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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 02:21

Le pauvre Type dans son grand manteau noir.




Ceci est un testament. Quitter ce monde ne m’ôtera rien. Un monde que j’aimais pourtant mais dont je n’ai jamais pu saisir aucun bien. C’est un paradoxe que l’émotif, le sensible, le réceptif, le plus apte à apprécier ce que la vie peut donner, et donne à la plupart, est celui qui, justement, ne parvient pas à en profiter. Il arrive cependant, généralement, qu’il parvienne à surmonter son handicap. Mais il existe des hommes qui restent bloqués toute leur vie, en deçà de l’expression qui les sauverait au sein du monde. je fais, hélas, parti de ces hommes, qui n’arrivent pas à sortir d’eux-mêmes, prisonniers de leur singularité, de leur timidité littéralement pathologique. Puceau à vingt-cinq ans, ignorant tout du moindre des contacts sensuels, j’ai perdu tout espoir. Je suis en-dehors de la vie, en-dehors du monde, irrémédiablement décalé, à côté de tout ce qui fait le bonheur des gens.
Je viens juste de connaître un échec sentimental. J’avais remarqué une fille que je croyais en médecine. Elle connaissait une fille que j’avais aimé autrefois et à laquelle j’avais envoyé des lettres. C’est toujours comme çà que je fais, jamais de face. C’est mon problème. J’adopte spontanément l’indifférence, et, quand une fille me plaît, je l’ignore volontairement, je ne laisse rien paraître de mes sentiment pour elle, et, même, je regarde avec insistance les autres filles dont je me désintéresse totalement. C’est une attitude bien lâche, féminine, car ainsi j’espère savoir si la fille que j’aime m’a remarqué, et je désire provoquer sa jalousie, son envie, afin qu’elle prenne l’initiative. Le problème, c’est que les filles font, ont toujours fait pareil. C’est pour cela que çà n’a jamais fonctionné. Il n’y a rien eu de réel, de concret, que des suppositions, du rêve, des idées. J’ai compris tout cela progressivement. Il faut prendre des risques, y aller de face. Envoyer des lettres pour prendre contact est une erreur brisant net tout ce que la fille contenait ou pouvait contenir d’amour pour vous. Mais, avant, les lettres, je ne les envoyais même pas ! J’ai donc dû faire quantité d’efforts pour exposer franchement mes sentiments. Ce n’était pas suffisant. C’est ainsi qu’une fille dont je pensais qu’elle m’aimait devint radicalement insensible à mon charme à partir du jour, où, pour accélérer l’affaire, je mis directement dans sa boîte aux lettres une déclaration assez mal écrite, car je voulais qu’elle m’y voit à l’état ordinaire. J’employais donc des expressions du langage parlé, qui durent me desservir considérablement. Toujours est-il qu’elle n’y répondit que bien après le moment où je la lui envoyais, et m’écrivit des banalités comme « chacun a droit au grand amour », et elle ne prit pas la peine d’écrire tous les mots en entier, fit donc des abréviations, ce qui prouve le grand cas qu’elle faisait de moi, l’estime en laquelle elle me tenait. Je ne pus émerger du chaos qui s’ensuivit que par l’anticipation soigneuse d’une place pour une retraite dans un monastère, au cas où il arriverait ce qui est arrivé. Ce séjour me sauva, me requinqua, et je pus reconstruire suffisamment mon moi désordonné pour recommencer à vivre à nouveau. Mais ce genre de choc agit toujours plus en profondeur qu’on ne le croit, et les bases de la confiance en soi, à force de vaciller, sont si effritées qu’elles en viennent à perdre définitivement leur unité. Cette fille et les scories accompagnant sa présence m’affectèrent gravement et elles furent longues à oublier. Elle était, en effet, dans ma classe de lycée, et l’aimant vraiment, je ne pouvais donc l’ignorer qu’en m’endurcissant à outrance. Je fus donc porté par nécessité, durant ces deux années difficiles, à chercher différents moyens, méthodes, voies, pour vivre malgré elles. je fis ainsi diverses expériences : alcool, séjours en monastère, initiation au bouddhisme, errance forrestière, lectures multiples, participation insensée à deux tournois d’arts martiaux, ébauche de réflexion philosophique, et toutes ces petites aventures me firent supporter une vie difficile et déjà chargée, et me permirent de rester présent jusqu’au baccalauréat, que, malgré mes nombreux tourments, mes persistantes et obsédantes préoccupations, je réussis au passage à l’oral. je pus donc remplir un objectif de socialisation important. Moi qui n’avais rien, ni qualifications professionnelles, ni reconnaissance scolaire, aucun diplôme, en quoi que ce soit, tel Céline au retour de la guerre, une longue vie déjà derrière, je me retrouvais d’un seul coup bachelier et titré. L’université était la suite logique de tout ce parcours, de mon cheminement particulier, hélas hors-normes. C’est le drame de l’étranger. Rejeté, il tente l’assimilation dans un premier temps. Comme il reste l’autre, le différent, il survit dans la solitude en érigeant pour sa spécificité une dignité, une noblesse qu’il ne croit partager qu’avec les hommes d’un caractère supérieur, d’une nature ontologiquement séparée. Enfin, on meurt de la solitude, et sans maîtresse et sans amis, stoïque par nécessité, l’homme s’effondre quand sa lucidité lui montre que la vie, sa vie, n’a de valeur que par ce qui lui manque. Sa logique devient donc celle de la mort. Il est dans la mort plus que dans la vie. Il vit non dans la vie, mais dans la mort à laquelle il consacre sa vie à se préparer. Il finit par ne plus penser qu’à la mort, et à l’acquisition de la force de volonté qui la lui fera accepter dignement, calmement, sans souffrances. Sa vie est toute orientée vers la mort. Elle est une anti-vie qu’un manque de courage dans l’acceptation de la vérité élève faussement comme l’unique vraie vie. Il est, de fait, complètement à côté. Mais s’il se voit comme il est lui-même, comme ce que la vie est vraiment, s’il voit le temps perdu à ne pas jouir et à souffrir ( par sa volonté de ne pas souffrir ), alors il abandonne toutes ses positions antérieures, et cherche à opérer un retour à la normale. Seulement il s’est trop éloigné, et ne peut plus revenir. Les illusions qu’il se faisait sur lui-même cèdent au constat de son inaptitude en tout. Au personnage de romantique exacerbé, enfoncé dans ses magnifiques, insondables et inconnues souffrances, qu’il s’était cru, est substitué le minable, incapable de la moindre action d’envergure comme des actes ordinaires que tous les autres font. Toutes les rêveries qui justifiaient ses faiblesses sont remplacées par la réalité qui n’est que ses faiblesses. Il perd la croyance en son génie, mais ne limite pas sa chute par l’acquisition du titre d’homme mature et responsable. Il est donc, enfin, le dernier des hommes. Toute cette description d’un itinéraire maudit est la description de mon itinéraire maudit. Je me suis donc partiellement décrit, et mes espérances folles, et mes angoisses de raté. Je me retrouve en faculté de philosophie, n’ayant jamais fait l’amour, ni caressé les seins d’une fille, ni humé l’odeur de son sexe, ni palpé avec l’assurance et l’audace d’un mâle dominant donc abruti, ou bien avec la timidité d’un littéraire caricatural, les fesses rebondies et animales des jolies demoiselles comme des plus laides. Je n’avais, non plus, de ma vie, goûté les lèvres d’une femme, et je n’avais jamais étreint, serré, pressé contre moi une femme désirée, dont j’avais envie, et qui m’appelait pourtant, ou du moins je croyais qu’elle m’appelait. Héros d’un roman de Dostoievski, errant, buvant, écrivant, voué à finir au bagne, à l’asile, ou suicidé, cherchant une seconde chance dans l’amour d’une jeune fille pure, qui l’aimerait, le comprendrait et lui pardonnerait ses violences spontanément, jeune fille idéalement rédemptrice, Aglaïa qui ne serait plus ignorée, mais adorée, voilà où j’en étais.
Je me posais sérieusement la question de mon avenir. Moyen ou nul en tout, ayant tâté d’à peu près tout, ayant été tour à tour ou simultanément aventurier sans sens pratique, guerrier à la constitution débile, sportif dont les prouesses avaient pour élément de comparaison principal celles des membres de ma famille squelettique, mystique me brisant les membres par ma rigueur ascétique extraordinaire ne m’amenant que des réflexions pessimistes et athées, moins habile dans l’usage de mes mains que ne l’est une femme, il me restait à découvrir que mes pulsions m’empêcheraient la constance nécessaire dans le travail pour être un intellectuel brillant ; qu’étant moins viril que je l’imaginais, je ne deviendrais jamais un séducteur ; que ma voix faible était définitivement incompatible avec la concrétisation d’un de mes vieux rêves, devenir comédien, et, enfin, je me rendrais compte que, vieilli, usé, quand je croupirais avec ma misère dans des bars sans vies, des bars désespérés, je n’aurais même pas la satisfaction d’être écrivain, n’ayant pas l’énergie suffisante pour me forger un style et construire des histoires pleines de détails non psychologiques.
Si le philosophe Husserl cherche à évacuer tout psychologisme, moi, je ne m’intéresse qu’au psychologique et je ne peux m’enthousiasmer que pour ce qui a trait aux sentiments, à l’affectif. A la faculté, je ne me fis que des relations sans grand intérêt, avec lesquelles j’avais des conversations intellectuelles d’un niveau de tout premier ordre, certes, mais pas de réelles affinités, de correspondances affectives, d’amour. Je finis pourtant par me faire une amie. Elle était en maîtrise de philosophie, et était ma tutrice, mais, pas attitrée, elle l’était de tous les élèves. Jamais je n’ai été aussi heureux qu’avec elle. Nous avions une même façon de pens’e, des angoisses similaires. Nous nous voyions régulièrement, et j’attendais avec hâte, quand je l’avais quittée, la prochaine rencontre, essayant cependant de ne pas trop y penser, de ne pas vivre que pour cette rencontre, connaissant trop les pièges de l’exclusivité. Hélas, un malentendu survint. Elle était déjà importunée par un amoureux encombrant qu’elle n’aimait pas. Quand je vins sonner chez elle, pour lui souhaiter simplement bon Noël, lui conseiller la prudence sur les routes, et la remercier de la joie qu’elle me donnait, joie amplifiée démesurément par mon passé infernal, qu’elle ignorait, elle pensa que je l’aimais et crut, sans doute, que j’allais me muer en un empoisonneur permanent de plus . Aussi son accueil fut glacial. Elle me tua. Je pleurais sans discontinuer pendant deux jours, m’effondrais, me ressourçais, c’est une habitude, grâce à une semaine, non préparée cette fois, passée en monastère, et ne lui pardonnai pas. Elle devait m’aimer quand même, car elle tenta, à plusieurs reprises, de se réconcilier avec moi. Mais, à chaque fois, je feins de l’ignorer, pour lui montrer que je n’étais pas un jouet qu’on pouvait manipuler à sa guise, tout en pensant que je pourrai renouer avec elle. Mais elle se lassa, et je ne renouais jamais. J’avais , au moins, pour une femme dont je n’étais pas amoureux, mais que j’estimais, maîtrisé la tentation que j’avais eu de lui écrire une lettre, et pris le risque de l’affronter de face. J’avais donc pris le risque de perdre ma vie pour la sauver, et je l’avais perdue, mais j’y étais allé. J’allais encore la perdre, de toute façon. Mais je me demandais si je n’étais pas maudit. Il y avait toujours une raison pour que je sois seul, pour me pousser au suicide. Soit les femmes évoluant dans le milieu momentané où je survivais, armée, brevet professionnel avorté, philosophie, ne me plaisaient pas, et alors, qu’elles m’aimèrent ou non, cela ne changeait rien, soit il n’y avait tout simplement pas de femmes, comme dans le centre fermé où je passai quelques mois, soit encore elles me plaisaient mais je ne leur plaisais pas, ou bien on se plaisait mais l’émotion m’empêchait tout approche vraie, et quand elles-mêmes approchaient, je fuyais. D’autres fois, je tombais sur une femme que j’aimais immédiatement, que je ne laissais, apparemment, pas indifférent, et tout semblait réuni pour l’union, puisque je me sentais l’audace de faire le premier pas. Mais nous étions sur un quai de gare, dans un café où elle était accompagnée, dans le train, dans un restaurant où je ne devais plus jamais retourner, et ces moments de grâce ne pouvaient pas, pour se reproduire, compter sur le futur où j’aurais pu savoir où la rencontrer à nouveau. Ainsi, je pensais bien être maudit. J’étais bien comme Kierkegaard, condamné à cause de mon père. Mon père ne s’était-il pas comparé à Kierkegaard, dans sa jeunesse, et, adulte, ne ressemblait-il pas étrangement qu sien ? Car mon père s’était lui aussi promis à Dieu, et il avait prêté le serment de le servir ou de mourir. Et il l’abandonna, se maria, eut deux enfants, mon frère et moi, et prépara une maîtrise de philosophie sur Stirner, le fondateur de l’anarchie le plus radical, le plus anticlérical qui soit, et le précurseur de Nietszche. Il trahit donc, et mon frère et moi souffrons.
Les femmes ne semblent m’aimer que quand je les ignore. Peut-être est-ce finalement le mystère dégagé par mon indifférence, mon détachement apparent qui les attire, en les intriguant, attisant leur curiosité ? Mais que je me montre tel que je suis, et l’amour disparaît. Que je laisse voir l’émotion qui me submerge, mon vrai moi loqueteux et incapable d’articuler le moindre son clairement et distinctement, et c’est la fin. Pour qu’une femme que j’aime puisse ne pas être effrayée, puisse m’aimer si j’ose l’aborder et m’exposer au ridicule d’une incapacité totale, de la perte de tout empire sur moi-même, il faudrait qu’elle me sache déjà comme cela, et m’aime comme cela, et m’aime pour cela. Il faudrait donc que nous nous aimions déjà, et, pour cela, il faudrait que nous nous rencontrions assez régulièrement, car, autrement, je ne pourrais que me rendre ridicule. Je ne serais pas alors pour elle l’homme brisé qui l’inspirerait et qu’elle voudrait reconstruire et sauver par son amour et tous ses soins. Je ne serais qu’un homme à l’apparence banale, dont l’émotivité passerait au mieux pour bêtise, au pis pour folie, et pour lequel elle n’aurait qu’indifférence, ou, peut-être, si elle ne dispose pas d’une sensualité particulière lui dévoilant d’un seul coup les trésors méconnus du fantôme titubant qui tente de la séduire, aurait-elle de la répulsion pour cet être, qui est moi. Quel monstre je suis ! Pourquoi doit-on tant souffrir pour qu’il en sorte quelque chose de bien ? Et s’il n’en sortait rien ?
J’étais donc seul, j’avais toujours été seul, je n’espérais plus rencontrer personne. Mais, devenu lucide, je savais ce qui donnait à la vie sa valeur, son sens, et je savais maintenant que la façon dont j’avais survécu jusqu’ici malgré une vie invivable, avait été une fermeture, un repliement sur soi, une recherche de l’autosuffisance qui, si on y accède véritablement, équivaut à précéder la mort avant de mourir et sans mourir, parce que le détachement supprime tout ce qui rend la vie intéressante et agréable. Aristote dit qu’une vie sans amitié est une vie nécessairement imparfaite. Une vie sans amitié et sans amour est une vie nécessairement et complètement ratée. C’est pourquoi je n’avais plus envie de résister en contrôlant le flux des images dont dépendaient, en partie, mes sensations, et dont dépendaient totalement mes sentiments, mes émotions, mais j’avais, au contraire, envie qu’elles m’imprègnent, qu’elles sortent de partout, qu’elles contaminent tout le reste, qu’elles me fassent craquer, pour que je casse enfin la rigidité, le maintien artificiel joué, la gravité qui m’empêchaient de m’épandre au-dehors, dans le monde, de me faire connaître, de rire et de chanter avec les autres, d’être vivant avec des vivants, et non plus mort parmi les vivants, vivant uniquement orienté par l’angoisse de la mort, non plus vivant seul. Dans ses perspectives, ses vues, la lucidité me tuait progressivement, me dévorant le cœur, les tripes et l’âme. Il n’y avait pas d’issue. Je ne pouvais boire, ayant risqué ma vie au moins quatre fois déjà par des prises de boisson illimitées, mais je buvais quand même. Qu’est-ce que l’on pouvait me reprocher ? A une certaine époque, époque qui dura en fait plusieurs années, je réglais tous mes problèmes comme cela, les noyant véritablement. Puis j’avais arrêté, ma santé déclinant dangereusement et m’inquiétant pour mon cerveau. Mais après plusieurs années d’efforts, où je me contentais, sans aucune compensation, de tisane, de thé, de limonades, la tristesse, la tension, les angoisses, les craintes multiples, les doutes sur l’état de ma santé mentale, la conscience du temps, des jours passés sans gain d’aucune sorte, m’ont poussé à reprendre mes anciens vices. Même l’homme le plus endurci craque, seul, hormis le cas limite de l’homme profondément amorphe, à la conscience tellement réduite qu’on ne peut plus vraiment dire qu’il est un homme, puisqu’il ne réfléchit plus rien. La preuve de ce que j’avance, c’est que le légionnaire dont l’engagement se termine ne résiste pas à la solitude qu’il gagne en acquérant sa liberté, et le samouraï privé de son ordre sombre dans la débauche et devient pitoyable, perdant la force de se suicider et s’attachant à une vie misérable qu’il était prêt à quitter quand elle était honorable. Qu’on ne me dise pas, alors, que l’alcool ne sert à rien. S’il ne résout pas les problèmes, il offre au moins l’oubli momentané. On ne peut toujours affronter les obstacles de face, quand on est un homme, et choisir, si on peut appeler ça un choix, la mort. C’est peut-être un heureuse issue pour l’homme naïf, qui s’est trompé volontairement ou involontairement sur ce qu’elle est, mais pour l’homme lucide elle est la mort, c’est-à-dire la fin de l’espoir, la fin de l’amour, la fin de la vie. Après, il n’y a plus rien.


Toutes ses réflexions n’encouragent pas l’enthousiasme. La tête souvent déconfite par mes propres pensées, je ne pouvais guère séduire les filles qui veulent des hommes sûrs, ne doutant que ce qu’il faut pour ne pas être tout à fait bêtes, insouciants et simples. Un jour que je me demandais si j’aimais une fille au violoncelle rencontrée dans un train et que je voyais de temps en temps dans la ville où j’étudiais, je m’installai pour travailler dans une bibliothèque face à une fille assez jolie, mais tout de même assez quelconque. Nos regards se croisèrent et je crus deviner une curiosité spontanée et de l’empathie pour ma personne. Mais je me dis que, par rapport à la fille au violoncelle, que le travail surproductif de mon imagination avait déjà sacrée impératrice, que j’étais déjà prêt à servir courtoisement, reine pour laquelle j’optais spontanément pour un sacrifice anticipé, la fille assez ordinaire qui me faisait face ne pouvait rivaliser. Cependant, son visage, ses manières s’imprimèrent en ma mémoire, suffisamment pour que je la reconnus aussitôt que je la revis. Elle parlait abondamment, et était apparemment une fille de caractère, une meneuse. Elle accompagnait sa conversation de nombreux, très féminins mais néanmoins énergiques gestes des mains. Elle était tout à fait le genre d’héroïne de roman russe, flamboyante tout en restant simple et bonne, fille à grand appétit sexuel mais qui se défend farouchement des tentatives de contact trop osées s’ils viennent d’hommes qu’elles n’aiment pas, qu’elles n’estiment pas. Elle était de ces jeunes filles qui ne sont prêtes à se donner qu’aux hommes dont elles savent, qu’en plus de leur propre amour pour eux, elles en sont aussi aimées, et qui sont prêtes à se venger de ceux qui les trahissent, ou surtout ont cherché à en profiter par le jeu des sentiments, avec une grandeur effrayant les hommes qui n’ont pas compris et qui ne peuvent pas comprendre qu’on n’humilie pas impunément des déesses, juste grandeur donc, parce qu’elle sied à leur nature impériale et sainte. Qu’ils pourrissent dix mille fois en enfer, ceux-là qui osent attenter à la pudeur de ces femmes ! Pour ma part hélas, je ne sais si elles existent ailleurs que dans les romans. Il me semble, pourtant, en avoir aimés, et en avoir été aimés, il me semble donc qu’elles existent. La fille qui emplissait progressivement ma conscience, qui allait, si je n’y prenais garde, la remplir intégralement, était de ce type qui m’ensorcelle, ou m’enchante selon la perspective, mais, quelle que soit la position, me rend malade. Je la vis donc parfois au restaurant universitaire à midi. Elle aussi me remarquait. Je vis, un soir, une fille dont je savais qu’elle la connaissait, les voyant régulièrement ensemble. Le lendemain, tandis que j’étais à manger avec un bon copain un peu aventurier, je les vis venir s’installer à côté de nous. Pourtant, celle que j’aimais déjà ne mangeait jamais dans ce restaurant le soir. Son amie qui venait, elle, de temps en temps, avait donc dû lui parler de moi. Je me troublais aussitôt, changeai de voix, et mon ami s’aperçut bien du changement puisque j’étais toujours volubile avec lui, et que là je lui montrais clairement par mon comportement global que j’aspirais, subitement, au silence. A mon avis, il comprit, car mon mutisme coïncidait exactement avec l’arrivée des deux filles, qui se mirent à notre table. Evidemment, comme à mon habitude, je ne fis rien. Je me contentais juste d’un regard quand, après qu’elle se soit levée et eut rangée son plateau, il n’y avait plus qu’une faible probabilité de contact réel, donc de danger pour moi, vu mon tempérament et mon inexpérience. Elle ne fit, elle, durant tout le repas, que tourner la tête en ma direction et m’appeler d’un regard langoureux. Son regard fut encore langoureux, et clair de significations quand j’osai lui montrer subrepticement qu’elle me plaisait. Je la revis encore quelquefois par la suite, la croisais à la bibliothèque sans jamais lui adresser la parole, ou bien, marchant dans les rues l’un à la rencontre de l’autre, nous nous croisions en nous glissant un regard complice, au sens évident de sa part, moins explicite de la mienne. Il nous arrivait de marcher un certain temps côte à côte, nous ignorant mutuellement, parce que je le voulais ainsi, ou plutôt parce que ma propre nature m’y contraignait. J’écris ceci pour bien montrer que c’est de ma faute si rien ne se passa entre nous. Un jour où, sachant qu’elle travaillait tel soir à la bibliothèque, je m’étais jurer de l’y retrouver et de me conduire comme un homme se conduit, c’est-à-dire d’aller au front, je tombai sur ma vieille ennemie, celle avec qui j’avais fait l’erreur d’envoyer une lettre pour la séduire, erreur qui n’en était pas une en fait, car si elle m’avait vraiment correspondu, elle aurait aussi aimé la lettre, ou m’aurait aimé malgré la lettre. Je ne lui disais à peine bonjour, quand je la croisais de près. Alors là, je la regardais à peine, car elle était loin. Je ne lui fis même aucun signe, et ne m’approchant pas, je continuai à arpenter les différentes salles où j’espérais trouver la nouvelle. Finalement, ne la trouvant pas, je descendis lire, dans la salle consacrée à cela, quelques revues. Au moment de la fermeture de la médiathèque, en sortant, je tombai nez à nez, à quelque distance quand même, de la fille qui avait gâché mes années de vieux lycéen. Je reçus un choc car elle me causait encore un effet assez violent. On n’est pas amoureux d’une femme deux ans de sa vie sans en être marqué indélébilement. Mais là, je reçus un double choc, car je vis, l’instant d’après, la fille que j’étais venu chercher. Et elles se connaissaient ! Je fus stoppé net, et, tournant les talons, je m’enfuis précipitamment. Je ne sus, sur le moment, qu’en penser. J’eus un moment d’incertitude, de flou de conscience, de vertige corporel. Puis, l’exaltation me prit. Une onde de joie enveloppa mon âme et la déborda. J’eus en effet le pressentiment qu’elles se parleraient, et pas en ma défaveur. Au contraire, je crus même que la fille que j’aimais, exposant son attirance pour moi à la fausse Aglaïa, allait raviver l’amour de celle-ci, qu’elle n’avait peut-être d’ailleurs jamais eu et que peut-être je n’avais fait que supposer. Je pensais, aussi, que la lycéenne allait lui raconter ce qu’elle savait de moi, et faire une apologie plus qu’un pamphlet. C’est qu’il y avait beaucoup à dire, et ce qui était connu n’était pas ce qui était déshonorant, déclassant pour un lycéen, que j’avais réussi à masquer, en n’en parlant pas. Les lettres me rendraient romantiques, l’alcoolisme torturé, les poésies publiées au journal du lycée intéressant et sensible, le centre fermé me ferait paraître viril, le service militaire, aventurier, mon silence sur les femmes, mystérieux, et mon actuelle situation d’étudiant en philosophie, en voie de rédemption. J’oubliais ma réputation d’expert en combat à mains nues qui ajouteraient du caractère et de l’étrange à l’ensemble, ainsi que mes séjours en monastère chrétien et en temple zen, qui achèveraient sur elle la fascination que j’exerçais sur les autres. Tout cela était connu, circulait, et j’étais, au lycée, presque un demi dieu, une légende avec laquelle il était préférable d’être en bons termes, un caïd bien orienté, attentionné et protecteur des plus faibles, pacifique, mais encore dangereux, toujours craint, et assez aimé. J’allais donc certainement, par leur émulation mutuelle, les avoir à mes pieds toutes les deux. Tout ce mouvement enchanteur fit place à une brusque angoisse, un revirement quant à ce que celle qui me connaissait pourrait dire à l’autre, et comment l’autre le prendrait. Car tout cela pouvait faire peur. La lycéenne n’avait-elle pas confié à un ami à moi, qui me le répéta et fut moins mon ami, qu’elle avait eu peur de moi. Il est vrai que je la suivais jusque chez elle. Il est vrai, aussi, que, la deuxième et dernière lettre que je lui remis -où je tentais de la séduire en lui expliquant que ce qu’elle avait de mieux à faire, c’était de rester avec l’homme qu’elle prétendait aimer alors, son « chéri » d’alors, et c’était bien mal s’y prendre- je la lui remis donc courageusement en mains propres, mais elle ne m’aimait plus, mais je m’étais rasé le crâne pour être plus terrifiant avant ma seconde et dernière participation à un tournoi d’arts martiaux qui se déroulait à Paris, mais, enfin, je l’appelai du bas des escaliers quand elle était en haut, tout rougissant et bafouillant, m’exprimant de manière monstrueusement incompréhensible, et par conséquent m’approchant d’elle pour rendre intelligible ma voix déformée et lui donner ma lettre. Il y avait donc de quoi être impressionné, de quoi avoir peur, et j’eus donc peur qu’elles eurent peur. Puis les vacances d’été arrivèrent et nous nous séparèrent. Je pensais maintenant aux deux filles en même temps, et je ne savais laquelle j’aimais réellement, car l’une m’enthousiasmait pour l’autre, et je ne m’étais jamais totalement débarrassé de mon amour pour la lycéenne. J’appris par un copain du lycée que je ne la reverrais probablement plus, ou très peu, car elle préparait une maîtrise dans une autre ville. Toute cette histoire perdit du charme pour moi, liée qu’elle était à un ensemble dont sa valeur n’était pas dissociable. Je continuai cependant à aimer l’étudiante, dont je connus mieux les inclinations. Je sus son nom, qu’elle étudiait la médecine, fréquentait assidûment le « café des arts », ou le serveur me dit que j’étais sûr de la trouver à telle où telle heure, serveur sur lequel je m’épanchais d’ailleurs continuellement. Je sus aussi qu’elle pratiquait le volley-ball, et ce sport qui m’avait toujours laissé indifférent, que je n’aimais pas regarder et dont je n’aimais pas jouer, m’intéressa subitement, comme m’intéressèrent les résultats brillants de l’équipe masculine de la ville. Malgré mes nouvelles facilités –je pouvais la rencontrer comme je voulais- je me débrouillais pour n’aller dans le café qu’elle fréquentait que lorsque je savais qu’elle n’y était pas, et je me contentais, en passant, de jeter un rapide regard à travers la vitrine quand je savais qu’elle y était. J’avais prévenu le serveur, un serveur bien sympathique, que si nous nous trouvions ensemble, elle et moi, je n’oserais sans doute pas l’aborder, afin qu’il comprenne mon attitude peu audacieuse. j’attendais donc, comme je l’avais toujours fait. Mais étais-je donc à ce point lâche ? Il fallait franchir le pas. Le problème, c’est que, si cela fonctionnait, je ne savais s’il fallait lui cacher mon inexpérience, dont elle se rendrait compte de toute façon rapidement, quand le premier baiser qu’elle m’offrirait me ferait défaillir, et causerait mon évanouissement, ou s’il fallait risquer le tout pour le tout en me mettant à nu. De toute façon, un bouleversements s’ensuivrait, m’ouvrant un monde de volupté et de normalité d’un seul coup, peut-être trop violemment pour que je puisse le supporter. Mais il se pouvait aussi qu’elle m’ignora totalement, que je me sois complètement trompé, en m’illusionnant par une interprétation servant abusivement mon sens et mes espérances. N’est-ce pas, après tout, ce que me dit la lycéenne, quand, à l’université, je lui demandai des explications définitives ? Elle me jura, mais les femmes savent mentir, qu’elle ne m’aimait pas avant la lettre, qu’elle ne m’avait jamais aimé. Cependant, me connaissant, supposer que j’aurais tenté une action si je n’avais pas été absolument sûr de son amour est une hypothèse dénuée de fondements. Il subsiste par conséquent, malgré ces aveux, de fortes chances pour qu’elle fit l’actrice, car avouer qu’elle m’eut aimé aurait été une véritable invitation, une justification de nouvelles tentatives de séduction de ma part, qu’elle ne voulait pas puisqu’elle ne m’aimait plus. Ainsi, aujourd’hui encore, je reste dans l’expectative et je ne sais si elle m’a aimé ou si tout était illusion. Je craignais donc m’être trompé sur les sentiments de ce nouvel amour, de ce nouvel espoir. Je redoutais ne pas pouvoir supporter un énième échec et, me décomposant littéralement, je supposai, si je m’étais encore illusionné, que, craignant la folie, j’étais peut-être déjà fou, et qu’il me fallait donc cette fois en finir pour ne bon. j’envisageais donc, en cas d’échec, de me jeter dans le Clain, rivière traversant la ville. Enfin, je me décidai à ne pas être lâche. J’allais, un soir, au bar où elle avait des chances de se trouver. Elle vint effectivement peu après mon arrivée. Le serveur me sourit d’un air de connivence et me dit que j’avais bien de la chance, que j’étais un sacré veinard. Elle pouvait l’entendre. La gêne me fit impérativement grossier et je lui dis de fermer sa gueule, sur un ton qui ne souffrait aucune contestation. Il comprit que je ne plaisantais pas. L’affaire était sérieuse. Elle était venue, seule, et avait rejoint un groupe d’amis. Elle n’était pas loin mais me tournait le dos. Automatiquement, je pris mon air indifférent habituel, et je regardais des filles du côté opposé. Je me souvins que je ne voulais pas être un lâche, de mes résolutions, et contraignis ma nature en orientant ma tête dans sa direction et en la fixant. Mais elle ne se détourna pas. Elle ne me regarda pas, et, quand ses amis partirent, elle les suivit, puis s’en alla, je le vis à travers la vitre, seule. N’en pouvant plus, je décidai de la suivre à distance, car je ne savais toujours pas où elle habitait, et j’en apprendrais plus. Elle disparut de ma vue un moment et, sans doute, voulut voir un de ses amis, mais trouva sa porte close, car sans même que j’en prenne clairement conscience, elle fit volte-face, et se retrouva à trois mètres de moi, la tête haute et fière, le corps droit, et marchant à vive allure. Peut-être, après tout, regrettait-elle comme moi l’occasion manquée et désirait-elle revenir m’affronter. J’eus à peine le temps, dans la nuit noire, de m’apercevoir nettement que c’était elle, que, sans plus d’hésitation, je l’interpellais. Elle prit un air étonné, et je m’approchai d’elle. Entamant la conversation, je sentis qu’elle ne mettait aucune grâce à y entrer, et que ce n’était pas là une indifférence feinte qui n’avait plus lieu d’être. Elle semblait ignorer même mon existence. Elle me mentit, en me disant qu’elle étudiait la psychologie, ce qui était impossible, car, travailleuse, elle n’aurait pas séché tous les cours, et elle passait toutes ses journées en centre ville où était la faculté de médecine, tandis que la faculté de psychologie était trop excentrée pour que j’en crus un mot. Evidemment, tout s’effondra. Je m’étais trompé, une nouvelle fois. J’étais donc bien fou. Je perdais tout espoir d'un lien concret, charnel et permanent avec une femme. Ma vie perdait tout son sens. C’est pour cela que j’ai décidé d’écrire, pour exposer les raisons de mon acte, et le justifier. C’est une trop grande souffrance que de supprimer, dès qu’on commence à aimer, toutes les représentations de l’objet de notre amour, de tuer l’amour dans l’œuf pour ne pas être submergé par ses aspirations, pour continuer à faire son devoir, à travailler pour survivre, car on détruit ainsi pour survivre tout ce qui donne à la vie sa valeur incommensurable, le bonheur par l’amour. J’ai donc choisi d’y céder, et les choses n’ont pas tourné comme je le désirais. Je n’aurais même pas la consolation du vers de Vigny « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse », car je sais que ce vers est faux, et que rien n’égale la voix de la femme aimée. Je pars donc tourmenté, mais fier de ce dernier travail. Adieu.
PS : Faites désormais attention, autour de vous, aux Michkine ignorés. Parlez-leur et couvez les !

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 01:48




Journal intime d’un dément suite


La philo m’empoisonne, en ce moment, l’existence. J’ai cette néfaste impression de consumer mes forces en un fastidieux apprentissage, qui, malgré quelques révélations, m’est un effort pénible. Car que m’importe si nous devons nous méfier des apparences, si la technique est neutre, si l’intelligence peut penser son origine sans la nier ou se nier elle-même ? Que de tortures mentales, ces harassants travaux nous imposent-ils ? J’aime les promenades, avant toutes choses, et la lecture. Mais, décomposer les livres que je lis, j’y consens si cela sert la progression de mon être dans sa globalité, mais je m’y refuse contraint et forcé, car alors, ce n’est plus un moyen de s’épanouir, c’est une brimade qu’on inflige. Et j’ai l’impression d’user le meilleur de moi, ma féconde imagination en une perpétuelle tension sur des travaux incompréhensibles par l’ordinaire humain. Et cela, alors que je pourrais joyeusement batifoler près de rivières ou de lacs, et sentir les odeurs de demoiselles jolies, bien plus enivrantes que celles émanant des fleurs de jardins merveilleux, et je pourrais nager au milieu de poissons tropicaux, et délasser mes jambes après avoir parcouru des kilomètres le long d’une côte enchantée, bretonne, méditerranéenne ou l’une quelconque de celles bordant les mers tropicales.
Mais est-ce donc que je crains l’effort ? J’ignorerais donc cette loi universelle de l’enfantement douloureux nécessaire à chaque naissance, à chaque nouveau bonheur ? Non, mais comme tout homme, je les crains. Suivant Monsieur Bergson, j’incline à penser que l’homme se passerait volontiers de beaucoup d’ennuis, d’angoisses pourtant nécessaires à son évolution, à l’élaboration de systèmes novateurs. Je ressens une très forte aspiration à la vie végétative. Mais, paresseux, je ne crois pas que je le sois. D’ailleurs, le sentiment d’être un paresseux n’est donné qu’aux hommes souffrant de la culpabilité de ne pas travailler selon leurs moyens, d’être en-deçà de leurs possibilités. Cela montre que cet état nécessite une certaine énergie. Les hommes dépourvus de vigueur n’auront jamais ce sentiment. Mais les hommes vigoureux ne l’ont pas tous. Il tient fermement à la religion, par la croyance en une prédestination, en une mission imposée pour accroître la vie heureuse du monde. Les hommes pleins d’énergie élevés dans la religion se sentent donc des élus, des êtres à part. Aussi, s’ils ont une si grande attirance pour la pureté, c’est par sentiment d’obligation, par crainte de décevoir les attentes de Dieu, même si celui-ci est des plus magnanimes, car Dieu étant toujours Dieu, il faut Lui obéir, d’où une tension énorme, et grandissante la menace d’une folie prête à envahir tout l’être. Et si Dieu n’existe pas, l’homme est perdu, et s’Il existe, il doit avoir raison de s’obstiner, mais pourquoi devient-il alors fou ? Sans doute c’est l’incertitude de l’existence de Dieu et de la voie à suivre qui prête dangereusement à la folie. Mais comment régler le problème, car ou bien l’homme est proche de la prophétie ou bien il avoisine la folie. S'’l renonce, il risque l’enfer ou un équilibre satisfaisant, s’il accepte, la toute puissance ou la folie qui est une sorte d’enfer. Certains diront l’enfer terrestre plus enviable car moins long, et concluront qu’il faut risquer l’existence de Dieu, pour éviter un enfer autrement terrible. Mais ceux-là, sont-ils dans le vrai ? Car si Dieu n’est pas, alors la vie terrestre remplit toute l’existence de l’homme et la muer en enfer gâche toutes la chance que la vie a permis qu’il saisisse. De plus, peut-être est-il possible de mener une vie convenable sans Dieu à l’esprit, qui le satisfasse tout de même, tout en conservant une certaine légèreté ?
Mais c’est s’opposer là aux Ecritures, car si, quand les hommes les ignorent, ils peuvent être sauvés par la qualité de leur conduite, il n’est pas concevable que les connaissant, ils ne s’y conforment exactement, et ne s’en prétendent les serviteurs. Voilà Saint-Paul. Et toutes les religions, dans leurs écrits fondamentaux, professent le même message d’allégeance à la Loi qu’elles veulent imposer. Voilà donc de sérieux, angoissants et pertinents problèmes. La religion ne rend finalement heureux que les hommes persuadés, et voilà son mérite et sa fragilité, car comment un homme intelligent peut-il être persuadé ? Mais la religion n’aime pas les intellectuels. Cependant, ce n’est pas sûr, car si l’intellectuel se convertit, il en récolte plus de grâce que les autres. Mais, là encore, ou est l’égalité ? Les récompenses divines, finalement, ne devraient pas être attribuées selon la puissance de la foi, mais selon les obstacles qu’un homme dut combattre pour l’acquérir. Cela est comme de dire la même chose car la foi d’un homme qui aura beaucoup souffert et beaucoup combattu pour être digne enveloppera celle de l’homme simple et naïf.


Cette déchirure que je sens dans mon cerveau, qui prend un temps malin à m’angoisser, puis, lorsque je serai ravagé par l’anxiété, s’étendra sur diverses parties anéantissant au passage mes facultés les plus nobles et les plus aimés, j’aimerais qu’elle ne soit qu’un rêve, une peur factice et sans fondements.
Et je sens, d’autre part, à un degré moindre de frayeur, ma main et les muscles de mon bras se contracter violemment, cela parce que j’ai beaucoup écrit. Mais si cela avait le fâcheux effet de m’ handicaper plus sérieusement, si je ne pouvais plus écrire, alors les fesses d’une femme devraient compenser cette frustration. Et des beaux seins fermes et ouverts sur le monde, épanouis comme je les aime, devraient m’accueillir. Des jambes dessinées à en succomber à la première vision, au premier contact, se feraient un plaisir, et un devoir, de satisfaire un organe éperdu, avec l’âme qui l’accompagne éprise d’une jouissance violente et douce, puissamment animale et amoureusement humaine. Comme cela, la femme qui m’attendrait, avec une âme, une attitude et un caractère de déesse, de reine, de princesse furieuse et insoumise, accepterait d’être violentée par moi, et cela ne serait pas un viol mais il y en aurait une saveur, car à l’amour et au respect serait mêlée, forcément, la conscience de commettre un acte sacrilège, de se soumettre une femme capricieuse, orgueilleuse et d’atteindre à une sorte de paradis de puissance sensuelle. Etre finalement l’égal d’un Dieu, ce serait l’impression ressentie, car soumettre une reine, ( et surtout si elle est consentante ), c’est sentir en secret qu’on touche à un être au-dessus de soi, qu’on ne mérite pas quelle que soit la teneur de ses actes, parce qu’une déesse reste une déesse, tandis qu’un roturier, même le plus sensible, le plus doux, le plus rêveur, le plus ardent sera toujours roturier. Et violer une femme de ce genre, quel bonheur si on sait qu’étant particulier, et elle particulière, ce viol ne serait pas commun. Et le violeur s’y comporterait en fait avec amour, car le sexe serait au service de l’amour, donc vraiment, il ne serait pas ordinaire, et la femme, d’abord soumise de force, et comme contrainte de gémir, s’abandonnant par force corps et âme, évoluerait peu à peu vers une acceptation globale, spirituelle, ou plutôt enveloppant tout son être, son âme et son corps s’ouvrant et s’offrant joyeusement à l’être déjà presque aimé. Elle comprendrait, en effet, l’intention sexuelle certes, mais bienheureuse du viol, car ce chevalier, mince mais fort et impétueux, qui l’étreindrait, la coucherait et la plierait, ne cesserait de regarder ses yeux, et il ne cesserait, mêlé à sa jouissance, de l’aimer en l’aimant. Elle, sentant l’amour dessinant les assauts intimidants, voire déplacés, mais o combien jouissifs, de l’amant, et ressentant au fond d’elle, en plus et par l’orgasme qui la ferait tressaillir de joie, un amour fécond et survivant à ce mur vivant qui la contraint et par cela même la fait jouir, déborderait d’allégresse et de reconnaissance envers l’action salutaire de cet entreprenant jeune homme. Et il y aurait du sexe répondant à du sexe, des idées répondant à des idées, un cœur répondant à un cœur, et l’âme serait ravie de toutes ses correspondances.
Si une personne est plus laide que moi, moins intelligente, moins sensible, moins méritante, il est normal que je ne veuille pas lui ressembler. Mais alors, comment m’ouvrir aux autres ? Car, à supposer que la majorité corresponde à ce portrait, comment ne pas la mépriser, ne pas la fuir puisque pour rien au monde, je me voudrais lui ressembler ? Cependant, si un homme est supérieur à moi sur les points essentiels, est-ce qu’il doit me mépriser ? Seulement s’il craint que je corrompt sa puissance. Et le meilleur moyen pour que je ne la corrompt pas, ne réside-t-il pas dans une attitude ouverte et charitable envers moi, donc qu’il me faudrait réaliser envers la majorité critiquée ? Certainement, mais cela se ferait dans l’intérêt de mon supérieur, par rapport à moi, comme du mien pour autrui. Aussi serait-ce de l’égoïsme, encore. Cependant, un égoïsme amoindrissant les douleurs de l’humaniste misanthrope, et celles de la foule dédaignée parce qu’à nouveau participante des affaires du grand homme, cela apparaît bénéfique de tous côtés. Mais le Saint, lui, est celui qui s’oublie vraiment, qui s’intéresse vraiment aux autres. Et si le premier motif qui le tourna vers les autres trouve des raisons basses qui l’expliquent, elles ont perdu leurs premières significations, pour gagner le vrai amour.


Vive les amateurs de Nerval, de Van Gogh, d’Artaud, d’Holderlin, de Nijinski, de Kinski, à bas leurs imitateurs, car une chose est d’apprécier et d’aimer ces hommes et leurs œuvres, une autre de suivre leurs errements. Et bien que ce soit ces mêmes hommes qui peuvent les égaler et qui savent en ressentir la valeur, car la valeur héroïque consiste à les aimer d’une part, à les haïr d’autre part. Car si art et folie étaient indissociables, puisque la puissance de l’artiste ne s’est jamais perdue, c’est la peur et la complaisance qui ont poussé ses hommes à la création d’œuvres qui bien que peut-être immortelles n’excusent pas leurs tares innombrables, car ce qu’ils auraient gagné, en rejetant l’art et la folie, c’est une sainteté o combien puissante, apaisante sur terre et dans les cieux, que leur immaturité les empêcha d’entrevoir, car a-t-on jamais dit que la faiblesse à craindre et la mollesse abjecte et redoutée par les artistes sont le propre des saints, que le rayonnement caractéristique ne s’accommode pas avec la suffisance déplorable de beaucoup des membres du clergé, et ainsi aux plus charismatiques des saints et des mystiques ils auraient ressemblé, et par surcroît gagné et l’éternité et une sure immortalité. O combien, à des œuvres poussiéreuses, funestes et périssables, il est préférable d’être créateur de soi-même, de faire converger l’ensemble de ses efforts vers la plénitude de tout son être et de choisir ainsi son âme pour centre de lumière, plutôt que de confier le rayonnement à d’obscurs objets, à jamais extérieurs à soi, car illusion est l’idée qu’ils ne font qu’un avec l’être qui les orienta, car les hommes ne façonnent pas, ils orientent, et à part leur âme, ils ne sont maîtres véritables de rien, aussi est-ce folie de la confier à quoi que ce soit de visible et manifeste car l’invisible enveloppe le manifeste, mais le manifeste n’est qu’une partie de l’invisible, aussi l’invisible est préférable.


La musique de Wagner est assourdissante, la plupart du temps. Quel contraste entre la sublime beauté des préludes, et ces bruyantes cacophonies qui remplissent l’œuvre. Heureusement pour ce génie, bon nombre de parties chantées relèvent l’ensemble de ces compositions.


Le malheur, c’est de ne plus pouvoir écrire. Etre aphasique, perdre l’usage de sa main principale, et de l’autre main, quand on est parvenu à en orienter suffisamment les mouvements, pour qu’elle serve l’âme par l’écriture. Et puis perdre ses yeux, une partie fondamentale du cerveau. Etre dans une situation où, étant trop observé, n’ayant pas les instruments suffisants, l’écriture est impossible, ou la véritable, celle qui sauve l’âme.. Et puis la mort enfin. Cette dégénérescence. Car l’épanouissement, la croissance continue de la personnalité d’un homme, telles que Bergson a su de manière si enthousiasmante nous démontrer le bien-fondé, la teneur scientifique, puis philosophique de toutes ces théories utiles, voire nécessaires au maintien de la croyance en l’Esprit, laisse à la mort la puissance de tout nous ravir. Et là, c’est encore l’échec. Et si la mort est un échec, quel subtil piège de la nature que le suicide glorieux, stoïque, japonais etc. Car, c’est un leurre, aberrant que certains s’y puissent prendre, et des grands esprits. Ils précèdent volontairement la mort. Mais la beauté de cet acte ne résulte que de la conscience des hommes qui survivent aux glorieux suicidés. Elle est donc dépendante d’une continuité qui rend incertaine la permanence des actes de ces hommes « héroïques ». Et puis, en plus d’un anéantissement de l’espèce humaine, d’une mémoire faillible, la valeur qu’on attribue à ces actes peut elle-même évoluer. Même au Japon, les 47 ronins ne seront peut-être, pas toujours des héros. Ils ne sont déjà plus des modèles dont on désespère d’atteindre la force, mais auxquels on aspire à ressembler. Ils sont comme nos martyrs chrétiens, devenus légendaires, fantomatiques, douteux même. et incertains. Et puis, si ces hommes de valeur s’étaient mieux concentrés sur un fameux problème, une belle incohérence, ils auraient vu qu’ils dépendaient, pour leur sort, entièrement des autres. Car s’ils comptaient atteindre au sublime, qui pour eux consistaient à se suffire à eux-mêmes, à échapper au désir d’immortalité, à tuer une attirance morbide puisque dépendante de faibles conditions de mortels, il reste exact qu’ils étaient, et je m’excuse de cette offense que Grand Esprit peut, peut-être, entendre, des imbéciles. Car la mort, c’est mourir, c’est donc se dessécher, dépérir, perdre toute valeur, et toute force physique, et toute intelligence, et toute vigueur, et toute force morale, et tout caractère, car enfin, mourir, c’est perdre la vie. Et ce constat n’est pas banal. Car, si les hommes ordinaires, communs, sont pour une fois assez dans le vrai, le plus étonnant dans ce domaine, ce sont les gens dignes, de valeur donc, prêts à mourir dignement. Car, enfin, si ces hommes, en quelque sorte supérieurs, et conscients de leur supériorité, meurent, ne se représentent-ils pas, auparavant, l’effroyable méprise qui les attend ? La mort leur ôtera toute dignité, çà c’est certain, et eux qui cherchent le contrôle d’eux-mêmes, et, différents du vulgaire, limitent l’alcool, la nourriture et ainsi de suite, pour rester « maîtres de soi-même », pour « contrôler », perdront tout contrôle, et la mort c’est cela, la perte de tout contrôle. Car, à la voir proprement, attentivement, comme elle est, sans les cérémonies et autres rituels éloignant du vrai, on s’aperçoit qu’elle est une chute totale, vertigineuse, un aller sans retour se prolongeant à l’infini. Et la mort, comme elle est la fin de la vie, c’est la perte de la vie, et donc, des passions, car la vie d’un animal comme d’un homme, c’est plus ou moins d’appétits, tenus pour inconscients chez l’animal, conscients chez l’homme. Et ces passions ne résultent pas de ce qui permet premièrement la vie, le souffle, mais bien du corps, de la complexité et de l’arrangement particulier de celui-ci, et l’élan vital, qui traverse tous les corps vivants, peut-être se conserve. Mais on s’en moque car ce n’est pas nous. Nous, c’est un corps particulier nous orientant de façon particulière, orientation correspondant intégralement à ce corps, à sa forme, à sa grandeur, à ses mouvements. Et puis, si le souffle c’était nous, on serait alors pareils au chat, au chien, et comme cela pour tous les animaux. L’erreur mystique provient de ce qu’elle prenait pour essentiel le souffle, universel, et pour secondaire les corps, de chaque espèce, de chaque individu, accessoires car périssables, le souffle seul se survivant au corps. Et certes, ils avaient raison sur ce constat, mais même comme cela, ils étaient dans le faux. Car pour périssable, pour corruptible que soit le corps, c’est lui qui fait notre valeur propre, le reste çà ne compte pas, le reste, ce n’est pas rien, çà existe, mais çà n’a pas vraiment de valeur, de valeur en soi, en lui-même. Sa seule fonction c’est qu’il permet la valeur, il est la source de la valeur, et des différentes valeurs, dont il est condition de possibilité. Mais le souffle, contrairement à ce que veulent qu’on croit les mystiques, il n’est pas, même s’il est source, au-delà des corps qu’il produit et maintient, dont il est l’origine, et qui vivent encore par lui, mais en-deçà de ces corps, qui lui doivent, néanmoins, et l’émergence et la possibilité de perdurer dans l’existence. Mais, s’il est indispensable, c’est le corps l’élément essentiel, car c’est lui qui établit la différence, et cette différence est essentielle. L’amour de la vie, c’est le corps, ce sont les passions, et la conscience de cet amour qui fait la valeur de la vie humaine, sa spécificité, c’est encore le corps. Et par conséquent, le grand artiste, c’est celui qui, par son corps, aura des sens, une disposition de ses sens, remplis de sensualité, de potentialités à jouir, qui vibrera par tous les pores de sa peau, et qui aura une conscience exacerbée de sa puissance, due à une imagination, un fonctionnement cérébral lui aussi intense, qui participe à la joie et aux vibrations de tout le corps. Mais cette conscience même d’un corps prêt à tous les bonheurs, si elle en partage le degré d’intensité, nuit à la jouissance, car l’amour de la vie qu’elle appelle, apporte la conscience de la fin de ses jouissances, d’où une révolte intense, car la conscience de la fin de ces bonheurs est terriblement douloureuse, d’où la fin de ces bonheurs, d’où, pour compenser, et aller au au-delà de tous ces multiples ennuis, la création.
Le corps jouisseur sans l’imagination, c’est la brute, le sportif, le débauché. L’imagination sans le corps empli de sensualité, de sexualité, c’est le philosophe, l’intellectuel « pur », le binoclard. L’homme doué de ces deux qualités sera artiste, plus ou moins puissamment, et s’il possède ces deux qualités en extrême, c’est le génie artiste, la forme la plus haute de génie à mon avis. Mais un homme peut-être génial avec une seule de ces qualités, comme l’imagination, s’il possède à l’extrême. Ce sera alors le philosophe, le mathématicien, le physicien, le scientifique en général. Mais Wagner, non, c’est autre chose.


Ils m’agacent, ces petits écrivaillons, remplissant les colonnes de « Lire », de « Page », de toutes ces assez faibles revues littéraires. Ils jouent aux polémistes, mais qu’est-ce qu’ils ressentent ? Ils apprécient Céline, mais qu’y comprennent-ils ? Rien, absolument rien, comme les bourgeois amateurs de poésie, qui pour honorer Artaud, reprennent tous les travers qu’il dénonçait. Mais, après tout, ils n’y peuvent rien. Ils sont naturellement comme çà, naturellement, et on ne peut changer son naturel. On évolue à partir d’un cadre précis, déterminé par des qualités, des compétences, et l’évolution y reste limitée, comprise, circonscrite. On ne brise pas son patrimoine. Mais, après tout, ces livres nuls qu’ils écrivent, çà leur fait plaisir d’être imposteurs, de toute façon, ils ne savent pas qu’ils le sont, et puis si çà peut leur apporter le bonheur…et l’argent et des femmes. Mais là je proteste, l’argent oui, mais pas les femmes. Qu’elles se réservent et qu’elles s’offrent à ceux qui en savent le mieux découvrir les failles. Ils ont bien travaillé, ils sont misogynes, misanthrope, et réclament des femmes. Ils ont des appétits naturels à satisfaire, des exigences. Qu’ils embrassent à pleins poumons et sodomisent à tout va celles qui sont faites pour çà. Les autres, qu’ils les aiment et leur fassent de beaux enfants. Enfin être écrivain, c’est mieux, c’est plus prestigieux qu’être fonctionnaire, et çà permet le loisir. Mais, je prends conscience que, depuis quelques pages, je n’écris que des banalités, parce qu’ayant évolué vers un style Célinien qui n’est pas le mien, je prends les travers de ceux desquels je fustige l’inaptitude. Encore, peut-être sont-ils, eux, de véritables sous-Céline, mais moi, qu’on me laisse être un sous-Dostoievski.


Les hommes de philo, c’est épouvantable, manquent de corps. Ils grossissent. C’est le sexe, il n’y en a pas assez. Je montre des femmes avec de superbes fesses, ce qui compte tout de même, et des seins, et le visage entier, et la chevelure, tout rayonnant de sensualité, et ils continuent, avec çà à mes côtés, de parler philosophie. Les fous ! Les insensés ! L’absolu, c’est les femmes, c’est le sexe des femmes magnifié par le sexe des hommes. Et parfois, l’esprit s’y mêle, celui des femmes, rarement. Et celui des hommes, tout aussi rarement. Mais, je m’aperçois que ma maladie nerveuse nuit à mon écriture. Ceci, encore, non directement à ce que j’écris mais, indirectement, à la forme des lettres, tracées, que je souhaite pleines et entières, sans coupures. Et c’est une obsession, en fait, dû je crois à un terrible complexe de castration. J’ai l’impression, quand les lettres que j’écris ne sont pas clairement bien affirmées, bien précisées, qu’on me coupe le sexe. Et je repasse de folle manière le crayon dessus, jusqu’à les rendre illisibles, et trouer la feuille. Ce fait apparemment sans importance traduit une nervosité telle qu’elle a saccagé toute ma scolarité et ma santé mentale, conséquence de cette forme pathologique d’écriture me rendant inapte, en fait, à copier quoi que ce soit. Et ce n’était qu’une malheureuse conséquence. Sans doute, un événement traumatisant ou plusieurs, ou encore une succession de faits confortant un premier grand choc, associés à la force décuplée par ma nervosité hors-normes, a été la cause de tous ses égarements. Et j’ai peur, car si l’obsession, qui retarde déjà, en ce moment, la traduction de mes pensées, me terrasse, alors l’écriture salvatrice sera un moyen de plus de m’envoyer à l’asile. Et je n’aime pas cet endroit, car les fous qu’on y rencontre ne sont pas géniaux, et les médecins psychiatres sont généralement stupides. Pas un que j’ai rencontré qui ne soit à la hauteur. Et si je n’ai pu guérir, par la faute de leur incompétence, irrécupérable car naturelle, je n’ai finalement pas besoin de guérir, car le malade, le fou qui est au-dessus de la compréhension médicale est un génie qui a sombré ou est en passe de l’être, ou qui le craint plus que tout, mais l’excès d’imagination est un bourreau qui doit être apte à la conversion. Et, bien sûr, si événement traumatisant il y a eu, peut-être l’imagination est-elle secondaire, mais peut-être aussi est-elle l’ordonnatrice du drame. Et il faut déconstruire et reconstruire tout ce qu’elle a pu créer de malsain. Et si la mégalomanie est signe de folie, ce n’est pas avéré, car elle contient sûrement des bases dans la capacité des individus qu’elle affecte. Et le tout, c’est de montrer, de faire voir que Klaus Kinski avait quelque raison de se croire au-dessus du lot. Hélas, ou tant mieux, la vertu d’égalité que me légua Saint-Paul, ne trouve en moi, malgré une sympathie certaine, aucune considération d’ordre physiologique venue l’étayer. Et en moi se livre des combats perpétuels, élitisme dédain, mépris, orgueil, ou charité, modestie, humilité, égalité. Jamais je n’ai été si heureux qu’en m’oubliant moi-même et en aimant les autres sincèrement, mais je n’ai jamais pu parvenir à de tels résultats qu’en des circonstances bien particulières, et sortant de ces circonstances, je n’ai jamais pu les maintenir que deux, trois journées. Et puis, après, le gouffre, horrible, une chute radicale. Mais que j’écris mal. Est-ce que je suis pressé ? Ai-je donc été influencé par le passage remarquable d’un livre de « Céline » ? Mais j’ai peur, je sens la terreur, l’angoisse. Mon sentiment de culpabilité vis-à-vis de Dieu, qu’il est fort ! Et comment me pardonnera-t-Il , s’Il existe, ces écarts à sa Volonté ? Mais j’écris, je revendique ce droit à l’écriture, sachant qu’il n’y a rien à défendre contre Dieu. Et déjà, je tremble, comme si je l’avais trahi. J’ai mal à la bouche, un tic étrange a eu lieu, pendant que j’écrivais, il y a quelques instants à peine, sur ma jour, une défaillance musculaire, sans aucun doute. Et les larmes me viennent aux yeux, de tant d’indifférences de la part de Dieu pour mes souffrances. Mais je fais comme s’Il n’existe pas. Je n’en rigole pas, mais ma pensée ne se prosterne plus constamment à son nom. J’essaie d’évacuer l’idée. Et pourtant j’y crois encore. « Les malheurs de job » est toujours le texte de référence pour que je garde du sang-froid face à la douleur. Mais, je le sens bien, si je n’ai plus Dieu, qui appeler ? Constamment, à la moindre douleur, à la moindre contrariété, je le suppliais, non pour forcément guérir, mais pour m’aider à supporter. Et maintenant, il faudrait que je vive seul ? Voilà le problème, on s’habitue à s’appuyer sur un Dieu impitoyable, ou pour atténuer, toujours effrayant, car étant tout-puissant, réclamant sans cesse l’intégralité de nos forces, il se fait oppressant, étouffant, contraignant et orientant nos moindres désirs, puis quand on veut se libérer de cette terrible étreinte, on se trouve seul, sans appuis, sans protections ; cela est finalement trop dur et on revient à Dieu en s’excusant. Il arrive qu’on s’en éloigne tout en gardant quelques croyances en son existence. Mais, le plus étonnant, ce sont les hommes comme moi, finalement très bêtes et très faibles, car ils croient toujours en Dieu, se sentent toujours remplis d’une mission, veulent conserver les avantages de cette mission, leurs prérogatives, leur rôle d’élu, mais réclament un repos, le droit à se détendre, car humains trop humains, ils ne supportent pas la pression qu’ils sentent constamment sur leurs épaules. Quand la mission, c’est trouver tout l’essentiel, afin de sauver le monde, on comprendra l’épuisement de l’intermédiaire, même quand il s’en sent capable, et son désespoir immense. Avoir l’impression de trahir Dieu, sa confiance, et qu’Il nous punit en conséquence : quel horrible cauchemar ! Et pourtant, nous, hommes d’un autre monde, nous sommes tellement dépendants, tellement persuadés d’être investis d’une mission, que nous préférons les souffrances qui résultent du désaveu de Dieu à notre égard, dans l’espoir d’une rédemption, de notre réintégration en son univers, que s’Il n’existe pas, le savoir, et en être libéré. Il faut, décidément, que j’apprenne à écrire bien, ou plutôt que je retrouve mon aptitude à broder des phrases au moins correctes grammaticalement, car c’est par ce moyen uniquement, l’institutionnalisant, que l’écriture acquiert un pouvoir salvateur, et peut guérir les âmes meurtries.


Mon démon, il ne sert pas comme chez Socrate, à me prévenir quand il est inutile de parler, bienveillant, il est au contraire, extrêmement malveillant. C’est le diable, un démon qui, au contraire, me pousse à dire et à louer tout ce que la société interdit, tout ce qui terrorise la population, et à commettre les pires exactions. Parfois, vraiment, triste d’une mission que je rejette, soit qu’elle me rende la vie trop dure, soit qu’elle soit une illusion à laquelle je tiens, j’ai envie de pleurer, désemparé, voire me suicider. Mais, si cela ne va pas, c’est que je me laisse aller, intégralement. Je prends l’écriture comme objet central de ma vie. Je n’ai plus ni discipline, ni éthique de dépassement. Je ne travaille plus pour mes études, alors que j’aime la philosophie, et je ne me lave plus, je suis sale, je ne me tiens plus, je deviens victime de la télévision et de la musique, je force la masturbation. Comment cela pourrait-il aller ? Et je me couche tard, et je me lève tard. L’écriture n’est qu’un moyen de plus pour aller mieux.


Si Dieu n’existe pas, le génie a-t-il encore un sens ? Car s’il n’en a pas, je suis fou. Mais eux aussi, les prétendus génies, étaient alors tous fous. En fait, je crois à l’Esprit que des hommes savent épanouir en eux, les Saints, que d’autres savent exprimer en dehors d’eux, les artistes. Et je crois à la loi de complexité-conscience, qui établit une relation entre le degré de complexification, de centration, de densité de la matière, et la conscience dont elle est pourvue. Certains hommes ont un fonctionnement si intense qu’ils développent une soif d’absolu inextinguible. Ils franchissent un seuil que le commun des hommes ne peut franchir. Ce sont, je crois, des génies. Et il s’en rencontre dans tous les domaines, ce besoin de dépassement, cette quête permanente revêtant diverses formes.


Un homme, ça doit être sain. Qu’ils sont laids, ces hommes peu sûrs d’eux, qui rougissent à tout bout de champ, les sourcils pleins de squames et de croûtes. Si j’en suis, j’en désespère, et si je n’irais pas jusqu’à me brûler le visage pour perdre ces marques infamantes, et acquérir un visage sain ( le but ne serait pas atteint ) je me remuerais pour effacer cela.


C’est inné pour un homme, la passion, aussi, quelle fatalité de n’être pas vibrant. Je le suis mais je ne peux m’empêcher d’en douter, et de craindre de perdre tout cela.


Mon ventre est anxieux, ma respiration se ralentit, ou s’accélère ; oppressée, elle m’oppresse, et je n’aime pas çà.


Y a-t-il des angoisses que l’écriture ne calme pas ? J’en ai peur.


Etre prisonnier d’une image, de brute, de truand, de dur, de paresseux, d’une mauvaise image, c’est une fatalité, et d’une bonne image, c’est une heureuse ou plutôt une bienheureuse mais difficile contrainte.


Peut-on violer un oiseau ? Non, c’est mal, et puis impraticable.


Les images, les mots qui m’assaillent sont souvent plus dérangeants que ceux qu’on trouve dans Sade, car ils me sont involontaires. m’apparaissent contre mon gré, et cela ne m’est pas du tout agréable, même si rien n’est sacré, et j’aime profondément le sacré, ce qui doit d’ailleurs être la cause de mes sacrilèges rêvés et donc quelque peu commis. Toujours ce sombre démon.


Fanny, tes seins me font vraiment envie, et tout ton être, et tout ton corps, et c’est avec plaisir que je t’aurais prise lorsque tu t’offrais à moi jouant ton rôle de femme fragile à merveille. Et certes, j’y aurais mis de la puissance, de la domination, mais sans violences outrancières, gardant un respect bourgeois de la bienséance. Et cependant, je ne crois pas en ce respect bourgeois. Ne partouzent-ils pas très facilement, les bourgeois, et ne sont-ils pas amateurs de pornographie ? Non, c’est l’éthique religieuse, ou mes goûts et mon amour pour l’amour métaphysique, Balzacien, Dostoievskien, qui aurait orienté mes mouvements de hanche.


Cependant, avec quelle joie me sentir encerclée par tes jambes puissantes. Et tes odeurs ne sont pas ce qui m’attire le moins.


La peur de générer le dégoût. La crainte d’être un objet de répulsion. N’ai-je pas déjà été, et maintes fois, un objet de moqueries ? Et n’y a-t-il pas des êtres qui me donnent physiquement la nausée ? Pourquoi ne pas, à mon tour, la donner ? Et les jeunes filles, qui sentent si bons, riraient de moi comme si j'étais un ladre, et comme un grand nombre d’hommes se moquent de ce qu’ils appellent des laiderons. Et si ce terme abject est hélas généralement justifié par l’allure de celles auxquelles il s’applique, il m’a toujours si fait horreur que je n’ai, je crois bien jamais, pu qualifier un être avec ce terme, même absent, même si, à priori, il ne l’aurait pas su, et cela alors que je partageais finalement l’avis de mes camarades. Est-ce par dignité, par estime pour l’être visé en tant qu’il est humain, ( il est à noter que même pour un affreux mollusque je ne l’emploierai pas ), ou est-ce par manque de courage, pour ne pas heurter ? C’est, je pense, parce que moi-même, je serais tellement rempli de questions si j’étais une femme, ou même restant homme, visée par cette insulte, parce que je me demanderais quelle en est la raison, si elle est fondée, j’observerais, et, comprenant qu’elle l’est assez souvent ( peut-être, cependant, de façon toujours assez subjective ), je sombrerais dans une introspection douloureuse, une crainte dévastatrice quant à l’impression que je donnerais sur autrui, et c’est donc en considération de ma propre fragilité, et du mal que me causerait le mépris, que j’épargne tous les autres, au moins sur l’aspect physique. Sur l’aspect moral en effet, je juge l’affaire moins importante, moins compromettante, car un être est difficilement cernable en son intériorité, et rares sont ceux qui peuvent émettre des jugements sur autrui, et tout le monde dispose d’une conscience ayant quelques armes pour se protéger des attaques extérieures de ce type, fondées ou non fondées. Mais un physique disgracieux, une désapprobation immédiate d’hommes envers d’autres hommes parce qu’ils sont laids, comment y échapper ? S’en prendre à des êtres immoraux, c’est légitime, mais critiquer un physique, et je le fais souvent intérieurement, cela n’aide pas grand monde, et expliciter ce que l’on pense à ce sujet, sauf pour quelques êtres comprenant que modifier des détails infimes les changerait radicalement, les métamorphoserait, c’est détruire les gens auxquels les remarques s’appliquent.


Finalement, pourquoi culpabiliser ? Je suis toujours le même mouvement, le même but, simplement j’emploie un moyen en plus pour me sentir mieux, pour m’aider à m’accomplir dans cette voie que je sers depuis bien longtemps, et à l’accomplir, et je ne le conçois pas particulièrement immoral, à condition de le mettre au service d’un but altruiste, tout en doutant du bien-fondé de ce but, car c’est la meilleure manière, une des meilleures, pour s’alléger, et si les conclusions, si les positions se révèlent inclinées dangereusement du côté de la destruction, alors il faut ou faudra aviser. Mais ce n’est pas, je crois, encore le cas. Et vive l’éclaircissement de pensées difficiles, vive « l’enlightement ».


Ma petite vietnamienne et une demoiselle professeur, et une étudiante en art et spectacle et une femme qui m’a révélé le sens de la vie immédiatement, au restaurant u, toutes asiatiques et toutes, je crois, d’origine vietnamienne.


Les plus belles femmes du monde, ou celles qui me correspondent le plus : les vietnamiennes, les italiennes et les françaises. Il y a bien, aussi, quelques russes…


Je crache blanc, sous le douche. Sitôt qu’il m’arrive de souffrir, je crains la mort prochaine. Une douleur aux yeux, un petit problème de paupières, un tressaillement minime par exemple, de l’une d’entre d’elles, et je suis aveugle. Ou alors, une douleur au sexe, et je perd tout intérêt à la vie. Un courant froid dans le dos ? C’est la moelle qui est sectionnée et j’espère que la paralysie se contentera des deux membres inférieurs, et qu’elle épargnera mon sexe et mes membres supérieurs. Un léger vertige et je vois l’attaque cérébrale, une de mes pires obsessions, commune à Marcel Proust, des plus récurrentes, et je change tout mon comportement, car prévoyant un suicide proche, je prends conscience que je ne suis pas préparé, pas prêt, et d’un tempérament italien, je plonge dans une dureté de mœurs guerrières japonaises, les Japonais étant les plus aptes pour ce genre de réalisation, les seuls vrais spécialistes de la question. Les stoïciens romains ne leur arrivent pas à la cheville, sur ce point, philosophiquement, esthétiquement, pratiquement. Ils ont l’art de se préparer spirituellement. C’est cependant, un peuple de fous, plus fous furieux que les Allemands, c’est peu dire. Les Japonais sont les types les plus extrêmes, les plus fascinants peut-être, en tout cas les plus dangereux de la planète.


Je ne me conçois pas chauve. Chauve, comment être Italien, un jeune homme à la beauté ténébreuse, un prince noir, mystérieux ? Mais rechercher le mystère pour sa propre gloire, c’est être orgueilleux. Tout de même, l’ange noir a besoin de ses cheveux pour être à hauteur de sa réputation.


Wagner vaut-il Bach ? C’est la question que je me pose, écoutant un disque de Bach, plein de puissance, de grâce, de douceur réunis, exempt de lourdeurs fautives, d’errances maladroites, parfait en tous points. Wagner peut-il, même avec ses préludes, égaler Bach ? Ecoutons.


Que je hais les surréalistes, ou plutôt que je les méprise. Artaud ne s’y est pas trompé, qui a refusé l’étiquette déshonorante. C’est le seul mouvement d’importance que je connais dont les figures centrales ne sont jamais parvenues au niveau de leurs maîtres. Lesquels d’entre eux ont pu égaler Baudelaire, Rimbaud, Nerval, Mallarmé, Lautréamont ? Aucun.


La mort, la souffrance, la maladie, la séparation d’avec les êtres chers, inévitable, le temps perdu, à ne pas jouir, à ne pas fructifier ses dons, à ne pas aimer, à se détruire, tout cela parfois me rend presque aussi malade que le font les femmes. Et la musique aggrave ces plaies. Dois-je m’en priver ?
C’est un devoir d’être heureux. Mais ne plus contrôler ses émotions, submergé par l’imagination, perdre la maîtrise de soi, s’exalter, se prendre pour Dieu, est-ce s’élever, est-ce l’extase, ou est-ce se rabaisser, est-ce un semblant de dignité ? Cela en tous cas, m’use. J’ai vingt-trois années d’existence, et j’ai parfois l’impression que tout craque. Mes yeux faiblissent, mon cœur est vieux, je crains l’infarctus, mes cheveux et mes sourcils sont tombés, j’ai la gorge usée, le cerveau bien malade, en train de se déchirer, mes vertiges nombreux en sont témoins et les muscles, les os, les tendons eux-mêmes sont sur le point de rompre. « Hélas, tristement, je m’assieds ».


Si chère, si adorée Fanny. Tu étais la première amie, la première. Enfin, j’avais quelqu’un qui comprenait. Les précautions qui me sont constamment nécessaires avec les autres, les longues digressions qui me sont passages obligés pour aller assez loin dans l’exposition de mes théories, les préjugés multiples, les tabous si bien enfoncés dans les têtes communes, même chez les plus instruits, qui ne les savent pas tabous, tout cela demande une subtile diplomatie, des jeux pour ne pas effarer l’auditoire, des multiples détours, une sophistique assez développée, un recours permanent à des hommes « qui font autorité, » une lente et progressive préparation psychologique, que je n’avais pas à utiliser avec toi. Quel repos ! Marcher, manger, s’asseoir aux côtés d’une personne, dont on sait qu’il y aura, quoique l’on dise, quoique l’on fasse, correspondance automatique.
Bien sûr, après chacune de nos séparations, il y avait quelque distance lors de nos retrouvailles, une peur originelle de l’homme pour la femme et de la femme pour l’homme, mais, rapidement, une similitude de caractère, de goûts, de référence de vie apparaissait. Et alors, il y avait osmose. Nous nous sentions bien ensemble. Il n’y avait plus de défenses à construire, car l’un et l’autre savions clairement, comprenions instinctivement et très sûrement qu’il n’y aurait pas d’offense.
Et puis, cette assurance que j’avais d’être utile auprès de toi. Je trouvais la force. Moi, intéresser une héroïne de roman russe, à la vitalité similaire. Quel bonheur ! Je retrouvais courage et je te sentais heureuse d’être à la fois une amie d’un être correspondant, et protégée par lui, car je te protégeais, tu sentais la présence discrète mais puissante, littéraire, intellectuelle, pleine de fragilité, de sensibilité, mais aussi pleine de fureurs, qui n’aurait rien permis aucune insulte, aucun manquement à ton égard, prête à écraser les cinquante individus qui auraient osé se livrer à un regard simplement impudique sur toi. Eh oui, j’étais tout cela pour toi, et tu étais encore plus pour moi. Aussi, après l’incident que tu connais, alors que j’étais venu te supplier de prendre grand soin de toi, pour l’alcool, en voiture, car les fêtes sont dangereuses, et pour tout ce qui pouvait te nuire, et qu’il fallait que tu saches que tu m’avais rendu extrêmement heureux, tu comprendras le silence, l’indifférence que je choisissais d’affecter envers toi, qui ne montrait pas la dureté de mon cœur. Elle était la seule attitude pour que je puisse ne pas faillir à mon devoir. Il fallait t’oublier, mais je n’ai pu y arriver. J’ai pu surmonter, c’est tout, difficilement. Et le mépris que je te manifestais était pour une part jeu d’acteur : jeu tragique, acteur tragique ; courageuse attitude stoïcienne ; supporter dignement la douleur. C’est pourquoi aussi, car tout de même, c’est un outrage que j’ai vécu, je n’ai pas voulu téléphoner ; construction d’une carapace enfin, pour ne pas, malgré la hauteur qui est mienne, sombrer. Mais, à chaque fois que je travaille, et le sort m’a enfoncé, je souffre de ne pas partager mes impressions avec toi. Car si nous nous amusions sur Kant, un auteur dont tu n’es pas amoureuse, Descartes est un auteur, que, je crois, tu maîtrises et Bergson, la source d’immenses révélations. Aussi, pour moi, qui, les connaissant maintenant, partage ces goûts, je vois ce que je perds, ce que j’ai perdu pendant des mois, à ne pas profiter de ton caractère passionné. Que j’aurais aimé être initié par toi, à tous ces mystères compliqués, que Bergson dévoila. Savais-tu les nombreux rapprochements entre lui et Teilhard, un auteur dont je t’avais déjà fait un ardent éloge. Vois, comme, moi aussi, j’aurais pu te donner la clé de mondes nouveaux. Et j’avais, à t’offrir, d’autres mondes encore, les miens, que personne ne connaît, plus beaux encore, plus féconds que les univers Bergsoniens. C’étaient, ce sont, ce seront les univers Vignériens, infinis dans leur essence, finis de forme, pour que les hommes puissent approcher des vérités sacrées, telles les préludes de Wagner.


Verdi, y a t il, franchement, dans tous ce que créa Verdi, des musiques rivalisant avec le Prélude de « Tristan et iseult » ou de « Lohengrin » ?


Caroline, je te vois, sur une vieille photo, près de M. Tu fais la moue, et tu es belle. Combien de fois t’ai-je regardée, ces dernières années ? Tous les jours lorsque cette photo fut faite, et maintenant, après ces quelques années, chaque fois que je reviens à la maison, je ne peux m’empêcher de te regarder encore. Peut-être est-ce autant pour me voir, voir si je n’ai pas trop changé, pas trop vieilli, comparant mon évolution à celle de mes camarades. Mais tout de même, si tous je les passe en revue, c’est sur toi que je m’attarde.


C’est insensé, ou peu croyable comme je méprise tous mes camarades. Tout ce qui n’est pas exaltation pure, je l’ignore. Et je les ignore donc tous, pas un qui se retiennent constamment, pas un qui soit au bord de la rupture, au bord du chaos, pas un qui tressaille de douleur ou joie constamment. Et je ne dois pas, je sais, leur en vouloir d’être ce qu’ils sont, comme on pourrait m’en vouloir d’être ce que je suis. Cependant, je leur en veux, de ce que par cette différence entre eux et moi, ils mettent le trouble en mon esprit. Pourquoi suis-je si différent ? Je me lève le matin, et je me sens tout à fait normal, vraiment rien d’extraordinaire, vraiment pas un génie. Puis j’entends les gens parler, je les vois qui bombent bêtement le torse pour séduire, je vois les femmes qui montrent leur seins. Et alors ? Seulement qu’ils soient lucides, qu’ils reconnaissent en eux une forte trace de comportement animal. Mais non, plus ils sont bêtes, plus ils sont brutes, moins ils feront la corrélation. Ce qui est, après tout, logique, dans l’ordre des choses. Mais disposant tout de même du minimum de conscience requis pour être lucide sur leur attitude et motifs, leur besoin et la façon dont ils les satisfont, ils y mettent beaucoup de mauvaise volonté dans leur dénégation. Et là d’ailleurs, une remarque sur l’Afrique. C’est là qu’on trouve le moins d’inhibitions, donc pour moi, d’intelligence. C’est dirait-on, exclusivement le sexe qui détermine leur rapport entre hommes et femmes. Là-bas, la force physique est encore un critère majeur de séduction. C’est flagrant, les danses là-bas, sont directement orientées sur le sexe. Les femmes montrent leurs fesses, ce qui gâche tout le charme découlant habituellement d’une femme qui danse. L’effet de ces « danses du cul » a pour effet de transporter toute l’émotion qu’on ressent pour d’autres danses sur le sexe uniquement, alors qu’elle touchait toute l’âme, tout le corps, l’homme en son être entier. La grâce, envolée. Et c’est là-dessus que les hommes se branchent actuellement. Il est vrai qu’il s’agit plus de la masse, toujours inapte, que des élites.
Donc, je me promène, et las des préjugés du commun, je m’en vais trouver des compagnons instruits, aux vues équivalentes en pertinence aux miennes, je pense. Mais d’autres préjugés en nombre m’exaspèrent. La mystique, Dieu, l’art, la création, les émotions, les sentiments, le bien, le mal, seraient inexplicables, indéfinissables, ou condamnés à la relativité des explications. Alors que moi, là, je ne dis rien, je fais le charmant jeune homme, doué sans plus, mais je sais tout çà. Et, encore, cela m’est d’une simplicité telle que je suis frappé de stupeur, face à l’ignorance de nos « grands » intellectuels, et pis encore, de l’admiration ébahie que leur voue mes camarades. Et le génie, quelle simplicité pour en définir, pour en traiter toutes les composantes, en montrer la source, l’orientation, et même la fin, pourtant plus difficile à saisir, de chacun des hommes, qui le furent.


Qu’ils m’agacent, ces hommes de la foule, toujours prêts à lyncher, cette pensée commune, toujours prête à fondre sur le vrai. C’est pourtant une loi de l’existence, une loi de la nature, que la masse reste la masse, et par conséquent que les hommes l’intégrant, en nombre, ne puissent s’élever. Cependant, quelle culpabilité suis-je, pour ces pensées, obligé d’endurer, alors que Hugo même, et c’est peu dire, fut maintes fois dédaigneux avec la tourbe, comme c’est clair dans « Ceux qui vivent », même si la populace n’est pas uniquement visée. D’ailleurs, les bienfaiteurs du peuple le méprisèrent. Et si je ne suis pas justifié par ces hommes, j’en devrais être quelque peu au moins soulagé.


Mal de crâne et de cou infernal. Je suis si constamment exalté que je m’use la cervelle, hors les limites imposées aux constitutions humaines. Tout se casse chez moi, les yeux, les paupières, les tempes qui bourdonnent. J’ai les genoux disloqués, la hanche gauche rouillée, verrouillée. Je marche avec peine. Je m’use, je m’use, et j’en suis fautif. Si mes colères, mes tremblements volontaires ébranlent mes veines cérébrales, si celles-ci cèdent, je risque la chaise roulante, la dégénérescence avancée. Moi, un être abruti ! Jamais. Allons vite, préparons le suicide. Quelques tics me montrent bien nerveux à moi-même/ Je veux me réconcilier avec Fanny. Mais je ne crois pas que cela se réalisera. J’ai revu Aguirre ce matin. Tout imprégné de Kinski, je n’ai pas pu m’empêcher de faire l’acteur, improvisant sur un de mes thèmes privilégiés, un tueur, qui peut-être vient de l’enfer, ou bien est un émissaire de Dieu. En tout cas, tout-puissant dans sa sphère, en tant que roi maudit de vivants maudits, vengeur, et rédempteur peut-être. Autres rôles de prédilection : psychopathe, monstre souffrant d’une monstrueuse souffrance, chevalier débile, prophète, en fait je peux tout faire.


Il faut que je travaille. Je voulais être premier de ma session. Mais je m’en rendais malade. Et puis, ma voie, je ne la crois pas plus orientée vers la philosophie que vers toutes les matières où l’on touche à l’absolu, où l’on s’exprime, où on ressent pleinement l’amour et la puissance, le mystère. Cependant, il faut que j’accomplisse mon devoir. Et modérer ces efforts est une chose, ne rien faire en est une autre. Je suis une pleine victime du bruit, en ce moment. Et je ne maîtrise ni mon temps, ni mes activités. Je regarde sans cesse la télévision, acte perpétuel que je regrette perpétuellement. Et je ne peux me passer de radios, ou j’entends des jeux stupides, des musiques énervantes, assourdissantes, des publicités exaspérantes, des informations inutiles.


Je suis une victime qui se maudit constamment pour ses faiblesses, un être hétéronome quasi intégralement. Je ne respecte pas mes décisions, mes programmes, ce que je crois être bon pour moi. Je m’empiffre, je ne me lave pas régulièrement, ma chambre est lamentable car on y sent un fort laisser-aller. Je lutte, pour écrire sans m’arrêter à parfaire maladivement chacune des lettres que je trace, surtout les n et les m. Je ressemble en cela aux artistes géniaux de Balzac car ma soif de perfection est soit une musique que les autres ne peuvent entendre, soit une illusion artistique dans laquelle mon ardeur me plonge, mis à part que moi, je me rends compte que mes lettres sont horribles, illisibles.


J’ai les meilleurs dons d’acteur au monde. Je peux instantanément entrer dans la peau d’un personnage. J’ai cela en moi. Immédiatement, je suis, je deviens un autre. Quelle puissance ! Mais, comme un génie Balzacien, si énorme qu’il ne peut se faire reconnaître que par quelques-uns, mon talent gigantesque, qui provient d’une émotivité dantesque qui me força à endosser, dans ma vie, de multiples rôles, des masques très différents pour survivre, ne peut s’exprimer. Car, la cause même de ce talent est la cause de cette prison mentale dont je ne peux sortir. Si j’ai beaucoup progressé, pourrais-je, un jour, ignorer la présence paralysante de ceux pour qui je joue, cette présence m’étant autrefois si handicapante qu’elle me força à me construire des personnalités auxquelles j’apportais beaucoup de conviction, par nécessité, tellement que j’y croyais moi-même, et sans être dupe de ce travestissement puisque j’étais vraiment, au moins en partie, le personnage que, par conséquent, je ne jouais plus, mais incarnais. Toute ma destinée est là. Arriverai-je, un jour, à m’exprimer jusqu’au bout, à vaincre ma timidité, ma sensibilité, qui, je le répète, ne sont pas exacerbées, mais bien au-delà encore ?


J’écoutais, ces derniers temps, de la musique : Wagner et Bach, à m’en lasser, puis de la variété ; et une malheureuse cassette de Bobby Lapointe. Et puis, j’ai éteins tout çà, ce tintamarre. J’ai maintenant un grand silence, agrémenté d’oiseaux qui chantent je ne sais quoi. Je suis presque heureux, calmé, apaisé. Les plaies formidables, ce sont la télévision et la radio. La télé, c’est la drogue la plus néfaste, la plus destructrice, la plus impitoyable, la plus perverse que je connaisse.
La télévision trône dans un salon, dans une cuisine, et elle emplit tout l’espace, devient l’élément central du foyer. Elle est la plus grande gâcheuse de vie, pire que les drogues dures, le fléau de ce siècle. Elle envoûte, on la regarde pour vaincre la solitude, et c’est elle qui nous vainc. On la met l’après-midi, et les jeux télévisés, les feuilletons, les publicités s’enchaînent, à la place de la promenade traditionnelle. Puis vient le repas que beaucoup prennent devant elle. Les informations sont un devoir pour le citoyen et elles se font deux fois, le journal, puis la télévision. Ensuite, c’est le film de la soirée. Puis c’est prévu d’aller se coucher, mais il y a un second film, ou un clip intéressant, un téléfilm érotique, une émission de variété, un concert de musique et à trois heures de la matinée, on se couche, la rage au ventre de s’être fait piégé. Le lever à sept heures est annulé et trois heures plus tard, peu content de soi, on déjeune mollement et finalement, une matinée consacrée au travail est réduite à néant. Il y aura tout juste, une demie heure de travail réalisé.
Voilà quel type de vie mène un grand nombre d’hommes. Et, sans parvenir à de tels excès, les informations et un film annihilent trois heures quotidiennes pour la majorité des hommes. Et rien que les infos, est-ce indispensable d’y réserver une heure de passivité, quand la lecture active d’un journal, avec une sélection d’articles choisis, ne prend pas plus d’une demi-heure ?


Et puis, quoi de pire influence que la radio, même quand il s’agit d’y écouter les meilleures musiques. Elle provoque une angoisse permanente, une dépendance au bruit, une distraction continuelle des activités enrichissantes, un abrutissement pur et simple. Du bruit, rien que du bruit. Son utilisation présenterait un intérêt s’il y avait parfait contrôle, mais ce contrôle, je ne l’ai strictement vérifié que chez les gens qui l’avaient exclu de leur maison, comme ils contrôlent leur passivité télévisuelle en en ayant épuré leur logis.


Ainsi, il y a un mot d’ordre, récurrent dans mon œuvre : mon pire ennemi, c’est la télévision, mon second ennemi, c’est la radio. Aussi, je remporte une victoire à chaque fois que je résiste à leur appel démoniaque, hypnotique, aux multiples tentations dont les démons humains, les asservisseurs les parent. Et ce qui est ennemi pour moi est ennemi pour le peuple, car ce sont ces deux instruments diaboliques qui empêchent les hommes de s’élever. En effet, nous disposons maintenant des meilleures infrastructures pour cultiver les masses entières, mais deux grands obstacles l’empêchent, le grand Satan télévisuel, et la fine prostituée qui cache bien son jeu destructeur mais fléau tout de même moindre, la radio.


Il est aussi à noter que le projet de voir un film le soir n’est plus volontaire, puisqu’il est devenu régulier, comme un rituel, et qu’enfin, la télé manifeste un tel pouvoir que si l’on pense voir un film, cela risque de gâcher toute la période le précédant, car nous ne pourrons nous concentrer convenablement sur rien d’autre. La télévision a, ici, presque le pouvoir d’une forte excitation sexuelle, nous distrayant de tous nos devoirs ou autres envies. On sait aussi que le premier facteur de bien-être, donc de bonheur, c’est le sommeil, et que la première cause de coucher très très tard, c’est, avec les fêtes, la télévision. A bon entendeur, pour qu’il sache quelle ligne suivre et à mauvais entendeur abruti par la télé, jetez là !


S’accepter, qu’est-ce que cela veut dire ? Je le pressens comme une étape obligée en même temps qu’une limitation. Ne pas nier ce qu’on est tout en refusant de le rester, de s’en contenter. Mais peut-on jamais changer ? Telle est la véritable question ! J’ai faite, certes, des tics, mais, je crois, en nombre raisonnable. Ils m’ont laissé écrire, et posé les idées assez facilement. Tant que çà en reste là. Mais il faut combattre, ardemment combattre !


Je suis démoralisé. Je perds mes cheveux. A quoi aurai-je l’air ? D’un clown ? Si c’est le cas, je me suicide.
Tout ce que je critique, si j’y ressemble, ou si je le deviens, quelle effrayante perspective !
Je me trouve supérieur aux philosophes, d’où ma peur de devenir comme eux, si j’utilise la plupart de mon temps à lire de la philosophie, à emmagaziner des connaissances de ce type en mon esprit. La vérité, c’est que si j’arrêtais de m’y croire supérieur, je n’aurais plus la crainte d’être des leurs. Mais, en fait, je mesure la puissance d’un être à sa passion pour les femmes ou pour les hommes, et finalement à l’amour qu’il porte en lui, et à cela, ce sont les artistes qui détiennent le plus haut niveau, les écrivains, les acteurs et ainsi de suite.
Par cette crainte d’anesthésier mes forces et de me perdre, je me retiens de lire des ouvrages, ou je les lis à contre cœur , ouvrages qui pourtant me passionnent. Il y a là un fâcheux malentendu. Arrêtons ou diminuons le rythme de l’écriture personnelle, pour se vouer, cette semaine, à la lecture d’ouvrages philosophiques pour réussir brillamment les examens. Avançons, concentrons-nous, assimilons, oubliant tout le reste. Il ne se perdra pas et nous le fructifierons après de plus belle, d’autant mieux que nous serons parvenus au sacrifice d’une semaine de conversations avec soi-même, supérieure à toutes les autres, auto-thérapie efficace.


Comment expurger tous ses démons si l’on ne peut plus écrire ?


Klaus Kinski est vraiment magnifique à côté de ce péruvien qui jour un instrument, dans « Aguirre ». ( Sur le bateau mais surtout sur la terre ferme car cette scène se produit au moins à deux reprises). Primat de la culture Allemande sur la culture Sud-Américaine et génie des Slaves qui savent enfanter de tels artistes ! Les yeux de Kinski me font penser, parfois, sur certaines photos, aux yeux de Maiakovski.


Je n’aime pas trop les binoclards. Les boutonneux m’exaspèrent , et ceux qui perdent leurs cheveux ; les laids en fait. Oui, c’est ça je crois, les laids me révulsent. La répulsion est physique. Et je n’aime pas non plus les beaux fades, car le contraste entre leur apparence et ce qu’ils sont, après qu’on les ait admiré, nous donne envie de vomir. Je tolère les quelconques, les moyens, et j’aime les beaux énergiques. Et j’aime les beaux énergiques. Et pareil pour les femmes.


Entendez-vous cette musique ? C’est la « Sérénade pour instruments à vent K 362», de Mozart. Cela suffit je crois.


Je hais les hommes qui crient. J’en ai peur. Le malheur du monde vient de ce que les hommes ne sont pas assez féminins. Ils ne sont choqués par rien. Ce sont des brutes. Moi, je suis choqué par tout. Le bruit m’effraie, comme un animal traqué. Je ne comprends pas les hommes. je n’aime pas leur grossièreté, leur vulgarité, et pourtant les femmes suivent, et pourtant elles n’apprécient pas leur violence, leurs mœurs, mais adorent la virilité qu’elles expriment. Aussi sont-elles toujours frustrées. De combien elles préfèreraient une force virile qui ne se traduirait pas par d’abjectes manifestations. Les hommes, sont, la plupart, obscènes, et les femmes répondent à cette obscénité par l’ardeur qu’elle représente mais elles n’aiment pas l’obscénité. L’amant idéal est un être à la sensibilité féminine dont le sexe puissant n’a pas envahi toute la personnalité. A la fois homme par son sexe et fin par l’orientation qu’il le lui a fait prendre, voilà l’homme non détériorée par les monstruosités communes. Le sexe est présent mais il est réuni à l’esprit qui l’a magnifié ;
Voilà ce que je suis, un homme qui comprend les femmes, sans effort.


Comment faire Italien, comment être Italien si je suis chauve ? Comment ne pas, alors, virer au grotesque ? Beauté et calvitie, mot affreux, me semblent incompatibles.


Ecrire, oui, mais pas s’enfermer dans l’écriture, comme ces intellectuels que je combats. Respirer le soleil comme Mishima et Montherlant.


Furieux d’avoir des examens, je devrais être noble, sans être contraint à ce genre de travaux forcés. Perdre plusieurs heures, m’épuiser quatre heures par jour, pendant la durée d’une semaine, m’épuiser, m’échiner et tout cela pour ne rien créer, mais récapituler ce que je sais déjà, quel inutile devoir, quelle effroyable perspective, une semaine de gâchée, voilà un résumé de ma vie. Tout ce qui n’est pas de l’ordre du sexe ou ne le favorise pas directement est inessentiel.


Que de rapprochements entre ces deux peuples, les deux seuls pays, avec le Japon, et peut-être la Russie, dans lesquels même la foule ignorante possède quelque aptitude à apprécier l’art : j’ai nommé l’Allemagne et l’Italie.


En fait, je ne dois relire mes textes que pour juger s’ils sont communicables, mais indépendamment de la valeur de leur contenu, car je risquerais fort de m’y attacher, de vouloir les conserver, les protéger. Ils deviendraient un poids pour moi et aggraveraient mes angoisses au lieu de les alléger.
C’est tout de même bien malheureux de se voir penser : « Hélas, tout ce que je forme, tout ce que j’écris, se transforme irrémédiablement en or, en quelque chose d’essentiel ».


L’écriture me permet de me soulager d’une image de dur qui n’est pas moi et ne l’a jamais été. Comme je comprends Descartes et Pangloss : « Pour vivre heureux, vivons caché ! »Sa propre réputation, toujours éloignée en quelque sorte de la réalité, oblige l’être à la copier, car cette affaire de réputation devient vite affaire d’identité, donc de survie. Qu’y suis-je ? La compagnie des autres hommes ne saurait apporter de réponses à cette question. Préférable est une haute considération qu’une dévalorisation de la part des autres hommes, mais la condition la meilleure, c’est l’absence de tout jugement. Pauvre jeunesse ! Ils osent, ces conformistes, comparer Bob Marley avec Bach, Mozart, Beethoven ou Wagner.
Le nivellement des valeurs annoncé a eu lieu : « Je voudrais prévenir sous quels maux nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde. Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux tournant sans repos sur eux-mêmes afin se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme ». Tocqueville


Quelle sombre égalité ! Sacrifice des élites.


« Je vous méprise étudiants, parce que vous, les révoltés, vous êtes finalement fils de riche, j’aime les flics, car quel que soit leur état, ils sont fils de pauvres ». Citation légèrement modifiée de Pasolini.


Les étudiants n’ont plus qu’un seul modèle de vie : Le confort.
S’ils ont toujours été stupides, ils n’ont jamais paru à la fois si naïfs et si dénués d’idéal. Incultes, on leur fait tout avaler.
S’ils ne croient plus à la religion, ce n’est pas parce que leur science la dépasse, ou qu’ils pensent qu’ils la dépassent, c’est parce qu’amorphes, ils sont, sans être positivistes, inaptes à la métaphysique. Ils sont donc devenus des riens amorphes.
Consternation, quand devant une émission de télévision, je vois un amphithéâtre entier de polytechniciens fascinés par un hypnotiseur. Pauvre Kant ! Que penserait-il s’il voyait que les élites françaises n’ont pas atteint l’âge du métaphysique, toujours dans le fantastique. Et puis, il serait capable d’hypnotiser et même de léviter, quelle belle affaire ! Cà n’ôterait pas le problème de la mort. Et puis, il y aurait une raison, une explication, qui réduiraient une illusion de surnaturel en un phénomène naturel. Tout est naturel dans les actions relevant du monde sensible. Tout a une cause physique, scientifique. Pas de mystères.


Qu’il m’est réconfortant de rencontrer un équivalent. Réaction de Montherlant dans une salle de cinéma : stupéfaction face aux réactions d’un parterre d’étudiants. Quoi ! Est-ce possible que des hommes instruits rient devant de telles niaiseries, une telle vulgarité, une grossièreté si abjecte ?
Sensation de supériorité qui n’efface pas un sentiment de malaise, de dégoût si compréhensible. Ainsi, vraiment, voilà confirmé le primat de la nature sur l’éducation. Une nature sensible, où qu’elle apparaisse, et vibrante, se trouvera plus élevée que les autres. Mais envoyer une brute s’élever en polytechnique, vous n’en tirerez aucun fruit. C’est pour cela que l’évolution est si faible. Finalement, Montherlant n’avait pas tort quand il faisait l’apologie de la guerre, comme étant purificatrice des niaiseries de la pitoyable vie bourgeoise, aristocratique et ouvrière. Mais cela montre le peu de valeur de ces hommes qui ont besoin d’une guerre pour se révéler, alors que les hommes estimables n’ont pas besoin de ce type de guerre. Celle qu’ils vivent constamment les dispense d’un risque de destruction physique, car ils entretiennent leur force naturellement. En tous lieux, à chaque instant, l’angoisse qui les étreint, la tension qui les anime, les conservent énergiques et bouillonnants.


Incroyable les similitudes qui existent entre les femmes et moi : même aversion pour les sports d’équipe ( j’ai peur du ballon ) ; même répulsion pour la vulgarité, la grossièreté de la plupart des hommes ; même crainte des armes à feu, de tout ce qui est violence ou bruit ;haine de la paillardise, anti-rabelaisien au possible ; même soif de distance ; même appétit de lecture ; rougeurs nombreuses et intempestives ; goût des chansons d’amour, même un peu niaises ; pudeur très marquée etc


Si j’aime les femmes, sexuellement, affectueusement, je ne suis subjugué par la beauté d’aucune. Je suis totalement étranger à leur beauté. Les plus belles mannequins, ou actrices me plaisent en tant que femmes mais non pour leur beauté. Quand j’aime une actrice, soit parce qu’elle me touche, attire ma sympathie, soit que son charme me sensibilise, je n’en suis pour autant pas fasciné. Mais les acteurs, eux, me fascinent. J’ai mes idoles que je vénère. Parmi elles, Nakadaï, Tcherkassov, Kinski, Rutger Hauer, Peter O Toole, Pierre Clémenti, Vittorio Gassman, Marlo Brando, Grégory Peck, Helmut Berger, Victor Mature, Burt Lancaster, et d’assez nombreux inconnus.
Mais, quand j’apprends que les idoles de certains, beaucoup, sont Lino Ventura, ou Steve Mac Queen, je ne comprends qu’avec peine pourquoi un tel choix. Quels acteurs sont-ils ? Quel absolu dans leurs yeux ? Quelle tristesse irrémédiable ? Quelle folie ? Quelle passion ? Quel art, enfin ? Quel Dieu ?


Je crains pour mes cheveux. Je vois des petits gros qui sont chauves. Les homme comme moi les méprisent généralement. Il faut vaincre cette tendance naturelle. Mais quel malheur de se voir bientôt chauve, tout décrépi ! Et pourtant, il y a bien pire. Perdre une jambe par exemple, ou perdre l’esprit, ou la vue, ce qui risque aussi de m’arriver, mes ancêtres perdant assez régulièrement la vue ou ayant de sérieux problèmes à la conserver. Cependant, ces gros ou maigres chauves et barbus, profs de physique la plupart du temps, qu’ils sont laids et peu passionnants, peu passionnés, peu émotifs. Plutôt la mort que leur ressembler. Est-ce que je veux signifier que leur vie n’a aucune valeur,, aucune importance. Non, car, avec eux, il faudrait nier la qualité, l’intérêt que représentent, que sont les animaux. Cependant, tout est affaire de comparaison, et quand on est au sommet, on n’a pas envie de dévaler la pente, ou au moins on préférerait la descendre par le côté opposé à celui par lequel on s’est hissé au sommet.


Quelle effrayante, effarante constatation, que ma place dans l’Univers et celle des hommes qui me sont proches, car, s’il y a de fortes chances pour que l’homme soit la créature la plus aboutie de l’Univers, et s’il s’avère qu’on a la plus forte sensibilité, émotivité, réceptivité, on est donc le plus hautement situé parmi les hommes et ainsi, nous, notre petite individualité, aux hommes élevés, c’est, malgré notre fragilité, l’aboutissement actuel de l’Univers, ce qu’il compte de plus élevé, de plus complexe, de plus achevé. Aussi, quel vertige lorsqu’on en prend conscience, et quel redoublement d’angoisse face à la mort, qui nous fera perdre tout çà. Et après, nous serons moins que les barbus incapables ( même si ce n’est pas de leur faute s’ils sont inaptes à la passion ) que nous critiquions, et moins même que les chiens. Nous vaudrons moins que les larves, et que les bactéries qui y grouillent. Le Cid n’est resplendissant que vivant ; mort, il l’est pour les vivants, mais en lui-même, il vaut moins que le plus infâme des personnages.


La folie, voyez comme je la crains toujours. Gare à mes exaltations proches parfois, peut-être, de simples élucubrations. Même misanthropes, cultivons l’altruisme, même non-croyants, cultivons la foi, même fous ( par l’enthousiasme s’entend ), restons calmes, et contrôlons-nous, même lucides sur la mort, agissons comme si nous ne savions pas, ou comme les plus illustres stoïciens. Prenons-les pour modèles, et si cela est trop dur, sauvons-nous, atténuons nos souffrances, magnifions-les par l’art.


La folie me rattrapera-t-elle ? Suis-je complaisant ? Il faudrait que le stylo me tombe des mains. Il tient bien encore et s’il en échappe, alors la cause sera davantage une attaque


S’accepter ! Accepter sa timidité infamante . Mais si nous sommes infâmes, abjects, qu’est-ce que s’accepter ? Ou nous ne pouvons devenir abjects si nous ne nous acceptons pas car cela relève d’une attitude combattante, audacieuse. Mais alors, c’est s’accepter qui est criminel. Non, accepter quelques défauts ne nuit pas nécessairement à l’orientation générale, au tout de la personnalité. Ainsi, moi, j’aimerai, après avoir forcé ma personnalité vers le dur, qui n’est pas moi, afin de me protéger, de survivre, j’aimerai retrouver ce qui est le fond de mon caractère, l’exprimer, extérioriser ma sensibilité maladive, ne plus la cacher. Cependant, je ne désire pas être envahi par une faiblesse démesurée comme autrefois, mais je souhaite garder un minimum convenable de contrôle. Il n’est pas question qu’une timidité à nouveau excessive annihile totalement mon être et ma vie. Cela dit, je ne me suis jamais totalement éloigné de cet état. Mais j’aimerai ne pas avoir constamment à rougir car je trouve cela très laid chez les autres hommes. Je me demande d’ailleurs comment j’ai pu plaire malgré cela. Et puis, j’aimerai articuler, et ne pas bafouiller.


« Il y a plus de différences d’homme à homme que d’homme à bête » Montaigne






D’accord, et cet écart entre homme à homme est pour moi vrai de tous les hommes qui ne goûtent pas l’art. Cependant, mettons le hola, et restons Chrétiens.


Si j’avoue que je comprends mal les vieillards ou les adultes moroses quand je les vois assis dans une bibliothèque, on ne saisira pas pourquoi. C’est simplement, je crois, que je n’ai pas envie de leur ressembler. Quel immense orgueil que de ne vouloir ressembler à personne qu’à soi et à une poignée d’hommes ! Ma superbe est bien loin de la charité Chrétienne, de l’humilité. Et d’ailleurs, s’il m’arrive un accident qui me défigure, qui me broie le corps entier, qui m’enlève une partie plus ou moins développée de conscience, cela rabattra, beaucoup, ma fierté, ou plutôt la valeur que je crois mienne, la place qui me semble me revenir. Cependant, écrire toutes ces horreurs ( ce n’est pas sûr qu’elles le soient ), m’enlève des angoisses bien lourdes, les atténue au moins. Cela certes, pour dire à quel point mon âme est déjà largement pourrie. Seulement, dans ce cas, les principaux écrivains partageaient presque tous, peut-être tous, ce cruel jugement que je pratique sur moi, ce qui est, tout de même, peu probable, certainement pas indubitable. Comment ! Les hommes les plus raffinés, les plus délicats, seraient coupables par leur pudibonderie même, par leur prévenance, leur lucidité, et les rustres, les brutes, les sadiques dans leurs actes, qui ne se repentent pas, les violeurs, les cruels, les incultes ( moins importants ceux là ), les indifférents à leur propre sort aussi bien qu’au sort d’autrui, seraient les premiers au Royaume. Mais si c’était le cas, que Dieu me fasse, m’aide à faire tomber les écailles des yeux pour que je vois clair et que je sache. Et si le pourquoi est interdit, alors, s’il me reste des yeux, je m’en vais pour pleurer, et je suis consterné, atterré, affligé, cloué ( avec la retenue qui s’impose pour ce dernier terme ).


Si l’écriture enveloppe le folie en puissance, quelle joie. Si elle ne l’étouffe pas, ou plutôt si elle ne sait pas l’orienter, la magnifier, si la folie potentielle, objective, par représentation, s’actualise, se formalise ( devient actuelle, formelle ), si elle déborde l’écriture, de manière autre que sa canalisation par une forme d’art équivalente, ou supérieure ( ou pourquoi pas, moindre, si le peu qui a débordé n’a pas entraîné tout le reste, et donc se suffit d’une puissance accessoire ), alors c’est atroce, et n’est-ce pas, en tant que gens civilisés, ( et nous serions sauvages, ce serait le même chose, cela ne nous exempterait pas de notre devoir ), il faut éviter cette atrocité toujours possible pour l’homme, y compris, peut-être surtout, peut-être moins sûrement, pour l’homme qui, se considérant homme comme il juge les criminels et autres psychopathes hommes, a réfléchi sur la raison des actes de ces hommes, qu’il n’a peut-être pas bien su cerner d’ailleurs, peut-être que si, mais en tout cas qui fut sérieusement troublé par le fait que si eux, hommes, ont commis des actes barbares, pourquoi lui, homme, il ne tomberait pas dans cette folie meurtrière.


Qui est-ce que je suis, moi ? Qu’est-ce qui me définit, quelle est ma personnalité ? Mon caractère, je le connais, mais résume t il l’intégralité de mon être ? Celui-ci peut-il être subsumé sous mon seul caractère, ou y a-t-il autre chose ? Ce sont ces questions, dont l’enjeu fut compris profondément par moi, à sa racine même, ou presque, ou au delà, qui m’ont valu les pires problèmes que j’ai eu. La crainte du dédoublement, de la possession du moi que je connais par un autre moi qui n’est pas vraiment moi, et qui est en plus mauvais, d’où le fait que ce problème doit résulter non d’une illusion, mais d’un sérieux problème psychologique, est la pire ou une des pires épreuves que je connaisse.
Non pas se sentir autre, mais sentir qu’un autre va prendre la place du « se sentir » et que c’est un autre qui « se sentira », d’où le fait que le premier soi, le seul qu’on connaît, le seul à qui on tienne va ou risque de disparaître. Cela est tout bonnement effrayant. Je crois que c’est ce qui se passe dans « Le Horla », mais était-ce du fantastique ou en partie vécu ? C’est aussi, je crois, un thème de Dostoievski dans un de ses livres « Le Double ». En a-t-il ressenti les symptômes, l’angoisse ? C’est aussi « L’Etrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde ». Pourquoi faut-il que les plus grands génies souffrent tant ? Pour qu’ils soient génies et parce qu’ils le sont. Mais les autres, leurs compagnons de souffrances ? Peut-être qu’ils sont, aussi, géniaux, peut-être qu’ils souffrent moins, peut-être sont-ils responsables de leur folie, peut-être leur folie n’est pas celle des génies et là aussi, ils souffrent moins etc

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 00:05

La vie, y compris la vie humaine, n’est qu’une succession de rapports de force. Malheur au faible, où à celui qui le devient.




La souffrance que je ressens dominer le monde m’abat régulièrement.




Perdre son intelligence, sa mémoire, son imagination, et se retrouver à la merci de tous, sans défense, livré à la perversion de tous !




Régulièrement, je me mets à la place des femmes, j’ai moi-même une sensibilité naturellement féminine, et je ressens avec elles l’horreur des agressions machistes. Elles devraient toutes apprendre l’aïkido.




Je crois que tout ce qu’on est provient de notre structure corporelle, de ses modifications, des circonstances en tant qu’elles affectent cette structure.




Il faut soi-disant apprendre la confiance. La Providence veillera sur nous, sur tous. Mais la Shoah nous montre clairement que c’est à nous de faire le travail, tout le travail. Aide-toi et le ciel t’aidera. Or, comme on est le ciel qui se réalise dans le monde, s’aider, c’est déjà le ciel qui s’aide. Il n’y a donc rien à attendre du Ciel qui soit autre que ce que réalise notre effort.




Certaines personnes m’ont dit, et disent : « cette femme n’est pas pour moi ! » Pas dans le sens où elle ne leur correspondrait pas, mais ils ne se sentaient pas à la hauteur, du genre : « Trop belle pour moi ». Ce genre de réactions me stupéfait. Peut-on accepter sans combattre, sans humiliation, d’être dépassé de la sorte, vaincu absolument ? Pour ma part, si j’ai eu des déceptions amoureuses, je ne me suis jamais dit qu’une femme me « dépassait ». Jamais aucune femme ne m’a donné cette impression. Je n’ai jamais senti cela. Mais il doit être particulièrement cruel de se sentir limité pour ainsi dire organiquement , constitutivement.




Aller à l’hôpital un jour de déprime, ce n’est vraiment pas le truc à faire. On y rencontre des êtres complètement perdus, l’air égaré, malheureux, des jeunes couverts de bandages, sans doute défigurés, ou bien en chaise roulante, ou bien étendus, et on ne peut pas savoir ce qu’ils ont. Et puis, dans les couloirs, des familles à l’air éploré, résigné côtoient des gens plus insouciants, qui semblent se promener ici comme ailleurs, comme s’ils étaient en pleine rue, simplement. Parfois, dans mes jours les lus sombres, je me demande si les bouddhistes, si Schopenhauer n’a pas raison. Le monde souffre beaucoup trop, les créatures souffrent beaucoup trop. La souffrance domine les joies, les progrès, les victoires. La mort triomphe toujours du vivant, de la vie qui lui résiste, le mal du bien, alors le but de toute vie ne doit-il pas être de supprimer tout désir, tout attachement, afin d’évacuer la souffrance qui y est liée, si cette méthode est effectivement la meilleure pour ce but ?




Tous ces types fauchés qui ne pourront plus jamais faire l’amour !




Les hommes se défient sans cesse de leurs yeux, et c’est à qui fera la plus forte impression .Moi, je refuse d’entrer dans leur jeu. Si j’accepte le rôle classique que tout homme est forcé à jouer, cela dégénèrera. Nous risquons fort d’en venir aux mains, et je gâcherai ma belle rédemption par un massacre sûr. Je suis vraiment lassé de ces rapports de force, de domination, ou le fort écrase, systématiquement, le faible, et où tout faible, tout fort qui devient faible, est humilié, asservi, moqué.


Tous nos efforts, parfois, vraiment, on se demande pourquoi.




Je ne crois pas qu’il faille accepter l’irréversible, même un irréversible qu’on sait être tel. Un handicap, une maladie incurable, la mort d’un enfant, si on les accepte, il ne se passe rien.
La révolte permettra l’œuvre littéraire compensatrice, l’engagement humanitaire rédempteur. Ne pas accepter une diminution physique, ce sera peut-être acquérir la puissance supérieure à celle dont on était pourvu valide, nécessaire à la rélisation de l’oeuvre ; un enfant mort, ce sera peut-être, par l’engagement humanitaire, des dizaines d’enfants sauvés.
Celui qui accepte l’irréversible sous prétexte qu’il est irréversible, par contre, n’est pas pour moi un sage, c’est un apathique.




X n’aurait rien à dire au psy, s’il le voyait, tout simplement parce qu’il n’a rien à dire.




X ne peut se défendre. Il ne pourrait s’en sortir dignement dans une confrontation où, par exemple, on l’accosterait dans la rue, car il ne trouve pas ses mots.




Quelle horreur que la situation d’un animal, ou d’un être humain à la cohérence définitivement brisée ! Ils ne peuvent plus évoluer, plus avancer, plus se déterminer eux-mêmes. Je tremble, je suffoque, je m’indigne à la pensée de tous ces êtres ineptes. Mais, finalement, pourquoi lutter ? Car les pessimistes ont raison, la mort triomphe toujours, et elle laisse sa victime, toujours, impuissante, inconsciente, détruite.




Petit menton, petite voix, petit sexe, besoin de beaucoup de sommeil, bref, je suis une toute petite nature.




Je ne crois pas à la liberté. On est tous coincé par les limitations que nos corps nous imposent. Un débile léger ne pourra jamais se déterminer, évoluer librement. Quelle horreur que leur sort, parqués dans des maisons communautaires, où, sous le prétexte qu’ils doivent servir à quelque chose, être utiles, on les condamne à accomplir, toute la journée, toutes leurs journées, des travaux répétitifs, mécaniques, inutiles, alors qu’avec une meilleure infrastructure, un meilleur soutien, on pourrait les divertir, les épanouir vraiment.




Imaginez la cruauté du sort des parents, dont les enfants, normaux, subissent des lésions cérébrales déstructurantes irréparables, ou un accident dont la gravité similaire implique une chute aussi irréversible, enfants qui ne pourront donc jamais rien faire de leur vie ! Cela, c’est un scandale absolu !




Je m’inquiète de mes performances sexuelles. Suis-je assez viril, le serais-je assez, pour satisfaire mes partenaires ?




Encore vu un noir style rappeur me défier du regard et, se retournant, suivre une femme blanche et la draguer sans respect, sans distance, sans pudeur.
Est-on vraiment obligé de se niveler sur ce type d’attitude agressive, et régressive, digne et typique du règne animal, mais pas digne d’intégrer le monde humain ?




Toute diminution physique et plus encore intellectuelle, est absolument un scandale, insupportable, car supporter, accepter la diminution, on ne peut le faire que diminué. Alors on supporte un état auquel, valide, on aurait préféré la mort.


Ne plus pouvoir s’extérioriser, ne plus pouvoir exprimer son intériorité, ou perdre son intériorité, c’est une souffrance excessive, c’est souffrir ou ne pas souffrir, plus que nous pouvons, ou plus que nous devrions pouvoir le supporter.




Lorsqu’une société, comme la nôtre, est si décadente qu’elle en est devenue folle, il devient urgent de changer les choses par la force.




Plus je vais, et plus je pense que ce qui constitue la valeur des êtres, hommes compris, ce n’est pas la complexité de leur cerveau, mais leur performance sexuelle. Du moins, c’est comme cela que le prennent, que le vivent, que le ressentent les femmes.




Il est difficile de ne pas mépriser les femmes, car il est dans leur nature de se laisser toucher, de se faire baiser, de s’abandonner dans les bras d’un homme, de perdre le contrôle volontairement, et, bien que cela ne dure que le temps de l’excitation sexuelle, il n’est pas rare qu’elles apprécient insultes et humiliations. Il est dans leur nature d’aimer être dominés, comme il est dans la nature des hommes d’aimer dominés.




A une heure du matin ,quel est le genre de musique qui émane des voitures, réveillant tous ceux qui dorment alentour ? Du rap.




Tout violeur devrait être puni de mort, et tout type lourd et insistant importunant les femmes devrait être enfermé. Les femmes, étant les égales des hommes, devraient pouvoir se promener seules dans n’importe quel coin de France et du monde, cela sans soucis. Y contrevenir est de l’ordre du crime contre l’humanité.




Pour ce qui est évolution des mœurs, respect des lois, attitude citoyenne et parité, les peuples du Nord sont plus avancés que les peuples du Sud.




Les chauffards pour la plupart, viennent de Cité, et les délinquants sont aussi chauffards.




Tous ceux qui profitent de la faiblesse d’autres créatures pour s’affirmer, et, du même coup, concourent à les maintenir dans cette faiblesse au lieu de les aider à s’en délivrer, où, s’il n’y a rien à faire pour elles, ne respectant pas leur intégrité et leur dignité, doivent être mis hors d’état de nuire.




De tous les peuples, les blancs sont certainement les plus beaux, physiquement, et ceux chez qui on rencontre le plus de variétés, de sensibilité, et de profondeur dans le visage.




Non seulement les films pornographiques ne me font pas rire mais ils heurtent profondément mon sens moral, et mon goût esthétique. A mon avis, il y a bien peu de spectacles plus affligeants, plus dégradants pour la femme, plus vulgaires. Toute pornographie est recherche du plaisir par la participation ou l’observation de l’asservissement de l’espèce humaine, et, comme telle, devrait être interdite, car contraire à la dignité humaine.




Une femme qui perd ses bras, ne peut plus faire grand chose. Ses possibilités sont bien diminuées.




Par définition, la mort n’est pas la vie. Il n’y a qu’une vie, cette vie-ci. Aussi est-il ridicule d’employer des expressions comme « une certaine vie c’est mourir », où « un certain type de mort, c’est vivre ».


La vie est la vie, et la mort la fin de la vie. Etonnant toutes les contorsions, les exercices spéculatifs extrêmement complexes et laborieux, toutes les religions, les ascèses, les mystiques, qui s’efforcent de nier l’évidence.




Le bouddhisme est-il compatible avec Darwin, avec les données, les connaissances de la biologie ? La réponse est non !




Il est nécessaire à l’homme d’espérer pour parvenir à « supporter la vie ». Mais cette espérance n’est pas nécessairement fondée. Il suffit que l’homme la croit fondée, que la croyance en une forme de cohérence universelle le dupe, pour qu’il puisse retrouver le goût d’agir ! Besoin de cohérence certes mais cohérence hypothétique, à laquelle un assentiment sans fondement suffit pour muer de nouveau l’homme désespéré, qui n’échappe pas à l’absurde, mais au moins s’en croit délivré. Peut-on vivre, et vivre sans désespoir, si l’on se refuse à toutes espérance dont on pressent qu’elles portent en elles, de nature, une part mensongère, fausse, inclinant dans le sens qui nous permet de vivre ? Peut-on vivre une vie non désespérée par l’absence d’espoir ? Ce qu’impose la lucidité, que l’espoir est toujours une anticipation usurpée, peut-il être assumé sans troubles psychiques, avec dignité ?




Un préjugé : une vie réussie est une vie qui se termine bien.




Je préfère mille fois voir une femme danser que l’entendre philosopher. D’un côté la vie, Dieu qui s’incarne, de l’autre du galimatias dont l’apprentissage, du moins pour l’homme normalement constitué, n’est pas une fin en soi, mais n’a d’autre intérêt que de lever ses inhibitions, pour pouvoir danser avec la femme qui danse, et la baiser, comme tout le monde.




Epuisé par les préjugés censés dénoncer les préjugés. Le manichéisme est attribué péjorativement en toute occasion. Et après tout, pourquoi pas le manichéisme ?
De même, juger que tout cliché est nécessairement un préjugé est un cliché, un véritable préjugé.




C’est le sacrifice de son individualité, de son intelligence au profit du consensus communautaire, qui est cause de toutes les violences de groupes, et celui qui se sacrifie de la sorte est un faible, prêt à toutes les compromissions pour ne pas être seul, vivre seul, penser seul, agir seul, pour être intégré à un groupe, et ne pas avoir à s’opposer, seul, à tous les groupes. Le faible se cherche une tendance, quelle qu’elle soit, parti politique, de gauche, de droite, d’extrême gauche, d’extrême droite, religion monothéiste, bouddhiste, groupe de ceux qui ne se revendiquent d’aucun groupe, d’aucune tendance, association d’égoïstes etc
Le fort est toujours seul. C’est la solitude qui le caractérise le plus exactement car il n’est jamais complètement d’accord avec qui que ce soit, et, de plus il tient à se rester fidèle, d’où un refus systématique d’obtempérer.




Hier, j’ai vu deux pauvres types, qui avaient l’air de bien se connaître. Le genre misérable, basket, jogging, et bombers. L’un deux, manifestement hémiplégique, se faisait rabrouer par l’autre, durement. Et subitement, cette scène de misère finalement ordinaire, m’a désespéré. Me rendre compte, comme cela, avec certitude, que la majorité des hommes est ignoble, cela je le savais, mais que cela soit éclairé par un exemple caractéristique et glaçant, cela a vraiment dépassé mes forces, dégoûté mon aptitude à la résistance.




Il y a deux genres d’hommes, ceux qui aiment s’habiller en jogging, et ceux qui y répugnent.


Un type, de la musculation, me dit : «vous êtes anxieux », comme si cela était péjoratif. Mais, que diable, anxieux, émotif, sensible, réceptif, tourmenté, bref énergique et vibrant, c’est tout un !
N’est-ce pas préférable à être insensible et mou ?




A Moving, je discutais, récemment , avec un groupe de personnes, et personne n’écoutait une femme d’une trentaine d’années, laide, molle, et manifestement stupide, à la limite de la déficience mentale. Cependant, elle devait bien souffrir de son état, puisqu’elle tentait sans succès d’attirer l’attention sur elle. Cette femme, cet être donc, devait souffrir de ne pas être belle, énergique et intelligente, mais son état même, ses déterminations physiques incluant si nettement l’irrévocabilité de sa laideur, son peu d’énergie constitutif la condamnant à ne pas assez vouloir pour évoluer, et les faiblesses de ses connexions cérébrales la vouant, ici encore, à la stagnation, force m’était de constater, une fois de plus, que la grâce, on l’avait ou on ne l’avait pas, et que l’on naissait avec ou sans.
Mais cette femme, néanmoins, souffrait de ce qu’elle était. Et je me dis, une fois de plus, que la vie était une loterie injuste, qu’il était malheureux d’être déterminés si petitement que le sont les êtres qui partagent la qualité de cette femme, condamnés malgré eux à suivre les autres, les plus beaux, plus malins, plus enthousiastes qu’eux, et souvent bien limités eux aussi, et cette pensée me laissa perplexe, brisé en fait, comme à chaque fois. Est-ce ma faute, si j’ai le don de me projeter en la vie, l’état d’esprit d’autrui, d’être limité par ses limites, et d’en ressentir les effets ? je manque, finalement, de l’égoïsme fondamental qui permet de survivre.




Toute la culture que j’ai assimilé, depuis les parachutistes, n’a servi qu’à me compliquer l’existence, à me « surdifférencier », donc à m’isoler et à me rendre plus peureux que je ne l’étais.




La philo, les arts martiaux, l’alcool, le centre d’éducation renforcée, les parachutistes, l’écriture, la littérature, la mystique n’ont eu d’autre fin, pour moi, que celle de rire, chanter, danser, baiser comme tout le monde, casser mes inhibitions. Cela n’a pas fonctionné. Les expériences que l’on tente pour trouver, ou retrouver la spontanéité, l’étouffent au contraire. On a beau s’imprégner d’existentialisme, ça ne change rien.
La différence légère qu’on se pressentait et qu’on s’est efforcé de surmonter, acquiert une radicalité désespérante, conséquence logique de ces efforts. Finalement, on découvre qu’il y a plusieurs types d’êtres. Alors nous vient une obsession : faire partie de ceux qui existent. On prend donc un chemin opposé à tout ce que nous avions entrepris : travailler à l’œuvre qui absolutisera notre différence, la rendra définitive, irréversible, sans contestation. Alors, nous pourrons, la tâche accomplie, cesser de nous justifier, et, enfin, nous détendre.




Trop sensible pour ne pas croire en mon destin, comme Sartre dans ses jeunes années.




Un boulot que je n’aimerais pas faire : barman de nuit.




Aus Inrocks, ils sont encore si bêtes qu’ils sont tout à fait capables d’admirer sincèrement les Hell’s Angels.




Consternation toujours recommencée : les femmes semblent apprécier, réellement, les gueules de cons, d’abrutis, d’imbéciles archétypaux.




Les dragueurs homosexuels sont aussi lourds que les hétéros. Bien que souvent plus cultivés et plus intéressants au premier abord que les macho, dès qu’ils comprennent qu’ils n’ont aucune chance avec toi, ils abandonnent tout lien éventuel, malgré les affinités que la conversation a pu dévoiler. Je n’en ai pas rencontré de « désintéressé » comme la majorité des africains incapables de percevoir dans la femme autre chose qu’un objet !




Tout le monde parle de fêtes et des nuits où la vie est plus intense. Rien ne remplace, pour moi, les sports de plein air, l’aube, la tranquillité et la lecture. Je n’ai pas le tempérament pour m’amuser de ce qui amuse les autres ou plutôt les noctambules. La seule vision des photos de visages d’êtres grotesques, avinés, satisfaits, répugnants, et violents par-dessus le marché, que les tenanciers de bar aiment afficher sur leur mur, m’horrifie. Puis-je éprouver autre chose que véritablement du mépris pour ces gens-là ?




La casquette, devenu symbole d’imbécillité ?




Le machisme, caractéristique à quoi l’on reconnaît immédiatement où situer l’homme ( le sous-homme qui, puisqu’il ne possède pas l’intelligence nécessaire pour être homme, s’en affuble, entre le coq et le gorille ).




Je me demande si je n’ai pas le syndrome d’Asperger. Je suis incapable de m’atteler à une tâche qui ne m’intéresse pas. Même si cette tâche doit être accompli, je ne l’accomplis pas. Je ne trouve pas en moi la motivation suffisante, l’énergie nécessaire pour l’accomplir.




Toute tentative ascétique qui vise le détachement a pour unique dessein d’harmoniser les aléas causés par l’attachement nécessaire au monde, donc la mystique reste discipline strictement utilitaire, faussement détachée des intérêts qu’on a dans le monde.




Il n’y a pas une fausse et une vraie recherche spirituelle. Seule l’intensité de l’effort varie, mais son but vise toujours, quelque soit les oripeaux dont on l’entoure, à vivre mieux.




Endurcissement du corps et du moral par la pratique martiale, la philosophie, la création artistique, le voyage, la méditation zen, toutes activités pouvant prendre apparence d’exercice de lâcher prise, sont strictement utilitaires. Quoi que l’on fasse, on le fait pour mieux jouir de ce qu’on sait être notre unique vie. Tout détachement est stratagème inconscient pour s’attacher moins douloureusement.




Désormais, je vois tout sous l’angle Darwinien. Toute lutte, toute action, toute pensée n’ont d’autre fonction que de s’assurer la meilleure descendance, quel que soit le type de descendance par lequel on s’exprime le plus et le mieux, pour lequel il nous faut opter pour transmettre le meilleur de nous-mêmes.




Jamais je n’aurais connu l’insouciance propre aux premiers amours.




Je suis vraiment un type hors normes. Je sais que la vie n’a de valeur, ne vaut la peine –insistons bien sur le mot peine- d’être vécu que par, que pour l’amour, et, paradoxalement, je fait tout pour le fuir, pour ne pas qu’il me contrôle. Mais l’amour est nécessairement perte de contrôle.






On survit seulement quand on n’aime pas, forcé de se créer nombre d’artifices pour tenir, et de faire semblant d’y croire vraiment, s’auto persuadant qu’ils sont motifs valables, suffisants. La survie ne prend les couleurs de la vie que par l’amour porté ; le décentrement altruiste ne se concrétise qu’en lui. Tout est artifice, en dehors de l’amour.




La vie n’a de véritable intérêt que dans la jeunesse. Les sens et la conscience en alerte, on cherche son âme sœur, le sexe a besoin d’amour pour s’épanouir, l’amour appelle le sexe. Mais, quand l’appétit sexuel s’éteint, il n’y a plus de recherche, plus de quête, plus de complétude à espérer, plus de projets, rien qu’un corps sec. La vieillesse ne jubile plus, et n’est pas faite pour l’amour. Songeant à tout cela, le désespoir m’étreint. « Il n’y a pas de désespoir qu’une heure de lecture ne m’ait ôté » dit Montesquieu. Moi, je ne suis pas en état de lire, désespéré, alors marchons ! Le salut est dans la marche, par laquelle les jambes s’épanouissent, et les poumons s’emplissent de l’air grâce auquel on retrouve le Souffle primordial qui éclipse la pensée obsessionnelle.




Quand tu n’aimes pas, ta vie ne sert à rien. Quand tu aimes, tu te fais toujours baiser.




J’aurais une trique d’enfer les trois quarts du temps, j’aurais comme fondement de vie l’obligation impérieuse de décharger. Les gonzesses, je sauterais dessus ? Hélas ce n’est pas le cas.




J’aime adopter humble attitude face aux Sensei, mais envers ceux que j’ai choisi, pas ceux qui veulent s’imposer comme une évidence sans conditions.




Que l’essence prime sur l’existence, ou bien que l’existence prime sur l’essence, la mort nous enlèvera et l’existence et l’essence. Cela seul est véritablement important.




J’ai répulsion instinctive pour tout groupe, pour toute réaction de groupe.




L’amour est toujours une plaie béante en sa vie. Soit on ne souffre pas, parce que l’on aime peu. Soit l’on aime véritablement, et alors, prisonnier d’un attachement excessif, tantôt excitant, tantôt énervant, l’on souffre terriblement.




Quand je pense que tout ce qui nous distingue positivement des autres s’efface, s’annule après cette unique vie. Que m’importe le nirvana, je n’en jouirai pas.




Mes écrits n’expriment que mes inquiétudes, mais la véritable teneur de ma vie, c’est la gaieté, une gaieté euphorique. Mais, comme je la vis, n’écrivant qu’en réaction à la tristesse qui m’étreint lorsque je suis conscient que cette gaieté prendra fin, on ne saura de moi que l’aspect follement mélancolique.




Tout ce qui est technique, bricolage, m’a toujours ennuyé. Réfléchissant au fait que cela avait toujours été, j’ai compris à quoi cela tenait. J’ai toujours aimé passionnément, et mes facultés psychiques étaient subjuguées en permanence par le charme de quelques filles dont la présence s’imposait à toute autre préoccupation possible.




Isild le Besco, les délinquants la passionnent davantage que le citoyen bourgeois. Qu’elle aille faire un tour en prison, et elle constatera que la plupart de ses pensionnaires sont proches de la débilité légère, ne sont pas beaux, sont vulgaires, péquenots, et puisqu’ils sont là, détruisent la vie des gens. Les véritables voyous sont loin des héros Pasoliniens. Comme partout, seule l’exception y est digne d’intérêt.




Je suis ce que Edgar Morin appelle un « écrivant », je me sers de l’écriture pour exprimer mes idées, je m’en sers comme moyen en vue d’une fin autre, mais je n’écris nullement pour l’écriture. Elle n’est pas une fin en soi pour moi.




La masse sert de terreau nécessaire à l’émergence de celui qui en justifie l’existence. Ce n’est déjà pas si mal, de la part du quelconque, mais qu’on ne s’y trompe pas, il reste quelconque.




Insignifiants sont ceux qui, ne s’attachant pas à la vie, ne craignent pas la mort, et prennent nombre de risques déments par la pratique d’activités risibles. La vie est bien trop précieuse pour qu’on la sacrifie bêtement. Moi, j’aime la vie, les femmes, l’amour. Je voudrais que cela me soit vivable éternellement. Or, lucide, je sais que la mort m’enlèvera absolument tout. Aussi en suis-je terrifié, et suis-je terriblement pressé.




On ne fait que ce qu’on peut faire, que ce que notre nature vous permet…On n’excède donc jamais les limites tracées par notre nature, la vie le veut ainsi ; le faire entraîne la mort, mais, exceptionnellement peut être extase émancipatrice, libératrice, salvatrice.




On ne sort jamais de soi. Si je sors de moi, c’est encore moi qui sors de moi. Je ne m’échappe jamais de moi-même. Seule la mort ne me fait pas devenir un autre qui soit encore moi. Mais alors, je ne serai pas réellement autre puis que je ne serai plus.




Entre le journal intime et des aphorismes définitifs. Un journal intime composé miraculeusement d’aphorismes définitifs.




Ce dont tu rêves, fais-le, ce que tu te rêves, sois-le.




Le monde se partage entre ceux qui lisent, qui organisent leur vie en fonction de la lecture, et ceux qui ne lisent pas, donc qui s’ennuient et recherchent distraction et compagnie. Que faire, quand on ne lit pas ?




Vraiment, il me semble que je ne suis pas un homme ordinaire. Plus proche de la femme sans doute. Trop proche.




Des types que je n’ai jamais compris : ceux qui passent leur temps à faire du roller, du skate. Cela me semble pire que le cyclisme professionnel.




Tout ne se vaut pas. On sent instinctivement les activités qui vont épanouir sa propre nature, et si l’on passe tout son temps à faire du tricot, sans sentiments de perte, de gâchis, c’est que l’on est insignifiant.




On parle avec étonnement de la jalousie, de la mesquinerie des petits, comme s’il n’était pas logique qu’il en fut ainsi. Par définition, les plus doués ne peuvent jalouser le talent que les autres n’ont pas.




Je ne drague pas. J’ai suffisamment vécu pour me permettre d’être sincère.




Il n’y a pas de « vanités humaines », parce que rien n’est vain, et d’autre part, que ce qui semble séparer radicalement les affaires dites vaines d’occupations plus sérieuses n’est qu’une conséquence de l’intensité variable et involontaire des diverses physiologies.




Une amie s’occupant du « Corps glorieux » cherchait à savoir ce qui survivait de notre corps. Mais rien, vraiment rien de glorieux !




Lutter pour s’accomplir, telle est l’unique voie. Sachant que tout nous sera enlevé, elle reste l’unique voie.




Les hommes vivent, sentent, s’émeuvent, ont leurs idées. Puis ils meurent, et il n’en reste rien pour le monde.




Faites-vous tout ce qu’il faut pour sauver votre couple, faites-vous les efforts pour cela ? Ridicule, car il est normal de se lasser, et c’est l’idée qu’il faut tout faire pour justement ne pas se lasser qui est contre nature. Saturé d’une relation, pourquoi ne pas aller voir ailleurs ?




Etre fidèle, c’est s’enchaîner.




Seuls les faibles obéissent. Le dévouement, l’abnégation, le sacrifice ? Remarquable, à condition de choisir sa cause. Hors de question qu’on nous l’impose.




Bruits de bouche, ventriloque, contrepetterie m’ont toujours indisposé.




Ce dont tu rêves, tu peux l’accomplir, car le rêve révèle ta véritable nature, ce dont tu es plein.




On entend souvent critiquer les hommes, qui, malgré le fait que leur survie soit assurée, se plaignent. On juge cela ridicule de se plaindre pour des problèmes existentiels, si la survie est assurée, et indécent, car nombre de miséreux se révèlent davantage stoïques, et constants. Mais cette façon de considérer la chose est ridicule car les problèmes existentiels n’apparaissent, ne peuvent apparaître, que lorsque la survie est assurée. Ceux que la nécessité poussent à trimer jusqu’à l’abrutissement vivent forcément l’instant et ne peuvent se distancer de leurs actions et en interroger le sens.




Je ne peux pas avoir d’amis. Ils sentent que je suis ailleurs.




Les autres cherchent à s’intégrer. Moi je résiste.




Une hantise, ressembler aux autres.




De nos jours, on rencontre si peu de monde à apprécier les grands auteurs que les lire isole.




Comme Howard Hughes, mais s’agissant de mes pensées, je désirerais tout conserver.




La compagnie des femmes pour laquelle je n’ai pas de désir m’indispose davantage que celle des hommes qui m’indiffèrent. Cependant je suis infiniment plus clément envers les femmes qu’envers les hommes. Il suffit à un homme de m’avouer qu’il n’apprécie pas un auteur que j’estime génial, pour le mépriser aussitôt. Ce que je tolère chez la femme, et bien plus, je ne suis pas trop contrarié si j’apprends que telle femme dont le charme me séduit ne lit que des livres dont j’exècre la tiédeur.




Ne fréquentant que des êtres sans mystères, ni intellos ni sportifs, dont l’ambition la plus haute est de devenir notaire ! Vraiment les types dont se gaussent les romans.




Je pourris d’ambition. Je veux la première place. Cela me freine. J’ai l’impression d’être une machine parfaite, que le moindre choc peut dérégler, dont il peut déranger à jamais les ambitions.




Joyce ? C’est pénible comme Flaubert.




J’ai besoin de croire. Mais je ne crois pas.




Peut-on être heureux sans espoir ? Je ne pense pas. Il y a une seule alternative, soit espérer, soit désespérer, il n’y a pas de troisième voie.




Un seul sort commun, la mort, ou comment la vie conduit inexorablement chacun de nous en deçà de l’état de la plus amorphe des créatures !




Ce qui est terrible avec la mort, c’est qu’on cesse de se dire : « Qu’ai-je fait aujourd’hui, depuis hier, un mois, une année ? Ai-je correctement utilisé mon temps ? En ai-je profité pleinement, l’ai-je servi à ma fructification, mon épanouissement, ma maturation ? » Tout cela n’a plus de sens.




Mon père me dit que je me sers des théories infirmant le libre arbitre, pour justifier mes insuffisances. Or, ce n’est pas vrai, elles ne me sont pas un alibi. Mais, si cela était, cela n’aurait aucune incidence sur la réalité. Adhérer aux théories déterministes n’a jamais empêché quiconque d’accomplir son œuvre. C’est le corps qui commande.




Il faut se contenter de ce que le ciel nous a donné. Rien de plus éloigné de mes pensées. Il faut tout prendre.




Notre société ne pardonne pas leur connerie aux cons, alors qu’elle respecte comme différent les véritables déficients. Pourtant, le « con » est un intermédiaire entre le pôle de la débilité et le pôle de la subtilité, et, comme le déficient, il n’a pas choisi d’être ce qu’il est. Le jugement provient du fait qu’à partir d’un certain seuil, on considère l’homme doué d’un libre-arbitre tel qu’il devient rétroactivement responsable de ses déterminations, très limitatives dans le cas du con. Or, ce libre-arbitre est un leurre. Critiquer le manque de subtilité, la lourdeur de Séraphin Lampion, c’est oublier qu’un tel être, étant ce qu’il est, ne dispose par définition pas du raffinement, de la complexité de Marcel Proust, ou de Dostoievski. S’il en disposait, il ne serait plus lui-même. Il serait Proust ou Dostoievski. Or il est Séraphin Lampion. Force nous est de constater qu’il existe davantage de Séraphin Lampion que de Marcel Proust, mais ce que l’on comprend comme déterminations pour les déficients, on doit le comprendre également des Séraphin Lampion.




Je suis choqué par le comportement des domestiques, heureux de toujours céder la première place à ceux qu’ils servent, heureux de servir, en somme. Pourquoi tel coéquipier de Lance Armstrong le sert pendant sept années, lui permet sept sacres, y sacrifiant sa propre carrière, et attend l’approbation de Lance pour s’échapper et s’offrir une étape ? Combien d’étapes victorieuses aurait-il pu s’offrir s’il s’était décidé à accomplir son propre destin ? Sans doute aurait-il été renvoyé de l’équipe s’il n’avait pas servi le leader. Mais, de là à être plein de gratitude envers celui qui l’éclipse toujours, il y a un pas !




Obéir, c’est apprendre à commander, affirment les chefs, qui ne délèguent jamais leur pouvoir.




Qui se ressemble s’assemble. Lorsque ce n’est pas le cas, la hiérarchie présente entre les êtres qui se côtoient est patente.




Les êtres que j’exècre le plus sont ceux qui profitent de la faiblesse et de la crédulité d’autrui pour s’affirmer. Ceux-là ne méritent pas la corde pour les pendre. Mais on les pendra quand même.




Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que ceux qui recherchaient ardemment à vaincre la peur de la mort étaient ceux qui, logiquement, en avaient le plus peur. Ce qu’il m’a fallu plus de temps à saisir, c’est que cette peur, et le besoin d’en vaincre les effets, était expression éminente de puissance, ce qui amena le plus difficile à accepter, l’idée que cette peur était justifiée, qu’elle n’était donc signe d’aucune carence, mais d’un trop plein, d’un excès et de vitalité et de lucidité. Alors, l’objectif n’était plus de me préparer à l’inéluctable, mais d’éviter à tout prix ce que je savais être inéluctable. Ainsi, la lucidité m’éloignait à jamais de tout espoir de sagesse, de réconciliation, de la satisfaction tranquille de celui qui se croit sur le chemin, de la grâce, de la rédemption réintégratrice et sans scission ultime. Je savais alors que le déchirement de celui qui sait m’accompagnerait jusqu’au bout, et qu’il déclinerait dans la mesure ou je déclinerais moi-même. Ce qui accompagnerait la perte de son intensité, ce ne serait pas la sagesse, mais mon inévitable dégénérescence. Convaincu très tôt de cela, je perdis tout intérêt pour la religion et pour la philosophie. Tout ceci devint pour moi du gallimatias nous cachant l’essentiel, nous divertissant du problème de la mort par de multiples et très complexes édifices. Zazen ne pouvait plus servir mes élans mystiques. Mais il restait un moyen, aussi valable que l’alcool ou le sexe après tout, pour calmer mon imagination et mes angoisses par conséquent. Une sortie de secours, non plus évasive par le haut, mais dont les ressources pouvaient m’éviter le plus bas. Finalement, travailler zazen superficiellement, en ne recherchant aucune irruption d’un quelconque transcendant dans l’immanence, mais se contenter d’une tranquille altération des sens, d’un émoussement des qualités réceptives de la conscience, ce devait être cela, le sens de zazen. Se contenter de la surface, nier toute réalité supérieure comme illusoire, et considérer l’éphémère comme la seule réalité, tandis qu’on nous enseigne l’inverse, et s’observer tranquillement en vidant la conscience de sa substance, c’est tout ce qu’on pouvait faire.




J’aime les actrices, leur légèreté distraie ma lourdeur, ma sombre attitude.




L’amour entre hommes et femmes est voué à l’échec, car il a pour principe la différence des sexes, différence finalement trop aléatoire et légère, de trop peu d’influence pour générer une véritable complémentarité. Hommes et femmes se ressemblent trop pour que l’amour qu’ils se portent soit davantage qu’activation de fantasmes.






Toute notre intelligence, notre prudence, notre vivacité ne nous offrent pas un sort meilleur que celui de la brute, de l’imprudent, de l’amorphe. « Pourquoi aurais-je été plus sage que l’insensé puisque j’aurais le même sort ? »




Qu’est-ce qu’un homme ? La mort tue l’homme. Mort, un homme n’est plus un homme, comme un tigre n’est plus un tigre quand il est mort. C’est donc le corps qui constitue l’essence. Un homme dont le corps est si altéré qu’il a conservé la vie, mais perdu toutes les caractéristiques qui spécifient un homme, comme la verticalité, la pensée, la parole, le rire et les pleurs, la mémoire volontaire (encore que toute mémoire puisse chez l’homme aussi être envisagée comme instinctive ), ne peut être un homme, car il en a perdu le corps.




Un maître en arts martiaux disait que le jour ou il prit conscience que dans un monde sans Dieu, ou équivalent, il n’avait rien à perdre, et qu’en un monde organisé par sa présence, il avait tout à gagner, cela lui fit perdre toute crainte de mourir, car d’un côté, rien à perdre si le monde est insensé, de l’autre, soutenu par Dieu s’il est sensé. C’est juger un peu vite, car sans Dieu, la vie peut conserver de la valeur, et même acquérir une valeur absolue, irréductible à toute mesure. C’est oublier aussi que la présence de Dieu ne dispense nullement de la prudence nécessaire à sa préservation, et son épanouissement propre. L’instinct de conservation existerait-il simplement pour que nous l’outrepassions, en surmontions les conséquences ? Et puis, ces hommes survivant d’une catastrophe m’agacent, qui font louange à Dieu, pour leur avoir sauvé la vie. Leur survie est purement contingente. Dieu les préfèrerait il aux millions d’êtres humains aussi valeureux qu’Il laisserait périr ? Et puis, ils manquent de cohérence, car s’ils croient, pourquoi sont-ils si heureux de ne pas mourir, eux pour qui la mort ne signifie pas cessation irréversible de la vie ?




Quoi que l’on se dise que les jeunes participants de la télé réalité se font exploiter, il est toujours préférable de faire la TV que d’en être spectateurs.




Notre essence fluctue selon les évolutions de l’ensemble de nos dispositions physiologiques qui la déterminent intégralement.




Les poètes contemporains se prennent au sérieux. Il n’y a pourtant pas charlatans plus niais, plus exécrables, que ces types imbus d’eux-mêmes, qui se servent de l’inspiration divine des muses, que l’on ne transcrit pas sur commande, pour justifier leur maigre production. Quelques poèmes insipides et mal construit leur suffisent pour se jauger l’égal de Proust et Wagner.




Le surréalisme est une des fumisteries les plus réussies du siècle.




Je ne pourrais écrire de romans. Je suis trop obsessionnel.




Je peux à peine lire, car quoique je lise, j’ai besoin d’y apporter des corrections, et ce qui devrait être un plaisir est une corvée intellectuelle qui me met hors de moi, proprement intenable.




Charles Bovary ne comprend rien. Il existe des crétins pareils, et pourtant, ils semblent trop niais pour être vraisemblable.




Si le « Dictionnaire des idées reçues » jouit d’une haute considération tout à fait injustifiée, c’est parce qu’il est accessible à tous, et que sa longueur ne doit pas excéder trente pages.




La souffrance, c’est le prix de la gloire.




On rencontre davantage d’hommes énergiques mais stupides que d’hommes mous mais intelligents.




La lucidité est néfaste pour tout. Des bons camarades de lycée, dont le destin divergeait, se firent serment de se revoir trois années après leur séparation. J’étais des leurres, et refusait de prêter serment, car je savais qu’après trois années, aucun de nous n’aurait envie de s’y tenir, et que le seul qui s’y serait tenu s’il l’avait accordé, cela aurait été moi, sans en avoir envie d’ailleurs. Mais cette juste anticipation des choses me fit mal voir de mes camarades. La lucidité brise tous les rêves, les chimères, les faux-semblants à quoi s’accrochent les êtres.




Je sais bien que l’on périclite inexorablement, que la vie, ou plutôt la mort, nous impose un jour fatidique à partir duquel nous ne pourrons plus lutter. Mais je ne pense pas que Dieu nous remplisse à la mesure des empiétements de notre faiblesse sur notre libre arbitre et volonté de puissance. Je pense que nous sommes attaqués d’une déchéance sans retour ni compensation.




Il ne faut pas remettre au lendemain l’exercice de ses facultés propices à la création, car la création n’a de valeur véritable que si elle répond à un besoin, et tout besoin décline avec l’âge. Vieillard, on n’a plus l’envie, l’impulsion nécessaire, pour exprimer des trésors intérieurs enfouis, même s’ils sont potentiellement encore « sortables »




Sans travail, le talent n’est rien. Mais l’aptitude à persévérer au travail est partie intégrée du talent, en est une composante indissociable. On ne peut séparer en deux catégories distinctes le travail et le talent. Ou plutôt tout travailleur n’est pas talentueux, mais tout être talentueux est travailleur.




Je ne crois vraiment pas en la gratuité de l’art.




Prétendre qu’il faut choisir entre l’art et la vie est un préjugé. Qu’on soit amateur ou créateur, l’art enrichit la vie, l’intensifie, et ne la contredit nullement.




Un bouddhiste a dit : « Si tu ne peux éviter un grave danger, cela ne sert à rien de stresser puisque tu ne peux l’éviter, mais s’il y a une solution, cela ne sert à rien également de stresser, puisqu’il y a une solution. » Le contraire me paraît plus exact : normal d’angoisser si le drame futur est inexorable ; et sain d’angoisser s’il y a une solution pour s’en sortir, car ses choix acquièrent une importance considérable et déterminent plus qu’à tout autre moment l’avenir.




A chaque instant, nos choix conditionnent tout notre avenir, mais l’on ne s’en aperçoit que rarement, lorsque notre avenir est immédiatement mis en jeu.




Les véritables artistes ne brûlent jamais leurs œuvres. Cela peut arriver exceptionnellement par crise de démence, certainement pas pour une quelconque idéologie. Ceux qui brûlent leur création comme signe de protestation, le font parce que l’acte de protestation les accomplit davantage que leurs œuvres, signe évident du peu de valeur de leur création, qu’ils reconnaissent implicitement en la brûlant.




La mégalomanie est-elle synonyme de pathologie ? tous les grands hommes, quelques soient leur humilité apparente, sont mégalomanes.




Les mercenaires ne sont pas de charismatiques et philosophes aventuriers. Ils partagent la bêtise ordinaire du soldat de carrière, ni plus ni moins.




Les hommes forts sont tous des traîtres. Ils trahissent s’il le faut pour accomplir leur destin.




On parvient facilement à dire ce qu’on a à dire, mais pas suffisamment. Ce n’est jamais assez. La richesse de notre personnalité, l’essentiel de notre être n’est jamais exprimé.




Je crois que nulle part ailleurs que dans le domaine du rire gras, le processus mimétique ne dévoile autant son emprise, n’est source de plus de ravages.Il y est principe d’encore plus de contagion que lors des lynchages. C’est alors que la vulgarité triomphe. Personnellement, si je souris au sourire d’autrui, je ne ris pas de son rire.




J’ai entendu dire que si la prison ne servait pas la réinsertion, on pouvait se demander pourquoi enfermer les prisonniers. Et la protection des biens et des personnes ? N’est-ce pas d’abord pour les empêcher de nuire qu’on enferme les êtres dangereux ?




Les handicapés sportifs désirent qu’on s’intéresse autant à eux qu’aux autres. C’est aussi ridicule que si les grands brûlés désiraient que l’on admire leur beauté à l’égal de celle de Claudia Schiffer, ou que les débiles profonds réclamaient pour leur production une attention aussi déférente que celle qu’on observe à l’égard de l’œuvre de Proust.




J’ai toujours aimé des femmes à forte personnalité. Jamais les suiveuses, toujours les suivies.




J’ai un solide mépris pour les femmes car elles se laissent toucher par les hommes, et elles aiment ça !




En culture, la comparaison dicte sa loi. Impossible d’apprécier « Madame Bovary » après la lecture de « La montagne magique ». Une solide culture classique dévoile immédiatement quels sont les charlatans, les insignifiants. Elle distingue le bon grain de l’ivraie.




Tant que l’homme restera avant tout et fondamentalement un animal, la corruption perdurera. L’animalité sans pensée de la bête, et l’intelligence pure de la machine ne connaissent pas ce problème, mais le corps vivant se réfléchissant ne peut sacrifier sont intérêt propre. il en est toujours le serviteur quelques soient les apparences.




La mort est toujours un échec.




Si celui qui cherche à vaincre la peur de la mort y parvient, c’est un médiocre, s’il n’y parvient pas et qu’au contraire sa peur est exacerbée, c’est un type réellement intéressant ; mais celui qui n’éprouve pas ce qui, en tant qu’homme, devrait lui être un besoin naturel, est un imbécile certifié.




L’homme ordinaire a besoin de la guerre pour vivre dignement. L’homme extraordinaire est celui qui sait maintenir la tension en temps de paix.




Vraiment, celui qui ne craint pas la mort est un arriéré. Au moins, il est heureux ; le divertissement lui suffit à ce que la lecture de dix mille ouvrages et la pratique intensive de divers exercices ascétiques ne servent qu’à plonger dans l’abîme pour d’autres.




On s’étonne de la place que nos sociétés modernes confèrent à la mort. Il est pourtant logique que la lucidité croissante qui nous porte à considérer la mort telle qu’elle est effectivement nous la rende moins supportable que lorsque nous lui supposions des ornementations paradisiaques.




La plupart des courants dit de sagesse disent : Il faut apprivoiser la mort, vaincre la peur de la mort, pour mieux vivre. Mais le but, c’est de mieux vivre. Le problème que pose la mort, qui met fin à ce « mieux vivre », reste donc intact, aggravé même par l’accentuation des différences entre vie et mort.




Par « Heureux les simples en Esprit (car ils vivront), il faut entendre « heureux les imbéciles car un rien les distrait de ce qui pourrit continuellement la conscience de ceux qui savent ». En un sens, seuls ceux qui existent vraiment, avec tout ce que cela charrie d’effroi, sont concernés de leur vivant par la mort. Les autres n’ont pas la conscience suffisamment exacerbée pour être hantée par elle.




Certainement, toute la pensée, toute l’éthique de Mishima reposent sur l’ignorance de ses motifs véritables, s’auto persuadant que la mort n’est rien, qu’une sorte d’équivalence prévaut entre la vie et la mort, ceci afin de vivre enfin, mais surtout pas de mourir véritablement. Or, sa crainte de la mort était telle qu’il a préféré s’y précipiter, en en travestissant la véritable nature. Mais la mort est une horreur. On ne peut plus aimer, mort. Et l’on ne peut plus être aimé, puisque l’on n’exprime plus ni puissance, ni mystère. Ce privilège est réservé aux vivants, et parce que les vivants conscients le savent, et savent qu’il prendra fin, leur vie est réellement une malédiction. Ainsi naissent les mythes.




La liberté n’émerge que de la possibilité de l’irrationalité pour un être puissamment rationnel.




Je ne cherche jamais mes mots. Ma pensée s’entretient d’elle-même. Non, mes efforts sont tout entier tournés vers leur raréfaction. Mais je ne suis pas dupe de la signification de ces efforts. je recule pour mieux sauter. Je m’alourdis momentanément pour mieux me déverser, et en un sens je joue en même temps la vraie comédie de la légèreté par exigence de survie, sans être ignorant de la gravité qui la sous-tend.




Je n’ai pas de livres de chevet, car je n’ai lu que de grands noms et pourtant bien petits joueurs. L’abîme de lucidité qu’ils ont pénétré n’est rien en rapport à celui en lequel je me suis empêtré. Ma solitude n’est pas comparable à la leur, ma force non plus. Je suis le demi dieu de l’inconfort et de la rage, mais ne l’étant qu’à demi, et de surcroît condamner à le rester, il y a bien peu de chances que je n’émerge et le fasse paraître.




La seule issue, ce pourrait être le divertissement, mais elle ne fonctionne que pour les inconscients, un certain type d’homme. Il reste l’amour, mais trop superficiel, en général mal fondé, il ne dure que ce que l’irréductibilité de la différence corporelle permet, ce qui est bien peu de choses. La logique vitale la plus efficace reste donc la plus simple, le secret immémorial et naturel, connu de tous : faire des enfants. Ils sont un focalisateur naturel de l’attention, et respectent une logique de vie qu’ascèse et méditation contredisent. Ils sont la solution.




La vérité, seul je la connais, je suis Elihou, dont les philosophes ne comprennent pas la simplicité, contredisant les vieux sages, et ridiculisant les installés, démontrant la faiblesse des traditions, et indiquant les chemins de l’ère nouvelle. Je suis l’Avenir, la transformation réelle attendue par tous depuis le Commencement. J’ai l’explication pour tout. Rien ne m’échappe, mais Tout m’échappera, malgré ce que je suis. Aussi activez vous comme je le dois, sans quoi ce sera votre fin en même temps que la mienne.




La condition humaine ne diffère, sur l’essentiel, en rien de la condition animale, se reproduire, sauf qu’à la nécessité organique chez les animaux de procréer s’ajoute la nécessité psychologique de le faire pour les hommes.




Il n’y a de liberté que celle que le corps permet.




On est libre qu’en fonction de son corps.




Les traditions tuent plus qu’elles ne construisent, mutilent plus qu’elles ne fondent.




La drague, je n’en ai jamais compris le sens. Séduire m’attire, draguer me répugne. Draguer, c’est faire du commerce, c’est marchander, chercher à se vendre, et tromper l’autre sur la marchandise.




On cherche tous à survivre et à s’exprimer, à prendre le maximum d’ampleur, tout en sachant que la mort nous enlève toute puissance, et que les fruits de nos travaux ne nous seront d’aucune utilité quand nous serons morts. C’est-à-dire qu’avec une conscience d’homme, nous sommes régis tout de même régis par des lois animales. Lucides sur la fin de toutes choses, la vie et la mort, nous cherchons malgré nous à exister le plus possible. Mais cette quête, ce besoin corporel d’affirmation, qui est aussi celui de reconnaissance et d’amour, et concerne tous les vivants, est justement ce qui nous différencie du mécanique, de la machine, de l’ordinateur, qui ne se manifestent pas, qui n’ont pas besoin d’exister. Cette quête est donc indépassable, comme la mort qui y met fin, hélas.




Nous sommes tous des individualistes forcenés. Il y a ceux qui le savent, et ceux qui l’ignorent.




Nous agissons toujours en vue de notre seul intérêt, et cela même quand nous méditons en temple bouddhiste, quand nous sacrifions nos vies pour que vivent nos enfants ou ceux des autres, quand notre énergie s’est épuisée à l’avènement d’une idéologie collective. Lorsque le footballeur sacrifie ses prouesses personnelles au profit du résultat collectif, c’est parce que la gloire qu’il en retire s’il joue médiocrement mais si son équipe gagne est supérieure à ce qu’il pourrait acquérir par ses seuls exploits si son équipe perd. Tous les joueurs de l’équipe de France ont gagné la gloire, et même ceux qui ont peu joué, avec l’obtention de la Coupe du Monde, supérieure à celle que le meilleur joueur aurait obtenu s’ils ne l’avaient emporté. On voit donc que l’altruisme véritable consisterait à être indifférent à ce que ce soit l’équipe à laquelle on appartient ou bien celle contre laquelle l’on jour qui emporte le match. Or, c’est par définition ridicule, car dans les fats, cela supprimerait toute agressivité. La notion même de match n’aurait plus de sens, il n’y aurait plus de réelle confrontation de puissance générée par une volonté d’affirmation, mais une apathie mortifère. Heureusement, on ne peut échapper à l’égoïsme.




Ceux qui vous parlent de sérénité, de tranquillité de l’âme sont des charlatans. L’angoisse est la compagne indissociable de l’énergie, et l’énergie, c’est la vie. Si l’angoisse décroît, c’est qu’énergie et vie perdent en intensité. La sérénité est le propre des amorphes et des vieillards, de ceux qui ne désirent plus. Or, lorsque l’on s’intéresse à la vie de tous les grands fondateurs de religions, d’initiateurs de tendances spirituelles, on s’aperçoit, y compris pour Bouddha, et quoi qu’ils disent tous, que leur recherche s’enracine finalement dans une insatisfaction colossale, liée à un désir de vie sans commune mesure avec l’homme ordinaire. Leur parcours ne peut donc servir de modèle. C’est en accomplissant leur tâche concrète qu’ils ont trouvé l’apaisement, non par la seule méditation. C’est donc par leur satisfaction qu’ils ont surmonté leur désir de spiritualité, qui chez eux était si fort que ce qui est ordinairement sollicitation légère, fugace leur était besoin naturel. Mais ce n’est pas par suppression de tout désir, qu’ils ont passé outre. Leur désir, ils l’ont accompli, et parce qu’ils étaient d ’une puissance incommensurable avec le commun des mortels, ils sont devenus les témoins extraordinairement privilégiés que nous connaissons. Il n’y a pas d’autre voie que celle qui tend à réaliser nos désirs.




Pourquoi, tant qu’ils nous restent de l’énergie, et cependant complètement désabusés, créons-nous tout de même ? Plutôt que lire Freud ou Schopenhauer, préférez-y Darwin. Il vous donnera toutes les réponses.




Certains, et même des philosophes, disent que certains écrivains sont méchants. Peut-on être plus niais ? En littérature, on n’est jamais assez violent, mais la violence n’est qu’un rééquilibrage vital aux écrivains. En littérature, la méchanceté n’existe pas, sinon on n’écrit plus que des fadaises catho, style Salomé ou Coelho.




L’absence de besoins serait perfection pleine d’être si elle marquait l’émergence dans un plein d’être, mais elle rime hélas avec néant, et ne peut que signifier un tel gouffre.




La mort est l’absolument horrible. On n’aime plus, et si on est aimé, on ne l’est plus que pour ce que l’on fut, mais, pour le reste que l’on est devenu, on n’est vraiment plus à la hauteur. Certains voudront nous consoler, atténuer nos craintes, en nous démontrant que nous n’aurons plus besoin, ni d’aimer ni d’être aimer. Mais c’est justement cette perte absolue marquant l’engloutissement dans le froid définitif, le monde de ce qui ne vibre plus, de ce qui ne ressent plus, qui ne vit plus qui est effroyable. Il n’y a qu’une seule immortalité qui soit digne d’être vécue, celle de la vie, l’unique vie, c’est-à-dire cette vie-ci.




On passe sa vie à se différencier, ou à tenter d’institutionnaliser son originalité, puis la mort procède au nivellement régressif de tous les êtres. Hommes, animaux, végétaux, tous égaux et indifférenciés dans la mort.




Toute la philo n’est que charabia dont les édifices ont pour seule fin de masquer le véritable et unique problème, celui des rapports entre la vie et la mort.




Les psy se trompent sur tout, et inversent les valeurs. A les entendre, il faudrait supprimer tout ce qui dépasse, tout excès, toute démesure, qualifié d’obsession ou de perfectionnisme, et ériger en modèle une norme de la mesure, de la stabilité, de la constance : la banalité comme mode fantasmé de la vie, voilà leur idéal. Dostoievski, Kierkeegard, Tarkowski, Van Gogh, Bach ? Verdict : Préoccupations religieuses excessives, qui sortent de la norme, donc obsessions, pathologie, mais rassurons-nous, une petite dose de médicaments et ils rentreront dans le rang ! La première chose à faire, dans la Nouvelle République, c’est remplacer le primat des psy de tous bords, de toute obédience dans les média, par des philosophes et des littéraires.




Je préfère chier sur le livre d’un mort que décapiter des vivants.




On affirme que l’art ne sert à rien. C’est stupide. Il sert l’amateur, mais il sert aussi l’expression, la survie même du créateur, puisqu’on ne peut survivre qu’en s’exprimant, et que ce qui distingue le créateur, c’est qu’il lui est nécessaire, un besoin vital, naturel, ce qui est superflu, inessentiel pour les autres.




On dit qu’il faut se croire immortel pour agir efficacement. Rien de plus faux. C’est lorsqu’on est obsédé par la mort, pressé par elle, tendu à l’extrême que l’on crée. C’est affaire de pure logique. Autrement dit, c’est osé mais La Rochefoucauld est un imbécile.




L’écrivain n’est pas plus narcissique que d’autres. Simplement, sa volonté de puissance s’affirme dans l’écriture, et non dans les affaires, ou le sport par exemple ;




Il n’y a pas de l’authentique et de l’inauthentique. Il n’y a que de l’authentique, ou de l’inauthentique si l’on préfère. Nous sommes tous soumis à la même loi. Nous cherchons tous à survivre, et à nous manifester pleinement. Simplement, les modes et l’intensité du cri « modalisé » diffèrent selon la nature de chacun, et les circonstances. Mais, en un sens, il n’y a pas de tricheurs. Tous sur le même plan, au-delà du bien et du mal, sans forcer.




D’un côté, je médite à la façon zen, pour émousser mes sens, altérer la puissance phobique de mon corps, diminuer l’intensité du travail de ma conscience, et de l’autre, je lis Proust, pour décupler la puissance de mes sensations et renaître au monde, comme d’habitude. Cela peut paraît contradictoire, deux tendances opposées, mais elles s’enrichissent mutuellement, à la façon décrite par Bergson, dans le quatrième chapitre des « Deux sources de la morale et de la religion ».




Les psyx me semblent naturellement fermés à la philo. Les explications de la folie par Bergson ou Sartre valent bien celles des plus éminents des leurs.




Un psy avouait en toute insouciance qu’avec des médicaments, la cyclothymie n’avait qu’à bien se tenir, et que désormais, les types flamboyants un jour, dépressifs le lendemain ne seraient plus ni dépressifs ni flamboyants, mais heureusement pour eux, pour la société, pour le bonheur de tous, ils seraient à l’avenir quelconques, ordinaires, enfin normaux. J’ai voulu protester, mais devant l’approbation béate, et les forts applaudissements des centaines de participants au colloque, je n’ai pas osé, car j’ai vu que j’étais seul. Cependant, j’ai fait acte de résistance, je n’ai pas applaudi. Or, c’était presque une obligation, considérant l’unanimité des réactions et l’animosité de mon éphémère voisine constatant que je ne participais pas de l’avis collectif, de la réjouissance des ignares. Manifestement, la psychiatrie c’est un système de pensée tout entier à renverser. Le fait de vouloir conditionner les hommes, de façon à ce qu’ils puissent servir les normes en vigueur, est une monstruosité dont les premiers serviteurs sont les psychiatres, qui se livrent aux « rééducations » de toute étrangeté avec la meilleure conscience possible, ne doutant point l’impression de douter. Autrement dit, voici ce qui sépare le psy du philosophe.


Toujours stupéfait par la facilité avec laquelle les êtres humains semblent apprécier les comiques les plus vulgaires. Ils ne paraissent pas sourire par condescendance ou lâcheté, mais rire de bon cœur. De là à l’immonde, il n’y a qu’un pas. Là, on se sent vraiment d’une autre race. Peut-être sont-ils prisonniers du processus mimétique, terrorisés à l’idée de passer pour d’affreux ringards trop sérieux s’ils ne rient pas aux spectacles les plus vulgaires. Faibles, mais de bons goûts ? A les voir se trémousser, s’esclaffer comme ils le font, ils seraient trop bons acteurs.




Partout, la vulgarité, la bêtise et la violence nous agressent. Elles ne nous pardonnent pas de n’en pas être, de maintenir notre stature de derniers irréductibles. Cependant, elles peuvent encore nous humilier. Quant à nous empoisonner l’existence, c’est affaire quotidienne.




La preuve du niveau horriblement médiocre de la TV, c’est qu’elle ne suscite aucune revue de qualité. De Télé poche, le pire, à Télérama, le meilleur, le niveau oscille de l’insipide au monstrueux.




Le problème avec les anarchistes, c’est qu’ils sont souvent d’une bêtise confondante. Confondante, c’est le mot. Moins que les religieux tout de même.




Maztneff, citation approximative : « Je ne suis pas curieux, je suis passionné. Par conséquent, tout ce qui ne m’enthousiasme pas m’ennuie. » Voilà pourquoi, si le non passionné ne subit pas l’impression d’un sacrifice permanent de lui-même, lorsqu’il est forcé de travailler pour vivre, travailler est le pire que la vie puisse imposer au passionné.




La masse : Le fait de n’en pas être ne me réjouit pas de sa médiocrité.




Dans certains milieux, Thierry Ardisson passe pour un type intéressant !




Paulo Coelho se lit même en milieu étudiant !




Je réclame le droit à la discussion, à la critique, qui ose remettre en question, bousculer les savoirs établis. On doit pouvoir critiquer Freud, Marx, Nietszche, Darwin, et même Einstein, comme celui-ci l’a fait de Newton.




Montherlant a raison. On ne peut faire de politique sans se corrompre. Pour être, et rester populaire, le politicien doit célébrer le goût populaire, et ceci est le commencement du déclin, soit par dégénérescence physiologique, soit par trahison envers soi-même. A moins d’être un personnage vulgaire de nature, ce que laisserait supposer le fait de choisir la politique.




On constate souvent une scission opérée par les hommes, et les femmes, entre la littérature de divertissement, ou littérature d’été, expression détestable, et les classiques. Il me semble, m’a toujours semblé à leur lecture, que les plus distrayants des livres étaient les classiques. Il faut que cela soit connu.




On crève d’infantilisme généralisé.




Les femmes adorent les types jaloux, car la jalousie est le signe de la possessivité, donc de la recherche d’exclusivisme, ce qui exprime et l’amour et la force de caractère. La jalousie est donc la meilleure preuve d’amour. Les femmes ne s’y trompent pas, et pour peu qu’elles disposent d’un peu d’énergie, trompent allègrement, naturellement pourrait-on dire, leurs compagnons peu jaloux, signe évident de faiblesse.




René Girard : « On désire une chose non parce qu’elle est désirable mais parce que les autres la désirent. » Mais si les autres la désirent justement elle, n’est-ce pas tout de même qu’il est fondé biologiquement qu’elle est plus aimable que l’ordinaire, plus saine en quelque sorte.




Tu es ce à quoi tu t’identifies spontanément. Dans la lecture du « Diable au Corps », certains, c’est étrange, s’identifient au militaire trompé plus qu’à l’amant. Ce sont de naturels cocus, des cocus par tempérament, trop faibles dans la lecture pour tromper qui que ce soit, trop faibles dans leur vie pour imposer à leur compagne quoi que ce soit.




Ce qui me rend le plus dingue d’amour, ce sont les femmes en train de danser. Elles me rendent malades, littéralement. Je ne sais pourquoi cette gestuelle si simple, si peu mystérieuse, pratique tellement moins complexe que les femmes philosophant, m’ensorcelle, mais leur effet est radical : c’est un sortilège bien réel. Là je me sens homme.




L’homme étant essentiellement, dans ses faits et gestes, dans sa façon de vivre, un animal, je ne me fais guère d’illusions sur son raffinement à venir. Tout de même, je prends parti et m’engage, sur le modèle de Sartre, sachant pertinemment que tout le bien que je pourrais faire n’est, sinon rien pas grand chose, en rapport à l’apocalypse prochaine qui balaiera tout progrès, toute civilisation et toute conscience. Ou bien : comment ne pas désespérer dans une situation objectivement désespérante.




On accuse les habitants de nos pays d’Europe de l’Ouest d’être individualistes. Mais l’individualisme, c’est la corruption. Or, corrompus, nous le sommes, mais c’est pire ailleurs. Le fait de ne pas frauder, de payer ses impôts est la véritable conduite solidaire, et responsable. Cessons donc de louer constamment des pays d’Afrique du Nord, d’Europe de l’Est ou d’Asie. C’est le manque de civisme de leurs habitants, la corruption, qui leur rend la solidarité nécessaire, car ils y sont acculés. Honnêtes et responsables, ils n’en auraient pas besoin.




Après tout, je ne suis pas contre un certain déterminisme intérieur qu’on nous infligerait par médicaments, nous supprimant notre liberté, une bonne part de notre marge de manœuvre, à la condition qu’il accroissent la qualité de nos passions, et non qu’ils en diminuent l’intensité, comme actuellement ils le font, comme ils sont faits pour le faire.




On n’est jamais à chaque instant que son corps. Tout ce qui vient de l’extérieur nous affecte réellement mais dans la mesure où notre corps est affecté, et nos souvenirs, la réalité passée à laquelle ils renvoient, n’existent que par la réalité actuelle des dispositions spécifiques de notre corps. En ce sens, nous sommes entièrement sous influence. La liberté, l’immortalité de l’âme sont vraiment des chimères.




Accéder à l’âge de raison, ce serait pour l’humanité accepter d’être mortelle. Après le troisième âge, positiviste, surviendrait éventuellement un quatrième âge puis un cinquième âge. Mais n’ira pas plus loin. Or l’humanité a progressé. Sans vouloir réellement l’admettre, elle se sait mortelle, ce qu’elle n’accepte pas. Comme moi, elle se sait finie, mais elle n’en supporte pas l’idée. Sa survie dépend du passage de l’ignorance à la lucidité, mais elle est la seule espèce pour qui lucidité est conscience et anticipation de la mort. Or, on ne peut vivre de cette lucidité, néanmoins nécessaire à l’évolution humaine. Ceci est un paradoxe, qui signifie pour moi ceci : Qu’à moins de changer de nature, l’homme risque de mourir bien avant le cinquième âge. Il risque en fait de ne jamais connaître l’avènement du quatrième âge, c’est-à-dire de s’éteindre très prochainement.




Une certaine folie peut être le signe de la lucidité, le vertige celui de la liberté. Ainsi l’être toujours plein de la conscience de sa liberté, du « tout est possible à chaque instant », risquerait le vertige permanent et donc une certaine forme de folie. C’est le prix de la lucidité. L’ignorance sereine et satisfaite d’elle-même lui serait-elle préférable ?




De nos jours, se vouer à la philo ne donne plus l’indépendance.




Si un aveugle ne ressent pas le besoin de prier, je ne pense pas également, qu’il soit intéressé par zazen, que zazen est un sens pour lui. Ce qui peut tranquilliser un voyant, lui donner une autre vue, ne peut qu’enfermer et effrayer un aveugle, pour lequel l’essentiel passe par la communication directe avec autrui. La vue, absente, ne lui donne pas le besoin de passer outre. Mais je peux me tromper. Après tout un aveugle peut croire en Dieu, je pense.




Le seul penseur que j’estime vraiment, c’est Darwin, plus proche de la vérité sur notre condition, à mon avis, que tous les penseurs qui ont fondé notre monde moderne.




Le droit est toujours celui du plus fort, car si celui-ci ne veut pas le respecter, qui peut l’y entraîner? Le plus faible ? S’il y parvient, c’est qu’il est le plus fort. Une coalition des faibles ? Idem.




Il est dommageable que l’on ne dévoile pas suffisamment l’intérêt des Fables de La Fontaine dans nos écoles, collèges, lycées. Il est vrai qu’après tout, cela n’humaniserait pas le fonctionnement tout animal de notre société, cela n’atténuerait pas sa violence. Notre humanité consiste à disposer de la raison, mais qu’on le veuille ou non, celle-ci est toute entière au service de la bestialité qui nous meut, qui est notre source première de motivation.




L’extrême gauche ne se différencie en rien de l’extrême droite, en Amérique du Sud. Ils poursuivent un dessein commun : acquérir pouvoir et contrôle du trafic de drogue. On pouvait croire à la révolution du temps du Che. On n’y croit plus. La réalité actuelle illustre ce qui pouvait passer autrefois pour caricature : les bandes dessinées d’Hergé.




J’aime les femmes, mais je les méprise, car faut-il être méprisable pour aimer la bêtise. Or, les hommes incarnent la bêtise , la manifestent avec évidence, bien plus que les femmes, qui sont néanmoins excitées par eux. Etre excité par la bêtise, par l’imbécile qui bombe le torse et marche comme s’il était sur un bateau, en tanguant, gorille éructant d’affreux borborygmes, cela est détestable, affligeant. Or, ce genre de messieurs, majoritaires, trouvent femmes. L’affligeante constatation sur le plan ethnologique, expose les faiblesses du sexe : Toute l’intelligence et la sensibilité féminine ne sauraient réfréner la passion excitée par le cri rauque de la bête, et son large torse velu. En cela, la femme est pitoyable.




J’ai le plus grand mépris pour ceux qui ne ressentent pas, qui n’éprouvent pas le besoin de la mer, dont le moral et l’ardeur y restent d’une température égale qu’en un autre lieu. La mer change tout. Transportez n’importe quelle bourgade sans intérêt au bord de la mer, et elle en acquiert un . Impossible alors de la qualifier de patelin, de trou perdu. La mer, ouvrant l’horizon d’une façon incomparable, transfigure le moindre élément à proximité. Moi, je ne suis pas la même personne en campagne qu’en bordure de mer. Seule la mer répond à mes aspirations grandioses, et je ne me sens vivre qu’en sa présence.


Sollers, il se sert de Nietzsche non pour justifier ses erreurs passées, mais pour ne pas avoir à se justifier.




La valeur d’un homme se mesure à ses difficultés à s’intégrer, à s’adapter. L’instabilité est signe de grande valeur. Est stable celui qui, satisfait, a trouvé sa place. Or, mettre du temps à la trouver est le signe d’une grande intériorité, et non d’une carence à laquelle il faudrait remédier.




Certains ont la mauvaise foi, sous prétexte de relativisme culturel, de mettre sur un plan commun, excision, femmes-girafes, bouches en forme de plateau, et boucles d’oreilles. A quel point ce que nous pensons peut-il être influencé par le processus mimétique ? Les boucles d’oreilles ne mutilent pas, ne sont pas causes de souffrances, de nuisance pratique, n’empêchent nullement la jouissance, et sont facilement universalisables.




Les vrais « durs », si tant est que l’on puisse employer une expression aussi ridicule, sont les plus sensibles des êtres, ceux qui désirent le plus vivre, et par conséquent les êtres les moins cools et les plus peureux que l’on puisse rencontrer !




En un sens, Nietszche ne sert à rien. Les surhommes ont toujours su prendre le pouvoir, et les penseurs ont toujours cherché à justifier leur faiblesse en prétendant inverser les valeurs, jugeant de faibles les hommes à femmes au pouvoir, et se qualifiant implicitement eux-mêmes de surhommes.




Une de mes connaissances, flûtiste, me disait : « La différence censée distinguer l’artiste du citoyen ordinaire est un mythe ». Preuve irréfutable qu’il n’était pas un véritable artiste, car on ne peut ignorer ses propres besoins, et l’artiste en connaît qui n’effleurent même pas le citoyen majoritaire.




Il me semble que les femmes ne se monopolisent pas assez en ce qui concerne deux crimes majeurs de l’humanité : l’excision, et le viol. Les concernant, elles pourraient réellement y mettre un terme. Et pourtant, elles ne font rien. Se pourrait-il que les misogynes soient dans le vrai ? S’il y a des guerres, c’est compréhensible parce qu’à l’inverse de ce que pensent beaucoup de monde, les hommes aiment çà. S’il y a autant de viols, auxquels pourtant les femmes pourraient facilement mettre fin, c’est peut-être qu’elles ne sont pas si innocentes que cela. Peut-être ont-ils une utilité biologique après tout, réveillant opportunément l’agressivité enfouie nécessaire à la survie, et à la bonne tenue de l’espèce.




J’ai toujours méprisé les types qui rotaient, pétaient, crachaient. Or, j’en ai rencontré en tout milieu, du collège privé à l’armée, du lycée professionnel à la fac de philo. Concervant mon instinctif mépris, je suis cependant devenu las de mon affliction.




Je crois qu’une grande majorité de femmes aiment, contrairement à ce que l’on entend parfois, le fait que leurs hommes s’affalent avec leurs amis dans le canapé du salon, jouissant des matchs de football. Cette normalité les rassure.




Les femmes se plaignent qu’on ne se soucie pas de leur intelligence. Mais si nous recherchions l’intelligence, si c’est l’intelligence qui nous plaisait, c’est avec nos ordinateurs que nous coucherions.




La vente de mes aphorismes risque de ne pas dépasser les trois cents exemplaires. S’ils peuvent plaire à une riche mécène milliardaire, m’accordant le minimum matériel pour que je puisse créer à plein, ce ne sera pas en vain.




Nous ne sommes libres que ce que notre intelligence nous permet. Nous n’avons de liberté qu’en fonction de notre intelligence. Pour ne pas être d’accord avec une personne, une tendance, un groupe, une religion, un parti, il faut en comprendre les arguments, et pouvoir en énoncer d’une puissance équivalente. C’est pourquoi il est plus aisé de revendiquer son athéisme que de réfuter Darwin.




Jules Renard a écrit à peu près ceci : « Ce qui distingue le petit écrivaillon du grand écrivain, c’est la paresse de l’un, le courage de l’autre. » Ceci est ridicule. La paresse ne veut rien dire, sinon qu’on manque d’énergie. Or, on ne choisit pas sa propre énergie, on n’en est pas responsable. Elle dépend du corps et le fait même de vouloir éveiller son corps, les virtualités qu’il contient, dépend d’un état premier du corps, sur lequel on n’a aucune prise. Autrement dit, ce n’est sûrement pas par une volonté dont ils seraient méritants, responsables, que Napoléon et Balzac se sont illustrés. Leurs exploits ne dépendent pas d’un pur choix originel et libre, absolument inconditionné, mais d’un corps supérieur, et de circonstances favorables qui ont servi ce corps, mais la volonté est une conséquence, ou plutôt une traduction volontariste du bouillonnement plus ou moins intense du corps. Autrement dit, nul ne peut avoir la volonté de façonner sa propre volonté, car cette distanciation d’avec soi-même est comprise dès l’origine dans ses possibilités, et est donc en quelque sorte illusoire. Nul ne peut échapper aux limites que lui impose son corps, y compris en le modifiant, cette volonté de modification étant elle-même déterminée par son corps, par un état antérieur du corps. La liberté est donc une chimère, ou n’excède jamais ce que le corps permet.




Plus jeune, adolescent, je pressentait que j’encourais un grave danger si je continuais à lire, comme si la lecture accentuerait une « différence » de nature, et la rendrait irréversible. j’ai continué à lire, et mes craintes se sont avérées fondées. Tout est devenu plus compliqué, rien ne s’est simplifié, et ma solitude a empiré. Mais c’est l’envers nécessaire de la distinction que je paie, son inévitable (et logique, arithmétique) conséquence. A mesure que l’être se différencie, la force de sa conscience de soi s’intensifie, et les revendications de ses propres idées, de ses propres goûts s’affinent, et ne peuvent plus être ignorées, sacrifiées au collectif. L’homme qui se détache du lot, dont la nature est de se détacher du lot, est par définition un irréductible, qui préférera anéantir la foule que se laisser déterminer par elle. C’est à ce prix là que l’on se fraie un destin.




Il faut grandir. Grandir, ce n’est pas abandonner ses rêves. Bien au contraire, c’est les réaliser.




Les vieillards, comme les infirmes, ne donnent pas l’impression d’exister d’une vie d’homme. On les dirait plus proche des animaux.




Nietszche : « Il faut croire en son destin ». Ridicule ! Il y a ceux qui y croient parce qu’ils ont de bonnes raisons d’y croire, et ceux qui n’y croient pas parce qu’ils ont de bonnes raisons de n’y pas croire. Le « il faut » n’a pas de sens ici. Tout se fait naturellement, instinctivement en ce domaine.




Etonnant comme la société interdit aux hommes d’avouer leur peur. Cela conduit à des formules ridicules et contradictoires, comme : « Je crains ceci, j’ai de l’appréhension pour cela, mais attention, je n’ai pas peur ! ». Quand les hommes auront compris que la peur et son intensité croissent en fonction de l’intelligence et de la vitalité, alors peut-être cesseront-ils d’avoir peur d’oser affirmer leur peur. Ceci dit, on peut finalement considérer leur peur d’une telle affirmation comme un signe de vitalité, démontrant un fort attachement à la vie, et signe d’une faible intelligence, celle-ci ne triomphant pas du mimétisme.




Tant que les prisonniers sentiront que l’institution chargée de leur réinsertion ne les a pas protégés, leur haine de l’institution, et par extension de toutes les institutions est légitime.




La prison a perdu tout son charme depuis l’arrivée des télévisions. Elle n’est plus désormais l’équivalent d’un monastère coupé du monde, mais est à chaque instant pleine des pires produits de ce monde. On ne conçoit pas qu’un Genêt puisse en sortir à nouveau.




Patrick Sébastien, refrain d’une chanson : « On est là pour faire la fête, sans se prendre la tête ». Une formule d’un dépliant dont l’objectif est d’attirer les jeunes à l’aumônerie catholique de Poitiers, se termine par : « sans prise de tête ». A dégoûter irrémédiablement de tout spectacle de variété, et de toute religiosité.




L’orgueil est bien souvent la conscience intuitive de sa propre valeur. Il naît de la comparaison, ( et est justifié selon ce que l’on apporte ).




Le complexe d’infériorité est la plupart du temps un sentiment de supériorité non confirmé ( dont on n’est pas absolument sûr, qu’on voudrait définitif ).




L’aptitude à vivre est inversement proportionnelle au goût de la vie ( à son appréciation ). On ne peut en jouir quand on l’aime vraiment.




L’artiste n’est pas un être qui exprime mieux qu’un autre ce que tout le monde ressent. Il ressent plus, d’où lui vient un besoin supérieur d’expression, et donc des descriptions d’une autre nature.




Etre handicapé ou vieux, c’est la même chose, cela conduit au même effet ; on n’existe plus pour les autres comme puissance, seulement comme devoir. ( On existe seulement pour les autres comme devoir, plus comme puissance ). Il faut aider ces êtres blessés à redevenir puissance.




Un fondamental d’Artaud : « Il m’importe beaucoup que les quelques manifestations d’existence spirituelle que j’ai pu me donner à moi-même ne soient pas considérées comme inexistantes par la faute des tâches et expressions mal venues qui les constellent. »




L’intériorité ne se commande pas. On ne choisit pas la qualité de son psychisme, la valeur de son esprit, la fécondité, la profondeur de sa conscience ( et de son cœur ). L’exercice ne porte que sur son extériorisation, sa manifestation, sa mise en forme. Il la rend opérante, effective, communicable, universelle. On ne choisit pas son caractère, son tempérament = volonté sans choix.




« Et, s’il est encore quelque chose d’infernal et de véritablement maudit en ce temps, c’est de s’attarder artistiquement sur des formes au lieu d’être comme des suppliciés que l’on brûle et qui font des signes sur leur bûcher. »
Pas d’accord pour deux raisons :
La mise en forme est indispensable. C’est le travail de l’artisan, et tout artiste est un artisan. Sans cela, il peut exister des natures d’artistes. Mais il n’y a pas d’œuvres. Ensuite, je suis d’accord. L’artiste ne se limite pas à l’artisan. C’est la différence entre le petit et le grand artiste. Et justement, un artiste est avant tout différent, malade, torturé, préoccupé de choses qui touchent les autres mais ne les obsèdent pas, ne les hantent pas. Ses intuitions sont si quantitativement supérieures qu’elles en viennent à l’être qualitativement. Cependant, les petits joueurs doivent vivre aussi, et s’exprimer. C’est la masse et ils plairont à la masse, puisque la culture ne permet pas à un caractère donné originairement de s’élever à la compréhension interne d’une œuvre. Si Paulo Coelho était Dostoievski, il ferait du Dostoievski, mais il ne le peut pas, et si les lecteurs, pour la plupart, le lisent, c’est que mis à part la poignée prometteuse, ils y correspondent.
On ne choisit pas d’être Napoléon, et on est fou si l’on s’en croit à tort l’égal. Mais faut-il être Napoléon pour avoir le droit de vivre ? Non, évidemment. Tout le monde a droit à l’existence, et à l’épanouissement, c’est-à-dire à ce qui l’accompagne nécessairement, l’expression de son intériorité, et ce même si elle est médiocre. Les animaux eux-mêmes, inférieurs qualitativement aux imbéciles, doivent vivre, et se manifester. Les tuer est un crime, si ce n’est absolument utile et nécessaire pour la survie et l’expression des êtres supérieurs.




La valeur d’un être se mesure à son amour de la vie ; par conséquent aux forces de résistance qu’il oppose à la mort et à tout ce qui pourrait diminuer sa puissance. Le faible, l’apathique ne lutte pas, ne se défend pas, ne réagit pas. Il se laisse conditionner, déterminer par son milieu. Il n’impose pas ses vues. Il ne crie pas sa peur de l’altération de son corps et de sa conscience, et ne hurle pas quand il se voit dépérir et quitter le monde. Le fort est en révolte constante, dans la hantise de la disparition et de l’amoindrissement.




Il ne peut exister un seul grand homme qui ne soit hypocondriaque, qui n’ait pas conscience de sa mort prochaine, et qui ne soit pressé ( de peur de ne pouvoir sortir de lui-même tout ce qu’il a à donner ).




Etre « cool » naturellement est synonyme d’insignifiance.




La plupart des femmes ont des physionomies inintéressantes. Elles sont laides, n’ont pas d’énergie, de curiosité intellectuelle, d’enthousiasme. Elles ne sont pas avides de vivre. Les filles qui défilent devant moi, au restaurant universitaire, ont des figures pâles, apathiques et molles. Nul éclair de folie dans leurs yeux. Et l’on voudrait que les hommes soient égaux. Les Chrétiens le voudraient en tout cas. Mais cela saute aux yeux qu’ils ne le sont pas, puisque les visages distordues de ces filles ont leur correspondant masculin, puisqu’elles sont aimées. Mais moi, je préfère réellement les chiens, les animaux en général. Non qu’ils soient plus intelligents, mais ils ont une soif de vivre réellement plus intense.




La valeur d’un homme, c’est aussi sa curiosité qui la situe. Etre intéressant, c’est d’abord s’intéresser.




La valeur d’un homme se mesure à sa curiosité, son enthousiasme.




On ne peut trouver le repos sans et avant d’avoir donné ce qu’on avait à donner. Un écrivain ne donnera jamais qu’une petite part de lui-même quand il voudrait tout sortir ( d’où le malheur comme prédestination, comme destin etc).




La vie a une valeur que la mort n’a pas ( puisque, sans être à proprement parler une valeur, elle est la condition de possibilité de toute valeur, excluant ainsi logiquement la possibilité pour la mort d’avoir une valeur, ou de contenir un éventail de virtualités valeureuses ).




« simul peccator et justus »




Les hommes, quelles que soient leur civilisation, me font penser à des meutes sans raisons, avec leur manie détestable et lâche d’ harceler les femmes faibles pour coucher avec, et d’insister jusqu’à ce qu’elles craquent, qu’elles cèdent.




La civilisation : pouvoir parler de tout avec n’importe qui sans risquer l’agression physique. Jusque là, nulle noosphère.




Qu’est-ce que c’est beau, une femme bien fraiche qui sent le bonheur et l’exhale par tous les pores de sa peau.




Je suis parfois extrêmement pressé par un mouvement d’urgence. J’ai l’impression qu’aucune des activités intéressantes offertes dans mon secteur ne doit m’échapper, sous peine de perte grave. Il me faut lire tous les grands livres, de philosophie, de littérature, de peinture, et me cultiver en tout, sciences de la terre, sciences physiques, mathématiques, en tous les arts. D’autres fois, je suis en paix. L’instant présent se suffit à lui-même C’est le bonheur. Il n’y a plus d’anticipation angoissante. Un livre me procure cela parfois.




Qu’est-ce qu’un écrivain ? Un psychopathe surpuissant, plus doué que les autres, ou plus tenace, plus résistant.




Si Dieu nous a investit, dans nos corps, d’un instinct de conservation, c’est bien pour que nous vivions cette vie que l’on connaît, et qu’on ne vit pas uniquement en vue d’une forme de vie supérieure, que cette vie terrestre, donc, a une valeur spécifique.




La vie s’oppose à la mort, puisque l’instinct de conservation, indissociable de la pérennité, et du développement de la vie, s’y oppose.




Spinoza écrit que l’on sait intuitivement que nous sommes éternels. Moi, je dis exactement l’inverse. Si nous sommes pressés, avides de nous exprimer, de mettre en forme nos intuitions, de manifester notre intériorité, c’est que nous sentons, nous savons que, même si nous devions continuer d’exister après cette vie, nous ne pourrions plus donner, au moins sous la même forme, et selon le même mode, ce que l’on a à donner. La vie est courte, et nous avons raison d’être pressé pour la raison indiquée. Si la vie et la mort étaient exactement pareilles, sans différence, parler de vie, et de valeur de la vie, n’aurait aucun sens. Le fait qu’il faille tout donner maintenant, et agir intensément en conséquence, nous pousse à vaincre l’inertie, car si nous avions la possibilité éternelle de nous extérioriser, non seulement nous ne ferions rien, mais il n’y aurait aucune intensité à vivre. Mais dans notre situation, il nous faut inventer notre vie, l’organiser, se faire le maître de son temps, sans quoi nous mourrons prématurément, et mourir de cette façon, se gâcher, passer à côté des possibilités de sa nature, c’est pire que la mort véritable. Je ne crois pas comme Teilhard, que, si nous mourrons avant terme, nous quittons le monde « gros » de ce que l’on n’a pas su ou pas pu exprimé de son intériorité. Ou, en tout cas, je pense qu’il est trop tard, définitivement, pour la donner et la faire fructifier au sein du monde. Et cela, nous le sentons obscurément, mais avec certitude, ce pour quoi les Bouddhistes ont tort, car nous devons être « pressés », impatients. Ce pour quoi, aussi, il est impératif de protéger toute vie, animaux compris, et de s’efforcer de contribuer à ce que tous trouvent leur voie, c’est-à-dire le ou les modes d’expression qui les épanouiront, par l’affirmation optimum de leur personnalité dans le développement de leurs qualités, ce par quoi d’ailleurs ils serviront le monde en le construisant ( et l’orientant vers le bien ).




Qui m’aimera pour ce que je serai, mort ? C’est-à-dire non pas m’aimer dans le temps de ma mort pour ce que j’aurais été, mais pour ce que je serai actuellement, mort ? ( de même tels grands vieillards sont respectés non pour ce qu’ils sont effectivement, mais pour ce qu’ils ont été, dans le souvenir qu’on s’en est fait, respect qui est aussi une des causes de nos actions présentes, car un jour viendra ou l’on ne pourra plus se défendre, et toute la réserve et la distance que l’on observera à notre égard sera déterminé par ce que l’on aura été ). Autant dire que l’on ne profitera plus. Mais, il est vrai, l’on ne sera plus.




L’on se définit essentiellement par son identité sexuelle, et on la perd quand on est mort. On n’est plus alors, ni homme, ni femme. Mais, on n’est plus, tout simplement, aussi ne peut-on dire « on », même accompagné d’une négation de ce « on ». Le « on » n’a plus de sens.




Quelle tristesse que celle d’être irrémédiablement fermé à la vie de l’Esprit, à la philosophie ! Et pourtant cette vie, même pour ceux excluant toute tentative de la comprendre, de sublimer ses données immédiates, paraît encore avoir un intérêt pour le plus grand nombre, en la vivant tout simplement. Mais le propre de la vie humaine, ne consiste-t-il pas à la magnifier ? Certes, mais voilà une solution Nietzschéenne au problème de la décérébralisation. Si vie et valeur sont consubstantielles, alors le fait de vivre la vie simplement prend une valeur absolue, c’est-à-dire que même à l’état minimal, et puisque la vie implique toujours que quelque chose vit, la vie, alors toute vie, même rendue la plus amorphe possible, conserve encore une valeur inestimable, incluse par cette simple et mystérieuse pulsion primitive.




Quelle hypocrisie ! La liberté est une nécessité morale, et pourtant, l’on sait bien que tout vient du physiologique. Sa « nature », c’est « son » identité, et c’est « son » corps, donc l’ensemble des dispositions incluses en/par et circonscrites en/par ce corps ! Et la liberté n’est pas si nécessaire à l’organisation sociale, car rien n’empêcherait d’emprisonner les gens pour leur mauvaise nature, par prévention et répression ,tout en reconnaissant leur irresponsabilité.




Si tout ce qu’un être est a pour base son corps propre, comment l’essence pourrait-elle précéder l’existence ?




Une obsession, l’aphasie. Est-ce la combinaison des mots, la composition des phrases, leur structuration, la mise en forme de ses intuitions, qui est rendue impossible par la destruction d’une partie du cerveau, ou bien est-ce que cela est une possibilité conservée, mais qu’on ne peut pas restituer, extérioriser, parce que le passage de la constitution mentale et verbale des idées à leur transmission en parole, en dire et en écriture est faussée, ou bien est-ce l’intériorité elle-même qui est déstructurée, dissoute, anéantie, à jamais perdue ? Bergson penserait que seules la combinaison mentale des mots, ou bien la faculté de les transmettre, sont touchées, mais pas l’être en son fonds, le cerveau n’étant que l’organe réceptacle de quelque chose, ( quelqu’un ? ) qui le précède, l’instrument réceptacle et transmetteur de l’Esprit, ce qui va permettre son effectuation. C’est simplement cette transmission, cette actualisation qui est empêchée par la destruction du cerveau. Mais l’esprit est conservé. En réalité, ces trois niveaux sont certainement détruits selon le degré de dégradation du cerveau.




Finalement, ce qui compte pour situer un homme, c’est sa puissance d’imagination et sa mémoire, non le rocambolesque de sa vie. Un type qui a fait le tour du monde, vécu mille aventures périlleuses, qu’en retirera t il s’il n’a pas de mémoire, d’imagination ? Rien. Un homme qui reste allongé dans son lit toute sa vie, mais pourvu d’une imagination débordante, ce sera Proust, il rendra tout passionnant.




La seule vraie loi naturelle : tout ce qu’on peut donner, on cherche à le donner. Stirner, dernière page de « Ma jouissance de moi » : « Tu es possesseur du tien, c’est-à-dire de tout ce que tu as la force de t’approprier ».
Je dirai plutôt : Tu es tout ce que tu as la force de donner.




Tous les types qui veulent se suicider sentent qu’ils sont en retard sur eux-mêmes, sur le meilleur d’eux-mêmes, qu’un décalage s’est formé entre leur valeur réelle, leurs potentialités, et ce qu’ils expriment vraiment, et par conséquent la façon dont ils sont considérés. Logiquement, la vie est plus facile pour les insignifiants.




Donner le meilleur de soi, c’est le meilleur moyen d’être heureux, c’est-à-dire de se débarrasser de soi !




Chaque être est le monde pour lui. Chacun est tout pour lui.




Souvent, je songe à me suicider : enfin débarrasser de l’obligation imposée par le talent.




Comment aimer les gens sachant que s’ils vous aiment, c’est parce que vous les aimez ? C’est-à-dire que toute diminution vous affectant, et atténuant votre propre amour pour eux, les conduit par réflexion à vous amoindrir, à vous mépriser.




Aimer les autres ne se commande pas, car nous avons plus de chance de plaire, beau et intelligent, énergique, que laid, stupide et apathique, et le fait d’attirer autrui nous le rendra naturellement aimable. Aimer ne résulte donc pas d’un choix.




Toute action terroriste, si elle s’en prend aux êtres, est injustifiable, car blesser physiquement ou moralement un être de façon irréversible génère une perte irréparable, sachant qu’à supposer pour les croyants qu’il y ait une vie post-mortem, cette « vie » prendra de toute façon une autre tournure. La jambe supprimée, la perte de la possibilité d’exprimer son intériorité, ou la destruction totale, si cela est possible, de cette intériorité, cela ne se reconstituera jamais, et les potentialités de la personne, même si elles survivent sous une autre forme, seront perdues pour le monde. Quand elle est causée volontairement, cette dégradation physique ou mentale constitue, par le fait de son irréversibilité, un acte à la limite impardonnable. Tout acte de ce genre est donc à classer dans la catégorie des injustifiables et en tant que tel, crime contre l’humanité. Tout terroriste est donc un criminel contre l’humanité ( et finalement tout agresseur ).




Un type qui passe son temps à regarder la télévision, et qui s’en trouve heureux, est nécessairement un abruti qui n’a rien à sortir de lui-même.




Ce ne sont pas les blessures d’enfance qui font la personnalité. C’est la personnalité qui constitue ses blessures. Un être qui a des « tripes » sera toujours, nécessairement, insatisfait.




Tous les hommes ne se valent pas : plus on a de besoins, plus on a de valeur.




Plus un être a de choses à donner, plus il est pressé.




Qui peut le plus peut le moins, mais ne peut s’en contenter.




Le détachement par l’attachement, ce n’est pas le renoncement visé pour lui-même, c’est l’apaisement, la satisfaction naturelle qui suit l’accomplissement de sa tâche.




La valeur d’un être se mesure à la force de ses besoins.






Le monde des philosophes et celui des non philosophes sont irréductibles, vraiment différents. La communication entre un philosophe et un non philosophe est impossible dès qu’il s’agit de s’entendre sur autre chose que sur des thèmes légers, comme la pluie et le beau temps, le sport, et encore, il se pourrait que les opinions en viennent vite à diverger sur ces thèmes si on les approfondit un peu, voire diverger dangereusement pour le philosophe, tant les gens ordinaires sont peu habitués à être contredit, à polémiquer, et par conséquent sont susceptibles de rapide agressivité, de rapidement s’emporter. Mais, sur les thèmes classiques de la philo, c’est une tâche épuisante et qui réclame beaucoup de patience pour le philosophe qui doit tout d’abord se mettre à niveau, définir tous les termes, puis avancer très progressivement. C’est procéder comme Socrate en somme., tâche exaltante au début, mais dont on se lasse vite.
Philosophes, tentez d’aborder des thèmes comme la politique, la liberté, la religion, la volonté avec des citoyens ordinaires. Si vous en avez perdu l’habitude, vous serez étonnés de la masse de préjugés infantiles par lesquels les gens s’empêchent volontairement de penser. Et puis, comme vous êtes extrêmement minoritaires, aspirants philosophes qui ne deviendrez pas professeurs, préparez-vous à votre retour, où il vous faudra soit toujours vous taire, soit toujours contredire et exciter le monde contre vous.


Il me semble que je suis un danger pour la communauté. Ce n’est pas pour me déplaire, car la communauté ne donne pas leur place à ses membres et ne leur a jamais donné, comme elle n’a jamais assuré leur sécurité.




La volonté, plus forte que le corps ? Tous les gens intelligents savent que la volonté est strictement déterminée par l’ensemble du fonctionnement du corps de tel ou tel individu, ou être vivant en général, et notamment par son cerveau.




Ce qu’on entend par volonté n’est rien d’autre que l’énergie dont, par l’intermédiaire de notre corps propre, nous disposons, l’énergie dont dispose notre corps en fait, et qui ne se commande, choisit pas, dont l’éventuelle fluctuation et le désir de la voir progresser sont eux-mêmes strictement déterminés à chaque instant par l’état d’ensemble du corps, et ses modifications.




Je n’ai compris que récemment l’importance du sexe, pour les femmes, qu’il leur est essentiel, et, dit vulgairement, qu’elles n’aiment rien tant que se faire mettre, le plus furieusement et dans toutes les positions possibles. Elles sont, en un sens, bien moins coincées que nous, terriblement plus perverses.




Les manipulations génétiques auxquelles les lois nous autorisent à nous livrer sur les embryons nous dirigent vers un totalitarisme évident. Les uns seront prédéterminés pour tel type de travail, les autres pour tels autres types de travail. Manipuler l’embryon, c’est, non seulement modifier son avenir, mais également sa personnalité, son tempérament et cela a quelque chose de monstrueux.




Je ne comprends pas pourquoi la faiblesse est encore associée à la dépression, au fait de craquer. Il me semble, et c’est amplement démontré par la vie des grands hommes, que la lucidité y est associée, et l’énergie, car quel bon vivant et amoureux de la vie résisterait à la pensée de sa fin et de celles de ses proches ? Par contre, le type qui tient sans fluctuations est soit un imbécile incapable d’anticipation, soit un mou qui a peu a perdre et chez qui la conscience de sa fin ne provoque par conséquent pas de grands et perturbants remous.




Je suis envahi d’une haine sans bornes, farouche, destructrice envers la société qui va m’obliger de gâcher ma vie à travailler pour elle, sacrifice de mon individualité, de mes aspirations, de mes talents, sans lesquels je ne pourrai survivre.




Je tuerai volontiers toute vie terrestre par haine de l’injustice. J’ai une propension inquiétante à vouloir tout faire sauter.




L’écriture pour moi ? Un toc qui m’aide à conjurer le sort.




Ceux qui défendent l’idée d’une nature vierge, et pure, par opposition à la corruption de la civilisation, sont des imbéciles. La même loi régit le monde des déserts, des banquises, et celui des espaces civilisés. Chaque être cherche à survivre et à s’exprimer. Simplement, les modes par lesquels on suit celle loi sont moins complexes dans le monde dit « naturel » que dans celui dit « civilisé ». Mais l’hypocrisie y existe aussi entre l’homme et l’animal, et entre espèces animales, où l’on triche sur les traces qu’on laisse et sur toutes sortes de choses afin de piéger l’espèce dont on se nourrit, et de survivre. Certes, les relations y sont moins complexes, mais est-ce une bonne chose ?




Je suis comme un légionnaire, inapte à la vie civile, pour la raison, en ce qui me concerne, que la seule idée d’une hiérarchie à respecter, devant laquelle s’effacer, me donne des envies de meurtres.




Si je suis à ce point hanté par l’attaque cérébrale, c’est pour ne pas devenir comme ce que je n’étais pas, et que l’on croyait que j’étais. Je ne veux pas régresser, au point de faire « risette » au premier venu. Mon passé est suffisamment riche d’humiliations en tous genres. Cette obsession risque de me rendre fou.




















































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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 22:20

Journal intime d’un dément.




J’ai mal aux yeux. Peut-être parce que je les tiens trop écarquillés. On dirait, presque, que j’ai dessein de les agrandir exprès. j’espère que ma douleur ne portera pas à conséquence. Je vois, heureusement, l’ophtalmologue bientôt. Mais si j’ai même un léger problème en plus d’une vue qui a si bien baissée qu’il me faudra changer de lunettes si je passe mon permis, et s’il faut pour que je règle ce problème ingurgiter des tonnes de médicaments, et accroître ma dépendance, je vais, c’est sûr être contristé.
Je ne comprends pas comment je peux plaire. J’ai un visage si angoissé, si constamment ému, si transpirant, si rougissant, que je devrais faire fuir. Je crains d’ailleurs beaucoup. En effet, mes cheveux longs doivent favoriser l’acceptation de mes rougeurs, car je fais jeune homme romantique, image à laquelle contribue mes longs cheveux noirs et mes habits, dont un pardessus sombre qui m’arrive aux genoux. Mais, quand je couperai mes cheveux, je crois que je ne supporterais pas le choc. J’aime mon visage, uniquement parce qu’il manifeste assez convenablement mon caractère romantique et farouche, mais sans mes cheveux, adieu le romantisme ; restera ma maigreur, mes traits fins, délicats, presque ascétiques, et la douceur de mes yeux. Mais rougir monstrueusement en étant à demi chauve, cela fera retardé, déplacé, pas convenable, voire grotesque. Il est temps que je change.


C’est étonnant, j’ai pratiquement retrouvé ma timidité d’autrefois. Je suis perpétuellement submergé par l’émotion, et je crois que si on me parlait, j’aurais de la peine à répondre, à articuler, à garder mon sang-froid, à ne pas rougir. Il faut que j’apprenne peu à peu à contrôler mes émotions. Je vais chercher un travail, et faire du théâtre. Le rôle que je trouverais, quand j’arriverais à jouer, ne devra pas être trop en dessous de ce que je suis, de mes goûts, car autrement, gare à l’humiliation, au traumatisme, même enrichissant.


Je marche et en m’analysant et en essayant de ne pas trop bouger mes lèvres ( elles me gênent, je ne sais où, ou plutôt comment les mettre, mais je suis bien content, cependant, qu’elles soient là ), je m’aperçois que je dois avoir l’air, souvent, d’un chien battu, ce à quoi justement je n’ai pas envie de ressembler. J’ai peu de menton, enfin il n’est pas inexistant, il est même assez joli, néanmoins très féminin. Je n’ai pas le menton carré de beaucoup d’hommes. Mes yeux sont souvent tristes, doux, parfois retors, mais c’est parce que je pense qu’ils ne doivent pas l’être qu’ils le sont, cependant rarement, et peut-être suppliants. J’ai des yeux de biche, finalement, et je ne vois pas là ce qui excite les femmes. Enfin, le principal, c’est qu’elles les aiment, et le reste. Mais, s’il est vrai que je comprends pourquoi elles m’aiment, mon tempérament extraordinairement passionné en est la cause, cela fait grandement plaisir qu’il traverse mon physique et l’incline en ce sens, ce qui n’est pas donné, ou plutôt pas évident.


J’ai croisé une femme magnifique, style italienne, encore que je l’ai pas vu entièrement. Elle travaillait sur ordinateur. Ses habits me plaisaient, son corps suivait son visage et je crois qu’elle sentait bon.


Vivement le contrôle, vivement une femme, vivement le premier salaire, vivement la protection féminine et masculine, vivement l’expression artistique et sociale, vivement l’épanouissement, vivement la non peur, vivement le rayonnement intégral, vivement l’apothéose avant la mort, et vivement la mort elle-même, si elle est précédée d’un moment heureux et d’une claire vision de ce qu’elle est, et si cette vision nous y fait pénétrer avec calme et encore félicité devant la promesse d’une nouvelle et éternelle félicité !


Visconti, Fellini, Pasolini, Eisenstein, Sokourov, Truffaut, Bresson, Desplechin, Lubitsch, Blake Edwards, Fritz Lang, Dreyer, Werner Herzog, Murnau, Chaplin, Kubrick, Kazan, Kurosawa, Kobayashi.




Incroyable comme je suis peu motivé pour le travail. Ca y est, c’est arrivé, je ne me reconnais plus parmi les philosophes. Je ne me vois pas passer mes journées entières à chercher dans des encyclopédies. Pourquoi certains homme font cela ? Ils fuient quelque chose ou ils en ont un goût réel ? Si je suis, effectivement, passionné par la réflexion, c’est davantage comme écrivain que comme philosophe, même si j’admets que philosopher, c’est y mettre la forme. Mais qui niera que Proust, Dostoievski, Mishima, Montherlant, Balzac, Gide ou Céline pensent. Ils ne philosophent pas mais ont tous atteint un niveau de lucidité, de perception accrue, bien réel, et eux ils aimaient les femmes, les hommes, l’amour, la vie, le sexe, l’odeur. Et ca, ca me plaît, ça me ressemble plus. Comme le fait que j’ai plus de plaisir à écouter un acteur raconter ses aventures, sa vie, ses expériences, ses films, à condition que ce soit un acteur qui me plaise, même s’il est laid, qu’entendre un philosophe parler, même si ces théories me plaisent, parce que des théories, ce n’est pas ca qui manque, j’en ai le cerveau rempli, mais la jouissance, l’expression d’un sentiment, ça oui, çà me manque. Oh, comme j’aimerai être acteur, vaincre peu à peu ma timidité, et jouer un grand rôle et y mettre toute ma force et me transcender, et élever toute la scène. Mais par pitié, que je reste moi-même, que je ne me perde pas dans la confusion des esprits passables. Que j’extirpe mon talent de moi-même, que je le manifeste à la terre entière, et aux astres, et à l’univers entier, et qu’ils rayonnent devant ce que je leur offre, de l’art à l’état pur. Et en même temps, écrire des livres, jouer du piano, pratiquer l’aïkido, lire… Et puis, transfigurer la société entière et sauver l’homme. Voilà mes projets. Dieu, la nature, tout ce qui vit, tout ce qui respire, tous ceux qui le veulent, qu’ils m’aident dans mon dessein révolutionnaire, d’avènement pacifique, global, généralisé, et bien compris, et assimilé.


L’écriture a un pouvoir. C’est un constat banal, mais je n’y croyais pas jusqu’à ce que j’écrive régulièrement. La lecture, ca oui, je connaissais sa force, et l’écriture pour transmettre des messages, je connaissais son impact. Mais je doutais de l’écriture comme révélateur de ma propre personnalité. Je pensais plutôt qu’elle la traduisait, l’interprétait, mais, en plus de ce travail d’affirmation, elle précise, elle conforte, elle montre à soi-même, elle oriente, elle rassure, elle élève. Quelle puissance salvatrice que l’écriture !


J’ai peur de passer pour un vieux barbon, un vicieux que les femmes ont en horreur, enfin de devenir ça. Finalement, j’ai une moins bonne fortune, en apparence, que les Montherlant, Teilhard et compagnie, car tous avaient des amis, des sœurs qui les comprenaient, des femmes, des maîtresses qu’ils aimaient au moins un peu. Mais lequel, de ma sensibilité et de ma puissance, était si seul ?


J’ai toujours l’angoisse que les femmes rient de moi, toujours la crainte qu’elles aient peur. Depuis l’hospitalisation où deux femmes m’ont avoué qu’elles avaient, au premier abord, eu peur de moi, à Paul-Guérin ou la femme que j’aimais, m’avait, m’a dit un camarade, craint, à une autre femme que j’appréciais et qui était effrayée par mon imprévisibilité ( Saint-Hilaire ), cela cumule les raisons pour qu’à mon tour je sois effrayé par leur regard, leur réaction et pour que je fuis comme un monstre. Voilà, entre autre, pourquoi je suis si lent, si long à séduire, et si peu sûr de moi. Fanny n’a pas eue peur de moi. Mais quand j’y pense, je m’attends parfois à un accueil dur, comme d’ailleurs avec toutes les femmes, du style : « Tu t’es pas regardé ? » Quelque chose d’aussi banal que çà.


Et la respiration, quelle formidable mécanique ? Quelle puissance de vie elle permet, quelle joie de vivre. Et tout à coup, j’ai peur des gaz. C’est une des morts que je crains par-dessus tout. Le sentir rempli de mauvais air, chercher la respiration, ne rien trouver, savoir qu’à des lieues à la ronde, c’est plein de gaz, que c’est foutu ; en plus de la souffrance, avoir le pressentiment de la mort. Chercher à vivre quand même, par le corps et lutter désespérément puis perdre le contrôle, se tordre sur le sol, enfin perdre connaissance, et mourir. Sans doute, l’asthme dont j’étais fort affecté petit a joué un rôle dans cette frayeur. Voilà une mauvaise fin, aussi mauvaise que si on ne se rend compte de rien. Il faut, sans souffrir, avoir le temps de se préparer ; sans cela, quelle terreur ! Mourir sans avoir tout réglé, sans s’être réconcilié, sans l’avoir vu venir, sans avoir achever une part essentielle de sa création, l’horrible fin.
Respirer beaucoup, manger un peu, remuer son corps sans heurts, faire l’amour passionnément, embrasser les forêts et la mer, lire ce qu’il faut, écrire le nécessaire, l’essentiel, voilà le secret d’une bonne vie.


Différence entre écrire les textes qu’on juge essentiels pour soi mais aussi pour les autres, et un journal intime, essentiel pour soi, avec çà et là quelques idées à la pertinence universelle.


J’ai parfois l’impression que mes lèvres me rendent ridicules. En fait, je me sens parfois laid et alors ridicule. Mais la laideur n’incline pas nécessairement au ridicule car Elephant man, si je le trouve laid, je ne le trouve pourtant pas ridicule. Et je ne crois pas que ni Esope, ni Socrate m’auraient paru ridicule, ni même grotesque ou pitoyable, bien qu’étant laids.


Deux filles que je vois de loin, et qui paraissent, de loin, véritablement superbes. Nous nous croisons, nous éloignant chacun du côté opposé. Au bout d’un instant, je retourne sur mes pas, pour les voir. Elles sont assises tout au bout du parc, deux déesses. Je me rapproche, mais comme je suis assez timide, pas de face, mais par un chemin me décalant sur leur côté après avoir été masqué par des arbres. Quand j’arrive à leur niveau, je tourne la tête et je m’aperçois qu’elles se sont levées et avancent d’un pas opposé au mien. Pourquoi ? Ont-elles eu peur ? Mais nous étions plusieurs dans le parc. Et puis, elles ne m’ont peut-être pas vu me revenir, ou peut-être ont-elles pensé que je m’en allais à l’extérieur du parc. Ainsi, je dois être paranoïaque. Ce n’est pas ma venue qui les a fait fuir. Mais peu importe, je préfère cette maladie guérissable à une apparence Lautréamontesque.


J’étouffe. J’ai besoin de protection. Il faut que je trouve un riche mécène qui veuille me donner l’argent dont j’ai besoin, ou plutôt qui me loge dans une luxueuse demeure, parmi d’autres hommes et d’autres femmes riches et sensibles, compréhensifs. Mais, n’étant pas un gigolo, je ne coucherais pas s’il ou si elle me le demande. La hantise de Montherlant, c’était l’obligation de travailler, pour survivre. Mais moi, c’est ma hantise et j’y suis contraint. Et je me suis trop éloigné des impératifs vitaux de ce genre. Tout mon temps, je l’ai occupé à développer, à épanouir une aptitude à goûter l’art, accomplissant mes penchants naturels déjà très nettement réceptifs. Et ayant apprécié ces arts, m’étant élevé, m’étant raffiné par eux, et me voir imposé une plongée au milieu des brutes, du monde économique, mathématique, manuel, bruyant, monnayable, déjà je ne peux le supporter. Sans doute, j’avais raison, quand je prédisais quelles faiblesses morales, à affronter le monde, allaient me donner l’enrichissement culturel dont je rêvais, mais il correspondait aux besoins de ma nature profonde. Choisir un médiocre travail, et y prendre goût, se contenter de cette situation humiliante, mais justement n’en être plus humilié, abolir toute différence, revenir au commun, se résorber entièrement dans la masse, ne pas même s’en rendre compte, oublier ce qui furent ses raisons de vivre pendant des années. Je crains tellement tout çà que j’ai constamment envie de me suicider pour que çà n’arrive pas.


Il va falloir trouver un travail cet été. Mais quoi ? Classer des papiers huit heures par jour pendant des mois, se courber pour ramasser des légumes, voilà ce qu’on m’oblige à faire. Je suis désespéré, je vois tout en noir. En fait, constamment, je me demande à qui je veux ressembler plus tard. Et il n’y a pas si longtemps, je me suis aperçu que c’étaient les acteurs qui m’attiraient, et que, de toutes les classes, c’était celle-là qui comprenait le plus grand nombre d ' hommes à qui je voulais ressembler. Bien sûr, il y a des acteurs dont la personnalité ne me plaît pas. Mais tout de même, je m’en sens vraiment très proche. Le problème, c’est comment faire pour être acteur. Il y a ma timidité, et puis je n’ai jamais été en école d’acteur, et n’irais-je sans doute jamais. Comment, dans ses conditions, aurais-je accès à une formation indispensable ? De plus, ai-je l’énergie suffisante, le talent ? Impossible de le savoir vraiment. Quant à l’écriture, mon style nerveux et passionné, et la force de mes idées ne compensent pas la pauvreté de mon vocabulaire, répétitif, ni la tournure scolaire et enfantine de mes phrases. Mais, toujours, j’ai peur que la philo use toutes mes forces, toute mon énergie, qu’elle m’enlève ma personnalité, tout mon suc vital.


Quand je vais en ville, je suis pratiquement pris d’une peur panique. Comme un fou, un autiste, quelques artistes, tout me dépasse, je suis submergé par le mouvement. J’ai l’impression de ne plus rien contrôler, d’être enveloppé d’une spirale, logé dans un tourbillon. Je suis pris d’un vertige qui me rend incapable. J’ai parfois envie de fuir, pas toujours. Il m’arrive de ne pas prendre trop mal d’être ballotté malgré moi, porté par la vie des autres, mais tout de même, le tête et l’esprit me tournent, et il y a plus agréable. Quand je vois tous ces hommes et ces femmes criés, sûrs d’eux, je suis ébahi de tant d’audaces, de tant d’assurances, et pourtant qu’ont-ils pour cela, qu’ont ils vu, qu’ont-ils écouté, qu’ont-ils appris pour s’aider à diriger leurs émotions ? Ont-ils, comme moi, couru vigt et un kilomètres d’une traite ? Ont-ils essayé le théâtre ? Se sont-ils déplacés quatre cent kilomètres par deux fois uniquement pour aller combattre à mains nues dans un tournoi fait pour cà ? Ont-ils dormi, seul, en forêt ? Ont-ils écumé temples et monastères ? Ont-ils vu leurs doigts geler pratiquement à en être mutilés pour la vie, en opération de haute montagne avec les chasseurs alpins ? Ont-ils sauté en parachute ? Ont-ils montré qu’ils étaient capables, en philosophie, d’avoir la meilleure note ? Regardez cet homme peureux et fragile marcher, dans la rue, cet homme qui n’ose pas lever ses yeux sur d’autres hommes et les regarder trop près, qui n’articule qu’à grand peine pour demander un sandwich, cet homme, il a fait tout ça, cet homme, c’est moi. Misère que la destinée d’un être à l’émotivité divine mais seulement humain pour le reste, car ce panégyrique, c’est un dixième de ce genre d’actions du tout réalisé par moi et par ceux qui me sont proches. Mais a t on jamais vu cas si extrême et si grands efforts pour si décevants résultats ?


Si je suis si peu content de moi, c’est que je ne fais plus rien. J’ai abdiqué tout travail contraignant, intellectuel, j’ai abdiqué la philo. Ressaisis-toi, bon sang, ressaisis-toi.


Si je hais tant les examens, c’est, je crois, parce qu’ils remettent en cause ma puissance. Si je termine deuxième ou troisième, je ne suis pas premier. Mais je suis pourtant bien plus puissant qu’eux tous. Il est vrai que ma puissance pourrait revêtir plusieurs autres formes et donc être indépendante de la seule philosophie. Mais, cette matière, en tant qu’elle touche à l’absolu n’a pas de meilleur défenseur que moi, car il n’y a pas meilleur dialecticien que moi. Aussi, comme je ne travaille pas ce qui est demandé, je me fais dépasser par des types qui n’ont qu’une passion limitée, des petits philosophes, tandis que moi je bous littéralement, mais je consacre mon temps aux domaines qui m’apportent, ce dont j’ai besoin dans l’immédiat. Cependant, je suis plein de rage car ces minables se croient supérieurs à moi. Enfin, Kierkegaard n’était pas, non plus, le meilleur étudiant de son groupe. Mais je suis frustré, car que l’on me juge égal aux autres et pas infiniment supérieur, cela me met en fureur. J’attends la reconnaissance, la gloire. Le génie mystique annoncé par Bergson, c’est moi, j’ai vocation de prophète. Seulement, celui ou ceux qui ont voulu çà ont raison de me faire attendre car sio on devait maintenant se courber devant moi, serais-je prêt à assumer mon rôle, à en tenir la hauteur ? Non, car je suis encore trop faible, trop timide, trop peu assuré pour ce grand dessein ,et de ce grand dessein. Mais travailler dans un bureau calfeutré, être anonyme, perdre toutes mes envies, s’épuiser à classer des papiers ou à travailler sur ordinateurs, et surtout, s’en contenter, aimer ce travail, c’est perdre tout ce à quoi je tiens de personnel. Déjà, perdre mon temps continuellement, et devoir le gaspiller à me rabaisser au milieu de faibles âmes, quelle peur pour le futur, et que le présent me donne hélas à vivre.


A la vérité, je me suis fait trop remarquer en philo,. On attend de moi des miracles qui n’auront pas lieu. Pas tout de suite en tout cas.


Tout ces écrits sont en fait autant de réclamations, de supplications. Mon but est de me persuader de ce que je suis, de m’y tenir. Mais, Dieu, peut-être, courroucé de toutes ces plaintes, de ces jérémiades innombrables, inclinera le sort dans le sens que je crains. Mais ne suis-je pas l’envoyé, le vengeur, le rédempteur, le guérisseur, le contempteur, le protecteur, l’intercesseur ? J’ai ce rôle dans la peau, et ce rôle, je ne veux pas qu’il ne soit qu’illusion. Martyr, je commanderais en martyr, et je ne m’effacerai pas derrière un bureau. Kafka l’a fait, mais il n’a pas fait que cela. Quoi, j’aurais étudié tous les arts, je les aurais emmagaziné, assimilé, j’aurais créé un apport essentiel à la philosophie et à l’humanité, je serai tombé en enfer, je me serais relevé, pour en rester là ou pour sombrer à nouveau. oh, non, la rédemption doit être complète. Mais, F F, pourquoi m’as tu abandonné ? Qu’elle soit remplacée par une autre, ou bien qu’elle vienne demander le pardon et qu’elle me serve, qu’elle participe à mes efforts pour spiritualiser le monde. Qu’elle devienne ma disciple, et que je la sauve et l’élève par mon propre salut qu’elle me permettra d’atteindre. Et j’ai reçu grâce sur grâce et je suis le seul comme cela, à ce niveau, et tous ces dons qui doivent me faire sauver le monde, me font mépriser le monde. Et cela parce qu’on m’a méprisé. On a méprisé la douceur, la timidité, la naïveté, l’intelligence, la beauté, l’honnêteté, la gentillesse. On les a tournées en dérision. On les a bafouées. On en a ri. On a ri du génie honnête, mais comme il était génie, il s’est dit qu’il fallait, en actes, montrer à l’Univers entier comme on l’avait traité. Car de certains, on se moque, mais comme ils ne sortent pas du lot, on les tolère. Mais on ne tolère pas la supériorité, la réceptivité artistique, la douceur exacerbée, et ceux-là qui correspondent à ce portrait, qui veulent être considérés comme ils sont, c’est-à-dire ne veulent pas descendre de leur ciel pur, participer à la bassesse, on cherche par tous les moyens à les déshonorer, à les humilier, pour qu’ils cèdent, et qu’ils participent à la compromission généralisée. Je devrais être riche pour vivre à l’écart, mais sans confrontations, le génie ne peut éclore, le prophète prêcher.




Mes pires ennemis : le capitalisme, la bêtise, l’insignifiance des hommes d’affaires et du show business ; les violeurs, les sadiques, les bonnes consciences.
Objectifs : montrer à tous les hommes quelle conduite adopter dans tous les domaines, expliquer d’où proviennent les maux, les guerres, et pour tous les sujets, se justifier. Détruire une bonne fois pour toutes, obscurantisme et superstition. La poésie s’en passe bien, l’art s’en passe. Il y a assez de vrais problèmes, la vie, la naissance, la mort, le sexe, l’amour, l’évolution de l’Univers et des hommes, pour se contenter de cette matière. La métaphysique suffit.


Est-ce que j’ai eu raison d’arrêter le théâtre ? La question ne se pose pas car ma timidité l’imposa. Mais, si j’avais fais l’effort d’y aller avant que je sache quelles notes j’avais eu à l’examen, j’y serais sans doute retourné. Seulement, après avoir eu vent de mes résultats, j’ai jugé inutile d’y aller. mais en fait, cela l’était. Seulement, il est vrai, j’ai surtout eu l’impression d’accéder à un autre statut, plus noble, et inconvenant d’associer ma nouvelle gloire aux borborygmes éructés sur la scène. Mais ma gloire n’était pas la gloire. Cependant, le niveau était pitoyable. J’aime l’antique, les tragédies Grecques, les pièces classiques, plus d’ailleurs que le théâtre romantique, et pas un n’inclinait dans ce sens. Ils ne m’offraient qu’un affreux salmigondis de pièces contemporaines. Enfin, la petite qui s’occupe du théâtre m’aurait sans doute beaucoup poussé. Mais elle aurait eu fort à faire, je n’étais pas prêt.
Quant à l’aïkido, en dehors de mon physique disloqué, le sacerdoce était épouvantable. Toujours faire une requête pour être ramené en ville ou rentrer à pied tard le soir, me poser des questions qui me détruisaient par une comparaison incessante de moi aux pauvres types qui pratiquaient. Et puis, être obligé de toucher des types qu’on n’aime pas, d’y mettre les manières, sentir qu’ils ne nous aiment pas non plus. Se faire dominer par des crétins plus gradés qui n’ont rien compris à l’art, se faire défier yeux dans les yeux, au contact, par des brutasses illettrés, craindre d’être choisi par le professeur pour la démonstration d’une technique et craindre de rougir intensément, et d’être incompris et malmené par le professeur qui n’est pas des intellectuels les plus raffinés. Voilà je crois, beaucoup de raisons valables pour ne pas y aller. Ah, évidemment, si j’étais moins timide, si j’étais davantage sûr d’être ce que je crois que je suis. Mais on n’efface pas vingt ans de vexations et de dénis permanents de sa personnalité et d’insultes et de moqueries en écrivant trois pages ardentes pour se retrouver.


Je suis un individualiste forcené. Je fuis l’impersonnel. Etre résorbé dans la masse est un de pires cauchemars, une de mes plus lancinantes obsessions. C’est pour cela que je ne suis ni enthousiaste pour le théâtre, ni pour la philo. Car, faire du théâtre avec d’autres acteurs auxquels je ne veux pas ressembler, c’est courir le risque de leur ressembler, et être en cours avec des élèves qui me sont indifférents, c’est risquer de me muer en être indifférent pour autrui., c’est me fondre dans un groupe. Et moi, j’aime l’écart, je suis à l’écart, et j’y tiens. Je ne veux pas être inclus dans un groupe, avoir une étiquette. Eventuellement être artiste reconnu, essentiellement appartenir à la caste très fermée des prophètes. Mais, si je suis si étrange ( a t on jamais vu un individualiste si peu sûr de posséder une individualité ), c’est parce que je n’ai pas eu la rassurante équivalence féminine. Elle est indispensable pour savoir qui l’on est, pour se jauger, se juger, statuer clairement sur sa valeur, se relâcher, se confirmer ce que l’on croyait être par l’estime qu’on porte à une personne qui nous a choisi. Ainsi, je ne suis pas tant coupable de tout mon orgueil, car si je suis si doué que je le prétends et puisque je ne peux m’en faire une certitude, comment rester ferme. Quel héros que de tenir le cap ! Mais, vite, une femme, ou un signe confirmant que je suis, sinon le sauveur du monde, au moins son guide, ou les deux si possible, extraordinaire demande. Qu’elle saute dans mes bras et que je ne la refuse pas cette fois. Que je courre après et que je saisisse ma chance.


J’ai de la tension plein les yeux, j’ai peur pour eux. La cécité, bigre !


Pourquoi, rougissant, avec une voix faible, une difficulté à parler, je séduis, alors que tant de gens qui partagent ces symptômes et ces gaucheries n’attirent personne ? Mais tout le monde rougissant n’est pas génie.


J’ai une furieuse envie de recommencer à boire, car l’écriture ne me suffit pas. Mais je ne peux me le permettre.


Rencontré beaucoup de chauves, tous laids. J’en suis choqué.


Je pleurerais toutes les larmes de la terre pour avoir Caroline, ou une femme de cet acabit, et de cette grâce. Quand je pense qu’elle a échu à des va nu pieds !


Je n’ai rien écrit du week-end, comme je le voulais. Je ne me porte pas trop mal et ce malgré une peur de mourir obsédante, la crainte de perdre la mémoire, et une douleur assez lancinante aux yeux, qui me brouille la vue. Et puis, une maladie bénigne, sans doute un gros rhume, m’affaiblit. Mais la possibilité qui me reste d’écrire me soutient et m’allège des poids constants et ordinaires de la vie humaine. Je n’aimerais, malgré tout, pas être aveugle. Quand je vois tous ces hommes et ces femmes qui sont cruellement infirmes, je ne comprends plus rien au sens de leur vie. Mais si leur vie n’a aucun sens, pourquoi la mienne et celle des gens que j’aime auraient-elles un sens ? Et si elle en a un, et qu’il peut disparaître, comment accepter cette disparition du sens et de la valeur d’une vie pour une personne encore vivante ? Et puis, mon Dieu, tous ces morts, si je me demande à quoi servent leur vies, je vais paraître ridicules puisqu’ils sont morts, mais justement, tous ces hommes qui ont existé, aimé, rêvé, pensé, et qui sont réduits à néant, qui ne servent personne, quel peut être encore, non le sens de leur vie, mais le sens de leur mort ? Elles nous poussent peut-être à vivre plus, pressés par l’urgence, mais eux-mêmes, tous les morts, une fois mort, n’en récoltent aucun fruit. Parfois, je me demande si tous autant que nous sommes, nous ne devrions pas nous résorber en une gigantesque et permanente orgie et soûlerie plutôt que de poursuivre d’inutiles chimères et rêves de sagesse.


La vérité, c’est que se laisser consumer par l’amour conduit à la force tout aussi bien qu’à la faiblesse. Mais les sages ont tort qui veulent s’en prémunir, car alors, même à supposer qu’ils y gagnent la tempérance, ils ne vivront qu’un bonheur en demi-teintes, obligé pour leur succès de se durcir le cœur, de pratiquer de longues et insensées ascèses pour vaincre la peur de la mort, ce que la vie procure naturellement à maintes reprises. Non, l’homme est fait pour aimer. Peu importe que l’amour ne dure pas. Sur le temps qu’il dure, point besoin de se poser les questions métaphysiques sur le sens de la vie. On aime, et cela suffit. Et naturellement, spontanément, les peurs pour soi s’effacent. On se voit affronter mille dangers pour sauver la personne aimée. Peu importe alors la mort, la vie reprend ses droits, avec les battements du cœur. Ainsi, la vie est amour. Celui qui aime constamment, même s’il craint, même s’il est rendu faible par cette crainte, reste dans le sens de la vie, dans la logique vitale. Mais celui qui cherche à fermer son cœur, à s’insensibiliser aux choses extérieures, celui-ci est un insensé, car il devance la mort, qui n’est pas chose funeste en elle-même mais à écarter lorsque l’on vit, à ne pas confondre avec la vie, à n’y pas subsumer la vie. La vie est supérieure. Aussi, il faut la préserver. Elle est sacrée. Nous n’en avons qu’une. Aussi a-t-elle plus de valeur que la prunelle de nos yeux. Qui nous fera vibrer une fois mort ? Le stoïcisme, le bouddhisme ne valent ni l’amour Chrétien des évangiles ni les préceptes shintoïstes mis en application dans l’aïkido. La vie, la vie, la vie ! Je meurs d’une immense envie de vivre. Je veux vivre, je veux l’immortalité. Puissé-je la trouver, et être éclairé par la transfiguration et de nombreux moments de joie sans ombre trop cruelle pour les altérer. Que la vie bouillonne encore en moi, dans tous les pores de ma peau et mes entrailles, et qu’elle les soulève d’allégresse.


Le problème avec les personnalités extrêmes, c’est qu’elles aiment si intensément que lorsqu’elles n’y prennent pas garde, qu’elles ne freinent pas leur enthousiasme divin, elles deviennent vite incapables de penser à autre chose, de remplir leur devoir et leur obligation. En même temps qu’elles s’élèvent, elles faiblissent dangereusement, se laissant submerger par l’image de l’aimé, emplissant toute leur âme, la débordant même, l’enveloppant, et cela fait leur bonheur comme cela fait leur malheur. En effet, s’il faut s’y laisser couler, ne pas résister au flux vital qui entraîne à aimer, nous n’imposerons pas de limites, et, pourtant, il faut en imposer, et à quel niveau, pour ne pas sombrer si la fortune roule à l’encontre de nos desseins enchantés. C’est une question. Mais la réponse, c’est l’art, car il correspond à la détresse des âmes ardentes qui aiment sans limites. Et la création artistique doit donner la force équilibrant les pleurs des aimants forcenés. Le salut par l’art est réservé aux tempéraments qui crachent sur la mesure. Et les hommes intempérants et obscurs parce que passionnés se nouent à l’art qui les sauve de la détresse absolue.


Je souffre d’un trop-plein d’angoisses. Mon ventre est contracté à l’extrême. Ma respiration est saccadée ; elle oppresse mes poumons, fragilise mon cœur, et tend tout mon être. J’ai une maladie du genre bronchite et la diarrhée de surcroît. Je n’ai cessé d’avoir de puissant vertiges qui me remplissaient toute la tête hier. Je crois que mon nez, bouché, a favorisé ces impressions terrifiantes. Je n’ai pu m’endormir, tellement l’angoisse m’étouffait, et ma respiration bloquée favorisait et rajoutait au tremblement de tout mon être, corps et âme. Je suis resté quelques heures, dans cet état, incapable de m’apaiser. Mes vertiges surtout, me faisaient craindre le pire. Et j’ai pensé qu’un de mes nerfs, une de mes veines essentielles allaient céder. Je me suis vu, inerte, entouré de médecins qui m’ouvraient le crâne et m’opéraient le cerveau, une vraie obsession. Et puis, j’ai pensé que çà allait arriver, la mort ou l’attaque cérébrale. Et si la partie touchée de mon cerveau coupait le nécessaire pour alimenter mon sexe, qu’allais-je devenir ? Et puis, si la partie de mon cerveau correspondant aux sentiments, aux affections s’écroulait, alors je deviendrais pire que le commun des mortels, ou comme lui, amorphe, quelle perte pour l’humanité. Aussi, je préfère rester éveillé, croyant avoir plus de forces ainsi que plongé dans le sommeil. Puis, j’ai pensé à ma mort pour laquelle vraiment je ne suis pas prêt, mais s’en soucie t elle et à celle des êtres chers. Je n’ai jamais assisté à un enterrement de ma vie. Et pourtant, ce qui me paraît irréaliste, il va falloir l’affronter. Supporterais-je le choc, moi qui n’ai aucun soutien ferme à l’extérieur ? Je doute de ma volonté, à raison. Et puis, il y a ce maudit avenir, et ces examens pour lesquels je n’ai pas assez travaillé. Une semaine de gâché. Espérons que je m’en sorte, mais, cela est sûr, je me suis reposé sur les acquis du premier semestre, qui m’ont trop fait tourner la tête.
Et puis, quelle nature angoissée que la mienne : pratiquement constamment terrorisée par la mort, par un problème cérébral, une infirmité physique, la perte d'un organe, d’un sens ; toujours sur le qui-vive, prêt à déverser un flot d’adrénaline dans tout le corps à la moindre alerte, le plus petit problème, la plus légère douleur ou quelconque infime contrariété. Me voilà, le roi des craintifs, des peureux, mais aussi, des émotifs, des réceptifs donc le roi de la vie. Mais, que l’on contrôle sa raison, son intellect ou non, qu’est-ce que cela change lorsque tout le corps vibre d’envie de vivre et résiste, incessamment, à la mort. Le corps seul commande. Un corps qui bouillonne, on ne peut pas le faire taire, il est incontrôlable. L’esprit le suit dans ses désirs et ses gémissements. Il n’y a rien à faire à cela. Aussi, seulement, peut-on tenter de contrôler son corps, de le calmer, de l’orienter, en rythmant convenablement sa respiration, en effectuant des mouvements corporels amples et avec douceur, souplesse, en s’élargissant et en s’ouvrant au monde.
J’aime les médecins. Que ferais-je sans eux ?


J’ai peur de la mort, j’ai peur de la mort, j’ai peur de la mort. Et la perte d’un organe, d’un membre, d’un sens, est déjà un aperçu de la mort, un rapprochement vers la mort de tout l’être, car cette perte n’est-elle pas la mort d’une partie de soi, l’extinction définitive et éternelle d’une part chérie de son corps ? Mais je veux qu’on me laisse mon corps et ma santé physique et ma santé mentale. Comme Job, j’implore et supplie Dieu.


Craintif comme la biche effarouchée, tremblant comme le chiot qu’on martyrise, pleurant comme le plus sensible des humains, je ne sais où aller, je ne possède rien, je ne suis bon réellement qu’à me lamenter ou à rêver de grandes actions, d’aventures amoureuses. Malade par tous les fibres, désemparé comme une feuille encore vivante qui va quitter l’arbre protecteur, je traîne ma lourde croix et suis trop faible pour la supporter seul. Que quelqu’un, une Aglaïa Epantchine vienne me secourir. Qu’on veille sur Frédéric Vigner Pierre-Henry Marcel, malouin, descendant de Chateaubriand, de tous les romantiques et de tous les souffrants de la terre. Quelle faible motivation, quel fardeau pour moi d’ouvrir un livre et d’y travailler –ce que j’aime m’empoisonne.


De plus en plus angoissé. J’ai une sensation de vertige qui, vraiment, m’emplit le cerveau entier. Sur le chemin du retour, j’ai cru que ça y était. Mais non, c’est la maladie qui me fragilise et me fait croire ça. Espérons que ce n’est pas une méningite. Ou encore une tumeur galopante au cerveau. En effet, j’ai l’impression de perdre la mémoire, ou alors ce sont les fumigations que j’ai inspiré qui ne m’ont pas réussi. Et puis, sur le retour, j’avais un manteau et pull-over et il faisait chaud. Enfin, je ne pars pas dans les meilleures conditions. Ma timidité se renforce, pour égaler ce qu’elle était autrefois, et se manifeste amplement. Mais, après tout, c’est ma vraie nature, et sans doute est-ce préférable de montrer clairement quel est le fond de ma nature, plutôt que d’en montrer une version durcie ou d’essayer de l’insensibiliser réellement. S’insensibiliser, c’est insensibiliser la vie. Cependant, les battements de mon cœur, s’accélèrent, et, sûrement, favorisent mon épuisement. Je rougis a tout va, la vie m’est insupportable. Je suis désespéré. Que faire plus tard ? Et y aura-t-il un plus tard ? Comment être joyeux, respirer à pleins poumons et lever la tête, lorsque nous pensons qu’incessamment, nous allons perdre la vie, ou pire, perdre la raison. Comment espérer dans de tels conditions ? Se voir tout le temps grabataire, ou débile léger ou profond, ou simplement bien diminué enlève toute ardeur, tout courage, tout instinct de vie. Et puis, à quoi suis-je bon ? Apparemment, j’ai des aptitude pour tout, mais je n’excelle en rien. Et puis là, malade, affaibli, je suis vraiment sans défenses. Qu’un organe interne me perce et je suis anéanti. Au moins, ne pas mourir seul !
Et cet examen à venir, peut-être sera t il rempli de monde cet amphi D, sans échappatoires. Il faut pourtant que j’y aille. Malheureux comme la pierre, affrontons stoïquement notre impitoyable destin !
Mais comment faire face lorsque le corps est détruit ou qu’il se détruit, à un point tel que l’âme est entraînée dans le gouffre ou s’y verra jetée, dans l’impuissance maudite. Mais, bon sang, quelle intolérable misère ! Il faut que je réussisse mes examens, malgré ma préparation insuffisante. Pourvu qu’il n’y ait pas trop de monde dans cet amphithéâtre, et pourvu que je contrôle l’envie d’aller aux toilettes.
Mon cœur bondit. Je suffoque, et il faut que je passe des examens.


Comment être joyeux, si l’on ne croit plus à l’avenir ? Je me sens trop sursitaire pour être enthousiaste à propos de quoi que ce soit.
Mais en quoi puis-je être coupable ? Je suis seul, et extrêmement isolé. Si c’est ma faute, alors oui je suis coupable. Mais il me semble que j’expie suffisamment à chaque jour de ma vie. Pourquoi rajouter des peines à la masse qui m’encombre déjà ! Mais, Dieu, je ne dois pas me plaindre. Et je gémis continuellement, tout juste si je ne pleure pas ? Est-il âme sur la terre plus angoissée, plus torturée que la mienne ? J’ai faibli. Mon cœur ni mon âme n’ont supporté les multiples coups qu’ils ont subis.
Ai-je travaillé l’Anglais ? Mais je ne pensais pas en avoir. Et les doc connus ? Mais je les croyais inconnus. Et si je me suis trompé, comment m’en sortir ?


Et Descartes, et l’ordre, et la culture générale ? Que sais-je de ces trois sections d’une même discipline ?
Vraiment, je plains les chiots, car certains, vraisemblablement terrorisés, tremblent si intensément que je jurerais parfois qu’ils souffrent comme moi, et ils ont encore moins de possibilité défensive.


Je ne sais plus où j’en suis avec l’écriture. Ne me faut-il écrire que lorsque je suis mal ? Ou l’écriture me prodigue toujours beaucoup de bien ? En fait, je vais mieux qu’avant l’examen. Cependant, j’ai écris avant. Mais je crois que je n’aurais pas écris, je n’aurais pu évacuer un peu de mes angoisses aussi rapidement. J’ai mal au dos. J’espère que la colonne n’est pas touchée et que tout le reste n’est que fausse alerte.
L’examen d’Anglais, bien que je n’ai pas produit un grand effort ( tout de même, pas si mal en fonction de mon état ), s’est mieux passé que prévu ( surtout la partie ‘français » ).


Ce que m’a apporté l’écriture. Une dépendance sûrement puisque j’ai du mal à concevoir une journée sans écriture. Et l’effet salvateur que j’en tire n’est peut-être qu’euphorique. Dans ce cas, il ne durera qu’un temps, puis il faudra trouver autre chose. Cependant, une petite révolution s’est effectuée. Je crois que malgré le fait que je me savais et m’avouait extrêmement timide, je voulais le cacher aux autres, ce qui introduisait un décalage dans ma conduite. Il fallait que je me durcisse démesurément. Mais, puisque je suis ce que je suis, pourquoi ne pas le dévoiler complètement ? Je suis un être tellement constamment émotif que je suis incapable de conserver avec un inconnu sans rougir et que même connaissant mes interlocuteurs, il m’arrive constamment d’être bloqué pour parler et rien ne sort qu’une suite de sons désarticulés et inintelligibles. Cependant, j’arrivais à surmonter ce handicap, mais en jouant, en masquant ma vraie nature et en me métamorphosant en dur. Il faudrait que j’arrive à accepter l’intégralité de ma personnalité une bonne fois pour toutes, puis que je convertisse peu à peu ma timidité en force, sans que je la mue en type violent. Victime d’une réputation. Il est vrai aussi qu’il n’est pas facile d’exposer ses faiblesses en certains milieux, particulièrement primaires, dont les membres, dans ces cas-là, se repaissent de votre infériorité en un domaine, et vous blessent profondément.
Mais, depuis que j’écris, j’ai pris un peu de confiance en ma propre valeur, je suis un peu apaisé sur ce problème, et ne désespère pas un jour, d’avoir une femme qui me convienne ( à condition que mes craintes sur ma santé s’affirment infondées ; hélas, j’ai souvent raison ; pas toujours je l’admets ). Mais si je ne peux plus parler, je peux regarder les femmes et les hommes dans les yeux, à l’inverse de ma situation quand je jouais un rôle. Et si les tics reviennent, j’ai par ailleurs mûri, et j’arrive, sinon à les éradiquer, du moins à les contrôler suffisamment pour vivre. Je crains toujours la folie, ( cette obsession me poursuivra donc toujours ? Quand donc enfin la terrasserais-je ou la dépasserais-je définitivement ? ) mais pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti léger et plein de forces. Je crains qu’avec mes prochains résultats, moins bons que les précédents, et avec ma nouvelle incapacité à parler, les autres me croient abrutis, comme autrefois on le croyait, et j’espère ne pas redevenir le larbin que j’étais, vraiment mouton de trop vouloir être aimé, de trop rechercher l’amour. En fait, j’espère que cette capacité me reviendra rapidement, et que j’aurais la voix claire.


Que faire cet été, avec cette fragilité ? Nous verrons cela. Mais, de toute façon, quelque chose devra la faire cesser, et quelque chose de positif et de bon.


Je ne suis pas dupe de moi-même. Si j’écris, c’est pour contrer des démons qui sont d’ailleurs une simple face obscure de moi-même, une partie trop explorée, ou pas assez, comme je le crois, un manque d’amour.


Faut-il être impartial avec soi-même ? Quand l’homme le peut, je crois, mais quand il est incapable d’aller au bout des choses, doit-il tenter l’impartialité qu’il n’arrivera jamais à atteindre ? J’en doute.
Je n’ai pas la solution pour ne pas sombrer, ni pour que les autres soient épargnés. Au moins je retarde le moment de mon effondrement. Mais j’espère qu’il n’arrivera pas. En tout cas, j’ai choisi pour moi l’impartialité, donc le risque. Peut-être la partialité est-elle un nouveau risque à courir .
Ai-je eu tort d’arrêter l’aïkido ou le théâtre ? Peut-être, mais le remords tue l’homme. Ou il peut le tuer. Mais peut-il le sauver ? Vous voyez, comme toujours, je suis prisonnier de la dualité. Ainsi, quelle que soit ma personne profonde, mon comportement à venir, il y a une vérité me concernant, c’est que ma conscience me laisse moins tranquille que celles des autres. Cependant, peut-être là encore ai-je une raison cachée d’agir et de penser ainsi. Encore la dualité, qui dénote une conscience élevée qui n’est peut-être qu’illusion pour masquer des monstruosités . Voyez, je ne sors pas de la dualité et si je dis, voilà le cercle vicieux maladif qu’il faut briser, qui me dit qu’il n’est pas nécessaire à l’élévation de mon âme. Peut-être faut-il en sortir au bout d’un certain temps seulement ? Quand ? Peut-être ne faut-il jamais y entrer ? Ai-je eu le choix ? Ainsi se pressent continuellement des questions dans ma tête, auxquelles je m’efforce de répondre juste. Mais les psychopathes s’en posaient-ils ? Voilà encore une série de questions compliquées qui dévoilent mon trouble : en arriver à s’assimiler à un psychopathe !
La sérénité, vraiment, c’est ne plus ne poser de questions, ou plutôt de questions qui impliquent l’âme intégralement.


Peut-être Dieu a t il répondu à mes vœux. N’arrivant pas à suivre, et donc m’écroulant prochainement, il exauce mon vœu, qui était d’être rendu incapable de faire le mal si je cédais à la tentation des crimes les plus affreux, mais dans ce cas il ne prend pas en considération que je souhaitais avant tout réussir. Mais peut-être est-ce la rançon de mon échec. Il m’a beaucoup donné, il m’a beaucoup repris. Mais alors quoi ? Je me sens encore fort, et plein de bonnes dispositions, j’ai peut-être perdu de nombreuses batailles, mais n’aurais-je pas droit, moi aussi, à la faiblesse humaine ? Comment ? Dieu vous choisit et même si c’est votre appel qui a conditionné son aide, il vous abandonne totalement si vous ne vous sentez pas à la hauteur. Mais alors, il fallait souffrir et il faut encore souffrir et il faudra toujours souffrir. Mais il ne me semble pas, à moi, que j’ai perdu la guerre. Si je n’ai pas la force et l’énergie de les accomplir, n’ai-je pas encore, malgré tout mes reculs, eu une révélation ces derniers temps ? Ne dois-je pas continuer ma mission ? Et s’il n’y en avait pas, alors ce qui fut proche de la folie était du même coup plus héroïque. Ainsi, je suis encore ardent, armé, prêt à combattre, et la défense des faibles, des opprimés, leur protection, et l’assurance qu’ils deviendront forts pour ceux qui le pourront, voilà ma cause, et la sauvegarde des forts, le maintien de leur force, leur ouverture au monde et la compréhension de leur rôle, voilà ma cause. « Alea jacta est »


Bien sûr que j’ai eu tort d’arrêter théâtre et aïkido mais c’était sacerdoce constant. Qui comprendra ma souffrance, qui allégera mes peines, qui tolérera ma faiblesse, qui me rendra fort et bon, ou qui m’aidera à le devenir ?


Je culpabilise trop. J’ai toujours l’impression pénible d’être surveillé en permanence, comme si, à chaque fois que je m’écartais un tant soit peu de la voie prescrite, j’allais être frappé de malédiction. Je n’arrive plus à parler. Et ce que j’ai dis des yeux que j’arrivais à lever n’est pas aussi vrai que ca pouvait en avoir l’air. Le fait même de l’écrire, d’y penser, et le naturel m’est ôté. Mais le fait d’accepter ma timidité l’aggrave. Je suis si timide que je ne sais comment je vais faire pour vivre. Je ne vois qu’une solution : une femme. Je deviens si balbutiant que j’en suis monstrueux ou phénoménal. Je ne peux plus parler. Je suis comme autrefois, pour cela au moins, mais j’espère que le reste ne me contaminera pas. C’est horrible. Qu’ai-je fait ? Le son ne sort plus de ma bouche. Je suis muré. Impossible de parler. Il faudrait que je fasse des exercices spéciaux. Que je crie, que je clame à voix haute des poésies. Mais comment vais-je faire pour vivre ainsi ? Que je suis malheureux de ce handicap ! Je crois qu’une partie de mes angoisses a disparue, ce qui fait que j’ai du trop relâché la bribe de l’ensemble de ma personnalité. Mais, en fait, en plus d’écrire, il faut que je continue de m’efforcer à exercer des activités extérieures. En fait, je suis bien malade. Vivement le break, les vacances, que je quitte cet endroit ensorcelé. Je suis allé acheter une revue. je n’ai pas pu parler, ni dire bonjour, merci ou au revoir. C’est « Mémoire du sous-sol » bis. Et j’ai la crainte de me réendurcir. Mais, après tout, puisque je n’écris pas pour m’enfermer, il n’est pas exclu que je n’écrive plus, ( un certain temps ), car si je vais bien, à quoi bon. Ecrire est un devoir que je m’impose qui peut raviver mes plaies. En fait, cela n’est pas nécessaire, cela peut même être néfaste à mon bonheur. Pourquoi prendre l’habitude d’écrire tous les jours, même quand les affaires marchent et que le cœur rayonne ? Pour prendre plus facilement la plume quand je ne vais pas. En fait, c’est inutile. Je crois que, mis à part pour mon travail, ou quelques textes que je trouve important à noter, je n’écrirais plus désormais que lorsque je me jugerais dans un état qui le nécessite. Mais je vois déjà apparaître mon problème de cheveux. Et d’autres encore. J’en ai marre. Je suis harassé. je ne me sens propre à rien.


Je suis au comble du désespoir, de la solitude et de la schizophrénie. J’angoisse sur tout. Je ne sais ou je vais, ce qui est bon pour moi. Peut-être quelque chose s’est débloqué, peut-être quelque chose s’est enfoncé. Je ne sais quoi faire de mon avenir, ni de ces vacances. Dieu ! Donne-moi une femme qui puisse m’aider et qui m’aide effectivement. Je pleure d’angoisse, de souffrance et de mal-être. Tout mon être crie son désespoir, tremble de crainte. Dieu, aide-moi. Enfin, surmonte ta timidité, toi que voilà rassuré sur ta valeur intrinsèque !


En fait, par les diverses épreuves que j’ai été amené à vivre, il m’a fallu revêtir mon cœur de couches successives d’impénétrabilité, pour le durcir de façon satisfaisante. J’ai l’impression que depuis que j’écris, j’ai ôté au fur et à mesure toutes ces strates de superficielle dureté, et que j’ai retrouvé mon vrai moi. Cependant, ce moi est assez faible, extrêmement timide, si émotif qu’il me rend incapable de parler. J’ai retrouvé un moi plus humain et j’ai perdu une force qui pour être artificielle, me protégeait tout de même. Maintenant, il va falloir que, à partir de ces nouvelles bases, je m’élève vers une imperturbabilité nouvelle.
Ai-je terriblement régressé ? En fait, tout ce que j’avais construit s’est écroulé, une nouvelle carapace s’est effondrée. Pour une nouvelle mue j’espère. Comment vais-je m’élever maintenant ? Il me faut une activité extravertie et je crois que le pas décisif ne pourra être franchi qu’avec l’aide d’une femme. Arriverais-je seulement un jour à dépasser pour de bon ma timidité ? En fait, il me faut une femme et un groupe d’amis. Cela, c’est certain.
Suis-je malheureux ! Est-ce le progrès qui m’assurera un bond définitif ? Car je ne veux pas rester comme ça. Ou est-ce un retour en arrière qu’il va falloir annuler ? Bon sang ! Elephant man est de retour. Martyrisez-le, massacrez-le moi, acharnez-vous sur lui. Etripez-le, qu’il n’en reste rien. Et mon avenir ? Envolé mon rôle, envolée ma mission ? Et mes textes, ne serviront-ils à rien ? D’ailleurs, j’ai peut-être rêvé. Peut-être ne valent-ils rien ? Mais en quoi un être rougissant, comme moi, qui est si bloqué qu’il ne peut prononcer un mot, est-il apte à plaire un petit peu tout de même ? Je redeviens l’enfant que j’étais, après la rupture, des forces en plus mais de la vie en moins, que Dieu me donne cette fois-ci une seconde chance et que je sache la saisir.


J’en ai marre d’avoir toutes ces connaissances, tous ces souvenirs, tout cet amour, ce sexe, qui ne servent à rien, qui ne rendent personne heureux.


Ma seule satisfaction, c’est que cela marche. Mais il faudra attendre combien de temps pour la concrétisation ? Et cela n’est-il pas une illusion qui cessera dès que mon regard insistera, dès que je parlerai ? Alea jacta est encore une fois. Je sais ce qui m’ennuie. S’il me faut vaincre et dépasser ma timidité, me muer en « dur » montre une image de moi qui n’est pas en adéquation avec ce que je suis réellement et me dégrade par rapport aux femmes qui finalement préfèrent « l’incapable » sensible. Mais rester cela, c’est immoral et me transformer en dur ou plutôt essayer de le paraître est une déformation de ce que je suis vraiment. Il me faut une femme, vraiment il me faut une femme que je rende heureuse et qui m’aide à me sortir de là.


Tant pis si je cède aux démons de l’écriture. Que cela aille bien ou mal, je ne sais si je dois écrire. Mais là, ça va mal. J’aime la douceur. Je suis la douceur. Quel monde brutal autour de moi ! Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je ne sais plus ce que je fais. Il s’opère un bouleversement en moi. Je me perds et je me retrouve. Je suis partagé entre divers sentiments, et ces contradictions m’empêchent absolument de me concentrer sur mon travail. Je suis heureux de plaire, et tout à la fois plus détendu parce que moi-même, et plus contracté parce que sans défenses. Mais cet était dans lequel je suis, cette timidité excessive, il ne faut pas m’en contenter. Comment y échapper, Comment m’en délivrer tout en restant moi-même ? Rencontrer une femme devrait m’aider, mais comment s’y prendre ? Faire du théâtre : aurais-je encore peur de perdre mon individualité ? Apprendre le piano, me payer quelques cours de chant.
Et puis, il faudra travailler. Quoi faire, et quand ? Et puis, il faudra s’occuper de mes textes. les mettrais-je à la banque, dans le casier de Marcelle ? Enfin, une année nouvelle commencera. Sans trop de doutes, je ferai de la philosophie. Et reprendrai-je le théâtre, l’aïkido, continuerai-je le piano ? Quelle organisation pour tout cela. D’ailleurs, je ferai peut-être un stage d’aïkido pendant ces vacances. Qui sait ? Cela peut peut-être m’améliorer, me redonner l’envie. Et puis, qu’en sera t’il de mes buts politiques, sociaux ? Aurai-je encore une idée équivalente dans l’esprit ? Est-elle invalidante ? Est-ce de l’entêtement que de s’obstiner à la conserver ? Est-ce un poids en trop ? Ou est-il le véritable but de ma vie ? Encore des questions, d’innombrables questions.
Si ma timidité m’empêche de parler, et si je compense cette frustration par l’écriture, alors, gare à la schizophrénie. Fanny, ou es-tu, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Elle est là, la femme qui va me sauver. Après tant d’années de souffrances, elle va comprendre, s’approcher, me regarder, et si je rougis, si je ne peux parler, et si je tente quelque infructueux essai, et qu’il s’échappe de ma bouche uniquement des borborygmes, elle comprendra, il faudra qu’elle comprenne, et qu’elle ressente les sévices endurés, les innombrables douleurs tues, infligées par l’extérieur, mais dont mes blocages émotifs sont la véritable cause.
Et tous ces gens qui m’estiment, pour mon apparence, lorsqu’ils vont voir que je suis inapte à la prononciation, que vont-ils penser de moi ?
Ma bouche est close, mon nom est Esope, je suis un martyr.


Voilà, tous ces projets que j’avais, apporter le maximum de bonheur, d’épanouissement, de bien-être, de plus-être à la création entière, je ne les fructifierai donc jamais.
Tous ces gens qui réclament ma protection, ne pourrais-je la leur donner ? Mes rêves étaient des rêves fous, insensés, ils provenaient d’ailleurs d’un insensé, mais n’étaient-ils pas grands, dignes d’estime, charitables, souhaitable ? N’avais-je pas de bonnes intentions ? Je voulais que chacun puisse se sentir en sécurité avec moi, que tous sachent que mes émanations les entouraient d’une nappe salvatrice, que mes vibrations emplissant l’univers leur étaient destinées et que leur bonheur, à leur tour, enchantait l’Univers et accroissait sa conscience de Lui-même, et par conséquent la conscience de tous les êtres et de toutes les choses mortes ou vivantes, et encore à venir.
Mais voilà, sois je suis fou à lier, sois je suis apte à les réaliser. Deux extrêmes donc, s’offrent à moi. Si je renonce et que je peux, alors je prends les risques de devenir vraiment fou. Si je suis déjà fou, alors il me faut renoncer. Le problème, c’est que ma folie, j’en suis persuadé, mais mon tempérament extrême me montre que folie et vérité sont liées et que le chercheur de l’absolu est toujours à la limite. Mais, il paraît que non, certains hommes, qui font pourtant de grandes choses, n’ont pas à affronter ces maux. Peut-être, mais cela ne nie pas que je défie tout fou sans génie d’avoir été aussi loin que moi dans la recherche mystique théorique et pratique. Et si beaucoup de fous se disent mystiques, moi j’ai détruit la mystique contre mon gré, ce qui est différent. On pourra dire que je suis un fou brillant, mais qu’importe. J’ai la carrure intellectuelle, émotive, et universelle objective d’un prophète. Mais je ne sais pas encore ce qu’il faut, et je ne contrôle pas vraiment mes émotions, mes deux plus importants problèmes.
Si Dieu me demande de choisir, que répondrons-nous ? C’est peut-être bien pour cela qu’il ne demande pas. Pourquoi se plaindre, puisque je refuse explicitement mon rôle tout en le voulant, mais avec des conditions peut-être inacceptables. S’il existe une étape à franchir, il me manque peut-être une clé sur moi-même, voire plusieurs, trouvons-les.


Mes tics étaient nombreux. Ils ne m’ont pas encore empêché d’écrire. C’est çà de bon

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 22:13

« Itinéraire spirituel d’un fou, journal non retouché. »





J’écoute Prokofiev, le malheur et la tristesse sont bien là, comme moi. De ce cercle on n’échappe pas. La musique est divine, j’écris, ce n ‘est pas une sensation de vide mais de soulagement et de grandeur, avec la musique je veux dire. Ils sont tous là rassemblés, ils parlent, l’éclat mystique jaillira-t’il sur eux ? Je tourne en rond, je me cherche, je cherche mais…rien ne vient ; le déclic est survenu, il a commencé à œuvrer, j’ai commencé à œuvrer, je l’avais prédit. Eclat et fureur mystique, transcendance, illumination peut-être, nirvana, je cherche l’issue, le zen sera t’il la solution ? En fait, plus exactement, tout groupe animé de bonne volonté spirituelle me suffirait car je ne suis qu’ouverture et désireux d’apprendre, sincère.


La voie est bien difficile. Moi, des plus hauts sommets, je tombe en totale décrépitude. Les sources jaunes, l’on y reste, l’on ne renaît pas. Les moines Shaolin sont une preuve concrète de l’existence de la force, ils sont là, puissants et sûrs. Je ne sais exactement vers où me diriger. Ne me suis-je pas trompé ? L’école zen est-elle la bonne école ? Y a t’il plusieurs bonnes écoles ? La magie de l’écriture n’est-elle pas suffisante pour exorcicer tous mes problèmes? Je commets l’erreur fatale à tout celui qui cherche, je suis seul. Aucun maître, aucun ami, aucun guide et conseiller, aucun compagnon d’infortune avec le même espoir que moi. Je me lamente mais mon sort n’est-il pas le moins enviable de cette planète ? Bon, la sainteté m’est promise, j’ai la compassion pour tous les êtres, j’aime même les insectes. Seulement, mille, ou bien plus, démons me détruisent l’esprit. je ne peux lutter contre eux. Mes entreprises sont insensées mais il faut comprendre que je n’ai pas le choix. Mon âme ne fait que découvrir le Paradis, découvrir l’Enfer, puis à nouveau redécouvrir le Paradis, redécouvrir l’Enfer. Rien n’est sûr, je ne suis inconstant, j’ai une parole, mais quand le Diable la domine, ce qui arrive souvent, ainsi que mon corps, mes pensées, ma voix, mes yeux, ma faculté de concentration et de projection, alors, je suis perdu. Et là actuellement je suis perdu. J’aime Elodie Bouchez, elle est inaccessible, c’est pourtant moi en version féminine et complémentaire. J’aime la sagesse, je suis atteint de la pire des folies. De même, c’est quand je me sens le plus beau et le plus aimé que le lendemain, je m’effondrerai. Le démon est malin, il sait choisir le moment. Il ne vous prend pas lorsque vous êtes faible et sans défense, non, il vous prend lorsque vous êtes au plus haut. Ainsi, le contraste est plus terrible. Ainsi vous avez tout perdu, ainsi j’ai tout perdu. Mais je ne suis pas lâche, la lutte continue, je connais les pièges, j’irais jusqu’au bout, c’est-à-dire je chercherais et j’étudierais la voie jusqu’à la mort et même bien plus, je me tuerais s’il faut en passer par là, si l’étape est nécessaire, bref je donnerait tout. Mais trouvez-moi quelqu’un, je vous en prie, qui que vous soyez, trouvez-moi quelqu’un. Je suis prêt à faire le sacrifice de tout mais je ne céderais au Diable en usant de toutes les pratiques. Je choisirais, ou plutôt vous choisirez, je suivrais.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 21:15

Certains philosophes considèrent que le but de la vie, ce qui lui donne sens pour l'homme, c'est le bonheur, d'autres la vérité, d'autres la vertu. Kant par exemple pense que la vertu doit être privilégiée, et que le bonheur dépend de trop de facteurs aléatoires pour être sûr, mais qu'il peut survenir par surcroît.

Les épicuriens pensent que le but, c'est le bonheur, et qu'il s'obtient grâce à un calcul des plaisirs et des peines.

Comment être heureux? Plaisir, maîtrise de soi, actualisation de son potentiel, confort, richesses des relations, c'est un autre problème.

Mais je pense, comme les épicuriens, que le bonheur est le sens de la vie, et pour une raison bien simple. La vie est justifiée dans le temps du bonheur. Puisqu'on est juste heureux au moment que l'on vit, il n'y a pas de temps perdu alors, ni de questions comme : Pourquoi vivre, quel est le sens de la vie ? puisque, justement, on est content d'y être, donc on est dans le sens lui-même. C'est d'ailleurs le vrai sens de vivre l'instant. Non qu'il faille se concentrer nécessairement sur l'instant pour être heureux. Mais l'inverse est vrai, à savoir, on vit l'instant présent naturellement quand on est heureux. On coïncide avec la vie et le temps alors. Il n'y a pas l'impression de temps perdu.

Dans la tristesse par contre, la question du sens de la vie apparaît, car on n'est pas content d'y être. L'instant présent ne se suffit plus à lui-même. Apparaît alors l'impression de temps perdu, de sens à donner, d'actions ou d' oeuvres à accomplir pour compenser et donner du sens.

C'est pour cela que pour moi, être heureux, c'est vivre l'instant présent qui suffit à justifier la vie, et ne plus avoir de problèmes sur le sens de l'existence puisqu'on est dedans, qu'n ne lui est plus étranger, qu'on coïncide avec lui.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 20:29

Les "sages", qu'ils soient de tradition Chrétienne, Juive, Musulmane, Bouddhiste, Hindouiste, Taoïste, Stoïcienne, critiquent souvent les hommes qui s'agitent dans le monde à la recherche de pouvoir.

Or, on constate que des millénaires de préceptes n'ont rien changé, et que les hommes courent toujours autant. Pourquoi?

Les hommes cherchent, comme les animaux, à actualiser leur puissance (Aristote), à réaliser leur potentiel, à fructifier leurs dons, et ainsi à s'accroître, à se développer au maximum. C'est une loi naturelle. Ainsi l'homme d'affaires qui s'épanouit dans les affaires, le politicien dans la politique, ne sont pas à blâmer. Ils ont trouvé une voie par laquelle s'exprimer, qui répond à leurs dons, comme l'acteur, le chanteur, le cuisinier, l'informaticien, le sportif... qui s'épanouissent dans leurs domaines respectifs.

C'est également la raison pour laquelle des penseurs mystiques qui expliquent que les mots sont insuffisants, voire inutiles pour l'accession à la vie spirituelle écrivent parfois des dizaines de livres, y ressassant toujours les mêmes vues, les approfondissant parfois, comme je le fais d'ailleurs. C'est le mode d'expression qui leur convient, par lequel ils se réalisent. Ce n'est pas nécessairement un manque de sagesse. Et certains mystiques n'en éprouvent pas le besoin, ce qui ne signifie pas nécessairement qu'ils ont accédé à une plénitude supérieure mais simplement qu'ils s'épanouissent différemment.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 20:22

Les adeptes de l'art du sabre ont tendance à penser qu'il ne faut pas craindre la mort, que distinction entre vie et mort sont illusoires, et qu'il faut combattre avec cet esprit.

En réalité, le but de cet état, c'est d'entrer sans hésitation dans l'attaque ennemie pour être plus efficace, donc de rester en vie. Si la vie était réellement indifférente, il n'y aurait pas à améliorer ses réactions à l'attaque ennemie, ni même à réagir.

Les samouraïs se dupaient donc eux-mêmes, trichaient avec eux-mêmes en considérant la mort comme indifférente alors qu'ils s'efforçaient par ce stratagème de gagner en efficacité et de préserver leur vie.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 20:15

Je suis impressionné par cet homme. Dans ces voyages, il parvient, par son attitude ouverte et non hostile, à faire ressortir le bon chez les gens. Il désamorce les conflits sans agressivité, mais sait se fait respecter, prendre ses distances, imposer ses limites. Il a une capacité à communiquer, à dissiper les malaises, il inspire la confiance et la sympathie, et se fait inviter chez les gens aux quatre coins du monde. Son charisme est-il inné ou s'est-il développé au gré de ses aventures? Mystère.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 21:06

Les partisans des TCC n'ont pas compris une chose simple. Les rituels obsessionnels ne consistent pas seulement dans le fait que les névrosés ont le sentiment (et non la croyance d'ailleurs car ils savent que c'est absurde) qu'ils auront des problèmes s'ils ne réalisent pas leurs rituels. Cela, c'est l'aspect négatif du problème.

Mais il existe un aspect différent, positif, c'est l'impression délirante qu'ils seront protégés des accidents s'ils les réalisent. Et c'est très différent. Car pour guérir, il ne suffit pas qu'ils renoncent à la fausse causalité : absence de rituels (cause) drame (conséquence), mais également qu'ils renoncent à l'impression de sécurité inhérente à la ritualisation excessive, c'est-à-dire rituels (cause), protection (conséquence). Et cela, c'est évidemment beaucoup plus difficile à intégrer et à accepter. Et il s'agit en plus d'une exagération de ce qui concerne tous les hommes, ou presque tous, propre à la condition humaine, la ritualisation ordonnant un chaos ingérable pris tel quel.

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