garçon, malheureusement, se construit contre la fille, qui sert de repoussoir. On ne cesse de lui répéter : « N’agis pas comme une fille, t’es pas une fille quand même… », comme si c’était une tare d’être une fille, et les féministes qui refusent toute spécificité aux femmes épousent en quelque sorte l’idéologie qui stigmatise tendresse et gentillesse. Quoiqu’il en soit, c’était tellement reposant, une femme bien dans son corps, respectueuse de l’homme respectueux, attirée aussi, et contre laquelle il ne fallait pas se défendre, s’épuiser dans un affrontement typique des sociétés modernes. Le repos du guerrier avec  une femme qui n’était pas une guerrière, et ne cherchait pas à l’être !

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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 15:50

 

L’avantage quand on part de bases très violentes, et qu’on n’attend rien de l’humanité, dont on aimerait même se débarrasser, c’est qu’on peut avoir de bonnes surprises. A rebours des idéalistes, des humanistes qui sont souvent cruellement blessés, il est agréable et source de joie, pour le misanthrope, de faire de bonnes rencontres. Et même si l’ensemble humain est une meute conformiste, ignare et propice à tout lynchage, puisque, dans tout rassemblement, les êtres les plus évolués ont tendance, comme l’écrit Freud, à se rabaisser au niveau le plus grégaire, il est bien plaisant le contact humain. Nous ne sommes pas des tigres, et le fauve humain, dévoyé, n’est ni un Dieu ni une bête mais un animal social contrarié, qui ignore sa véritable nature et ses besoins.

Brian se préoccupait du sort des personnes âgées. Il détectait la condescendance, avec laquelle ils sont envisagés, le mépris, l’atteinte à la dignité liée à l’infantilisation. On estime à un million cinq cent mille les personnes âgées souffrant de solitude en France. Le fait de les parquer en EHPAD, en maisons de retraite, de restreindre leur liberté, de les humilier systématiquement pour le motif que la valeur travail et la productivité dominent la société, sont une des nombreuses abjections auxquelles se livre l’humanité. On n’en pouvait plus de les compter ! Par exemple, les soins du corps sont relativement récents. Pendant des millénaires, on ne se lavait pas, ou peu, et beaucoup de « vieux » se lavent peu chez eux. Les mettre nu et les doucher de force s’ils ne veulent pas, atteinte à la pudeur consternante, devrait être considéré comme un acte criminel. Comme pour tout type d’aide, on doit respecter le désir de l’autre et ne pas s’y substituer, diriger sa vie à sa place. Tout empiétement, toute intrusion de ce genre est une emprise, de même nature qu’un viol. Il faut éduquer la population au respect des individualités et désirs propres.

Et le manque de respect, pour toute forme de vie, cela énervait Brian. Parfois, tout remontait à la surface et tout énervait Brian. La psychiatrie, par exemple, toujours au service du pouvoir, des normes dominantes, qui n’enfermait pas les bonnes personnes, les psychotiques intégrés à l’origine des innombrables humiliations et crimes de masse. Légitimé par l’Etat, « le plus froid de tous les montres froids », les ventes d’armes par Dassault sont plus criminelles que tous les trafics d’armes réunis. L’obsession de la normalité, voilà un problème ! Et la normativité ! Pas d’excès. Il faut boire avec modération. Mais l’excès fait partie du charme de la vie. Les Epicuriens, les Stoïciens, Les Bouddhistes, ont leurs égarements. Trop boire, trop manger, trop fumer, trop baiser, trop faire de sport, trop travailler, pourquoi se priver de ça ? Courir le marathon, c’est de l’excès ! Faut-il s’en priver pour autant ? Faut-il en interdire la pratique ?

Constatons la difficulté pour un individu de développer un avis vraiment personnel, comme on voit les pensées du troupeau, même parmi les gens éduqués, même parmi les philosophes, à propos de l’avortement, forcément pour, et de la corrida, forcément contre, et surtout, pas de peine de mort, mais oui à la perpétuité pour conserver sa bonne conscience bourgeoise, l’hypocrisie Badintérienne. Vraiment, tout énervait Brian.

 

Les vegan, contre toute forme de violence animale, castraient leurs chiens et leurs chats, espèce d’extrémistes tarés, oubliant que nous étions nous-mêmes des animaux inclus dans la chaîne alimentaire, et que sans consommation animale, plus d’élevage, et donc plus beaucoup d’animaux. Allaient-ils interdire la pêche et empêcher les inuits ou les peuples d’Amazonie de chasser  pour survivre?

 

Et puis, cette nouvelle idéologie du bonheur, à laquelle s’attaquaient par exemple Edgar Cabanas et Eva Illouz dans « Happycratie », et bien avant eux, Dostoievski dans « Le Sous-sol ». Tous ces « philosophes » du bonheur, pseudo penseurs de la joie, ces thuriféraires du développement personnel méconnaissent les fondements philosophiques, sociologiques, scientifiques indispensables pour une lecture moins vaine du fait de société. Tout cet engouement pour l’instant présent est complètement absurde. Si les peuples primitifs « vivent l’instant présent », c’est qu’ils sont pris dans un flux d’interactions constantes, qui justement nous fait défaut. Si tant est que vivre l’instant présent soit pourvu d’un sens, il doit être une conséquence, procéder naturellement des conditions de vie, mais pas « forcé », pris comme une cause indifférente au réel, artificielle. C’est qu’en réalité, notre société est malade pour tant d’insistance sur ce qui ne devrait pas être recherché, puisque naturel dans une société saine où chacun a une place. Plutôt que faire l’éloge du psychisme individuel des peuples primitifs, on devrait louer leur société, et puisque les problèmes existentiels ne surviennent que lorsque les problèmes de survie immédiate sont résolus, on ne devrait pas culpabiliser nos concitoyens complètement perdus dans leur immense majorité.

 

 Le dalaï-lama a toujours été très bien entouré. Même sur les routes de l’exil, il était protégé, choyé. Cet océan de niaiseries n’a pas à se préoccuper de ce qu’il mangera demain. D’ailleurs, alors que les hommes cherchent, dans les autres religions, l’immortalité, le  Bouddhisme prône l’ascèse pour sortir du cycle des renaissances, c’est-à-dire entrer dans la mort que nous connaîtrons tous de toute façon naturellement et sans efforts. Absurde, si ce n’est qu’en se donnant cette croyance, en se dupant par la croyance en une réincarnation néfaste dont il faudrait sortir, ils se donnent en réalité la perpétuation qui leur est cher, combattue mais qu’ils espèrent secrètement réelle. Et leur respect de la  vie animale tant vanté est l’espérance d’une incarnation plus complexe et propice qui leur permettra la mort définitive, donc contre la vie. Mais laissons là la foule des ignorants. Leur crédulité s’enracine si profondément. Elle est instinctive pourrait-on dire, comme voulue par la Nature. Là-dessus, Schopenhauer à raison et tort, l’homme de génie fait certes triompher la connaissance sur la volonté en lui, mais en sortant du désir absurde, il ne trouve pas la paix, mais l’absurde.

Pour reprendre sur la philosophie du bonheur, on cherche, par l’auto-management, l’auto-détermination, à responsabiliser à outrance les conduites individuelles, comme à intérioriser la fausse croyance en une liberté inconditionnée. Rien n’est moins libre que l’homme qui se croit libre. L’homme n’est pas plus responsable, à l’origine de son intelligence que de son énergie. La volonté ? On moralise des processus physiologiques. La conscience n’est qu’un épiphénomène, très utile mais soumise à l’empire du biologique. La raison ne veut jamais rien par et pour elle-même, seuls le corps et les affects veulent. Critiquer, et juger le manque de volonté de s’en sortir d’un homme, c’est grotesque, comme si c’était du registre de la liberté de vouloir et pouvoir se libérer. En réalité, personne n’a ou n’est cette liberté. Il n’y a que soumission au corps individuel et à l’environnement en tant qu’il modifie ce corps. L’individu est réductible à son corps et il ne peut que selon son corps. Il n’y a donc pas des circonstances atténuantes, une pathologisation plus ou moins prononcée d’un côté, et des individus sains de l’autre. Il n’y a que des circonstances atténuantes, et une adaptation plus ou moins réussie aux exigences du milieu, avec compromis entre principe de réalité et principe de plaisir qui apporte la satisfaction pour certains, qui foire pour d’autres. Toute justice qui ne traduit pas l’ensemble de la société à chaque crime ou délit est une tromperie, et une injustice. On voit le ridicule quand il s’agit de stigmatiser le manque de volonté, d’envie de s’en sortir ou de vivre d’un vieillard qui s’est affaissé sur lui-même, ou d’un traumatisé crânien qui n’a plus de cerveau. Eh bien tout est de cet ordre, et si quelqu'un parvient à réagir à une situation, c’est qu’il était pourvu d’une possibilité en ce cas et à cet instant qui fait défaut à d’autres et qui n’a strictement rien à voir avec la liberté, avec la volonté, le courage, la morale ou le mérite. Toutes les réponses ou non réponses sont conditionnées par des potentialités déterminées dont l’actualisation ou non est elle-même déterminée. Encore ne s’agit-il là que d’une critique globale de l’idée de responsabilisation de l’individu dans sa quête du bonheur qui méconnaît philosophie, sociologie et science. Mais la croyance que le bonheur est le but, cette obsession morale, l’eudémonisme, est elle-même très contestable.

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 21:20

Finalement, Brian recouvra la vue. Il lui fallut un temps de réadaptation. Retrouvailles avec le monde assez violentes. Il put voir l’éducatrice qui l’avait charmé. Elle était jolie, les cheveux châtains clairs, les yeux marrons, de fines dents blanches, une petite carrure, peu de poitrine, des pieds à ravir, un orteil en moins au pied droit. Adorable. Et un sourire ! Le plus charmant sourire qu’il put voir, après le plus agréable rire qu’il put entendre. Il était curieux de savoir l’impression que relire lui ferait. Il demanda à Maharo de lui amener « La Nausée ». Il put lire, mais quelle déception. Après la chaleur humaine qui l’avait entouré, ces gens qui cherchaient à s’en sortir et vivre, le livre lui paraissait artificiel, faux. Il stoppa la lecture. Il se dit qu’il ferait du bénévolat plus tard. Un souvenir lui revint. Adolescent, il avait été marqué par un film, « Le Carrefour des innocents » de Hugh Hudson, l’histoire d’un délinquant qui changeait de comportement apès son intégration dans un Centre fermé, où il comprenait qu’il pouvait être utile à des hommes plus touchés que lui. Il ouvrait son esprit et son cœur, franchissait un cap important. C’était proche de l’expérience que vivait Brian.

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 21:18

Transféré au Centre, il se familiarisa avec son nouveau monde. Immergé dans d’autres sensations, d’autres perceptions, il fut surpris d’être assez à l’aise, de ne plus être dérangé par le regard des autres. Aveugle, il se sentait moins détaillé, moins jugé, moins évalué. Le sourire lui venait plus souvent, presque spontanément. Il se sentait, malgré l’angoisse, et comme il était bien entouré, presque apaisé. Il se sentait même rayonner. Il était vraiment comme dans un autre monde, qu’il ressentait comme moins conflictuel. Et il allait devoir apprendre.

Comment s’habiller, se laver, toucher l’autre et son visage, se laisser toucher, découvrir différemment ? L’initiation progressive au brail et ses six points « magiques », qui lui permettraient de relire un jour qui sait. Pour l’instant, il s’en passait bien. Comment se faire « guider » ? Comment marcher avec une canne blanche ? Balayer le côté gauche, puis y mettre le pied gauche, le droit et y mettre le pied droit. Comment monter, descendre des escaliers ? Et l’engin pour passages piétons, avec le sifflet, les astuces, les chiens. Puis il y avait les jeux, les ateliers multisensoriels, la cuisine, l’odorat et le goût qui étaient davantage stimulés, l’attention aux voix. On chantait. Les éducateurs, les encadrants, les formateurs parfois malvoyants, les tout juste blessés, tout ce monde, très humain, modifiait les croyances de Brian. Il était entouré d’êtres blessés qui ne s’étaient pas résignés, ou enfoncés dans la haine, le désir de vengeance, comme lui l’était. Ils lui rappelèrent un reportage passé sur la cinq, « Lucy à la conquête de l’Ouest », puis « Lucie au pays du Soleil Levant », ou l’héroïne lourdement handicapé par une maladie dégénérative, réalisait ses rêves, et voyageait, accompagnée d’amis et d’aides soignants. On la voyait, admirative, discuter avec un Japonais rescapé d’Hiroshima, qui nourrissait les moineaux. Celui-ci, vieil homme, expliquait à Lucie que dans son enfance, il n’y avait plus de riz à cause de la bombe, et qu’on l’avait nourri avec des moineaux. Il leur devait la vie et  par gratitude, les nourrissait à son tour. Il aurait pu en vouloir à la Terre entière, ou au moins détester l’humanité, mais non. Des êtres qui, prisonniers de situations désastreuses, héritiers de gênes défectueux, ne se résignaient pas, et allaient vers la vie, vivaient des aventures, des rencontres, s’émerveillaient, aimaient, prenaient des risques. Eh bien, Brian se sentait plongé dans un monde comme celui-là, un monde bienveillant, une plongée dans un bain d’humanité. Et il aurait aimé vivre toujours comme ça, avec  ce type d’entourage, d’interactions sociales, ces sollicitations et cette sollicitude, et l’affection qu’il ressentait pour ces gens. Parmi les éducateurs il fut charmé, son ouïe davantage affutée, par le rire d’une femme, un rire qui touchait son âme à chaque fois qu’il l’entendait. Il tombait amoureux d’un rire, par le rire. Puis par les propos, la façon de parler, la fragilité qu’il soupçonnait, l’odeur quand elle était près de lui, les frôlements, son visage qu’il avait touché. Elle aussi avait touché le sien, et à la façon qu’elle avait de lui parler, de dire son prénom, de le guider, il lui supposait au moins de l’affection pour lui. Ce n’était pas le tueur à gages pris d’affection pour le femme aveugle, mais le tueur aveugle qui suscitait sympathie et attirance, tueur dont elle ignorait à peu près tout d’ailleurs. Une femme adorable, qui le protégeait du fait de sa situation, et qu’il avait envie, le désir instinctif, de protéger, et d’aimer. Une femme qui à elle seule justifiait, donnait un sens à l’évolution. L’évolution était sauvée, puisqu’elle existait.

 

Et la gentillesse sans niaiseries des éducateurs le poussait vers d’autres rencontres, d’autres parcours, d’autres sources et occasions de progrès. C’était vraiment une expérience nouvelle pour lui, des humains, en nombre, qui apportaient plus que les animaux, irremplacables en ce qu’aucun chien ou chat n’était en mesure de donner l’équivalent, la même densité de présence. C’est dire s’il s’était éloigné du monde humain et cette prise de conscience le faisait souffrir. Pour certains hommes, beaucoup en fait, c’était toujours comme çà, ils n’avaient connu que ça, une immersion constante dans des relations bienveillantes, satisfaisantes. Brian aurait aimé ne jamais sortir de ça, de ces découvertes, ne plus s’enfermer dans sa grotte. Comment rejoindre le monde ? Réellement, le bonheur n’était pas le plaisir, une variation quantitative de plaisir. Manger du chocolat, courir, se masturber donnaient du plaisir, mais pas le bonheur. Zéro bonheur dans cette libération d’endorphines, ce bien-être homéostatique. Seules les rencontres, la présence d’autrui peut donner accès au bonheur. L’homme est un animal social et l’homme heureux tout seul, Brian n’y croyait plus ,ou empli de souvenirs amicaux et réconfortants peut-être, ou dans l’assurance de rencontres à venir.

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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 21:14

Depuis quelques temps, Brian avait repris le vélo. Il aimait en faire, les sensations, mais il trouvait que ça lui bousillait les couilles alors il avait stoppé quelques années. Mais ça lui manquait, alors il en avait racheté un., et il roulait. On connait la devise de la légion : « Tu pédales ou tu crèves ». Il sortait régulièrement pour 15-20 bornes, histoire de prendre l’air, le soleil, le vent, de humer les plantes et de voir les arbres. Ca le distrayait. Le vélo, c’est un peu une méditation en mouvement, plus que la course. Il faut pédaler, mais aussi s’adapter à l’environnement, être attentif. En vélo, l’attention est obligatoire. C’est ça ou le scratch, alors ça vient naturellement. Un jour, alors qu’il revenait de Biard, un bled jouxtant Poitiers, et qu’il traversait un parc désert, il entendit une détonation qui le fit sursauter, puis une seconde, et il vit le gravier bouger à proximité. On le visait. Il était le gibier. Il se mit à activer en danseuse, jusqu’à ce que quelques détonations suivent, puis il sombra. Un contrat, mais de qui ? Il avait tellement d’ennemis. Il resta là, quelque temps, quand un couple de promeneurs avertit le Samu. On l’emporta. Les gifles dans l’ambulance et les habituelles questions restèrent sans réponses. Après trois jours de coma, il se réveilla. Il était aveugle ! Le choc, l’angoisse. Il se mit à appeler de l’aide quand une infirmière vint le soutenir, et il replongea dans l’inconscient privé de conscience, ou la conscience pure sans subjectivité, le Soi privé du moi, une obscurité plus acceptable, un noir plus supportable. Lorsqu’il s’éveilla de ce néant confortable, mais éphémère, il sut tout de suite où il en était. Maharo, qui le veillait, lui fit le point. L’impact d’une balle avait généré une cécité totale, temporaire ou permanente. Heureusement, la police pensait à un stupide défi entre jeunes et ne soupçonnait rien au-delà. Et lui, il devait entrer dans un Centre de rééducation pour malvoyants, pour gagner un maximum d’autonomie à court terme et au cas où sa vision ne reviendrait pas.

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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 21:37

Il aurait fallu tuer tous les hommes, mais, comme le mal, la violence est partout présente dans le monde animal, ainsi  l’existence de tous les animaux est également condamnable. Et comment tous les tuer? Pour ne pas participer à la corruption généralisée, il fallait fuir, se retirer dans un ermitage et méditer. Il était si difficile, doué et intègre, de trouver sa place en cette société. Combien la vie en des peuples isolés semblait à Brian plus enviable, peuples sans livres, où tout le monde avait une place. Les hommes étaient si bêtes ! Depuis La Fontaine, rien n’avait changé. Bouygues, Balkany, Tapie, tous ces puissants corrompus, enfumaient le peuple et s’en sortaient toujours, pendant que le peuple, plutôt que lire Proust ou Spinoza, était rivé devant Arthur, Hanouna, Koh Lanta ou le grand bêtisier de l’été. Brian avait beau essayé de ne pas juger, de comprendre, il n’y parvenait pas. La populace était vraiment trop affligeante, il fallait l’élever de force. On ne pouvait se contenter de « aime et fais ce que voudras ». Les abrutissseurs des masses étaient des millionnaires, quand la moitié des historiens, philosophes, sociologues, littéraires, et passionnés de sciences oscillaient entre minimums sociaux et emplois parfaitement abrutissants. Pourquoi s’infliger ça, souffrance et esclavage, et ne pas rejoindre le Grand Tout plus tôt ? De toute façon, rien n’avait de sens en cette vie, du fait de la mort. Brian avait beau creuser, approfondir, il n’y parvenait pas. Il était faux de prétendre, comme Schopenhauer, que les hommes y pensaient peu, vivaient comme s’ils étaient éternels, si la réalité de la mort ne les concernaient pas vraiment. Brian y pensait presque tout le temps. Et ça annulait tout le reste. Pourquoi prendre plaisir et se perfectionner dans tel art, piano, art martial ou yoga, puisque tout ce savoir sera perdu ? Au fond, il n’y a que lorsque l’on dort que l’on ne perd pas son temps, puisque rien ne nous sera enlevé du sommeil, mort. Mais entre l’homme dont la vie est intense et celui qui ne fout rien, quelle différence une fois mort ? Entre l’homme le plus courageux et le lâche, le perspicace et l’imbécile, le raffiné et le rustre, Don Juan et le solitaire ? Teddy Riner oubliera qu’il est champion du monde de judo, les footeux oublieront qu’ils sont champions de coupe du monde, comme Dostoïevski ne sait pas qu’il a écrit "Les Fréres Karamazov", Tolstoï ignore qu’il est l’auteur de « Guerre et Paix », et Wagner le créateur de « Parsifal ». Quoi, ces œuvres, leurs œuvres, ne sont plus rien pour eux, qui les ont crées ? Puisque rien ne reste, reste le délicat problème de comment s’occuper dans ce temps, sachant que rien n’y aura de sens, et que l’ivresse sera tout aussi estimable que la rigueur ? Et les rencontres, les amis, l’amour, il n’en restera rien, aussi ? Ah, vivre est une malédiction, parce que l’on meurt, et il aurait été préférable de ne pas naître, si c’est pour mourir. Encore les animaux n’ont pas conscience de leur condition absurde, ce qui leur permet de vivre sans se soûler. Ah, n’avoir qu’une vie, et sentir la pression, l’urgence de la réussite, et savoir qu’on passe à côté.

 

Au fond, le seul truc auquel aspirait Brian, après lequel il courait en vain, c’était la reconnaissance. On ne dira jamais à quel point l’enfant doit être aimé sans conditions, et pas jugé, évalué en permanence, combien il faut s’aimer soi-même pour avancer dans la vie, se croire capable de réussir, sortir du doute obsessionnel, pathologique, tourné contre soi-même. Lorsque l’enfant se sent sans cesse menacé, il n’a plus d’avenir, il ne peut plus se projeter. Obligé, condamné à vivre au jour le jour, sur le qui vive, vigilant, en situation de post-traumatisme. François Cheng écrit que cette impression de danger, de péril imminent lui a nui pendant des années pour la réalisation de son œuvre.

Dans une logique de super héros, il faudrait passer de l’envie de vengeance à la canalisation de son agressivité et à la justice.

 

Brian lut « Le Rouge et le Noir ». Il fut extrêmement déçu. Le seul passage intéressant se situe à la fin, et concerne des fourmis qui se font broyer par la botte d’un chasseur, drame terrible que les plus philosophes parmi les fourmis ne peuvent comprendre ou justifier. On pourrait dire que c’est leur tremblement de terre de Lisbonne. Mais pour le reste, des atermoiements à n’en plus finir, un style sans attraits, des personnages médiocres, et que des idées communes. Rien de génial. « La Chartreuse de Parme » est plus enlevé, et Fabrice Del Dongo et La Sanseverina sont bourrés d’énergie et d’un charisme que l’on sent. Mais de Sorel, jamais on ne voit paraître le génie et les  exceptionnelles qualités dont il est si souvent question. Combien différente l’œuvre Balzacienne ! Quand Balzac, immense génie, insuffle son énergie et ses capacités à ses personnages, ils exhalent la puissance et le mystère. Balzac est si souvent sous-estimé. Il n’aurait écrit qu’ « Illusions perdues », « Splendeurs et misères des courtisanes », et « La Peau de Chagrin »,, il serait passé pour l’égal de Flaubert et de Stendhal. Mais il a écrit sa gigantesque « Comédie Humaine » et c’est si colossal qu’on n’en a pas une claire conscience. Et puis, il va tellement plus loin, c’est tellement meilleur, plus profond, plus dense, plus vivant que Stendhal et Flaubert, que Brian l’aurait placé au-dessus s’il n’avait écrit que deux/trois romans.

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 20:40

Dans un bar, Brian rejoignit une connaissance américaine, un peintre dont l’essentiel du temps était concentré sur le jeu d’échecs, ce qui traduisait peut-être une forme de folie obsessionnelle, Ca lui évoquait « La défense Loujine » de Nabokov. L’américain lui avait demandé son avis sur un texte qu’il écrivait où il associait la peinture avec Deleuze et Bergson. Il désirait remettre du mouvement, du temps pour ainsi dire dans ce qui était figé par essence. Comment s’y prendre ? Cette fois, il lui demandait son avis sur ce que pouvait l’art contre le mal. Ils échangèrent sur ce thème quelques heures. Brian lui exposa son pessimisme structurel, sa croyance en quelques rencontres amicales bénéfiques, mais son scepticisme sur un véritable progrès moral de l’humanité. L’histoire lui donnait, O combien, raison. Il avait vu un documentaire sur Arte la veille, centré sur l’histoire d’un officier russe méconnu, Stanislas Petrov, qui avait désobéi au protocole et évité une troisième guerre mondiale et nucléaire. Cet homme, toujours vivant, pensait qu’un jour ou l’autre, une bombe serait utilisé. C’était aussi l’avis de Brian. Si avec cinq pays sur cinquante ans, on avait échappé de peu plusieurs fois à la catastrophe, à « Stalker », comment, sur cinq cent ans, l’éviter quand cinquante pays auront la bombe ? C’était peut-être ce qu’avait prévu la Nature. Elle avait tâtonné pour créer l’homme, avait tenté un essai, mais comme le propre de cette conscience réfléchie, c’était la folie, et le fait qu’elle ne se supportait pas elle-même, que la conscience de soi n’aspirait qu’à se délivrer de la conscience de soi, par tous les moyens, travail, sport, loisirs, jeux, alcool, drogue, religions, pratiques méditatives, sommeil, eh bien c’était la preuve manifeste que cette conscience réfléchie était une erreur, que la créature qui en était pourvue ne pouvait pas l’assumer, et comme en plus elle provoquait des monstruosités sur sa propre espèce et le monde, elle s’autodétruirait. Eh bien, très bien ! C’était triste pour les enfants, pour les hommes sympathiques mais ,de toute façon, tout le monde souffrait. Il suffisait de s’attabler à une terrasse de café et d’observer les gens défiler pour prendre conscience de l’affliction inhérente au fait d’être un homme. Ce n’était pas une bénédiction d’être incarné dans cette forme, comme l’écrivaient les religions, mais une malédiction.

Or, la conversation avec cet Américain dévia sur Cuba. Quel était l’avis de Brian sur Fidel Castro. L’américain lui dit que les exilés Cubains à Miami était tous liés à Batista, qu’Ochoa était, comme Trotsky, un traitre. Il défendit Lénine et Staline. Brian lui parla du compte rendu de Gide après son voyage en URSS, des dissidents emprisonnés, du Goulag, de Soljenitsyne, des Allemands de l’Est qui rêvaient de l’Ouest. Et d’un coup, son interlocuteur s’emporta, et lui dit qu’il ne désirait plus parler politique. Il s’emporta, à vrai dire, violemment. Plus jeune, Brian serait entré dans le jeu. Ca se serait envenimé, et il l’aurait cogné. Mais il était blasé de tout ça. Il se contenta de dire qu’il était surpris, étonné, qu’il trouvait la réaction de l’américain bizarre, qu’il ne s’y attendait pas. Kerouac disait que si un communiste venait le chercher, il sortirait la carabine. La conversation reprit et Brian exposa son penchant pour l’anarchisme, dans la grande tradition émancipatrice américaine. L’américain lui répondit par une citation de Marx comme quoi les anarchistes n’avaient jamais rien apporté à l’histoire. Et il se lança dans un monologue barbant. Brian aurait pu lui objecter que le penchant à l’anarchisme de Tolstoï ou que Bakounine, Thoreau ou Miller avaient plutôt apporter des choses positives aux gens, sans trop de violence, et n’avaient pas cent millions de morts sur la conscience, mais l’autre était fanatisé, et ça se serait terminé en du pancrace et un massacre d’américain. Brian se dit même que la réaction virulente de l’américain était louche, qu’il était peut-être un agent de la CIA jouant la couverture communiste avec trop de conviction et d’enthousiasme. Quoi qu’il en soit, il sentit l’adrénaline monter. Ca l’énervait, ces types optimistes sur la nature humaine, qui se prétentent ouverts, qui croient en la paix universelle, et qui, communistes, anarchistes ou libéraux ne supportent pas la contradiction, et disjonctent si l’on n’est pas d’accord avec eux, sont persuadés d’avoir toujours raison, et sont même prêts à en venir aux mains à la moindre confrontation, ces êtres qui paraissent incapables de s’inclure dans la catégorie des cons et de l’erreur potentielle. Ils s’exemptent de la bêtise, et ne semblent pas conscients du ridicule de leurs positions, défendre la possibilité de l’harmonie universelle et de la paix, mais s’emporter, ne pas se contrôler si on pense différemment. Le fait même de s’emporter est déjà un signe de maladie, de dysfonctionnement, de pathologie psychique, et inquiétant, car ces gens qui prétendent que le pouvoir ne corrompt par nécessairement montrent par leus excès qu’ils seraient les premiers à envoyer leurs contradicteurs au goulag. En réalité, ils sont sans doute même moins équilibrés que les dictateurs qu’ils défendent, et ils en seraient les pions, le servile troupeau dès qu’il le pourraient. Ce sont les pauvres gens ordinaires, incapables de pensées et de prises de risques vraiment personnelles. Encore heureux pour l’américain que Brian choisissait ses cibles avec soin, et qu’il souhaitait éviter avec force une dérive totalitaire. Mais de Batman ou de Bane, quelle direction fallait-il choisir ? Il hésitait, encore.

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 22:47

« Quand le tigre descend de la montagne vers la plaine, il est intimidé par les chiens ».

Assailli, accablé par des images mentales violentes, Brian aurait aimé les extirper de lui-même. Il repensa à toute cette putain d’absurdité de la vie. Il fallait parvenir à vivre, malgré cette absurdité, trouver, créer du sens malgré cet absurde. Mais était-ce possible ? Il fallait que cette possibilité soit contenue à l’état virtuel dans un univers ordonné, d’où on pouvait extraire du sens. Après tout, comme l’écrivent les Taoïstes, comme l’écrit François Roustang, quelque chose tient, dans l’Univers, crée du lien, et une continuité à partir de laquelle on peut se projeter. Il y a une stabilité, une cohérence, une cohésion. Même si tout semble absurde, si l’humanité semble être l’erreur la plus insupportable crée par la nature, espèce qui amplifie démesurément la violence, la manipulation, la bêtise, la destruction et même la laideur.

Quelque part, Bouddha a raison. Lorsque l’on voit les gens déambuler dans la rue, on a l’impression qu’ils portent tous un fardeau trop lourd à porter, qui les tasse et leur impose un masque de souffrance. C’est un spectacle affligeant, pathétique et triste. Seuls les jeunes hommes et les jeunes femmes y échappent un temps. Après, c’est vraiment la vieillesse, la souffrance et la mort. Il vaut mieux s’éloigner ou fermer les yeux, échapper à tout ça. Mais les habitants des contrées les plus reculées sont parfois des créatures effroyables, tant au physique qu’au moral. On est dans « La Colline a des yeux » ou dans « Délivrance ». Finalement, la seule chose qui peut permettre de tenir le coup, c’est l’amour et les rencontres amicales. Mais quand l’amour manque, ça ne sert plus à rien de lutter, on lutte pour rien, juste pour tenir ou alors on lutte pour l’amour à venir. Pourquoi les gens, dans leur malheur, tiennent le coup ? Dans l’espoit d’une accalmie un jour, de l’amour, d’une rencontre, du bonheur, d’un peu de sérénité. On sait bien que cet espoir sera pour la plupart déçu. « Les hommes meurent écrit Camus, et ils ne sont pas heureux ». Quel scandale. Savoir qu’on n’a pas plus d’importance pour l’Univers qu’une fourmi, souffrir bien davantage, et continuer quand même ? Par peur de la mort et que tout soit fini ? Rien de plus déprimant que « tant qu’il y a de la vie, y a de l’espoir ». La mort vient rapidement, pour tous et pour l’éternité, et alors, avec ça, mort, plus d’espoir hein ? Plus de rencontres ,plus d’activités, plus de projets, plus d’amour, plus rien ? Eh quoi alors ?

Vive la superficialité, l’ivresse, le shopping, et la bêtise finalement. Comment supporter tout ça, autrement ?

Comme l’écrit Tolstoï, reprenant les Stoïciens, si la vie est trop insupportable, il y a mille portes de sortie pour une porte d’entrée. Mais il écrit aussi que les trois dernières semaines que l’on ne vivrait pas si l’on se tuait auraient peut-être été celles qui auraient tout expliqué, tout récapitulé, tout justifié. Alors on espère cela, on le ressent plus ou moins, et on tient pour et par cette croyance, avec l’espoir de la vérification d’une hypothèse.

 

Brian repensa à la petite Coréenne croisée trois mois plus tôt lors du festival de danse. Cette jeune prof de danse avait quelque chose de spécial, son physique, son regard, sa présence, jusqu’à sa façon de s’habiller. Il avait eu une sorte de coup de foudre pour elle. Allait-il s’envoler sur un coup de tête et partir la rejoindre à Séoul ? Une nouvelle vie là-bas, loin des exploits et de la violence ?

Amour impossible ou impossibilité de l’amour ? Tragédie non comique avec issue ? C’était si rare pour lui de rencontrer des femmes pour lesquelles il ressentait attirance physique immédiate et sentiments, une femme qui le touchait et avec qui il avait envie d’être. De par le monde, tellement de femmes sans attraits, et tellement de jolies filles creuses et sans charme, qui lui étaient complètement indifférentes. Et parfois, une belle apparence avec une aura, un regard et une présence, qui émergeait et était là. Et la vie sans l’émergence de cette perle semblait vaine. Pourtant de ces rencontres, que resterait-il mort ? Quels souvenirs, quelles traces, quelles émotions ? Quelle conscience ? Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark !

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