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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:59

D’une certaine façon, Brian était un super héros, qui rêvait d’une vie ordinaire, mais prisonnier de pouvoirs, de capacités qui la lui rendaient inaccessible. Car, au fond, ce qu’il désirait, ce qu’il enviait, c’était la vie de tous ces gens qu’ils voyaient partir au travail, rentrer du travail, et dans des maisons chaleureuses, avec une femme, des enfants, un jardin, une vie simple, et suffisante. Or, après bien des déboires, bien des efforts, il comprit que ce rêve, il ne le réaliserait jamais. Il était trop différent. Il serait toujours décalé, étranger, dans une autre sphère. Et ses capacités même lui interdisaient ce genre de vie ordinaire. Il resterait seul, toute sa vie. Comme Kierkegaard, il avait l’impression de ne jamais avoir réellement vécu, d’être passé, de passer irrémédiablement à côté de la vie. Il comprit que la lutte était vaine. Sa dernière issue vers une vie meilleure, nouvelle, on la lui avait ôté.

Il médita, confronté à toutes ses impossibilités. Puis il s’allongea, simplement, et il partit. Il s’envola, un instant, et son âme, sans qu’il sut pourquoi, réintégra son corps. Son temps était celui de Dieu, ce n’est pas lui qui décidait.

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:48

 

« Je pense donc que l’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple.
Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne. Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.

Il y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s’accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c’est au pouvoir national qu’ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m’importe bien moins que l’obéissance. »


Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome 2, Chapitre VI : Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre.

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:40

 

Une enquête menée par Réalités vient de nous apprendre comment les Français conçoivent le bonheur. La majorité d'entre eux le voient dans 1'absence de maladie, ce qui est une vue courte, mais saine. II n'y a rien à reprendre à ce bon sens-là.

12,7 % donnent à 1'amour la première place que 1,5 % seulement réservent a la famille ; cette contradiction apparente donne à penser. Enfin, et c'est là ce qui m'intéresse, 0,4%, c'est-à-dire quatre Français seulement sur mille, mettent la liberté au rang du bien suprême.

Naturellement, les enquêtes ne doivent pas être prises trop au sérieux. Elles enregistrent des réflexes, et non la réflexion. Mais enfin, devant la liberté, le réflexe de la France parait ici plutôt détendu. Le grand cri « La liberté ou la mort » semble s'éteindre parmi nous. Servitude et bonne santé, voilà le slogan de demain.

Pourquoi s'en étonner ? La liberté est la grande calomniée du XXe siècle. Bafouée par les uns, trahie par les autres, elle meurt au milieu d'un cercle de docteurs ricanants. La liberté pour quoi faire ? disait l'irremplacable Bernanos. Pour quoi faire, en effet ? Une valeur n'est vivante en société que par l’effort  qu'elle exige pour équilibrer les devoirs et les devoirs qu’elle définit.

La société bourgeoise a refusé les devoirs de la liberté pour ne garder que ses jouissances. Elle a ainsi permis que la liberté prenne le visage du chômeur libre en effet de choisir son pont pour y dormir. La société révolutionnaire a refusé les droits à la liberté. Sous prétexte d’affranchir un jour tout le monde, elle a prétendu, aux applaudissements de nos intellectuels, asservir sans délai chacun. Elle a donné ainsi à la liberté le visage engageant du verrou.

Après cela, qui voudrait courir après cette amante en loque ou cette maîtresse en uniforme ? Personne, bien sûr. Mais, du même coup, les ennemis de la liberté se frottent les mains et parlent haut. Témoin cet étudiant allemand qui fait l’apologie des camps nazis en expliquant qu’il fallait que les libertés individuelles fussent bridées pour que la liberté de l’Allemagne soit assurée. Dix ans après que les crématoires se sont éteints, un intellectuel allemand se lève donc pour attiser encore les cendres.

Mais cet ignoble raisonnement n’est pas seulement ignoble parce qu’il réserve à l’Allemagne le droit de torturer et d’humilier. Il est ignoble dans sa forme même, et parce qu’il admet qu’une communauté, quelle qu’elle soit, et fût-elle universelle, a le droit de disposer de la liberté et de la dignité de millions d’hommes pour se préserver elle-même. C’est là ce qu’il faudra refuser jusqu’au bout. Seuls ceux qui soutiennent sans relâche ce refus ont le droit de s’indigner devant cette nouvelle et répugnante apologie. Ceux qui, si peu que ce soit, excusent l’institution concentrationnaire en Russie, et n’en réclament pas l’abolition inconditionnelle, n’ont au contraire aucun droit à l’indignation. La société universelle à laquelle ils rêvent ne justifie pas mieux le meurtre ou l’avilissement des hommes libres que les songes démesurés de la Grande Allemagne.

Quand l’intelligence démissionne de son plus grand devoir, quand elle déserte l’interminable combat de la liberté, il est normal en tout cas que la nation elle-même fasse retraite et rêve de vitamines. La liberté, après tout, n’est pas l’état naturel des hommes. Elle est une conquête perpétuelle sur la nature, sur la société et sur soi-même. Elle est enfin une règle de vie, et, parfois la plus haute raison de mourir. Comment une société, si soucieuse de sa santé, et où l’on crève de peur à la seule pensée de devoir un jour mourir, choisirait-elle cette épouse toujours répudiée et toujours exigeante ?

C’est pourquoi, au lieu de désespérer, j’admirerai, du fond du cœur, que quatre Français sur mille aient placé la liberté au-dessus de tout. Si ce réflexe est vraiment celui de cent quatre-vingt mille Français, une solitude vient de prendre fin, et un espoir commence. Il y a quinze ans de cela, ceux qui, par leur refus ou leur sacrifice, ont sauvé en même temps le pays et la liberté étaient assurément beaucoup moins nombreux.     

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:38

 

Hier, je suis allé à la médiathèque. On a exigé un Pass sanitaire, que je n’avais pas. J’ai été refoulé. Une amie m’avait dit qu’ils avaient mis une jauge à 49, pour que ce soit possible d’y aller sans. Fausse info. Je n’ai donc pas pu aller étudier de la philosophie à l’étage, étage immense, en plein mois d’août, avec masque et produit, étage déserté à cette période, où il n’y a aucun risque. Mais je peux aller acheter des téléphones portables dans des centres commerciaux, des meubles, ou prendre le métro bondé ! Terrible ineptie de nos gouvernants, qui se moquent des dissidents, des résistants, « frange ultra minoritaire et capricieuse », « prête à se faire vacciner pour aller au café ». Quel mépris ! Au café, au ciné, au musée, au restaurant, en bibliothèque, en salle de sport, à l’hôpital, en Ehad, en bus, en train, au travail… Quelle abomination ! Violence insoutenable des représentants de l’Etat. Tout cela dirigé par un type qui a triché sur tout, totalement inculte, qui a eu son monde en récitant deux poésies sur les ondes, et pseudo assistant du philosophe Paul Ricoeur ! Quelle mascarade ! Ah, et puis, Laurent Fabius, président du conseil constitutionnel, et Victor Fabius, directeur du cabinet de conseil Mc Kinzey pour la diffusion du vaccin en France ! Etonnant n’est-ce pas !

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:18

 

Au nom du bonheur, on en réduit toutes nos libertés. Ce qu’on entend par bonheur, ce sont les imbécilités proférées à longueur de journées sur les médias par Matthieu Ricard ou Christophe André. Platitudes sur platitudes. Niaiseries sur niaiseries. Avec une responsabilisation individuelle qui méconnaît les déterminismes sociaux, économiques, familiaux. Ce n’est pas un hasard s’ils sont si bien rétribués par le système. Et que dire de Pierre Rabhi, qui fait les délices du Patronat ? Soyez pauvres et heureux, mais restez pauvres !

On entend Matthieu Ricard parler de « méditation de pleine conscience bienveillante ». Au Diable toutes ces foutaises mielleuses. Lisez « Eloge de la fuite » de Laborit, « A la conquête du bonheur » de Russell, voilà des livres subversifs sur le bonheur, profonds, et méconnus. Sur les méfaits de l’idéologie totalitaire du bonheur, on peut lire « Le sous-sol » de Dostoïevski, et « Nous autres », de Zamiatine, excellentes lectures.

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:17

 

Quand toutes les fausses subversions se concentrent sur de vaines et dangereuses fumisteries. Qui ne voit que l’écriture inclusive, non binaire, n’est là que pour servir l’idéologie actuelle, pour rendre impossible la lecture des classiques par l’apprentissage de ces nouvelles habitudes ? La culture est déjà pratiquement inexistante en France, le QI a baissé, conséquence notamment des émissions de télé, de radio dont la débilité est plus tragique que profonde. Or, et c’est un signe, ces faux progrès de mœurs et manières, la théorie du genre, l’écriture inclusive, sont adoptées par l’administration totalitaire de l’Etat, « le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche). Ce n’est pas un hasard, c’est l’évolution vers un monde où tout est marchandise, y compris le corps humain, où le moins naturel passe pour le plus naturel, où toutes les valeurs sont renversées. Nous sommes dans une décadence absolue de l’intelligence, des conduites,  une bêtise généralisée, un conformisme terrifiant. Mais il y a des résistants.

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 23:08

 

Nous étions déjà dans une dictature, démocratie apparente, mais où aucune voix discordante n’était tolérée, où la liberté d’expression ne valait que pour ce qui n’était pas censuré. Nous avons évolué dans un totalitarisme de science-fiction, à la chinoise, avec QR code et tout numérique, où le Sénat discute tranquillement de lois à adopter pour collecter nos données personnelles, de bracelets électroniques à nos poignets, de comptes bancaires gelés, d’infos en temps réel, et ceci pour notre bien évidemment, pour notre sécurité ! Que le peuple est crédule, et bien docile ! Un nouvel attentat, une aubaine pour la reconnaissance faciale par caméra, une nouvelle épidémie, un nouveau variant, et se bâtiront des camps pour réfractaires, s’imposeront de nouveaux confinement etc. Pour rappel, une grippe en 1969 a fait en quelques mois, en France, le même nombre de morts qu’en deux ans de Covid. Et alors ? La vie est dangereuse. Faut-il viser le risque zéro au détriment de la liberté ?

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 21:39

 

Ma révolte, ma colère contre le gouvernement actuel à la solde des lobbies sont telles que pour une fois, j’ai du mal à trouver les mots. Je ne sais pas par où commencer. L’aveuglement de ceux qui ne voient pas vers quelle société on nous dirige ? On se sert du covid pour instaurer une dictature sanitaire, pour notre sécurité, notre bien ! Terrible.

S’il n’est pas anticonstitutionnel d’imposer le Pass sanitaire car l’enjeu serait la santé collective, le bien commun, pourquoi on n’interdit pas la moto, et les bains de mer ? Pourquoi on n’impose pas les casques en voiture, à pied ? On devrait d’ailleurs interdire en priorité les Mac Do, puisqu’ils causent la mort de milliers de personnes chaque année. Et pourquoi on ne peut plus passer d’examens à l’hôpital sans pass, sauf urgences, puisque c’est notre santé qui est en jeu et que ces mesures sont censées être prises pour notre santé ? Pourquoi, il y a quelques semaines, les experts du vaccin disaient que les risques l’emportaient sur les bénéfices pour les jeunes adultes, et maintenant qu’il faut vacciner les plus de 12 ans, 3 ans en Israël ? La vérité, c’est qu’on change de société. Toutes les libertés fondamentales, les droits essentiels sont bafoués. Et on sait que ce n’est pas temporaire, car des variants, de nouveaux virus, il y en aura toujours à venir. Honte aux communistes, honte aux socialistes, qui prônent la vaccination obligatoire. Mais gare ! Dans « Malaise dans la culture », Freud explique que plus il y a de répressions, plus il y a de pathologies psychiques. Notre société est si répressive qu’il va inévitablement arriver un moment où le peuple se révoltera pour retrouver la liberté, et la dignité qu’il a perdu, ou il se réappropriera son travail, sa vie, et il ne sera plus, comme actuellement, l’esclave d’emplois absurdes et chronophages. Mais qu’attendre d’un gouvernement dont la ministre de la culture est Roselyne Bachelot ? On est passé de Malraux à Bachelot. C’est significatif ! Qu’attendre d’une société ou les agents de sécurité et de surveillance ont remplacé les gardiens de la paix ? Glissement sémantique significatif. Qu’attendre d’un gouvernement qui est parvenu à dissoudre le programme de philosophie, à en expurger tout l’intérêt, et la subversion ? Ce gouvernement doit être renversé car il n’est pas légitime.

Terminons par les derniers vers de « Ultima Verba » de Hugo :

Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !
[…]

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 22:18

Le principal mystère, pour beaucoup, c’est l’existence du mal. Pour Brian, c’était la souffrance humaine. La Terre n’est rien pour l’Univers immense, l’homme n’est rien sur la Terre, un point, et sa vie un instant entre deux néants, et malgré tout, l’intensité de sa souffrance psychique est écrasante, abyssale, surprenante. Et c’est sa conscience qui le fait tant souffrir qui l’empêche de mettre fin à sa conscience, car l’homme sent confusément qu’il n’a que cette vie pour faire des rencontres, trouver l’amour, vivre et comprendre. Alors, il tient, dans l’espoir d’un apaisement, d’une vie meilleure, qu’un jour les choses changeront. La plupart du temps, elles ne s’améliorent pas. La vie humaine est la pire condition, le pire sort, la vraie malédiction, l’incarnation la plus terrible, la plus tragique. Impossible de s’en sortir, sinon par une brusque sortie, ou un changement global des conditions de vie, des rencontres, du psychisme, le franchissement d’un point de non retour qui ne peut survenir que presque miraculeusement.

Brian avait envie de vivre, mais il ne savait pas comment s’y prendre. Un jour, pourrait-il être celui qui dit, pense de lui-même, comme le narrateur à la fin du film « L’œuvre de Dieu, la part du Diable », lisant un livre aux orphelins :

« C’est ainsi que je commençai une nouvelle vie, avec un nouveau prénom et une nouvelle façon de voir le monde. Elle me paraissait sortir d’un rêve. La mémoire de mon ancienne vie est accompagnée d’un tel manque d’espoir que je ne saurai dire si elle a duré un mois, un an ou une éternité. Je sais seulement que cela fut, et que cela n’est plus. Et que jamais je n’y reviendrai. »

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 18:26

Sur les couvertures des magazines, toujours les mêmes têtes, Matthieu Ricard, Frédéric Lenoir, Christophe André, promettant les mêmes platitudes. Le contexte socio-économique, philosophique, psychologique qui poussait les hommes vers des pratiques superficielles de méditation, l’aspect critique était inexistant. «Tout est bien dans l’instant présent ». Même pour le chien, ça ne veut rien dire. Un chien a des besoins physiques, psychiques, a besoin de se dépenser, de résoudre des problèmes, de sécurité, d’affection, sans quoi il n’est pas épanoui, il s’étiole, angoisse. Et puis, cette injonction permanente au bonheur, si lassante, ces moralistes guidant le bon peuple, avec des leçons de vie, des « coachs » de vie.

Ah Montaigne ! Prendre le masque ironique et moqueur de Démocrite plus que l’air grave et désespéré de Parménide, pour supporter la vie et les gens, leur bassesse et médiocrité, leur vile compromissions, sans en être trop affecté.

 

Tchouang Tseu, et la mort de sa femme, qui le peine mais dont il tente de se détacher parce que c’est un processus naturel. Mais il manque l’essentiel à ce raisonnement logique, la réalité de la présence manquante, et la vie sans elle. Là encore, ce n’est pas qu’une représentation plus qu’un événement qui affecte, c’est un événement qui génère naturellement une représentation. D’ailleurs, peut-on avoir des amis, des amantes sans s’attacher et sans devenir dépendants ? Les biologistes, avec l’ocyotine libéré lors de l’orgasme, ou développé lors de l’attention aux enfants par exemple, exposent un processus naturel et chimique indépassable pour qui veut vivre une vie d’homme. Marre de ces hommes qui

font « ces pointes élevées de la philosophie sur lesquelles aucun être humain ne se peut rasseoir et ces règles qui excèdent notre usage et notre force ? Je vois souvent qu’on nous propose des images de vie, lesquelles ni le proposant ni les auditeurs n’ont aucune espérance de suivre, ni, qui plus est , envie. »

 

La lecture de Darwin apporta des réponses à Brian. Entre  l’ultra libéralisme de Spencer et l’eugénisme de Galton, Darwin, comme souvent, a la position du sage. Même s’il s’avérait qu’une politique eugéniste puisse réduise la dégénérescence et améliorer l’espèce, il s’insurge contre cette sélection artificielle, la domestication de l’homme par l’homme, car ce serait pour des bénéfices futurs incertains mutiler dans le présent la part la plus noble de l’homme. Patrick Tort appelle « effet réversif de l’évolution », l’idée qu’en l’homme, par la civilisation, l’évolution sélectionne la non sélection. L’altruisme, la coopération, l’entraide, la sympathie, les capacités rationnelles et les instincts sociaux l’emportent sur la sélection naturelle, même s’ils sont issus de la sélection naturelle. C’est-à-dire qu’ils servent l’espèce. Mais on arrive à un autre problème. Morale relative  ou absolue ? Si on n’élimine pas les plus faibles, c’est dans l’idée qu’au fond, cela nuirait à la perpétuation de l’espèce, mais si cela, pour d’autres motifs évolutifs, étaient bénéfiques ? Les valeurs doivent-elles toujours l’emporter, y compris si elles sont néfastes à l’homme ? Par contrer une idéologie, ne retomberait-on pas sur une autre idéologie ? S’il s’avérait que l’éthique nuise à la vie, faudrait-il la privilégier malgré tout, ou ne la considère-t-on que dans la perspective qu’elle est bénéfique pour la vie humaine ? Mais la mettre au-dessus de la vie humaine si elles deviennent antagonistes, est-ce encore éthique ?

 

Brian creusa le thème obsessionnel pour lui du suicide. « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux » comme l’écrit Camus. Qu’attends-on exactement en persistant dans la vie ? L’espoir, un jour, d’être heureux ? Mais c’est un espoir que l’on observe très peu comme le leurre inventé par la Nature pour pousser les hommes à vivre et à espérer. Car « la vie ne couvre pas ses frais ». Tout en le sachant, on vit quand même. Par peur de mourir ? Pour les plaisirs qu’offre la vie, même si éphèmères ? Peut-être dans l’espoir de trouver la sérénité, l’apaisement avant de mourir. Mais pourquoi est-ce si important, puisque l’on meurt de toute façon, et qu’on n’en a nul souvenir, que ça ne fait pas de différence ? Cela en fait-il une vivant ?

Ou alors, c’est l’amour que l’on cherche. Parce qu’il décentre, et que l’on perd, naturellement la peur pour soi, qu’on a surtout peur pour l’autre.

Ou bien, c’est l’espoir des trois dernières semaines Tolstoïennes, qui expliqueraient tout, justifieraient tout, sauveraient tout, que l’on ne vivrait peut-être pas si l’on se suicidait. Mais pourquoi est-ce si important ?

Ou encore, et peut-être est-ce ce qui nous maintient vraiment en vie, l’instinct qui nous pousse à vivre la vie terrestre jusqu’au bout ? Pousser jusqu’au bout cette expérience unique.

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