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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 15:47

 

 

 

 J'ai retente la lecture de Krishnamurti et j'ai ete une nouvelle fois decu.

 

Ce sage qui prone le detachement, comment s'epanouit-il lui ?

Ne prend il pas sa place, ne s'affirme t il pas en donnant, en exteriorisant le meilleur ou ce qu'il croit le meilleur de lui-meme ?

Il ne faut pas faire ceci, il ne faut faire pas cela, il faut regarder a l'interieur de soi-meme, et se liberer du desir, de la sensation, de l'experience. Et puis des mots et du moi tant qu'a faire !

 

C'est sur que morts, nous n'aurons plus de problemes.

Mais nous sommes vivants, ce qui complique les choses, et il nous faut une logique de vivants !

 

Concretement, qu'est-ce que cela donne, Krishnamurti ?

L'inertie des vieillards a l'hospice erigee en apotheose de la vertu ?

Qu'a-t' il a proposer exactement ? Rien ?

Eh bien, pourquoi tant dire sur ce rien si ce dire n'a pas d'autre utilite que l'expression de Krishnamurti lui-meme ?

 Ah mais je ne suis pas contre, mais qu'il reconnut comme loi naturelle la necessite de l'affirmation de soi en ce monde et il aurait ete consequent!

 

Je ne nie pas que l'on y trouve des propos interessants ( sur la vie dans l'instant et la non fixation, la non repetition par exemple ), mais il n'y a la rien de neuf ( Bergson, Ueshiba etc, ).

 

Enfin, qu'est-ce que peut bien signifier "supprimer le moi, supprimer les mots" ?

En finir avec les problemes obsessionnels associes, okey, mais les supprimer ?

Je ne me suis pas a moi-meme donner un moi, ou les mots, c'est la nature qui me les a donnes, par l'intermediaire de mon cerveau, et de l'intersubjectivite. Donc, pourquoi les stigmatiser a priori ?

Si la nature nous a pourvus ainsi, il doit y avoir une raison, une utilite, cela doit correspondre a une fonction.

Tenter de passer outre, n'est-ce-pas aller contre nature, se priver des possibilites qui sont les notres, s'amputer d'une part du reel ?

 

 

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 11:03

 

Il y a une force dans le Zen, qui tient en l'originalite du Zazen.

Il est possible de faire Zazen, de mediter pour se trouver soi-meme, voir a l'interieur de soi et se pacifier, se decouvrir, se liberer, sans aucun rattachement a la doctrine du Bouddhisme.

On peut faire Zazen, se concentrer, se ressaisir, en etant catho, bouddhiste, agnostique ou athee.

C'est pour cela qu'a la limite, il faudrait pouvoir se contenter de Zazen pendant Zazen, et ne pas subir de references, ni a l'enseignement  bouddhiste classique, ni a la lignee des Bouddhas et Patriarches.

Comment se trouver et se liberer soi-meme si on vit sous la tutelle de maitres qui ne sont pas soi, et si on desespere d'atteindre leur niveau quand il faut se concentrer sur soi et partir de soi ?

Comment etre alors son propre maitre?

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 10:25

 

Plus je lis les ecrivains Taoistes, moins je me revele Taoiste. Il n'y a guere que leur symbole noir et blanc qui m'inpire, que je trouve profond, le blanc dans le noir, le noir dans le blanc. 

Mais rien ne m'y parait clair.

Tout m'y parait aller contre la nature, contre la vie.

En tant que philosophe, que scientifique, que Darwinien, qu'homme de l'observation, je ne peux qu'etre interloque.

L'emploi des mots par exemple est critique, mais ceux-ci proviennent des capacites qui sont les notres, et la nature ne nous les a pas donnes en vain.

L'effacement, le renoncement sont preferes a l'affirmation.

Les hommes sont regardes comme ce que les auteurs Taoistes croient qu'ils devraient etre, pas comme ils sont reellement.

Si les choses etaient si simples, il n'y aurait pas de problemes. Mais si l'homme est un  animal doue de raison, son corps prime sur toute justification.

Ainsi, les hommes sont mus par l'instinct de conservation, et ils cherchent a s'affirmer, a prendre leur place, a developper ce dont ils se sentent les porteurs.

Tous les hommes sont ainsi. Ma critique ne vise pas que les Taoistes evidemment.

 

Les mystiques ecrivent des milliers de pages pour dire que les mots ve servent a rien.

 

L'oeuvre de Schopenhauer se contredit elle-meme car si elle expose la verite du vouloir vivre, elle pretend qu'il est absurde et qu'il faut tenter d'en supprimer ou attenuer les effets. Mais cela n'est pas naturel comme le montre l'affirmation de Schopenhauer lui-meme par son oeuvre.

 

Krishnamurti expose les principes d'une vie sans conflits, mais lui-meme, en tant que maitre recherche ( qu'il l'ait voulu ou non ), n'a t'il pas ainsi pris sa place, et n'etait-il pas epanoui parce qu'il lui etait possible de donner le meilleur de lui-meme ?

 

Je peux resumer la verite de l'existence en deux lignes : Chaque etre s'efforce a l'expression de ce dont il est le porteur. Son epanouissement, sa vitalite, son bonheur en dependent.

 

C'est d'ailleurs pour cela qu'il est plus facile de vivre pour un idiot que pour un homme aux aptitudes moyennes, et plus aise de vivre pour ce dernier que pour un homme tres profond.

 

Ainsi je ne juge pas. Le sage ou l'ecrivain qui meprisent le sportif ou le buzinessman n'ont pas compris que tous les hommes n'etaient pas doues de la meme intensite et des memes potentialites, et que l'homme d'affaires qui s'epanouit et se realise dans son domaine a trouve sa voie, qu'il est tout aussi respectable.

 

Finalement, pour revenir au Taoisme, je partage l'opinion d'un philosophe Confuceen du 3eme siecle av JC, Siun-tse, qui ecrivait que Lao Tseu avait compris l'art du repliement mais pas celui du deploiement.

 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 15:04

 

 

Je critique constamment Sartre. Je pense que d'un point de vue romanesque, il manque quelque chose aux "Chemins de la liberte", de la vie.

 

Ses tentatives de synthese philosophique entre determinisme des situations ( marxisme ) et liberte ( existentialisme en l'occurence ) n'ont jamais ete satisfaisantes, et donnent l'impression aue Sartre avait besoin psychologiquement de la croyance en la liberte, une idole. C'est ce qui pour lui remplacerait Dieu. Ils sont nombreux les philosophes a avoir besoin d'idoles et a faire comme si. On retrouve cette faille dans la formule "l'existence precede l'essence", qu'il pose comme un fait pour l'homme mais qu'il est incapable de demontrer.

L'homme est libre parce qu'il est homme et homme parce qu'il est libre.

 

Mais l'homme est homme parce qu'il a un corps d'homme, et c'est ce corps, cet arrangement particulier de matiere qui le fait homme et non chien par exemple, et tel ou tel homme ( puisque les bouleversements dus a l'influence du milieu influent sur le psychisme en tant que le corps est d'abord affecte et modifie ).

Il faudrait donc expliquer en quoi on peut faire surgir de l'esprit, du pour soi, de la liberte, de l'autodetermination a partir du monisme materialisme, comment le corps et la matiere peuvents-ils produire quelque chose qui les deborde et se libere de ses conditions de possibilite.

Sartre l'a tente mais il s'y est tres mal pris par prejuge de philosophe et d'humaniste. On retrouve ce type d'erreur chez Simone de Beauvoir : "on ne nait pas femme, on le devient !" Je pense qu'ils ont nie l'importance de la nature en nous, du biologique, de Darwin, le fait que nous comprenons le monde par exemple, parce que nous sommes du monde, nous en procedons, et que notre cerveau, notre corps sont structures selon des lois universelles. L'homme n'est pas hors du monde, maitre et possesseur de la nature. Il appartient au regne animal. Les philosophes et leurs lubies s'enferment dans un monde conceptuel et artificiel qui les rassure, a coups de monde des idees, de "tu dois donc tu peux", de dialectique anthropocentrique, et Sartre, tout contestataire qu'il fut, n'a pas su comprendre les apports de Freud, de Nietzsche, de Darwin par exemple. C'etait un moraliste de faible envergure quelque part.

Et sa posture ( qui lui etait besoin/ideologie ) l'a pousse a affirmer des positions indefendables. Il a ainsi, avec sa compagne, sacrifie des amities : "tous les anti-communistes sont des chiens", et prone le terrorisme ( il estimait que le massacre de n'importe quel pied-noir, en tant que participant du colonialisme et de l'oppression, etait justifie ). Ses obsessions Cartesiennes l'ont empeche de comprendre l'apport majeur de la psychanalyse, l'existence positive de l'inconscient  et ses implications revolutionnaires et deresponsabilisantes, par dela le Bien et le Mal.

Il n'a pas compris qu'on passait a un stade de comprehension avancee ou il n'y avait plus ni salaud d'un cote ni juste de l'autre, mais un enchainement causal et une interaction incroyablement complexe qui decouvraient les veritables motifs, et qu'avec les apports de beaucoup d'autres, Spinoza comme precurseur, Marx, Schopenhauer, Nietzsche, Claude Levy Strauss ensuite, Freud annoncait le passage a une ere de civilisation superieure et y contribuait largement.

 

Ceci dit, on entend souvent la formule de l'epoque "il etait preferable d'avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" pour decredibiliser Sartre, en pretendant qu'il etait "tendance" mais qu'il s'est trompe sur tout.

Mais en fait Sartre a aussi souvent raison.

Il a ete un tournant pour moi, il m'a reveille de mon "sommeil dogmatique".

J'ai redecouvert Hegel, Husserl, Marx, Kierkeegard, Descartes, le surrealisme, l'anti-psychiatrie grace a lui.

Il y a pour moi un avant et un apres Sartre, le passage de la droite a la gauche aussi ( quoique j'en ai contre la gauche ).

 

Sartre est un merveilleux styliste. Il reussit a etre profond et energique, vivifiant. Il a le sens de la formule. Ca porte et c'est tellement rare de lire un philosophe qui ne soit pas ennuyeux, qui n'endorme pas !

Et meme si je ne suis pas d'accord avec ses definitions du genie, bien trop volontaires a mes yeux, elle devait au moins s'appliquer a lui, pour une part :

"Le genie est l'issue que l'on s'invente  dans les cas desesperes"

"Le genie est le desespoir surmonte a force de rigueur"

 

Quelques ecrits marquants pour moi :

-"Les Mots"

-"Question de methode"

-"Situations" ( notamment : Qu'est-ce qu'un intellectuel? ; Materialisme et revolution )

-Prefaces aux "Damnes de la Terre" et a " Aden Arabie"

-"Qu'est-ce que la litterature"?

 

Pour conclure, c'est a partir de la revelation Sartrienne que j'ai vraiment decouvert l'anti-psychiatrie, dont les leaders etaient Sartriens ( Ronald Laing, David Cooper ) puis la psychanalyse par l'intermediaire d'un eclairage interessant de Pontalis qui exposait les failles de l'antipsychiatrie et de la reflexion Sartrienne sur l'oeuvre de Freud. Et c'est la voie qui m'est encore la plus proche ( quoique j'en ai contre la psychanalyse )!

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 20:20

L'Aïkido, une démarche qualitative.

 

 

Dissertation sur l'aïkido.

Quelques éclaircissements.

 

Un nombre important d'études ont été écrites sur l'aïkido. Celles-ci respectent, à ma connaissance, ce qui constitue sa spécifité. Mais, finalement, peu l'approfondissent réellement, et certaines, s'écartant quelque peu du sujet, s'en arrangent avec leur propre théorie, approchant l'aïkido sur un mode sectaire, le fusionnant avec une conception globalement ésotérique de la vie, parfois à la limite de l'obscurantisme, ce qui est dangereux pour la pérennité de l'aïkido, et son rayonnement. Il me semble que certains points de vue, contestables, doivent être discutés, soumis à la critique. Ce terme, critique, en choquera déjà quelques-uns car il évoquera pour eux le monde occidental, intellectuel et ratiocinateur, opposé au monde oriental, intuituif. Or, nous verrons que cette scission, souvent proposée comme un absolu, entre monde Oriental et monde Occidental, est moins tranchée, plus complexe qu'on ne le pense. Monde Occidental et monde Oriental, se ressemblent plus que nombre de pratiquants semblent le penser, et ils sont amenés à converger. Il est dommageable pour l'aïkido, qu'un nombre conséquent de ceux qui y puisent une source d'espérance, qui croient en la force, la pertinence de ses valeurs et de ses principes, cultivent paradoxalement un état d'esprit hostile à tout ce qui peut provenir d'Occident, ou qui à leurs yeux représentent le monde Occidental, et acquiescent sans douter à tout ce qui porte le sceau de l'Orient. Ainsi, philosophie, arts, sciences Occidentales sont souvent mal comprises et caricaturées ; et taoïsme, bouddhisme, hindouisme, confucianisme, shintoïsme, calligraphie, astrologie chinoise, yoga etc, sont acceptés en bloc, comme des évidences, et émettre un avis, sinon négatif, au moins sceptique vis-à-vis de l'une de ces tendances, est jugé présomptueux, caractéristique de l'esprit négateur du monde Occidental. Mais, entrons dans les détails.

 

Tout d'abord, si l'Orient et l'extrême-Orient étaient si sages, si équilibrés, grâce à leur sagesse millénaire, on se demande pourquoi la situation du peuple Chinois a permis l'émergence et le triomphe de Mao, pourquoi la Corée ceux de Kim ll-sung, pourquoi Pol-Pot au cambodge. On oublie l'oppression que le Japon a fait subir aux peuples qu'il voulait se soumettre, les centaines de milliers de femmes prostituées de force. Et puis, on n'insistera pas sur le système indien des castes, qui prend appui sur des principes religieux pour perpétuer les inégalités les plus terribles.

De plus, si, par exemple, la médecine orientale attire les occidentaux, et leurs traditions, arts et principes de vie en général, on méconnaît le fait que ce qui passionne un grand nombre d'orientaux, c'est le monde Occidental, avec ses arts, ses courants philosophiques, etc.

Chinois, Coréens, Japonais sont parmi les plus fins connaisseurs du répertoire de la musique classique européenne. Proust, Bergson, Simone Weil sont très appréciés des Japonais. L'école de Kyoto, dont la figure fondatrice est Nishida Kitaro, a centré son travail sur la réinterprétation de l'idéalisme allemand, c'est-à-dire Kant, Hegel surtout, mais aussi Fichte, Schelling, Husserl ou Heidegger, qu'elle a assimilé, intégré et associé aux conceptions plus proprement, plus particulièrement japonaises , dans la façon par exemple d'aborder la vie en communauté, ou la spiritualité, autour de notions telles que l'intersubjectivité, ou le "basho", terme signifiant approximativement le néant créateur. Voilà quelques considérations montrant que les valeurs et conceptions du monde supposées Occidentales, qui sont souvent présentées caricaturalement, comme le rationalisme, ou la dualité corps/esprit, sont rejetées en fonction d'une méconnaissance de ce qu'elles sont véritablement.

La rigueur démonstrative irrite beaucoup, mais on ne peut tricher avec elle, et elle est tout à fait compatible avec la valorisation d'une certaine forme d'intuition, dont la "prétention" à pouvoir coïncider avec la réalité davantage que les concepts ne le permettent, n'est pas nécessairement remise en cause. Simplement, il faut pouvoir en rendre raison, accepter au moins une tentative d'explication, sans laquelle aucun critère ne permet de distinguer les charlatans des véritables maîtres. Or, faire confiance, s'en remettre "corps et âme" si l'on peut dire, à un maître, n'a de sens que s'il l'est, peut l'être réellement. Ceux qui étudièrent, comme disciple interne, "ushi-deshi", auprès de Ueshiba, ont eu le bonheur d'être guidé par un homme sur lesquels tout le monde semble s'accorder, mais cet homme, ce maître, ne l'oublions pas, était exceptionnel, doué d'une aura tout à fait particulière. Ce qui le concernait ne touche qu'une extrême minorité de guides. D'ailleurs, ne l'appelait-on pas O Sensei, le Maître des maîtres ! Mais, pour un Ueshiba, combien de charlatans, qui se servent comme prétexte de l'argument que la connaissance conceptuelle, et conventionnelle, est impropre à saisir, restituer, faire vivre le réel, pour se débarrasser un peu vite de toute discussion, de toute possibilité critique, paravent efficace, pour ne pas avoir à se justifier, et abuser de disciples crédules. On voit donc ici que la rigueur démonstrative (soi-disant caractéristique d'une faiblesse de la démarche philosophique occidentale) est aussi nécessaire que l'usage des paraboles. Une autre comparaison que l'on établit souvent, entre Occident et Orient, concerne les rapports de l'âme et du corps. S'appuyant sur Descartes exclusivement, on porte un jugement sévère sur toute la philosophie occidentale, à laquelle on reproche d'avoir établi une séparation radicale entre le corps et l'Esprit. Mais Descartes n'est pas toute la philosophie, et celle-ci comprend également des courants monistes ou âme et corps relèvent d'une même Substance. De plus, les vues générales des divers courants Extrêmes-Orientaux, si elles considèrent que le travail du Corps a son importance, car il peut être véhicule et incarnation de l'Esprit, ou méthode pour s'y élever, établissent par là-même une distinction entre ce qu'elles jugent ressortir de la corruptibilité, le Corps, et appartenir au domaine de l'immuable, l'Esprit.

On peut en conclure que les mêmes tendances se trouvent dans les deux mondes.

Après ces quelques considérations, nous allons maintenant nous concentrer sur l'aïkido.

 

 

L'aïkido est l'apothéose, le point culminant d'une tendance particulière, consistant dans l'idée qu'une certaine pratique corporelle, axée sur la volonté et la nécessité d'être en mesure de se défendre physiquement, peut dans le même temps et paradoxalement développer la paix, l'harmonie en soi et autour de soi.

L'histoire des arts martiaux est fort longue et s'incarne en de multiples courants. Il existe sans doute un fonds commun à tous ces courants, un art indien ancien, le kalaripayat, comprenant un ensemble de techniques, d'où toutes les formes prises par la suite émaneraient. Très vite, cependant, des différences apparurent entre ceux qui, pragmatiques, ne visaient que l'efficacité, et ceux qui, sans nier leur fonction première, y associèrent d'autres aspirations, souci de bien-être, de santé, mise en place d'exercices dont la finalité était l'accroissement de la vitalité, permettant par exemple aux moines bouddhistes de méditer plus ardemment ( comme ceux qui furent crées par Boddhidharma pour les progrès des membres du temple Shaolin, comme le raconte la légende ).

A force de réflexions sur le sens de la pratique martiale, certains maîtres évoluèrent vers une conception altruiste de leur art, et tentèrent de propager l'idée que les pratiquants devaient servir la paix, se défendre, et défendre autrui des agressions, en épargnant, dans la mesure ou cela s'avérait possible, l'intégrité physique, intellectuelle, globale, de l'agresseur. A leur pratique, ils associèrent différentes tendances religieuses, comme le Taoïsme pour le Tai-chi-chuan, le Bouddhisme Zen ou le Shintoïsme pour certaines écoles japonaises de sabre. Ils spiritualisèrent donc leur art, spiritualité dont les progrès ne conservent cependant de véritable sens que par la pratique. Du souci exclusif de soi, de sa propre intégrité, de son propre bien-être, de son évolution personnelle, on est passé au souci de la protection et de l'épanouissement des autres agressés, ce qui est un progrès, puis au souci du sort des autres agresseurs, ce qui constitue un autre progrès, plus inattendu, et encore plus altruiste. Par ce progrès, les anciens guerriers rejoignirent la morale évangélique, le plus difficile n'étant pas d'entretenir des relations pacifiques avec ses amis, mais bel et bien de favoriser la réconciliation avec ses ennemis, voire, encore plus difficile, de les aimer.

Or, après avoir intégré, assimilé ses principes, il restait un problème, de taille, à résoudre. Comment développer concrètement l'Esprit pacifique, si les techniques martiales pratiquées comportent un aspect contredisant cette volonté de paix, si les techniques, de par leur forme, détruisent, ou humilient l'agresseur, aussitôt qu'elles sont effectuées ?

Avec la meilleure volonté du monde, la plupart des pratiquants d'arts martiaux ne pouvaient et ne peuvent toujours être en accord avec leur désir de paix. En effet, s'ils sont confrontés à la violence de telle façon qu'ils ne puissent y échapper, qu'ils soient contraints à l'affrontement physique, ils seront forcés de puiser dans un réservoir de techniques, dont, certes, la pratique leur a permis de fortifier leur corps, de renforcer leur assurance générale, mais dont l'application détruira provisoirement ou définitivement le corps, et plus généralement les diverses possibilités des agresseurs. Cela pour la simple raison que les techniques utilisées pour se forger le corps et l'esprit n'ont pas suivi l'évolution, les progrès de la conception de plus en plus altruiste de la pratique. Il y a donc un décalage, une inadéquation entre les dispositions intérieures de ceux qui désirent le bien de tous, et la matière dont ils disposent pour le réaliser. Ce n'est pas assez de vouloir le bien de ses ennemis. Il faut que ce bien dispose de moyens non contradictoires à sa réalisation. Il faut donc s'efforcer d'affiner, de préciser les techniques, de façon à ce qu'elles associent l'exigence nécessaire d'efficacité à la protection des agresseurs eux-mêmes, souci de protection remarquable et tout de même assez novateur dans la perspective purement martiale.

Lorsque les techniques seront orientées dans le sens de la paix et de l'harmonie, leur usage à des fins de légitime défense sera seul réellement et sans contestation possible légitime.

De plus, la violence entraîne la violence. Le seul moyen d'y mettre un terme, c'est, tout en adoptant une attitude ferme, implacable avec l'agresseur - car il n'est pas question d'en subir la folie - de s'assurer un contrôle de sa violence, contrôle qui, par le désir conscient de ne pas nuire associé à la grâce de la technique elle-même qui préserve l'intégrité physique, et intellectuelle, mais aussi la dignité de l'agresseur, en modifiera, avec lui mais comme malgré lui, la psychologie en profondeur. Implacable mais pas impitoyable, comme le disait maître André Nocquet, distinction essentielle qui laisse à l' être violent, en en garantissant l'intégrité, la possibilité d'une réorientation pacifique, et qui l'encourage même en cette voie par la sérénité tranquille de celui auquel il s'oppose, qui lui ne s'oppose pas, mais laisse passer, et guide l'intention de nuire et la force mal orientée.

Cet art, qui intégrerait l'éthique et la spiritualité au cœur même des techniques, nous en parlions comme s'il n'existait pas encore, comme l'idéal qu'il faudrait contribuer à incarner.

Mais il semble, cet art, avoir été crée ; peut-être serait-il préférable de dire qu'il fut reçu.

Un homme, historiquement déterminé, accumulant en lui et synthétisant le processus évolutif d'une voie particulière, est, on ne sait par quel prodige, par quel mystérieux dessein, concours de circonstances providentiel, parvenu à transmuter le matériau légué par des millénaires de laborieux perfectionnement. Cette situation extraordinaire n'ôte rien aux efforts que cet homme dut livrer pour accéder au rang de réceptacle de la Vie dans sa forme la plus haute, elle ne supprime pas les mérites nécessaires qui lui valurent ce don. Cet homme s'appelait Morihei Ueshiba ; il nomma son art "Aïkido", qui signifie littéralement "voie de l'harmonisation des "ki", donc des énergies", et qu'il est d'usage de transcrire par "voie de la divine harmonie" .

Ses disciples l'appelaient "O Sensei", ce qui signifie le "Maître des maîtres", et l'approbation était unanime. Les témoignages concordent pour tenter de dire l'indicible se manifestant sous leurs yeux.

La pratique de cet art emporte l'assentiment des incrédules, car alors quelque chose se passe, quelque chose se sent, et cette expérience éprouvée dans son corps, on ne peut la nier sans folie, et d'ailleurs, même les fous s'apaisent quand ils pratiquent cet art - peut-être leur permet-il, en les recentrant physiquement, de les rééquilibrer mentalement - ce qui est révélateur de l'harmonie dont il est expression et vecteur.

 

Ueshiba donc, fut formé à diverses disciplines, s'entraîna plus qu'aucun autre, accéda à la maîtrise des arts de destruction. Mais, parvenu au bout d'à peu près tout ce qu'on peut connaître dans le genre, et, de plus, doué d'une personnalité complexe et éprise d'Absolu, il ne pouvait se satisfaire de ce dont se contentent les âmes ordinaires, ou farouches mais non animés par l'esprit d'équité.

 

La transformation globale, de l'esprit et des techniques, est le résultat, d'ailleurs inachevé et toujours en cours, d'un travail incessant, d'une refonte continue. Mais il semble tout de même qu'il y eut une expérience révélatrice à l'origine du renversement des perspectives générales portées sur la vie et le monde, une prise de conscience du sens de la vie, qui est la vie même, donc de la nécessité de la servir, de favoriser sa perpétuation et son épanouissement par l'entremise de la protection des êtres vivants de qui la réalisation de la vie ne se dissocie pas.

Il faut protéger les créatures pour protéger la vie qui s'y affirme, qui s'y manifeste et s'y précise, qui s'y révèle. L'homme doit comprendre cela, et par la multitude accrue d'hommes qui le comprendront, le monde pourra enfin accéder à une ère nouvelle, une ère des bonnes volontés, ou les hommes contribueront à leur mutuel épanouissement, ou l'affirmation des uns ne se réalisera pas au détriment des autres, ou l'augmentation de la puissance d'agir, le passage à un degré de perfection supérieure procédera d'une unification des consciences, d'un progrès collectif qui n'exclura pas la liberté individuelle, mais bien au contraire la renforcera, en assurera les conditions de réalisation. L'aïkido sert cet idéal.

 

Les techniques d'aïkido sont instituées de telle façon que leur pratique influe sur l'esprit du pratiquant, même si celui-ci est animé au commencement de mauvaises intentions, car progresser en cet art implique une modification du rapport à son propre corps, du rapport à autrui par l'intermédiaire du corps d'autrui, et cette évolution corporelle, la disparition de blocages "biomécaniques" divers, la douceur contrôlée des gestes, leur fluidité et continuité sans heurts, l'incessant partage des rôles qui veut que celui qui réalise une technique en réponse à une saisie, à une frappe, la subira tout aussi régulièrement, le fait de ne pas s'opposer directement à la force, de ne pas se servir de la force musculaire et surtout d'y être obligé, puisqu'on ne peut progresser en aïkido qu'en intégrant les principes de non-opposition et en laissant l'usage de la force musculaire s'atténuer progressivement jusqu'à ce qu'elle se réduise à presque rien, juste ce qu'il faut pour se tenir debout et lever les bras, tout ceci explique pourquoi l'aïkido est une saine pratique, utile pour tous, qu'elle est source de bienfaits pour ceux-là même qui ne la considéraient au départ que comme un moyen d'accroître leur puissance individuelle à des fins égoïstes, au mépris de l'affirmation nécessaire des autres existences. Ainsi, la règle qui prévaut traditionnellement dans les milieux martiaux, qui veut que l'on n'y accepte que des disciples d'une bonne moralité, ne doit pas avoir cours en aïkido, ou au contraire l'on doit estimer logiquement que ce sont les êtres animés des plus mauvaises intentions qui ont le plus besoin de l'art qui permettra leur changement, la lente transformation de leurs penchants. Plutôt que d'opposer les bons et les mauvais membres d'une société, de façon irréductible, aidons les mauvais à devenir bons, et les bons à le rester. C'est par ailleurs par cette façon d'envisager les choses, que la société progressera réellement.

 

L'aïkido nous paraît être le plus humain des arts martiaux, le plus adapté aux particularités de l'homme. Dans nombre de pays asiatiques, il existe des traditions où les techniques s'inspirent des mouvements d'attaque et de défense des animaux, où elles sont modelées sur ces mouvements. Mais ceux-ci correspondent aux besoins et corps propres des animaux qui les utilisent. Même modifiés et adaptés à l'usage des hommes, ils conservent la marque de leur origine. On peut s'émerveiller de ce que l'homme puisse, par sa liberté, son indétermination native, se déterminer lui-même, et donc choisir librement de modeler ses mouvements sur ceux du serpent, ou sur ceux du tigre, de la grue blanche, de la mante religieuse, ou du dragon des légendes. Mais, on peut se dire qu'après tout, le mieux pour un tigre, ce qui est le plus utile à sa survie et à l'expansion de ses forces vitales, c'est d'utiliser ses propres armes, de se servir de ses bonds, de ses griffes et de sa mâchoire/gueule, et non pas de tenter de combattre à la manière des serpents, ce qui est valable pour le serpent. Or, eux n'ont pas le choix, ils suivent leur instinct. Leur réaction est directement, spontanément accordée à leur nature respective, à leurs propriétés corporelles. Le comportement de l'homme, par contre, n'est pas régi par un système unique de mouvements qu'il ne pourrait remettre en cause. Aussi lui est-il possible de s'inspirer de tel ou tel animal, ou bien, au contraire, de chercher ce que pourrait bien être, à quoi pourrait bien correspondre, un art fait pour l'homme, répondant à ses spécificités corporelles, psychiques, et idéologiques. Or, l'aïkido, qui ne vise nullement la domination d'un individu sur les autres, mais qui aide au contraire ses pratiquants à sortir des rapports de domination, qui exclue la force musculaire, et canalise l'agressivité, dont les mouvements guident plus qu'ils ne contraignent, et harmonisent l'attaquant et l'attaqué, la thèse et l'antithèse, la positivité et la négativité, dans une spirale d'où la synthèse émergente, tout en associant dans un mouvement commun les deux individualités, leur permettra à chacune d'aller au bout d'elles-mêmes, de développer et de sortir, de communiquer le meilleur d'elles-mêmes, fusion sans confusion des êtres qui s'harmonisent, l'aïkido donc, semble finalement être l'art qui correspond vraiment à la nature de l'homme, art qu'il a paradoxalement fallu chercher pour le faire émerger, la nature de l'homme étant ainsi faite qu'il doit lui-même trouver ce pour quoi il est fait, parce que son naturel n'étant pas fixé, il se doit de contribuer à sa propre définition, à sa propre édification, parce qu'il est le produit de ce qu'il veut être. Cependant, créature particulière, l'homme est aussi celui qui peut remonter consciemment à la connaissance et à l'intégration des principes qui meuvent le monde, qui le coordonnent, le maintiennent dans l'existence, l'animent, lui apportent cohérence et fécondité. Il peut exprimer ses principes, les favoriser, aider leur réalisation qui ne se fait pas sans peine. Libre, il est aussi intégré à l'Univers, et le mieux pour lui est qu'il associe sa liberté aux principes originaires d'harmonie qui luttent pour émerger du désordre et triompher de la souffrance. Sa liberté, il doit la mettre au service des forces de vie, non des forces de mort.

 

Un problème se pose. Si l'aïkido est le point culminant d'une tendance, son aboutissement, doit-on considérer toutes les autres traditions martiales, avec leurs coutumes, leurs habits, leurs techniques particulières, comme des arts dépassés, désuets, moins adéquats aux principes de vie, et donc à délaisser ou bien doit-on les considérer tout de même comme une richesse à préserver ?

Si l'aïkido doit seul rester (dans son domaine propre bien évidemment), n'est-ce pas une perte pour l'humanité, une réduction des possibilités qu'elle offre ?

Mais si, vraiment, cet art martial seul respecte ce qui est véritablement humain en l'homme, il serait sain que sa pratique s'impose progressivement aux hommes. Et puis, comme l'aïkido n'a/est pas surgi de rien, mais est comme le résultat de la maturation d'un long processus, résultat qui cependant a modifié la nature de ce dont il vient, on peut considérer que c'est l'essentiel des diverses traditions, ce qui mérite d'être conservé, qui est préservé dans l'aïkido et élevé au-dessus de ce qu'il était dans les arts antérieurs que l'Aïkido synthétise et renouvelle. La recherche de l'unité n'a donc pas sacrifié la richesse de la multiplicité, puisque celle-ci se retrouve dans l'unité, ce qui lui permet d'accéder à un niveau de perfection auquel elle n'aurait pu prétendre sans son intégration à l'unité, si elle était restée isolée.

 

Un point sur lequel on n'insiste pas assez, c'est la nécessité pour l'aïkido de converger avec tout ce qui concourt à améliorer les conditions de vie, de se mettre en relation avec les progrès des divers courants théologiques, philosophiques, politiques, scientifiques, artistiques. On a prétendu que Ueshiba se désintéressait de la politique. C'est possible parce qu'un homme ne peut s'intéresser à tout, s'il s'est choisi pour tâche d'approfondir une voie particulière, ou s'il a été choisi pour cette tâche. La politique reste néanmoins essentielle. Après tout, ce sont les avancées sociales qui permettent, et permettront à ceux qui ne le peuvent pas encore, de pratiquer l'aïkido, par exemple, ou de lire Bergson. L'ouvrier qui se tuait au travail quatorze heures par jour ne disposait ni du temps, ni de l'énergie, ni de l'envie suffisante pour pratiquer, ou s'intéresser aux concepts de durée, d'élan vital, ou bien encore de religion statique et dynamique.

Le loisir est nécessaire pour qui cherche à cultiver et approfondir son être, et il est même nécessaire à la plupart des hommes pour que naisse en eux ce désir de perfectionnement, pour qu'il émerge consciemment.

 

Un autre point litigieux concerne la philosophie. Les propos de Ueshiba sont parfois déformés. On se sert de l'idée que les mots sont des constructions conventionnelles pour discréditer l'entreprise philosophique. Cette critique correspond à une tradition que toutes les mystiques ont plus ou moins développées. Au Japon, le Zen a beaucoup travaillé sur ce problème. L'usage des "koan", formules rituelles absurdes censées provoquer l'illumination/l'éveil, dont une étape est la prise de conscience du ridicule de la prétention à saisir la vérité par les mots, participe de cet esprit. Cependant, si les mots n'avaient aucune utilité, on peut se demander pourquoi la nature en aurait pourvu les hommes, et si la recherche philosophique se résumait à du futile verbiage, pourquoi la nature leur aurait donné ce besoin ?

Ueshiba n'a jamais prétendu qu'il ne fallait pas penser, et seulement pratiquer ou se livrer à des exercices méditatifs. Il a dit qu'il ne le fallait pas, pendant la pratique. Les mots, insuffisants, sont néanmoins nécessaires !

De même, il y a une distinction à bien percevoir entre le fait qu'on ne peut ressentir le mouvement par les mots, et la possibilité de le dire, par les mots. Il ne faut pas confondre les deux tentatives. Si, effectivement, les propriétés conceptuelles s'avéraient incapables de faire ressentir le mouvement, cela ne signifierait pas qu'il s'en ensuivrait logiquement que les mots ne pourraient dire ce qu'il est. Or, les pratiquants ne conservent trop souvent que l'aspect physique de l'art, comme ils ne conservent du Budo que son aspect martial, oubliant que l'idéal du Budoka était proche de celui des Grecs : "Un Esprit sain dans un Corps sain". Les "arts de l'esprit" comme la poésie, la calligraphie, l'étude de diverses tendances religieuses, étaient aussi essentielles que la pratique du sabre, du tir à l'arc, ou de l'équitation, le but étant de former des êtres complets. La philosophie est souvent considérée comme une inutile complication de l'existence, critique qui n'est pas entièrement infondée, et jugée difficilement accessible, obscure, ce qui est parfois vrai. Mais elle n'est pas que cela !

Souvenons-nous d'une phrase d'Agueev : " La platitude réside dans la tendance à mépriser ce qu'on ne comprend pas". Cela nous évitera bien des rejets rapides, et tachons de nous orienter dans l'immense matériau, plus ou moins vivant, qu'elle nous propose.

 

Ainsi, il nous semble exister une relation assez extraordinaire entre la philosophie Bergsonienne et l'Aïkido. Les thèmes de la Création, de la vie, de l'intuition, et puis la durée, le mouvement, le changement, la spiritualité, la mystique, telles qu'ils sont définis par Bergson, semblent s'accorder à l'œuvre de Ueshiba. Si Ueshiba avait pu choisir la traduction philosophique de l'Aïkido, c'est certainement du côté de "l'Essai sur les données immédiates de la conscience", de "l'Evolution Créatrice", de la "Pensée et le Mouvant", qu'il se serait tourné. Nous n'entrerons pas ici dans les détails, et n'insisterons pas non plus sur les rapports nombreux qui existent entre l'Aïkido et l'œuvre de Teilhard de Chardin, qui paraissent aussi converger, et qu'une mise en parallèle pourrait mutuellement féconder [ notion de Panthéisme d'union, de centre, de Centre des centres, d'union différenciante (ce n'est pas par l'isolement, mais par l'union avec autrui qu'on donne le meilleur de soi, qu'on va au bout de soi-même), d'ascèse de traversée (Ueshiba, comme Teilhard, n'étaient pas de purs contemplatifs ; ils ont apporté beaucoup au monde), puis insistance sur la nécessité de changer les mentalités, de convertir les rapports de domination en rapports de progression n'excluant personne etc… ]

 

Il est intéressant, aussi, d'appuyer sur quelques points qui posent problème.

Des corrélations sont souvent établies entre bouddhisme et Aïkido. Mais Ueshiba, comme tout Japonais, était nourri de nombreuses autres influences, parmi lesquels le bouddhisme, mais aussi le taoïsme et le shintoïsme.

L'idée bouddhiste selon laquelle l'homme doit vaincre tout désir, puisque celui-ci est à l'origine de la souffrance, omet la face positive du désir, puisque celui-ci est à l'origine de la joie. Il est de plus, la vie même, et Ueshiba, comme nous allons le voir, n'avait pas une conception mortifère de l'existence. L'idée que toute satisfaction d'un désir quelconque n'est que partielle et provisoire ne signifie pas qu'il soit vain de l'accomplir, car cette satisfaction servira de point d'ancrage, de repères, de jalons pour les avancées futures.

Et puis, si l'on y réfléchit bien, c'est parce que Bouddha était un être qui ne se satisfaisait pas de ce qui suffisait à combler les autres, et que son angoisse métaphysique et son désir de la résoudre surpassaient ceux des ascètes qui l'entouraient, qu'il émergea de l'expérience commune aux autres contemplatifs. Idem pour Maître Dogen, grand parmi les grands, du bouddhisme zen, qui devait désirer l'Absolu plus que ses propres maîtres, puisque, mécontent de ce qui lui était enseigné, il voyagea jusqu'en Chine pour y ramener au Japon ce qu'il croyait être le bouddhisme originel, le plus pur donc, débarrassé de toutes fioritures et ornementations superflues.

Ueshiba, lui-même, s'il s'était contenté de l'enseignement dispensé par ses premiers maîtres, puis par Takeda, n'aurait pas crée l'Aïkido, et puis, il ne se serait pas efforcé de perfectionner sans cesse son art, ceci jusqu'à la fin de sa vie. Il n'aurait pas crée l'Aïkido, s'il n'avait pas été mu par un désir miraculeusement presque insatiable de progrès. On voit donc que l'insatisfaction est motrice.

 

Une autre difficulté rejoint l'essence du budo. Il y est dit qu'il ne faut pas craindre la mort. Mais le vrai sens de cette idée et attitude à adopter dans le combat est éludé. Si la peur ne doit entraver ni la sérénité de l'esprit ni les mouvements corporels qui en découlent, c'est pour être plus efficace, donc pour rester en vie, et entier si possible. Il est donc normal de craindre la mort, car autrement, s'il était absolument indifférent de mourir, pourquoi se défendre ? Par conséquent, l'indifférence face à la mort est une stratégie utilisée, une méthode de concentration dont le but est de nous maintenir dans l'existence. L'indifférence n'est donc pas réelle mais jouée, et réelle sur le moment pourrait-on dire, par souci d'efficacité. Ueshiba accordait d'ailleurs une valeur toute particulière à la vie, car autrement, il n'aurait pas crée l'Aïkido, pas fait évoluer l'art qu'il tenait de Takeda vers un art se souciant de la vie même de ses adversaires.

 

Ici du reste, les adversaires se muent en partenaires malgré leur volonté de nuire, car l'Aïkido, art fondamentalement dialectique, transforme par la grâce de son mouvement la négativité en positivité, et l'aspect destructeur de l'antithèse (l'agresseur), qui voulait détruire la thèse (l 'agressé) est nié, mais l'essentiel en est préservé et assimilé à la thèse (l 'agressé) dans une harmonieuse et progressive synthèse ou il se trouve modifié et élevé au-dessus de ce qu'il était, avec la thèse elle-même. Ainsi, agresseurs et agressés évoluent, par la grâce d'un mouvement commun, dans le même temps et ensemble. Si d'autres arts martiaux se soucient de la vie des agresseurs, lequel sans soucie autant que de celle des agressés ? Et lequel a permis par ses techniques d'incarner ce souci altruiste, de le rendre effectif ? Si cultiver intellectuellement des idéaux de paix est un chose, les ressentir vraiment, y adhérer au fond de soi en est une autre, et l'Aïkido a cet effet réel d'apaisement. A t 'on le sentiment d'avoir accompli une bonne action au sortir d'une séance de musculation ? C'est loin d'être évident !

Au contraire, après un cours d'Aïkido - preuve s'il en fallait que cet art est en accord avec la vie, qu'il la sert- l'assurance d'avoir accompli quelque chose de bien ne laisse aucun doute : elle s'impose car elle se sent.

 

Evidemment, il y a toujours un revers. Le fait que l'usage de la force diminue en fonction des progrès accomplis décevra ceux qui recherchent une musculature saillante. Ils pourront pratiquer l'Aïkido, mais devront y associer un sport reconnu pour sculpter le corps, ou directement la musculation. Mais, c'est justement parce que l'Aïkido use si peu de la force qu'il est merveilleux, parce qu'il est fermeté tout en étant douceur, parce qu'il s'adapte à toute constitution, tout âge, et tout niveau de forme. C'est pour cela qu'un vieillard, un "nain", une femme peuvent réellement valoir, être bien plus efficaces même, que des hommes jeunes et robustes, ce qui n'est souvent que théorique, qu'une vue de l'esprit dans les autres arts martiaux. Même en judo, ou pourtant, l'usage de la force est censé être minime, il est douteux, pour ne pas dire inimaginable, qu'un vieux haut gradé judoka puisse rivaliser avec David Douillet. Tous les compétiteurs actuels se livrent d'ailleurs à des exercices spécifiques améliorant la qualité de leur musculature, et semblent ne pouvoir s'en passer. Ces exercices sont inutiles en Aïkido, qui semble avoir réalisé les desseins de Jigoro Kano, fondateur du Judo. Ne dit-on pas que Kano, à la vue de la pratique de l'Aïkido, s'exclama un jour : "Voici le Budo idéal", c'est-à-dire celui qu'il aurait aimé crée, perfection à laquelle il aspirait. Il envoya d'ailleurs quelques-uns de ses meilleurs élèves étudier auprès de Ueshiba. L'Aïkido, Budo idéal enfin réalisé : l'hommage le plus définitif, le plus émouvant de la part d 'un des plus grands maîtres du Budo, Jigoro Kano !

 

Conclusion.

 

L'accomplissement du Budo, son véritable sens, semble bel et bien prendre forme, vie et réalité dans l'Aïkido.

C'est un art de self-défense incluant le respect de l'adversaire. C'est un art qui sert la vie, glorifiant et continuant l'acte de Création en favorisant l'épanouissement du vivant, des hommes d'abord, mais par répercussion de toute créature vivante. C'est un art qui utilise des moyens appropriés à ses fins, qui n'use pas de force musculaire, adaptable à toute constitution, à tout sexe et à tout âge. C'est un art universalisable parce que ses principes ne contredisent aucune religion particulière, mais pouvant tout aussi bien emporter l'adhésion des athés, puisqu'il sert la vie avant tout et est à l'opposé de toute conception mortifère de l'existence qui n'accorderait à la vie qu'un rôle préparatoire, donc une valeur secondaire.

L'Aikido montre qu'il est possible de dépasser radicalement les présupposés originaux d'un domaine particulier et d'en modifier le sens. Il est une apothéose qui doit inspirer l'orientation de tout domaine. Par le grâce de son fondateur et de tous ceux qui participèrent à son avènement, l'aïkido a su renouveler l'esprit et la matière qui caractérisaient la pratique martiale, et il est parvenu à l'orienter naturellement vers l'harmonie et la paix, vers la vie.

Un germe de positivité, la possibilité de faire le bien, était présent dès les commencements mais immergé, non actualisé, dans les pratiques de combat à mains nues, pratiques barbares qui acquirent une dignité nouvelle lorsqu'elles eurent droit, du fait de leur polissage, à la qualification d'art.

C'était le signe d'un raffinement progressif des techniques et de l'esprit, l'accès à une dimension spirituelle, puisqu'on pouvait parler de tao, de voie à trouver et à réaliser par leur moyen.

Cependant, l'essentiel n'était pas accompli. Si l'esprit avait évolué, et si les techniques qu'il animait atteignaient une telle beauté, une telle précision, un tel mélange de complexité et de simplicité qu'elles participaient elles aussi à l'accomplissement du pratiquant, un fond violent en faussait l'intention, et l'esprit du pratiquant lui-même n'en sortait pas indemne, car par l'interaction constante de l'esprit et du corps, l'usage de techniques violentes a une influence rétroactive sur l'esprit qui en est la source. C'est pourquoi les maîtres doués des volontés les plus pacifiques restaient insatisfaits, comme prisonniers d'une contradiction, et c'est la raison pour laquelle beaucoup d'entre eux, après avoir atteint un niveau exceptionnel dans leur art, se retirèrent dans des monastères, des ermitages, et cessèrent complètement leur pratique.

Il fallait qu'un renversement total, sans retour possible, s'opérât, une transmutation définitive de toutes les composantes de la pratique. Cela, nous pensons, a été réalisé par l'aïkido, et les raisons principales de cette magnifique réalisation ont ici été exposés sommairement.

Cela paraîtra peut-être confus ou difficile, surtout si le lecteur intéressé par les rapprochements décide de plonger au cœur des textes de Bergson ou de Teilhard dont nous conseillons particulièrement le "Phénomène Humain". Mais, rien ne se fait sans effort, et si les vertus prodiguées par l'Aïkido se méritent, et sont la conséquence de l'implication physique et mentale sur le tatami, la compréhension intellectuelle de ses principes se mérite elle aussi, et c'est à ce prix que l'aïkidoka parviendra à saisir tous les enjeux de la voie qu'il s'est choisie.

Cette voie, l'aïkidoka l'a choisie parce que, correspondant aux aspirations profondes de tout être, lui a eu la chance de s'en rendre compte, et la volonté de faire le pas qui colorera gaiement sa vie, et en changera assurément la qualité.

Il doit donc être empli de gratitude envers le Fondateur, et envers tous ceux qui ont contribué à la maturation, et à l'expansion de son art. Et il doit remercier le sort qui lui a permis, avec le concours de sa liberté, d'être placé sur de bons rails, et dans de bonnes dispositions.

 

Quelques points importants.

 

  •  

  • Il s'agit moins de supprimer tout désir, que de désirer du désir même de Dieu, ou de principes divins (proche de Spinoza). En ce sens, Ueshiba paraît plus proche du taoïsme ou du shintoïsme que du bouddhisme.
  •  

     

  • Si l'Aïkido peut être amélioré, ce ne peut être que dans le sens de l'aïkido, c'est-à-dire dans le respect de ses principes. Tout ajout qui, par souci de synthèse, y apporterait de éléments qui en contrediraient l'esprit, le dénaturerait automatiquement, en corromprait l'essence, le dessein, et le résultat ne serait plus de l'Aïkido. Des tentatives ont été réalisé en ce sens (synthèse avec le judo et avec le karaté pour Hiroo Mochizuki et le Yoseikan Budo ; intégration de la compétition avec le Tomiki Aïkido par exemple, ou encore attachement rétrograde aux vieilles formes destructrices de l'aïkijutsu). Cela s'éloigne des volontés du fondateur.
  •  

- Si les techniques sont fondamentales, elles ne sont qu'un moyen, pas la finalité de la pratique. Il existe quantité de "grands hommes", de bienfaiteurs de l'humanité, qui ne savent même pas ce qu'est un art martial. Elles ne sont donc pas indispensables, mais simplement une voie parmi d'autres. De plus Ueshiba a dit qu'un être qui verrait ce qu'il a vu, comprendrait ce qu'il a compris, ressentirait ce qu'il a ressenti, atteindrait son niveau en trois mois. Ce ne peut donc être une question technique, quantitative, puisque quarante années n'y suffiraient pas. Il ne peut donc s'agir que d'une expérience intuitive, qualitative, spirituelle.

 

 

Quelques pistes à explorer.

 

- Peut-on, non pas forcer, mais courber les lois naturelles ? (voir physique quantique et taoïsme).

  •  

  • Comparaison avec le Taichi : On y absorbe l'énergie de l'adversaire pour mieux la rejeter, et non l'assimiler pour un progrès commun. Ainsi, l'adversaire y reste un adversaire, et ne devient pas un partenaire.
  •  

     

  • Approfondissement de la dialectique Omote/Ura.
  •  

     

  • Creuser la comparaison avec des auteurs Occidentaux classiques, comme Bergson (La Pensée et le Mouvant), ou Teilhard (Le Phénomène Humain), et des auteurs vivants éventuellement à contacter, ( Elie During, David Rabouin ou François Jullien).
  •  

     

  • Un poème : "Vers dorés" de Nerval.
  •  

     

  • Une anecdote personnelle.
  •  

     

  • Ki et amour.
  •  

     

  • Qu'est-ce que vivre pleinement l'instant présent?
  •  

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 20:17

DE L’AIKIDO OU DE L’INCARNATION DE L’IDEE PLATONICIENNE

ET DE LA MANIFESTATION ENFIN CONCRETE

ET APPLICABLE DE L’IDEAL CHRETIEN

 

 

AIKIDO, art magnifique, dont je loue les mérites qui ne le seront jamais assez, tu es une des émanations les plus parfaites de ce qui est bien, bon et grand. Tu donnes enfin à l’idée platonicienne sa preuve la plus évidente. Car UESHIBA ne t’a pas créé, tu existais déjà, forme parfaite qu’il fallait atteindre. UESHIBA s’est mis en état de recevoir, et il t’a senti. La grâce qu’il portait et ses facultés lui ont permis de t’extérioriser et de l’invisible te passer au visible. Les autres arts martiaux sont tous des créations plus ou moins complexes, plus ou moins attractives, mais toi es ce qu’il fallait sentir. Car où est le défaut ? Ni éthiquement, ni philosophiquement, ni physiquement, tu n’as de faille. Evidemment, il faut un corps pour te pratiquer, mais ce corps invalide qui nous entrave s’il est infirme ne nuit en rien à la perfection de ta forme.

 

Il existe des arts martiaux appelés l’art du tigre, d’autres l’art du dragon, ou du singe, ou de l’ours. Mais le tigre ne serait-il pas ridicule à vouloir imiter l’homme ? Et à un homme ne fallait-il pas un art spécifiquement humain, c’est-à-dire participant de la qualité la seule vraiment représentative de notre condition, à savoir celle permettant de sortir du cercle dont les animaux sont tous des victimes, et nous-mêmes avant que d’en être sortis, c’est-à-dire du cercle des dominants-dominés, cercle dont les rapports sont dépassables par nous seulement et qu’il faut donc dépasser, car tel est notre devoir. Ainsi, tous les autres arts ont et gardent ce côté violent de la domination, et pour cause, leurs techniques même les obligeant, car tous s’apparentent au karaté détruisant par les coups, au judo humiliant par les techniques très bestiales et rappelant la soumission ou au mieux au tai-chi-chuan qui seul peut croire rivaliser avec l’aïkido, mais si l’objectif est, comme en aïkido, d’absorber l’énergie de l’adversaire, c’est pour l’en mieux projeter, et là il en diffère totalement ! Le tai-chi-chuan associe pour mieux séparer, l’aïkido associe pour ne faire qu’un de deux éléments séparés, sublime les différences et améliore, fait avancer les protagonistes ensemble, dans un même mouvement. Ainsi, l’aïkido seul efface les antagonismes et appelle l’homme à Dieu. Car il y a une fabuleuse spécificité de l’aïkido, qui se démarque des autres arts " pacifistes ", dont le message et le but sont les mêmes –la formation de l’homme, la maîtrise de soi, la compassion- mais qui se prêtent en dernier recours aux techniques violentes contredisant par là-même d’une façon ou d’une autre leurs messages.

 

L’aïkido, lui, utilise des techniques qui en plus de leurs mérites d’être non violentes et non conflictuelles sont amenées par leur essence même à changer directement la psychologie et les intentions de l’agresseur. Et c’est cela qui est merveilleux, car non seulement, il s’agit de se défendre sans nuire à l’adversaire dangereux, mais en plus de faire prendre conscience à cet adversaire de la vanité, de la futilité de son attaque et finalement de lui montrer qu’il n’est pas cet adversaire qu’il croyait être mais un ami dont on a compris les angoisses et qui grâce à cette compréhension va se mettre lui aussi à aimer et comprendre les autres.

 

Et c’est là que j’en appelle au Christ. Car je ne sais s’il y a eu de la part de UESHIBA connaissance de son enseignement mais les deux attitudes sont étonnantes de ressemblance : même message d’amour appuyé. En effet, qu’un chrétien soit confronté à ce dilemme du pacifisme absolu : comment se défendre physiquement sans trahir le message du Christ ? Qu’il soit soulagé, ce dilemme n’existe plus ! Jésus avait raison sur l’amour et sur la vie, la seule façon d’aimer vraiment, c’est de se sacrifier, il a montré l’exemple. Il a fait ce qu’il devait et a inspiré beaucoup d’hommes. C’est évidemment le message idéal. Mais 2000 ans ont passé et nous ont montré une vérité : que l’homme n’était pas prêt ! Et comme je le comprends, car est-il facile de se sacrifier, donner sa vie, son corps, quand on ne sait pas si Dieu existe réellement et plus encore quand on pense que son existence est indémontrable, ce qui nous condamne donc à l’incertitude et au doute permanent. Facile, j’ai employé ce mot pour dire que ça ne l’était pas, mais ce mot est faible car le sacrifice n’est ni facile, ni difficile, il est ce qui est de plus difficile. Et donc l’homme n’était pas prêt… Aussi, désormais, il nous est permis d’avoir des principes, de nous défendre, si besoin était, sans les renier, et encore d’amener cet homme néfaste qui nous agresse, maintenant maîtrisé et désarmé, à nous suivre dans cette voie qui recherche l’amour, et le professe avec largesse. Ainsi l’homme commun qui se voit une issue au problème de violence et ne renie pas ses idéaux de paix, doit remercier UESHIBA, qui est un autre " celui qui a su trouver ".

 

Le budo japonais est l’aboutissement des arts martiaux d’Orient. L’aïkido est l’aboutissement du budo japonais. Mais il est aussi un excellent moyen de se constituer un bon physique, il est donc un sport. Et je pense affirmer qu’il est le meilleur sport au monde. En effet, non brusque, sans heurts, il ne présente pas, comme la plupart des sports, une atteinte à l’intégrité physique du pratiquant. Ses mouvements sont doux, amples, mais précis et énergiques ; les jambes sont légèrement pliées et à force d’être mues, elles deviennent sûres et puissantes, elles s’assouplissent, deviennent dynamiques ; le corps est droit ; les bras décrivent des mouvements larges, les poignets deviennent puissants, les bras plus forts, la cage thoracique se développe, la posture ainsi utilisée travaille l’énergie, les muscles se détendent, les nerfs se dénouent. Cet art donc, et tout cela sans dommage pour la santé, muscle, assouplit, développe l’énergie, la vitalité, et équivaut par le bienfait qu’il procure et la sensation que l’on éprouve à la fin d’une séance au meilleur des massages. Voilà après l’aspect spirituel, pour le côté physique.

 

L’aspect esthétique n’est pas en reste dans cet art dont les mouvements tournoyants, en spirale, sont magnifiques. Il ressemble à un ballet et évoque les danses fabuleuses des mystiques soufis, les derviches tourneurs.

 

Voilà pour cet art merveilleux qui réunit toutes les qualités qui vont lui permettre, je l’espère, de devenir un des arts phares du XXIème siècle. Mais il faut se souvenir qu’en aucun cas l’aïkido ne peut être suffisant. Il lui faut associer un enseignement intellectuel car aucune technique, aucun art n’est si parfait qu’il peut se suffire à lui-même. Il faut un but et ne jamais perdre ce but de vue. Le but sans la pratique n’est rien ; la pratique sans le but n’est rien non plus. 1999/2000

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 20:21

 

 Miller fait partie des créateurs qui renvoient sans cesse aux êtres qui l'ont influencé.

Il n'est pas avare de compliments, il veut partager ses admirations, en faire profiter l'humanité.

Dans sa générosité, il me fait penser à Sartre plus qu'à Lacan par exemple.

 

Il partage aussi avec Sartre le génie excédant les capacités d'autres génies ou grands créateurs, qu'ils estimèrent et aimèrent.

 

Ainsi, quand Sartre fait l'éloge de Brice Parrain, de Merlau-Ponty, on peut se demander, malgré la réputation de Ponty, s'il ne les hausse pas à un niveau qu'ils n'ont pas en réalité.

C'est en tout cas l'impression que me donnent les Préfaces aux "Damnés de la Terre"( Frantz Fanon ) et à "Aden Arabie" (Paul Nizan ).

Quelles extraordinaires préfaces pour des livres bien en-dessous de ce qu'elles promettaient ( pour "Aden Arabie", car je n'ai pas lu les "Damnés" en entier ) !

 

Miller renvoie sans cesse à des auteurs dont il fait l'éloge, notamment dans le sublime, l'inégalable, l'incomparable "Les livres de ma vie".

Oh Miller, comme tu montres admirablement que l'on peut s'exprimer profondément et simplement tout à la fois !

Tu es tellement éloigné de Lacan et des pédant de tout acabit !

Mais les oeuvres des Cowpy, des Spengler, des Elie Faure, se révéleraient-elles à la lecture adéquates à la merveilleuse image que tu en donnes ?

J'en doute fort, quant à moi, en ce qui concerne les oeuvres d'auteurs plus connus, Giono et Cendrars.

Tu t'es senti redevable, et peut-être étais-tu réellement "impressionné", mais je pense que nombre de tes lecteurs qui se sont précipités sur "Jean le Bleu", "Le chant du monde", ou "Moravagine", "Bourlinguer" à la suite de tes apologies ont déchanté.

 

Il faut dire que pour ma part, tes oeuvres sont également bien supérieures à celles de Rimbaud !

Tu te serais offusqué d'une telle assertion, mais qu'importe !

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:35

 

 Lorsque j'ai lu Henry Miller pour la première fois, j'étais dans ma période "littérature américaine".

J'avais lu les Fante père et fils, Bukowski, Toole, Harrison, Wolfe, Hemingway. Et j'avais trouvé un véritable alter ego en John Fante et son double, Arturo Bandini.

Ca avait été comme une révélation, fondée sur une immédiate connivence.

Les livres de Fante sont pleins de tendresse, d'humour, d'élan romantique, d'aspirations littéraires, et par-dessus tout d'humanité.

 

J'ai découvert Henry Miller l'année où Fante m'est devenu un être cher, et si j'ai été ébloui, dans un premier temps, par le passage du "Trolley ovarien"  par exemple, quelque chose m'a déplu, peut-être un ton méprisant qui stigmatise beaucoup d'hommes et qui pour moi exprime un manque de sagesse, c'est-à-dire d'une compréhension englobante des causes et des effets.

Malgré toute la finesse des vues de Henry Miller, et même l'expression de son génie qui émerge quasi constamment, un certain manque d'humanité, une certaine froideur, une distance condescendante me gênait. Mais cette vision personnelle sur l'homme et l'oeuvre concernait essentiellement "Tropique du Cancer" et "Tropique de Capricorne", et tout changea lorsque j'abordais la "Crucifixion en rose" par "Plexus". Quelles heureuses circonstances m'ont poussé à acheter ce livre ?

 

J'étais dans une librairie Française de Londres. Je naviguais entre divers classiques.

"Les Possédés" ? Plus envie ! "Guerre et Paix" ? Pas le moment ! "En Patagonie" ? Je trouvais que "Le chant des pistes" était surestimé. Dans le genre Ecrivains Voyageurs, je préfère "l'Usage du monde" de Bouvier par exemple.

 

Alors quoi ?

 Tiens, du John Irving, pourquoi pas ? Un peu de philosophie ? "Ainsi parlait Zarathoustra", auquel je reviens constamment, mais que je n'ai jamais pu finir ?

Non, quelque chose m'en empêche.

"Plexus", de Henry Miller ? Volume conséquent ; vais-je le lire ? En vaut-il la peine ?

J'hésite, mais sans doute, inconsciemment et combiné avec le fait qu'aucun autre livre ne me fait au moment plus envie, plusieurs motifs sont décisifs.

D'abord, malgré mes réticences, j'avais été subjugué par le brio, le génie, la dextérité, les aptitudes de Miller.

Ensuite, j'avais lu quelques mois avant la biographie de Thoreau par Gilles Farcet. Dans ce livre, qui m'a beaucoup apporté, et à la suite duquel j'ai lu "Walden", il y avait de nombreuses références à Henry Miller, de nombreux rapprochements entre lui et Thoreau, et aussi Kerouac, Snyder, les sages indiens et d'autres.

 

Donc, un ensemble de facteurs plus une bienheureuse intuition m'ont poussé à l'achat de "Plexus". Bien m'en a pris !

C'était le livre dont j'avais besoin, parfait en quelque sorte dans le sens où je ne pouvais imaginer meilleur livre. Il y existe une telle quantité de passages absolument merveilleux, absolument purs, que ça me donne envie de les lire à voix haute, de les partager ainsi, bien que je sois un pitoyable lecteur.

Pour un spectacle, ou une série de spectacles, cette seule oeuvre me suffirait, pas besoin d'en chercher d'autres.

Elle est telle que je ne peux ni la résumer, ni l'expliciter, je ne peux que la proposer au lecteur potentiel.

 

C'est d'ailleurs pourquoi je désire la lire publiquement, pour en faire profiter directement les hommes, les y amener.

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 16:24

 

 Mes aspirations littéraires sont éminemment évolutives. J'ai des phases pendant lesquelles je suis obsédé par un auteur en particulier.

Je vis la même chose pour la philo et le cinéma.

Par exemple, j'ai été un moment fasciné par Fellini, par Pasolini, par Visconti, par Eisenstein, par Tarkowski, par Bresson tour à tour ou successivement.

Mais, lorsque la phase de découverte et d'euphorie impliquée par la renaissance à moi-même prend fin, je conserve en mémoire ce que ces oeuvres m'ont apporté mais je n'y reviens plus, soit  que je pense en avoir épuisé le suc, soit que je les envisage comme des réponses à mes besoins spécifiques d'antan, soit que je désire conserver intacte la première impression et que je craigne la déception.

 

En philosophie, j'ai eu une période Kantienne. J'analysais toute ma vie en fonction de critères Kantiens. Je cherchais à savoir si elle était conforme aux divers impératifs, et à l'y contraindre le cas échéant.

J'ai eu une période Schopenhauerienne, Bergsonienne, Teilhardienne, Sartrienne, Freudienne.

Mais je n'éprouve plus le besoin ni l'envie de m'y replonger, comme si j'y avais consacré suffisamment de temps et d'énergie pour les avoir assimilés et dépassés oserai-je dire, en en découvrant les failles.

 

En littérature, j'ai eu des périodes concentrées sur Balzac, sur London, sur Proust, sur Montherlant, sur Wilde, sur Genêt, sur Céline, sur Dostoievski, sur Fante, ce qui ne signifie pas que je ne me nourrissais pas ailleurs, mais qu'ils étaient des Pôles majeurs, des références autour de quoi tout tournait.

Certains m'occupèrent l'esprit de façon obsessionnelle pendant plusieurs mois ( Montherlant, Fante, Genêt ), d'autres plusieurs années ( Balzac, Proust, Dostoievski, Céline ), mais quand mes centres d'intérêt changent, et lorsque mes obsessions décroissent, mon attirance pour l'oeuvre des auteurs qui les partageaient suit cette évolution, et en même temps  mon regard critique ose évaluer ce que je sacralisais et pour lesquels j'étais même prêt à faire autrefois le "coup de poing", tant j'étais immature et intolérant.

 

Le plus choquant pour ainsi dire, ce sont mes opinions sur Proust et Dostoievski, qui furent vraiment intouchables pour moi, même si j'ai pensé tôt que Proust l'emportait car ses thèmes sont universels, tandis qu'il faut être un peu spécial et obnubilé par la chute, la rédemption, la complexité torturée des personnages par exemple, pour pénétrer Dosto.

Mais je ne peux replonger ni dans l'un, ni dans l'autre, ni dans Céline d'ailleurs.

Quelque chose m'en empêche, une impression, une intuition, comme si je sentais d'instinct, biologiquement quelque part, que j'y avais suffisamment participé et que pour moi la vie était désormais ailleurs.

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 16:08

 

Bukowski m'exaspère.

J'ai envie de lui rentrer dedans.

Je lui accorde de la pertinence (critique du travail), mais il a eu une vie pitoyable.

Après tout, se vautrer dans l'ignominie, se complaire dans l'obscénité, boire plutôt que pratiquer une activité physique, qu'intégrer une association quelconque, libre à lui, mais ça ne m'inspire pas.

C'est le genre de personnage qui rend mal à l'aise de suite, agressif, irrespectueux, ultra narcissique, et finalement très borné.

S'il adorait Fante, que j'apprécie beaucoup par ailleurs, c'est  sans doute parce que Fante était le seul écrivain à sa portée.

 

Et si j'avais pu lui donner un conseil, il aurait consisté en une formule tirée de "Roman avec cocaïne" d'Agueev : "La platitude réside dans la tendance à mépriser ce qu'on ne comprend pas".

 

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